ACQUÉRIR, verbe trans.
I.− Emploi trans. A.− [Le suj. du verbe désigne un animé pers.] 1. DR., langue commune. [Le suj. du verbe est un subst. animé ou à valeur coll.; l'obj. désigne un bien concr.] Devenir propriétaire d'un bien, à titre gratuit ou onéreux : 1. L'État permettra, facilitera même dans tous les sujets, le développement de l'industrie honnête, propre à chaque sexe, et l'emploi de tous les moyens naturels et acquis par lesquels tout homme puisse s'occuper, et toute famille acquérir quelque propriété. L.-G.-A. de Bonald, Législation primitive,t. 2, 1802, p. 87.
2. ... elle l'[la coiffe] avait ou achetée de ses deniers, ou trouvée dans son coffre de mariage, ou reçue de quelque galant, tous bons moyens d'acquérir des dentelles. Mais de quelque façon qu'elle les eût acquises, je vois seulement qu'elle en jouissait comme d'un de ces biens de fortune qu'on trouve et qu'on perd d'aventure et sur lesquels on n'a point de droit naturel. A. France, Les Opinions de Monsieur Jérôme Coignard,1893, p. 265.
Rem. Syntagmes fréq. : acquérir une rente, des richesses, un immeuble, une somme, une terre, un terrain, une marchandise, des biens.
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Emploi abs. : 3. Ils ne prévoyaient pas, ces vieux fondateurs du domaine de propriété, que le droit perpétuel et absolu de conserver son patrimoine, droit qui leur semblait équitable, parce qu'il était commun, entraîne le droit d'aliéner, de vendre, de donner, d'acquérir et de perdre :... P.-J. Proudhon, Qu'est-ce que la propriété?,préf., 1840, p. 185.
4. Tout être, par cela seul qu'il est lui et non un autre, possède ce que nous appelons l'individualité. Tant qu'il subsiste, il s'appartient; il peut croître ou décroître, perdre ou acquérir; il peut communiquer à autrui quelque chose de soi, mais non pas le soi-même. H.-D. Lacordaire, Conférences de Notre-Dame,1848, p. 51.
Rem. Dans ce dernier ex. on constate que l'acquisition peut avoir pour obj. n'importe quel bien, y compris les biens moraux.
2. Au fig. [Le suj. du verbe est un subst. animé ou à valeur coll.; l'obj. désigne un bien abstr., une qualité] Entrer en possession de ce bien, de cette qualité : 5. Une longue habitude de l'enseignement lui avait fait acquérir une grande clarté dans le style, et sinon le talent de beaucoup approfondir un sujet, du moins celui d'exposer très nettement les idées qu'il s'en était faites. A.-L.-C. Destutt de Tracy, Éléments d'idéologie, Logique, 1805, p. 130.
6. ... leur chef étoit un Bavarois, Weisshaupt, homme d'un esprit supérieur, et qui avoit très-bien senti la puissance qu'on pouvoit acquérir en réunissant les forces éparses des individus, et en les dirigeant toutes vers un même but. G. de Staël, De l'Allemagne,t. 5, 1810, p. 151.
7. « Chaque jour votre peuple se rend davantage digne de la liberté. Il acquiert chaque jour de l'énergie. Il paraîtra sans doute un jour avec gloire sur la scène du monde. E.-D. de Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène, t. 1, 1823, p. 539.
Rem. Syntagmes rencontrés : acquérir des notions, des données, un résultat, la gloire, un talent, une idée, une réputation, de l'empire sur qqn, de l'ascendant sur qqn, de l'influence, un crédit auprès de qqn, de l'expérience, la notoriété, de la raison, un renom, une alliance, la preuve, la certitude, l'assurance que, la conviction que, l'impression que, la confiance, de la sympathie, quelque autorité, une habitude, des facultés, la dignité, une personnalité, des dons, la tranquillité d'esprit, l'indépendance, la sagesse, une gamme de vertus, des défauts, des mérites, la ferveur, des qualités, la conscience, l'humilité, la faculté d'admirer, des connaissances, etc.
