Abouti
verbe
Sommaire
Définitions de « abouti »
Trésor de la Langue Française informatisé
ABOUTIR, verbe.
A.− Emploi intrans.
1. [Le suj. est un inanimé] Aboutir à qqc.Se terminer dans; arriver; p. ext. converger :
1. L'estomac est dans le thorax, au-dessus de la bouche. L'œsophage y aboutit par une large ouverture, ... G. Cuvier, Leçons d'anatomie comparée,t. 4, 1805, p. 126.
2. Ce préau, l'antichambre de l'échafaud ou du bagne, y aboutit d'un bout, et de l'autre il tient à la société par le gendarme, par le cabinet du juge d'instruction ou par la cour d'assises. H. de Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes,1848, p. 517.
3. Vers trois heures. Cyrus Smith et ses compagnons arrivèrent à une étroite crique bien fermée, à laquelle n'aboutissait aucun cours d'eau. Elle formait un véritable petit port naturel, invisible du large, auquel aboutissait une étroite passe, que les écueils ménageaient entre eux. J. Verne, L'Île mystérieuse,1874, p. 253.
4. Le tramway de Neuilly venait de passer la porte Maillot et il filait maintenant tout le long de la grande avenue qui aboutit à la Seine. G. de Maupassant, Contes et nouvelles,t. 1, En famille, 1881, p. 338.
5. De chaque côté de cette pelouse, une allée s'enfonçait entre des buissons de houx, pour aboutir à un petit bois, assez sauvage, tout à l'extrémité du parc. M. Arland, L'Ordre,1929, p. 386.
6. ... dans la profondeur inattendue du vestibule, il y avait un deuxième escalier, en bois, recouvert d'un tapis rouge, et avec une belle rampe, de larges balustres de bois. Cet escalier ne menait qu'au premier, où il y avait un palier, une porte, et à côté de la porte un couloir tournant qui aboutissait à deux petits escaliers à droite et à gauche, enserrés entre les murs et recouverts de tapis. E. Triolet, Le Premier accroc coûte deux cents francs,1945, p. 310.
2. P. ext. [Le suj. est exceptionnellement un animé] Toucher le bout :
7. Vous faites vingt fois le même chemin terrestre. Pour aboutir vingt fois. Et vingt fois vous aboutissez, vous parvenez, vous atteignez Péniblement, laborieusement, difficilement, Peineusement Au même point de déception Terrestre. Ch. Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu,1911, p. 287.
8. Une dernière confusion, que le crépuscule tombant rendait presque inévitable, lui fit commettre une erreur : au lieu d'aboutir à la place du village, elle se retrouva tout à coup à mi-côte, parmi les ajoncs et les bruyères. G. Bernanos, Un Mauvais rêve,1948, p. 995.
Rem. Exceptionnellement, aboutir en ce sens est empl. absol. (cf. ex. 7, 1eremploi du verbe).
3. Au fig. [Le suj. est toujours un inanimé] Aboutir à qqn, à qqc., à faire qqc. :
9. Direz-vous que ce moyen eût entraîné trop de lenteurs? Pas plus en vérité que cette suite d'expédients qui n'ont abouti qu'à embrouiller les affaires. E.-J. Sieyes, Qu'est-ce que le Tiers-État?,1789, p. 73.
10. Je dispose de ma volonté, il est vrai, mais souvent elle n'aboutit qu'à des actes internes, sans pouvoir arriver jusqu'à des actes extérieurs; ... V. Cousin, Histoire de la philosophie du 18esiècle,t. 2, 1829, p. 530.
11. Après avoir siégé deux ans, leur concile a abouti à la plus triste élucubration qui se soit jamais vue, une constitution impraticable, non seulement dans ce temps-là, mais dans tous les temps imaginables ... J.-A. de Gobineau, A. de Tocqueville, Correspondance,Lettre de J.-A. G. à A. T., 1856, p. 273.
12. ... la physiologie se constitue en ce moment comme une science biologique fondamentale autonome, dont il faudra déterminer la place et vers laquelle doivent converger toutes les autres. En effet, tout doit aboutir à la physiologie, puisqu'elle s'occupe du phénomène vital. Même, à quoi serviraient l'anatomie, les classifications zoologiques, si ce n'était pour arriver ensuite à comprendre les êtres vivants? C. Bernard, Principes de médecine expérimentale,1878, p. 93.
13. ... ma crainte des supplices éternels aboutissait à des examens de conscience d'un scrupule infini. P. Bourget, Le Disciple,1889, p. 85.
14. Comme cette révolution a été faite par des fous et des imbéciles au profit des acquéreurs de biens nationaux et qu'elle n'aboutit en somme qu'à l'enrichissement des paysans madrés et des bourgeois usuriers, elle éleva, sous le nom d'égalité, l'empire de la richesse. A. France, Le Lys rouge,1894, p. 106.
15. « (...) Comprenez-vous que Dieu est l'aboutissement, non le départ, de la création tout entière. Ce qui n'empêcherait point, du reste, la création tout entière d'être son œuvre. Mais il n'est accompli qu'après nous. Toute l'évolution doit aboutir à Dieu. » A. Gide, Journal,Feuillets, 1921, p. 725.
16. Le fatalisme oriental, niant la nécessité de l'effort, doit logiquement aboutir à abolir l'idole civilisatrice qui demande bien du travail quand il s'agit de donner sa forme à un gigantesque rocher. E. Faure, L'Esprit des formes,1927, p. 263.
17. Ce qui est pire c'est qu'on se demande comment le lendemain on trouvera assez de force pour continuer à faire ce qu'on a fait la veille et depuis déjà tellement trop longtemps, où on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces mille projets qui n'aboutissent à rien, ces tentatives pour sortir de l'accablante nécessité, tentatives qui toujours avortent, ... L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 250.
18. ... le royaume de Dieu constitue le terme final que le mouvement de l'histoire prépare et auquel il aboutit et vers lequel convergent d'une part l'histoire de l'église et du monde spirituel, et d'autre part l'histoire du monde profane et de la cité politique ... J. Maritain, Humanisme intégral, problèmes temporels et spirituels d'une nouvelle chrétienté,1936, p. 112.
19. Cette Société des Nations devrait être l'instigatrice d'une politique et d'une économie internationale; aboutir à une coopération générale, organisée, qui soit enfin à l'échelle de la planète. R. Martin du Gard, Les Thibault,Épilogue, 1940, p. 926.
Rem. La prép. à est empl. dans la quasi-totalité des cas (1 150 fois à pour seulement 36 fois dans). Le compl. est le plus souvent un terme concr., plus rarement un verbe (cf. ex. 9, 16) ou un terme abstr.
B.− Emploi absolu
1. [Le suj. désigne un animé ou un inanimé] Arriver au bout, avoir une issue :
20. ... malgré ma confiance en mon noble guide, je commençais à croire que je m'étais abusé. Je me sentais dans une voie fausse, impossible, et qui n'aboutissait pas. Ch.-A. Sainte-Beuve, Volupté,t. 1, 1834, p. 71.
21. ... on suit des sentes élastiques, à pas étouffés, de nef en nef, sans aboutir jamais, et, parmi ce peuple de troncs innombrables, la solitude vous accueille comme au désert. J. de Pesquidoux, Chez nous,t. 1, 1921, p. 117.
2. Au fig. [Le suj. est exceptionnellement un animé. Cf. ex. 27, 29] Arriver à un résultat, achever, réussir :
22. Ces jours-ci passés moitié au travail, moitié en soins ennuyeux et qui n'aboutissent pas. − Ce projet de journal se réalisera-t-il? Pourrai-je trouver position solide, c'est-à-dire some money quelque part cet hiver? J. Barbey d'Aurevilly, Premier Memorandum,1837, p. 176.
23. Les éducations d'élite sont celles qui aboutissent avec le plus de difficulté. L. Reybaud, Jérome Paturot à la recherche d'une position sociale,1842, p. 44.
24. Marsy, moyennant le million, s'engage à m'appuyer et à faire aboutir ma demande dans le délai d'un mois. É. Zola, Son Excellence Eugène Rougon,1876, p. 202.
25. Faisons des rêves chaque matin, et avec une extrême énergie, mais sachons qu'ils n'aboutiront pas. M. Barrès, Un Homme libre,Dédicace, 1889, p. XX.
26. ... quand une querelle se termine à coups de couteau, l'enquête de la police n'aboutit pas, en général, faute de témoins disposés à déposer. G. Sorel, Réflexions sur la violence,1908, p. 270.
27. Dépasser les autres! S'imposer! Il le faut. Il faut que cette force, cachée dans une race, aboutisse enfin! C'est en nous que l'arbre Thibault doit s'épanouir ... R. Martin du Gard, Les Thibault,Le Pénitencier, 1922, p. 764.
28. Ils étaient épouvantés. Avoir tant souffert, tant lutté, pour se faire fusiller par des français! Mourir stupidement au moment d'aboutir! M. Van der Meersch, L'Invasion 14,1935, p. 434.
29. Armand écoutait ça d'une oreille pas tout à fait fidèle, parce que le jeu ressemblait aux siens, sauf que lui il ne se préoccupait pas de faire échouer, mais de faire aboutir. L. Aragon, Les Beaux quartiers,1936, p. 110.
3. Can. Finir :
30. Un jeune s'impatienta : − Aboutis, Cleophas! De leurs regards courroucés, les partisans de Cleophas firent comprendre à l'effronté de modérer ses transports. N'y allait-il pas de l'honneur de tout un camp? − Prends ton temps, Cleophas! G. Guèvremont, Le Survenant,1945, p. 209.
4. Spécialement :
a) HORTIC. Pousser des boutons : Jardin. ,,Signifie Boutonner. Ce mot est formé de bout ou bouton. Les arbres aboutissent fort bien cette année. Le jardinier dit que ces arbres fruitiers aboutissent lorsqu'ils sont boutonnés et que la sève s'est portée au bout des branches.`` (Besch. 1845).
b) MÉD. Venir à suppuration (cf. abouti, B).
Rem. Région. S'aboutéier :
31. Aboutéier (s') [se dit d'un abcès qui se mûrit, qui est prêt à suppurer] : Ton froncle commence à s'aboutéier. Verr.-On.1908.
− Au fig. :
32. J'ai des abcès de style et la phrase me démange sans aboutir. G. Flaubert, Correspondance,1851, p. 326.
33. Sous la mortalité sociale on sent l'impérissabilité humaine. Pour avoir çà et là ces plaies, les cratères, et ces dartres, les solfatares, pour un volcan qui aboutit et qui jette son pus, le globe ne meurt pas. Des maladies de peuple ne tuent pas l'homme. V. Hugo, Les Misérables,t. 2, 1862, p. 212.
C.− Emploi trans.
1. ARCHIT. Emboutir.
Rem. Lar. encyclop. précise qu'il s'agit de ,,revêtir de minces feuilles de plomb ou de tout autre métal un ornement d'architecture ou de sculpture``.
2. HYDRAULIQUE. ,,Raccorder un gros tuyau sur un petit, au moyen d'un collet ou tambour de plomb qui va en diminuant du gros au petit.`` (Besch. 1845).
Prononc. − 1. Forme phon. : [abuti:ʀ], j'aboutis [ʒabuti]. 2. Dér. et composés : aboutissant, aboutissement, emboutir, raboutir.
ÉTYMOLOGIE I.− 1. 2emoitié xiiies. (date du ms.) abouti, part. passé adjectivé « qui persiste dans son sentiment opiniâtre (d'une pers.) » (Le Dit des Avocats, 357, éd. G. Raynaud ds Romania, XII, 219 : Il sunt trop de mauvès pelein, Et felenés et aboutis); 1268-1271 « id. » (Est. Boileau, Livre des mestiers, éd. Depping, 198 ds T.-L. : se il est si foz et si roides et si aboutiz que il ne vueille obeir au commendement le mestre); 2. 1538 « venir à suppuration (d'un abcès) » terme méd. (Estienne, Dict. lat.-gall. s.v. caput : Caput facere dicitur apostema vel furunculus aut abscessus, Abboutir); 3. 1568 avoir pour conclusion (d'un inanimé) (Pasquier, Recherches, VI, XV ds Gdf. Compl. : Je vois sa fin estre aboutie a un malheureux eschafaud); 4. 1866 « parvenir au but fixé, réussir » (Lar. 19e: Les négociations pour la composition d'un nouveau cabinet n'ont pas encore abouti). II.− 1. 1319 aboutir a « confiner à (d'une terre, d'un immeuble) » terme jur. (Arch. Nat. MM 129, fol. 10, contrat de vente ds Mém. soc. hist. Paris, XLVI, 181 d'apr. Barb. Misc. XVIII, 1 : Ycelle meson... tenant d'une part a la meson Nicolas Kalenge, courtillier et d'autre part, a la meson qui fu [Adam] du Mesnil et aboutissant par derrieres au devant dit Nicolas); 2. 1552 trans. « constituer la limite (d'un pays) » terme géogr. (Paradin, Chron. de Savoie, 2, ibid. : Les fleuves et montaignes sont merques asseurees et certaines des limites finissans et aboutissans les provinces); 1598 « constituer l'extrémité (de qqc.) » (Guy de Tours, Soupirs amoureux, L. I, I, 24, éd. Blanchemain ds Hug. : Sçauroient ils avoir... Rubis si précieux que ceux qui aboutissent Tes tetons qui poupins en leurs raiz s'esjouyssent...); 1559 aboutir en « se terminer en forme de (qqc.) » (Amyot, Vies, Périclès, p. 556 ds Gdf. Compl. : Le cerveau du belier... se resserroit de toutes parts, et alloit aboutissant en pointe comme un œuf). III.