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Rare. Acquérir qqc. à qqn.L'aider à obtenir, lui procurer cette chose par un effort soutenu : 8. Que j'aime les héros dont je conte l'histoire! Et qu'à m'occuper d'eux je trouve de douceur! J'ignore s'ils pourront m'acquérir de la gloire; Mais je sais qu'ils font mon bonheur. J.-P.-C. de Florian, Fables,Le Savant et le fermier, 1792, p. 132.
3. Rare. [Le suj. et l'obj. désignent une pers.] Acquérir qqn.S'attacher quelqu'un, dont la sympathie et les services sont assurés : 9. − En somme, si elle se marie, « c'est qu'il n'y a pas d'autre carrière pour une fille ». Il lui faut un homme pour sortir, voyager; c'est un serviteur indispensable, un chambellan, un ordonnateur, un porte-respect. Sans doute, « l'état d'homme serait le plus agréable ». Ne pouvant acquérir l'état, on acquiert l'homme. H. Taine.Notes sur Paris,Vie et opinions de Monsieur Frédéric-Thomas Graindorge, 1867, pp. 203-204.
10. L'homme aux lèvres de bronze se retire. Quel était son but? Acquérir un ami à toute épreuve, assez naïf pour obéir au moindre de ses commandements. Lautréamont, Les Chants de Maldoror,1869, pp. 345-346.
B.− [Le suj. du verbe est une chose; l'obj. désigne une qualité] En venir à posséder cette qualité. Acquérir de l'importance. Devenir important. 1. [Le suj. est plus ou moins en rapp. avec la catégorie de l'animé; il désigne un attribut de l'homme, une de ses facultés, un produit de son travail,...] :
11. M. disait, à propos de l'utilité de la retraite et de la force que l'esprit y acquiert : « malheur au poète qui se fait friser tous les jours! » S. Chamfort, Caractères et anecdotes,1794, p. 173.
Rem. 1. Cet emploi est une ext. de l'emploi A 2, où il aurait pu figurer tout aussi bien. 2. Autres syntagmes relevés : une doctrine acquiert de l'importance; les jugements acquièrent du poids; les honneurs et les plaisirs acquièrent un grand prix; la médecine acquiert de l'influence; l'amour acquiert le charme de l'abandon, de nouvelles forces, etc.
2. Plus rare, littér. [Le suj. est sans rapp. immédiat avec la catégorie de l'animé] :
12. Le mur a peu d'épaisseur; mais il en acquiert davantage du côté des tours de Marboré, qui s'élèvent majestueusement au dessus de la porte... J. Dusaulx, Voyage à Barège et dans les Hautes-Pyrénées, t. 2, 1796, p. 174.
Rem. 1. Il s'agit dans cet emploi d'une espèce de personnification du suj. 2. Autres syntagmes relevés : les fibres acquièrent la dureté du fer; l'enveloppe pierreuse acquiert la dureté du granit; le fluide acquiert du mouvement; le liquide acquiert de la chaleur; le cylindre de pâte acquiert une longueur qui...; le fer acquiert la propriété de l'aimant; les saumons boucanés acquièrent la dureté du bois.
− En emploi absolu, vx. Devenir meilleur. Ce vin acquiert en vieillissant (Littré); ce vin acquiert (Ac.)
II.− Emploi pronom. (correspond à I A 1 ou, plus gén. à I A 2, rarement à I B) A.− Emploi pronom. réfl. 1. S'acquérir qqc.−
(Corresp. à I A 1). Devenir, par son action personnelle, propriétaire d'une chose matérielle : 13. − Mais, animal, lui criait le parrain, si ces choses n'existaient pas, tu serais maître forgeron comme moi depuis longtemps; tu te serais acquis du bien, tu pourrais vivre à ton aise. Erckmann-Chatrian, Histoire d'un paysan,t. 1, 1870, p. 30.
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(Corresp. à I A 2). Posséder, grâce à son action personnelle, un bien non matériel, une certaine qualité : 14. ... en donnant asile à Mohsèn et à sa compagne, il s'acquérait une belle réputation de générosité, ... J.-A. de Gobineau, Nouvelles asiatiques,Les Amants de Kandahar, 1876, p. 285.