− 1460-1492 part. passé adjectivé « boursouflé, tuméfié (une pers.) » (Myst. de S. Quentin, 4429 ds Barb., op. cit. : Ilz seront ars en fus, Esquartelés, mutilés, departis, Honteux, hideus comme cornars confus, Enfflés, soufflés, boursouflés, aboutis, Frotés, frappés, flagellés, fort fourbis). I dér. de bouter* I, cf. abouter I, cf. avec abouti « opiniâtre » abouté, de même sens ds Gdf. I, 32 c; II dér. de bout* II, cf. abouter II; III dér. de bout* I. HIST. − En dehors de qq. sens spéc. rapidement disparus (cf. inf. I), aboutir a connu une vitalité assez grande dep. son apparition : de la lang. jur. (du xiveau xvies.), il passe au xvies. dans la lang. cour., au propre et au fig. et dans la lang. techn. − À la même époque, on constate de nombreuses interférences entre aboutir et le verbe très voisin abouter; dans les 2 verbes, on retrouve l'étymon bout au sens de « limite, extrémité »; d'où les sens de « confiner à, toucher à » et de « avoir pour but, pour résultat ». Mais abouter apparaît le 1er(mil. du xiiies.) avec ces 2 sens (cf. s.v. étymol. I 1 et II 1), tandis que pour aboutir, le 1ersens n'est attesté qu'au xives. (cf. étymol. II 1), le second au xvies. (cf. étymol. I 3). Au xvies., et jusqu'au début du xviies. (cf. Cotgr. 1611) ils coexistent : [Voye] Frayee, spatieuse... aboutante ou aboutissante. M. de la Porte, Epithètes, [1580], (Hug.). Mais abouter est progressivement remplacé par aboutir qui subsiste seul dans les dict. jusqu'au xixes., époque où abouter ressurgit (cf. ce mot, hist.). − Rem. Au xvies., à côté de la forme intrans. aboutir à qui subsiste jusqu'à nos jours, on rencontre la forme trans. et la forme intrans. aboutir en. Ces 2 dernières constr. semblent disparaître au cours du xviies. en liaison avec certaines accept. du verbe. La forme trans. subsiste dans des accept. techn. (cf. sém. C.). Au xixes., l'emploi absolu de aboutir devient cour. et correspond à un nouveau sens (cf. II B rem. et II c). I.− Disparitions av. 1789. − A.− Sens disparus. − 1. Abouti « opiniâtre », attest. isolée 1268-71 (cf. étymol. I 1) qu'il faut mettre en liaison avec le part. passé abouté « butté contre qqc., opiniâtre » (cf. abouter, hist. I D). 2. « Obstruer, resserrer », attest. isolée ca 1465 : Le mal de la pierre, dicte croye, vient à l'oiseau de manger mauvaises viandes et grosses chairs, lesquelles leur oppilent et aboutissent tous les boyaux et le ventre. Franchières, Fauc., III, 2, (Gdf.). 3. « Boursouflé, tuméfié », attest. isolée 1460-1492 (cf. étymol. III). B.− Accept. disparues. 1. Terme jur. : 1reattest. 1319 (cf. étymol. II 1); se rencontre encore dans les dict. du xviiies., en partic. dans les différentes éd. de l'Ac. : Un arpent de terre qui aboutit au grand chemin, et de l'autre au champ d'un tel. Des ex. semblables sont encore cités dans certains dict. du xixes. jusqu'à Littré, mais il semble que dès le xvies. la not. géogr. de juxtaposition de lieux l'ait emporté sur la not. jur. 2. Terme géogr. : 1reattest. 1552 (cf. étymol. II 2); cf. aussi sup. I B 1 : Les Allemagnes bornent et aboutissent les terres du grand seigneur vers l'Orient. Aubigné, Hist. univ., [1620], (Hug.). 3. « Constituer l'extrémité de qqc. », emploi trans., attesté de 1598 (cf. étymol. II 2) à 1610 : Ceste terre... est terminée de delicieuses montagnettes abouties d'innumerables petites collines. Beroalde de Verville, Voyage des Princes Fortunez, p. 723 (Hug.). 4. Aboutir en « se terminer en forme de », 1reattest. 1559 (cf. étymol. II 2), ne semble pas avoir survécu au xviiies. : Cette pyramide aboutit en pointe. Vaugelas (1650), Quinte-Curce, VII, 3. Cependant le même ex. est encore cité par les dict. jusqu'au xixes. II.− Hist. des sens attestés apr. 1789. − A.− « Se terminer ». 1. Au propre (sém. A 1) : issu du terme jur. (cf. sup.) « toucher par un bout, confiner à », d'où au xvies. « se terminer dans » : Sur la place à laquelle se rendent et aboutissent tous les grands chemins de l'Italie. Amyot, Galba, [1559], 30, (Littré). − xviies. L'allée du parc aboutit a la forest. Sully, Econ. roy. [1638], II, 21, (Gdf.). − xviiies. Finir, tendre, se rendre, se terminer à un certain endroit, en toucher un bout (...). Cette maison aboutit au grand chemin. Tous les rayons d'un cercle aboutissent à son centre. Trév. 1704. 2. Au fig. (Sém. A 3) : 1reattest. 1568 (cf. étymol. I 3) subsiste. B.− Sens techn. 1. Méd. (sém. B 4 b) : 1reattest. 1538 (cf. étymol. I 2). Subsiste dep. cette date, mais avec une faible vitalité. − Rem. En ce sens, aboutir est empl. sous la forme absolue dès le xvies. 2. Archit. (Sém. C 1) : 1reattest. ds Fur. 1701, subsiste. 3. Hydraulique (Sém. C 2) : attesté de Encyclop. 1751 à Besch. 1845. 4. Hortic. (Sém. B 4 a) : 1reattest. ds Encyclop. 1751, subsiste. C.− Au xixes., avec l'apparition de l'emploi absolu dans la lang. cour. aboutir prend le sens de « arriver au bout » (cf. sém. B 1) attesté en 1834 (ex. 20). Ce sens est peu usité au propre mais dès 1842 (cf. ex. 23) apparaît le sens fig. de « arriver à un résultat, réussir » (cf. sém. B 2 et étymol. I 4) qui acquiert une très grande vitalité, surtout au xxes.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 2 363. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 2 142, b) 2 564, xxes. : a) 4 092, b) 4 386.
BBG. − Chabat t. 1 1875. − Chesn. 1857. − Littré-Robin 1865.
ABOUTI, IE, part. passé et adj.
I.− Part. passé. de aboutir.
II.− Adj. [En parlant d'un inanimé] Mené à son terme (cf. aboutir B).
A.− Lang. commune [L'inanimé représente un mode de vie ou de comportement] Achevé, réussi, voisin de la perfection :
1. ... je ne voudrais pas gâter le bonheur... comment dirai-je, abouti, extrême... que me donne notre liaison. J.-K. Huysmans, Là-bas,t. 1, 1891, p. 245.
2. Vie épanouie, aboutie, s'élaguant ici, compensant et sublimant là, elle réussit la conciliation finale, qui fera sa richesse et son harmonie. R. Huyghe, Dialogue avec le visible,1955, p. 336.
B.− MÉD., dial. Venu à suppuration (cf. aboutir B 4 b) :
3. ... (en parlant d'un abcès) mûr, crevé. R. Mensire, Le Patois cauchois,1939, p. 55.
Étymol. ET HIST. − Cf. aboutir.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 260. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 99, b) 190; xxes. : a) 636, b) 536.
A-1, préf.
I.− Dans les parasynthétiques * à base adjectivale et dans les dérivés de verbes : idée de passage plus ou moins complet d'un état à un autre, « rendre, rendre plus ... »
A.− Dans les parasynthétiques à base adjectivale. − Le tanneur assouplit le cuir « le tanneur rend le cuir souple » (sens absolu); « le tanneur rend le cuir plus souple » (sens relatif, par rapport à l'état de l'objet au début de l'action).
Rem. Concurrents. − Dans cette fonction, a- est concurrencé − Par le préf. en-*, qui va souvent de pair avec une idée d'intériorité : embourgeoiser « pénétrer de l'esprit bourgeois » empuantir « pénétrer de puanteur » engraisser « gaver, gorger » enjuiver « pénétrer de l'esprit juif » ... Noter aussi : embêter « ennuyer, contrarier fortement » Cependant des mots comme enlaidir ou embellir se rapprochent des formations en a-. L'expression la plus nette de la concurrence en lang. entre a- et en- est fournie par le couple d'anton. : appauvrir : « rendre pauvre » « rendre plus pauvre » enrichir : « couvrir de richesses » « couvrir de plus de richesses » En- implique parfois des connotations d'ordre moral, incompatibles avec le préf. a- : anoblir, sens propre / ennoblir, sens moral durcir, sens propre / endurcir, sens moral − Par les formations adj. de couleur + er / ir qui constituent une classe de verbes symétriques* (tantôt trans., tantôt intrans.) : les papiers jaunissent jaunir des papiers − Par les parasynthétiques en é-* : échauffer éclairer égayer épurer − Par les suff. -ifier* et -iser* qui n'expriment pas l'idée d'un passage plus ou moins complet; le passage d'un état à l'autre est total et net : mollifier « rendre mou » amollir « rendre (plus) mou » tranquilliser « rendre tranquille » -ifier marque en partic. le passage d'un état physique à un autre : gazéifier humidifier liquéfier solidifier Il s'accole de préférence à des rad. sav. : dulcifier à côté de adoucir rubéfier à côté de rougir (cf. cependant amplifier et simplifier). Usités fréquemment dans le lang. sc., -ifier et -iser traduisent surtout la not. de transformation, étr. au préf. a- : pétrifier « transformer en pierre »
B.− Dans les dérivés de verbes
− Baisser/abaisser : ,,Baisser est absolu et abaisser relatif (...); abaisser, c'est baisser vers.`` (Laf. 1861, p. 133). Le verbe baisser exprime uniquement l'action; contrairement à abaisser, il se désintéresse du caractère progressif.
− Raser/araser : raser un mur « abattre un mur à ras de terre » araser un mur « mettre un mur de niveau »
Rem. Dans assujettir (base nom.), a- rend explicite la différence de niveau entre le suj. et l'obj., la subordination progressive de l'un à l'autre.
II.− Dans les parasynthétiques à base substantivale : idée d'attribution, de direction vers un lieu, de manière
A.− Idée d'attribution. − Le substantif de base a valeur de complément d'objet :
accoutumer « donner la coutume à ... »
accréditer « donner l'autorité nécessaire à ... »
affamer « donner faim à ..., faire souffrir de faim en privant de vivres »
affiler « primitivement, donner le fil à un tranchant »
affourager « pourvoir en fourrage »
amariner « pourvoir un navire en marins »
annoter « pourvoir un texte de notes » « mettre des notes en marge de ... »
apeurer « donner peur à ... »
approvisionner « donner des provisions à ... »
assoiffer « donner soif à, faire souffrir de soif en privant de boisson » ...
amariner , le rad. est de l'animé (marin). De même.
achalander signifiait « pourvoir en chalands (clients) »; ce mot a pris le sens de « pourvoir en marchandises » (un magasin bien achalandé).
B.− Idée de lieu
1. Le subst. de base a (ou avait) valeur de compl. d'obj. :
accouder (s') « mettre les coudes à ... »
accroupir (s') -
acculer -
adosser « mettre le dos à ... »
agenouiller (s') -
2. Le subst. de base a valeur de compl. de lieu (au sens propre ou au sens fig.)
a) Verbes préfixés trans. :
aboutir « arriver au but, atteindre le but »
acheminer « faire avancer sur un chemin, mettre en chemin »
aliter « mettre au lit »
attraper « prendre (comme) dans un piège »
b) Verbes préfixés intrans. :
alunir « aborder sur la lune »
amerrir « se poser à la surface de la mer »
apponter « se poser sur la plate-forme d'un porte-avions »
atterrir « reprendre terre »
Rem. Dans le verbe (s') attarder « se mettre en retard » (de base adj.) s'exprime une idée de temps.
C.− Idée de manière (« disposer, réunir en » + substantif de base)
affourcher « primitivement, disposer en fourche »
aligner « mettre en ligne »
amasser « réunir en quantités considérables »
ameuter « assembler en meute pour la chasse » d'où le sens cour. :« rassembler dans une intention de soulèvement ou de manifestation hostile »
III.− Dans les dérivés de verbes : idée d'inchoativité de l'action
A.−
arranger. ,,... ranger signifie « mettre à sa place »; et arranger « créer, assigner aux choses des places convenables »`` (Laf. 1861, p. 131), c.-à-d. « ranger pour la première fois, établir la combinaison qui donne à un ensemble de choses leur place ». De même, a- suggère l'inchoativité dans :
aposter « poster qqn dans un endroit déterminé »
assigner « indiquer la place d'une chose »
B.−
apercevoir. − On perçoit avec les sens, avec l'esprit. On aperçoit avec les yeux. L'acte d'apercevoir entraîne la perception, analyse intérieure et consciente du stimulus. On apercoit pendant un seul moment.
C.−
apparaître. − Le verbe paraître signifie « se montrer » (aux yeux). L'apparition est le début de cette action, l'instant seulement où la chose se révèle (au sens propre et au sens figuré) : un personnage apparaît sur la scène (sens propre) ; dans un roman un personnage nous apparaît honnête, bon, etc. (sens fig.).
Rem. 1. Nature gramm. de la base et du dér. 1. Les verbes constituent la part. la plus importante des créations en a-. Le préf. permet : a) Des formations parasynthétiques − Dont la base est un adj. : abâtardir abêtir abrutir acagnarder (s') (vieilli) accommoder accouardir (vieilli) accourcir (vieilli) acoquiner acquitter adoucir affadir affaiblir affermir affiner affoler affranchir affriander aggraver agrandir ajuster alentir (vieilli) allonger alourdir amaigrir amatir améliorer amenuiser amincir amoindrir amollir annuler anoblir apetisser (vieilli) aplanir aplatir appesantir approcher approfondir arrondir assagir assainir assécher assombrir assoter (vieilli) assauvagir (vieilli) assouplir assourdir assurer attendrir attiéder attrister aveulir avilir aviver, etc. − Dont la base est un subst. : accompagner accréditer affamer affiler affourager allaiter annoter apeurer approvisionner assoiffer b) Des formations où le préf. modifie une base verbale qu'on reconnaît aisément (battre, abattre), même si le verbe composé est sémantiquement éloigné du verbe de base (coucher - accoucher; mettre - admettre). c) Des formations issues de loc. dans lesquelles la prép. à est absorbée par le mot suiv. : accroire < faire à croire, laisser à croire affleurer < à fleur (de) 2. Moins nombreux que les verbes, les subst. préfixés en a-sont : a) Tantôt des dér. verbaux obtenus par suffixation − En -ment pour les verbes en -er : accommodement acoquinement affinement ajustement attristement ou en -issement pour les verbes en -ir inchoatifs : abâtardissement abêtissement − En -age : abordage achalandage acostage affilage amarinage arrivage (cf. arrivée) atterrage ou en -issage pour les verbes en -ir inchoatifs : amerrissage atterrissage − Plus rarement en -ation : aggravation amélioration annotation b) Tantôt des subst. obtenus par dériv. régr. (en synchr. : subst. d'action à suff. zéro) : accroc < accrocher acquit < acquitter affront < affronter (cf. cependant la différence de sens entre affront et affronter) annonce < annoncer atour < atourner (vieilli) c) Tantôt des subst. − héritage de l'anc. lang. − dont les verbes corresp. ont disparu : adent < adenter assentiment < assentir attrait < attraire (attirer) d) Intégrée au mot qu'elle précède, la prép. à fournit également qq. subst. : acompte adieu ajour aplomb D'autres subst. remontent à des loc. − Entièrement lexicalisées : (avoir) à faire > affaire (pleuvoir) à verse > averse (jouer) à tout > atout − Partiellement lexicalisées (cf. à) : à-coup à-peu-près à-côté e) Les formations subst. parasynthétiques à base adj. sont très rares : (ac)calm(ie) (cf. hist. de ce mot). (ap)proxim(ation) / (ap)proxim(atif) (cf. proximité) 3. Les dér. en a- peuvent être des adj. (formes en -ant, -ent) : adjacent(e) attenant(e) avenant(e) Noter aussi : aprioriste < a priori
Rem. 2. Fonction gramm. du préf. 1. Transitivité. − A qq. exceptions près, a- crée des verbes trans. :
a) Dans les verbes parasynthétiques à rad. adj. − qui constituent la partie la plus importante et la plus homogène des verbes préfixés en a- − la fonction essentielle du préf. consiste à établir une relation attributive entre l'adj. de base et l'obj. du verbe trans. préfixé ex. La maladie affaiblit le patient = « la maladie rend le patient faible ». b) C'est dans la série des parasynthétiques à base subst. que l'on trouve toutes les exceptions à la règle de la transitivité : aboutir alunir amerrir aponter atterrir En revanche : aborder aboucher acheminer acclimater accoster affronter aliter de la même série, sont des verbes trans. 2. Perfectivité. − Les verbes de formation parasynthétique préfixés en a- sont, sans aucune exception, des verbes perfectifs* :
A- est un préf. perfectivisant, comme en témoignent les couples verbaux suiv. :
Très rarement le verbe simple et le verbe dér. accusent la même modalité d'action : a) Verbes perf. :
b) Verbes imperf. :
Dans ce dernier cas cependant, l'idée de perfectivité est exploitée sur un plan sém. Sans modifier l'aspect du verbe de base, a- implique une finalité : attirer « tirer dans une certaine direction » Que ce soit au niveau gramm. ou au niveau sém., le préf. a-n'est jamais étranger à la not. de limite finale à atteindre.
| a + verbe intrans. | verbe trans. |
| a + faiblir | affaiblir |
| a + grandir | agrandir |
| a + maigrir | amaigrir |
| a + mollir | amollir |
| a + tiédir | attiédir |
| action | état résultant |
| aborder, | être abordé |
| affermir, | être affermi |
| mener | amener |
| | | | |
| être mené | être amené |
| (est uniquement un passif d'action) | (peut exprimer également le résultat d'une action) |
| | | | |
| battre | abattre |
| courir | accourir |
| languir | alanguir |
| porter | apporter |
| servir | asservir |
| siéger | assiéger |
| cumuler | accumuler |
| joindre | adjoindre |
| ranger | arranger |
| lécher | allécher |
| tirer | attirer |
ÉTYMOL. ET HIST. A.− Etymol., signif. et fonction gramm. en lat. et en a. fr. 1. En lat. − Le préf. a- remonte à la prép. lat. ad-, très productive en position préverbale. En effet, ad- modifie surtout des rad. verbaux : ad-do, are ad-duco, ĕre ad-jugo, are ad-mitto, ĕre − mais aussi (bien que très rarement) des rad. nom. : adflamen, inis « souffle, inspiration », − des adj. (adj. ou part.) : ad-essus « entamé avec les dents, rongé » ap-paratus, a, um < apparo « préparé, disposé » (d'où) 1o« bien pourvu »; 2o« plein d'appareil, d'éclat », ad-uncus, a, um « crochu, recourbé » (renforcement de uncus) − des adv. : ad-fatim « à suffisance, amplement, abondamment ». Le d s'assimile le plus souvent à la consonne qui suit, dont il entraîne le dédoublement : accedo, ĕre accendo, ĕre affigo, ĕre appareo, ere applico, are appono, ĕre a) Signif. − Accolée au verbe, la prép. ad- enrichit la not. exprimée par le rad. verbal d'une de ses multiples signif. : − La direction : addubito, are « pencher vers le doute » adeo, ire « aller vers, aller vers qqn, trouver qqn » aderro, are « errer auprès, autour » adfecto, are « approcher de, aborder, atteindre » adfigo, ĕre « attacher » adflecto, ĕre « tourner, diriger vers » adfleo, ere « pleurer à, en présence de, pleurer, se plaindre à » adflo, are « souffler vers, sur, contre » adfluo, ĕre « couler sur, vers » − Plus rarement ad- acquiert un sens augm. : acquiro, ĕre « ajouter à ce qu'on a » addoceo, ere « enseigner (en complétant) » adfatim (adv.) « à suffisance, amplement, abondamment » (forme renforcée de fatim) adgravo, are « alourdir davantage » − Sans modifier systématiquement l'aspect du verbe de base, ad- peut servir à créer des verbes inchoatifs : accendo, ĕre « embraser, mettre le feu, allumer » adamo, are « s'éprendre » addormio, ire « s'endormir » adedo, ĕre « entamer avec les dents, ronger » appareo, ere « apparaître, être visible » − En revanche, il n'existe pas en lat. class. de verbes parasynthétiques proprement dits en a- : addulco, are « adoucir » correspond à la fois à dulcis et à dulco adfirmo, are « affermir, consolider, fortifier » correspond à la fois à firmus et à firmo adgravo, are « rendre plus lourd » correspond à la fois à gravis et à gravo adtenuo, are « amincir, amoindrir, affaiblir » correspond à la fois à tenuis et à tenuo Noter aussi : alleviare (lat. de basse époque) « alléger » correspond à la fois à levis et levo mais : annulare (lat. médiév.) « annuler » ne correspond qu'à nullus. Pour exprimer la not. de « rendre » + adj., le lat. semble préférer les expr. périphrastiques. Pour les parasynthétiques en ex-, cf. é-. b) Fonction gramm. − En lat., la fonction de ad- est d'ordre sém. plutôt que d'ordre gramm. En effet, les dér. en ad- sont tantôt trans., tantôt intrans. : appingo « peindre sur » est trans. tandis que apploro « pleurer à propos de, adresser ses larmes à » est intrans. Nombre de verbes présentent à la fois un emploi trans. et un emploi intrans. : appeto, ĕre signifie en emploi intrans. (en parlant du temps) « approcher », en emploi trans. « chercher à atteindre » applaudo (applodo), ĕre : emploi intrans. « applaudir », emploi trans. « frapper contre, jeter à terre violemment » a(d)spiro, are : emploi intrans. « souffler vers », emploi trans. « faire souffler ». 2. En a. fr. − a) Forme. − A- s'accole indifféremment à des rad. à initiale consonantique ou vocalique : aaidier aaisier aorser (s') aoultrer aourdier aourler Bon nombre de verbes, surtout de formation sav., présentent la var. ad-, voire ade- devant consonne. b) Nature de la base. − Comme en lat., a- reste un préf. essentiellement verbal. Mais, si les dér. sont pour la plupart des verbes, les mots de base sont extrêmement variés : − Adjectifs : acoardir → accouardir ajolier → rendre joli alaidir → rendre laid alargier → élargir − Substantifs : abesoigner « avoir besoin de, être nécessaire » abloquier « asseoir sur des blocs de pierre, consolider une statue ou un bâtiment » abouchier « presser avec la bouche » abrochier « percer d'une broche » acorocier « mettre en colère » achoquier « heurter » acoster « placer côte à côte » afruitier « planter » − Verbes : acharrier < charrier aclore < clore acomander < commander adesirer < desirer adevancier < devancer De nombreuses créations en a- témoignent donc de la vitalité des verbes parasynthétiques en a. fr. c) Fonction gramm. − Déjà en a. fr. a- accuse son caractère trans. et perfectivisant, comme en témoigne le nombre important de verbes parasynthétiques à base adj. et subst. Néanmoins certains verbes se prêtent à la fois à l'emploi intrans. et à l'emploi trans. (cf. Gdf.) : acostumer afiner aflatir afoler afonder aforcier aforchier amortir avaler (cf. Hug.) D'autres verbes ne fonctionnent qu'en emploi intrans. : aflestrir (Gdf.) avieillir (Gdf.) Ce n'est que dans la lang. mod. que le préf. assume une fonction essentiellement trans. et perfectivisante. d) Signif. − Les rapports entre l'obj. du verbe et le mot de base sont divers : abesoigner « avoir besoin de » abouchier « presser avec la bouche » acorocier « mettre en colère » acoster « placer côte à côte » acoudre « coudre une chose à une autre » acrocheter « attirer avec un crochet » Ce n'est que dans la série des parasynthétiques à base adj. (adj. qualificatif) que la signif. de a- semble nette : abelir « (se) rendre (plus) agréable, plaisant; plaire, charmer » abienner « rendre meilleur, améliorer » acoardir « rendre lâche, couard » acourcir « rendre court » alaidir « rendre laid » ameilleurer « rendre meilleur » signifient tous « rendre » + adj. de base. Les adj. de couleur (dont on tire des verbes non-préfixés et qui forment en fr. mod. une catégorie à part) s'insèrent parfaitement dans cette série : ablanchir anoircir averdir Le sens de « pourvoir en », « donner à » est attesté dans qq. parasynthétiques à base subst. (afamer, alaiter, asoifer, ...) et le sens inchoatif dans qq. dér. à base verbale (amordre « commencer à mordre », aparoistre, aparsouvoir, aranger...). e) Choix entre a- et en-, entre a-/-. − La concurrence a-/en ne porte que sur les verbes parasynthétiques à rad. subst. et adj. − Dans les parasynthétiques à rad. nom., le sens de en- est très proche de celui de a-. Il signifie « donner, pourvoir en » + subst. de base. Cependant la différence entre les 2 préf. est qqf. sensible : en- implique l'abondance de la substance désignée par le rad. (idée liée à celle d'intériorité), tandis que a- ne fait qu'en signaler la présence : emplumasser signifie « couvrir de plumes » (Gdf.) emplumer signifie « garnir de plumes » (ibid.) enamourer signifie « rendre amoureux » (ibid.) « primitivement, pénétrer qqn d'amour » « provoquer l'amour chez qqn » endenté signifie « orné de dents » enfariner signifie « recouvrir de farine » engazonner signifie « couvrir de gazon » engraissier signifie « couvrir de graisse » d'où « faire devenir gras, fertiliser » (Gdf.) « plonger en graisse », d'où « oindre de graisse » (ibid.) enperler signifie « orner de perles ou d'objets faisant effet de perles » (ibid.) − Tous ces dér. sont trans.; ils signifient « pourvoir qqn en ... », « munir qqc. de ... ». L'originalité de en- par rapport à a- est due à ce que en- établit un rapport contenant / contenu entre l'objet du verbe dér. et le subst. qui lui sert de base : L'idée d'abondance permet le glissement du sens propre au sens fig. : enluminer signifie « baigner de lumière ». Dans d'autres cas cependant le choix du préf. est incompréhensible. En effet, comment expliquer l'existence d'une forme embastonné « armé d'un bâton » à côté du verbe abastonner « armer d'un bâton ou d'une arme » (Gdf.), qui seul obéit aux principes dégagés (cf. Lew. 1960, p. 235 : ... embastonnées et habillées si estrangement que à peine peut-on discerner si ce sont femmes ou hommes). De même, à côté de avitailler « pourvoir en nourriture, approvisionner », on relève la forme envitailler. − Le sens des parasynthétiques à base adj. est intimement lié à l'idée d'abondance : embellir signifie « recouvrir de beauté » → « rendre beau » enivrer signifie « plonger qqn dans l'ivresse » → « rendre ivre » enlaidir (réplique de embellir) → « rendre laid » enrichir signifie « couvrir de richesses » → « rendre (plus) riche » envieillir suggère le poids de la vieillesse → « rendre vieux » enhardir et enorgueillir → « pénétrer de hardiesse, d'orgueil » d'où « rendre hardi », « rendre orgueilleux ». Cependant, les confusions dans le choix du préf. sont fréq. L'a. fr. offre souvent plusieurs formes attestées pour le même mot. Il est difficile de déceler en vertu de quel critère la lang. a conservé telle forme et rejeté telle autre (cf. Hug. Mots disp. 1967, p. 247 : ,,Quand deux mots ne différant que par le préfixe avaient exactement la même signification, on s'est habitué à employer toujours l'une de préférence à l'autre. Mais il est impossible de dégager une loi d'après laquelle ce choix a été fait, car les résultats de la concurrence sont souvent contradictoires. L'on a préféré : encourager à accourager, environner à avironner, mais appauvrir à empauvrir, avilir à envilir.``). Cf. cependant les rem. sur l'oppos. a-/en-, sup. I. Maint verbe préfixé en a- n'a pas gardé son préf. : acachier « cacher, receler, soustraire aux regards » acharier « charrier, transporter en général » aclore « clore, enfermer de murs » acomander « commander » acombler « combler » acomencier « commencer » acomplaire « complaire » aconter « conter » adesirer « désirer » ... B.− Productivité 1. Le préf. est-il analysable? a) Dans la plupart des dér. mod., la base est facilement isolable. b) Plus rarement, le préf. est commutable quand il précède un rad. verbal : ac-céder (concéder, décéder) ac-clamer (déclamer, proclamer, réclamer) ac-corder (concorder) ac-crocher (décrocher) ac-cuser (récuser) af-fluer (confluer) Noter aussi : a-charner (décharner) ac-quérir (requérir) Rem. 1. Une telle distance sém. sépare cueillir de accueillir, que l'on préfère analyser ce dernier comme un dér. à préf. commutable accueillir − recueillir et non comme un composé du verbe cueillir. 2. Plus rarement le préf. précède un rad. qui, sans exister isolément, se trouve, par ailleurs, combiné avec des suff. : ac-célér-er dé-célér-ation célér-ité ac-cep-tion, ac-cep-ter dé-cep-tion con-cep-tion per-cep-tion ... ag-glutin-er dé-glutin-ation c) Nombre de créations en a- ne sont plus guère analysées de nos jours : accaparer accomplir acheter acquiescer adapter admirer affecter affrioler affubler agglomérer ajouter Subst. : ablution accastillage accointance admonestation adversaire affection 2. Le préf. est-il productif? Le préf. a- subsiste essentiellement dans les parasynthétiques de formation anc., dont plusieurs sont toutefois en voie de disparition : accourcir alentir apetisser assauvagir assoter (Il est souvent remplacé ou concurrencé par ra-, où r- a une valeur intensive : rabaisser, ralēntir, rabattre, raccrocher...). Comme néol., on ne relève que amocher < moche « rendre moche, abîmer ». A- est fortement concurrencé en fr. mod. par le préf. en-*, les suff. -ifier* et -iser* (cf. I). Ces derniers lui sont manifestement préférés par la lang. sc. et techn. Aussi les néol. en a-/ad- sont-ils très rares : accouver − accouvage adsorber (1907) calqué sur le rad. de absorber « retenir, fixer par absorption » alunir et amerrir ont été formés sur atterrir. La faible productivité du préf. semble due par ailleurs au regain de vitalité du a- privatif (cf. a-2). Particulièrement productif aux xixeet xxes., ce dernier est nettement motivé.
BBG. − Barbelenet (D.). Sur le sens moyen des composés avec ad en latin. In : [Mélanges Vendryès (J.)]. Paris, 1925, pp. 9-40. − Pottier (B.). Systématique des éléments de relation. Étude de morpho-syntaxe structurale romane. Paris, 1962, p. 62, 64, 325. − Wagner (R.-L.). Remarques sur la valeur des préverbes a- et en- (in-) en ancien français. In : [Mélanges Gamillscheg (E.)]. Tübingen, 1952, pp. 51-65. − Wagner (R.-L.). Verbes, préfixes et adverbes complémentaires en ancien français. In : [Mélanges Roques (M.)]. Paris, 1946, pp. 207-216.
Rem. Dans le verbe (s') attarder « se mettre en retard » (de base adj.) s'exprime une idée de temps.
Rem. 1. Nature gramm. de la base et du dér. 1. Les verbes constituent la part. la plus importante des créations en a-. Le préf. permet : a) Des formations parasynthétiques − Dont la base est un adj. : abâtardir abêtir abrutir acagnarder (s') (vieilli) accommoder accouardir (vieilli) accourcir (vieilli) acoquiner acquitter adoucir affadir affaiblir affermir affiner affoler affranchir affriander aggraver agrandir ajuster alentir (vieilli) allonger alourdir amaigrir amatir améliorer amenuiser amincir amoindrir amollir annuler anoblir apetisser (vieilli) aplanir aplatir appesantir approcher approfondir arrondir assagir assainir assécher assombrir assoter (vieilli) assauvagir (vieilli) assouplir assourdir assurer attendrir attiéder attrister aveulir avilir aviver, etc. − Dont la base est un subst. : accompagner accréditer affamer affiler affourager allaiter annoter apeurer approvisionner assoiffer b) Des formations où le préf. modifie une base verbale qu'on reconnaît aisément (battre, abattre), même si le verbe composé est sémantiquement éloigné du verbe de base (coucher - accoucher; mettre - admettre). c) Des formations issues de loc. dans lesquelles la prép. à est absorbée par le mot suiv. : accroire < faire à croire, laisser à croire affleurer < à fleur (de) 2. Moins nombreux que les verbes, les subst. préfixés en a-sont : a) Tantôt des dér. verbaux obtenus par suffixation − En -ment pour les verbes en -er : accommodement acoquinement affinement ajustement attristement ou en -issement pour les verbes en -ir inchoatifs : abâtardissement abêtissement − En -age : abordage achalandage acostage affilage amarinage arrivage (cf. arrivée) atterrage ou en -issage pour les verbes en -ir inchoatifs : amerrissage atterrissage − Plus rarement en -ation : aggravation amélioration annotation b) Tantôt des subst. obtenus par dériv. régr. (en synchr. : subst. d'action à suff. zéro) : accroc < accrocher acquit < acquitter affront < affronter (cf. cependant la différence de sens entre affront et affronter) annonce < annoncer atour < atourner (vieilli) c) Tantôt des subst. − héritage de l'anc. lang. − dont les verbes corresp. ont disparu : adent < adenter assentiment < assentir attrait < attraire (attirer) d) Intégrée au mot qu'elle précède, la prép. à fournit également qq. subst. : acompte adieu ajour aplomb D'autres subst. remontent à des loc. − Entièrement lexicalisées : (avoir) à faire > affaire (pleuvoir) à verse > averse (jouer) à tout > atout − Partiellement lexicalisées (cf. à) : à-coup à-peu-près à-côté e) Les formations subst. parasynthétiques à base adj. sont très rares : (ac)calm(ie) (cf. hist. de ce mot). (ap)proxim(ation) / (ap)proxim(atif) (cf. proximité) 3. Les dér. en a- peuvent être des adj. (formes en -ant, -ent) : adjacent(e) attenant(e) avenant(e) Noter aussi : aprioriste < a priori
Rem. 2. Fonction gramm. du préf. 1. Transitivité. − A qq. exceptions près, a- crée des verbes trans. :
a) Dans les verbes parasynthétiques à rad. adj. − qui constituent la partie la plus importante et la plus homogène des verbes préfixés en a- − la fonction essentielle du préf. consiste à établir une relation attributive entre l'adj. de base et l'obj. du verbe trans. préfixé ex. La maladie affaiblit le patient = « la maladie rend le patient faible ». b) C'est dans la série des parasynthétiques à base subst. que l'on trouve toutes les exceptions à la règle de la transitivité : aboutir alunir amerrir aponter atterrir En revanche : aborder aboucher acheminer acclimater accoster affronter aliter de la même série, sont des verbes trans. 2. Perfectivité. − Les verbes de formation parasynthétique préfixés en a- sont, sans aucune exception, des verbes perfectifs* :
A- est un préf. perfectivisant, comme en témoignent les couples verbaux suiv. :
Très rarement le verbe simple et le verbe dér. accusent la même modalité d'action : a) Verbes perf. :
b) Verbes imperf. :
Dans ce dernier cas cependant, l'idée de perfectivité est exploitée sur un plan sém. Sans modifier l'aspect du verbe de base, a- implique une finalité : attirer « tirer dans une certaine direction » Que ce soit au niveau gramm. ou au niveau sém., le préf. a-n'est jamais étranger à la not. de limite finale à atteindre.
| a + verbe intrans. | verbe trans. |
| a + faiblir | affaiblir |
| a + grandir | agrandir |
| a + maigrir | amaigrir |
| a + mollir | amollir |
| a + tiédir | attiédir |
| action | état résultant |
| aborder, | être abordé |
| affermir, | être affermi |
| mener | amener |
| | | | |
| être mené | être amené |
| (est uniquement un passif d'action) | (peut exprimer également le résultat d'une action) |
| | | | |
| battre | abattre |
| courir | accourir |
| languir | alanguir |
| porter | apporter |
| servir | asservir |
| siéger | assiéger |
| cumuler | accumuler |
| joindre | adjoindre |
| ranger | arranger |
| lécher | allécher |
| tirer | attirer |
Wiktionnaire
Français
Source : Wikitionnaire
Adjectif
| Singulier | Pluriel | |
|---|---|---|
| Masculin | abouti \a.bu.ti\
| aboutis \a.bu.ti\ |
| Féminin | aboutie \a.bu.ti\ | abouties \a.bu.ti\ |
abouti \a.bu.ti\
- Qui est terminé, qui frôle la perfection.
- Une œuvre aboutie.
- (Médecine) Qui a suppuré.
- Une tumeur aboutie.
Forme de verbe
| Voir la conjugaison du verbe aboutir | ||
|---|---|---|
| Participe | Présent | |
| Passé | (masculin singulier) abouti | |
abouti \a.bu.ti\
- Participe passé masculin singulier de aboutir.
- Nous venons de nous rematérialiser très près de la zone où a abouti Kilya, après son dernier transfert. — (Dan Dastier, Le règne d’Astakla, éditions Fleuve Noir, 2007, chapitre XIV)
Littré (1872-1877)
abouti, ie
(a-bou-ti, tie) part. passé.
- 1De grands desseins aboutis à peu de chose.
- 2Qui a suppuré. Une tumeur aboutie.
Étymologie de « abouti »
- Étymologie manquante ou incomplète. Si vous la connaissez, vous pouvez l’ajouter en cliquant ici.
Phonétique du mot « abouti »
| Phonétique | Prononciation | |
|---|---|---|
| La prononciation \a.bu.ti\ rime avec les mots qui finissent en \ti\. | ||
| France (Lyon) : écouter « abouti » |
|
|
| France : écouter « abouti » |
|
|
| Mulhouse (France) : écouter « abouti » |
|
Fréquence d'apparition du mot « abouti »
Source : GoogleTraductions du mot « abouti »
| Langue | Traduction |
|---|---|
| English | abouti |
| German | abouti |
| Spanish | abouti |
| Portuguese | abouti |
| Italian | abouti |
| Dutch | overi |
| Polish | abouti |
| Russian | abouti |
Synonymes de « abouti »
- aller
- arriver
- tomber
- finir
- parvenir
- réussir
- toucher
- tendre
- se terminer
- se jeter
- atteindre
- déboucher
- converger
- conduire
- affluer
- achever
- venir
- se diriger
- s'acheminer
- mener
- desservir
- confiner à
- accoster
- accomplir
- se dénouer
- s'achever
- faire du chemin
- avoir du succès
- aller jusqu'à
- accéder
- être couronné de succès
- accompli
- achevé
- complet
- fini
- parfait
- réussi
- terminé
Antonymes de « abouti »
Citations sur le mot "abouti"
Un travail est abouti lorsqu’il est parvenu à une simplicité suffisante pour être compris par tous et qu’il détient une vérité qui permet de répondre à une question de tout le monde.
Antoine de Saint-Exupéry
Le rêve, c'est le mot abouti de l'insomnie.
Fernando Pessoa
La beauté n'est pas le chiffon immaculé...
André Breton