2. S'acquérir qqn.S'attirer, par son action personnelle, les sympathies, gagner les services (de qqn). (Corresp. à I A 3) : 15. ... il se mêla à la conversation d'une manière discrète, mais qui indiquait en même temps le désir de nouer relation. (...). La tentation de s'acquérir des compagnons de route, désir qui poignait évidemment l'inconnu, me prit aussi, et je vis que Lanze n'y répugnait pas; j'engageai donc de plus près l'entretien, et je suis ravi de l'avoir fait, car notre nouvelle connaissance nous a fort aidés à passer aujourd'hui de bonnes heures. J.-A. de Gobineau, Les Pléiades,1874, p. 14.
B.− Emploi pronom. passif. Qqc. s'acquiert (par..., d'une certaine manière...). Devient la propriété ou la possession (par...) : 16. (690). Les servitudes continues et apparentes s'acquièrent par titre, ou par la possession de trente ans. Code civil,1804, p. 126.
Rem. Syntagmes fréq. : la propriété des biens, la qualité de..., ces notions, la science, les vertus, les qualités, les connaissances... s'acquièrent.
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [akeʀi:ʀ], j'acquiers [ʒakjε:ʀ]. Enq. : /akje2 ʀ, akeʀ-/. Conjug. s'enquérir. 2. Dér. et composés : acquéreur, acquêt, acquis, acquisitif, acquisition, acquisitivité, coacquéreur (cf. Rob.). Cf. quérir. 3. Forme graph. − Selon R. Thimonnier (Principes d'une réforme rationnelle de l'orthographe, 1968, p. 34), la graph. acq- est rég. : dans les verbes en [ak-] (cf. aussi acquitter), le 2ec se transforme normalement en qu devant é, i (p. oppos. avec les verbes en acc- du type accabler). 4. Hist. − Fér. Crit. t. I 1787 : ,,plusieurs auteurs écrivent aquérir``. Littré recommande de ne pas prononcer ,,a-krir comme en quelques provinces``. DG mentionne : ,,autrefois a-ke-rir [avec e « muet »]. Ac. ne met l'accent aigu qu'en 1762.``
Étymol. ET HIST. − 1148 acquerre, trans. « aller chercher, gagner (obj. animé) » (Prise d'Orange ds Guill. d'Orange, éd. Jonckbloet, 1627 ds T.-L. : Vos nos avez... Sus el palés aconduis et aquis); apr. 1174 id. « se procurer (obj. inanimé) » (Chron. d. Norm., éd. Fahlin, 627 : De lor païs erent mis fors Por metre en abandon lor cors, D'aquerre aveir, terre et vitaille); 1165 id. « gagner » intrans. (Chrét. de Troyes, Guill. d'Angleterre, éd. Wilmotte, 1963 : Si va gaaigner et aquerre En Flandres u en Engleterre); 1370 acquerir « id. » (Oresme, Politiques, fol. 17a ds Gdf. Compl. : Industrie d'acquerir par bataille est aucunement naturelle.) Acquérir (dep. 1370, cf. sup.) réfection par chang. de conjug. et sur le modèle de querre (xies.), quérir (fin xiiies.) de l'a. fr. aquerre, du lat. vulg. *acquaerere, forme recomposée du lat. class. acquīrere, forme apophonique (cf. formes en -qu(a)e- du lat. médiév. ds Mittellat. W., s.v., 122, 63-66); cf. a. fr. conquerre − m. fr. conquérir, enquerre − (s')enquerir, requerre − requerir (Rheinfelder, II, § 625). Lat. acquirere (dep. Cicéron, passim ds TLL s.v., 425, 32 « ajouter (à qqc.), obtenir qqc. (en plus) » au sens de « se procurer (obj. inanimé) ») dep. Sénèque (Epist., 95, 3, ibid., 426, 25 : divitiae per summum adquisitae sudorem), empl. fréquemment en ce sens comme terme jur. en b. lat. et en lat. médiév. (Mittellat. W. s.v., 123, 15-53); même sens avec obj. animé dep. époque impériale en relation avec servus, ancilla; empl. en lat. chrét. (cf. Ves. Faustus Reinsis, De gratia, 1, 11 ds TLL s.v., 427, 60 : adquisitus [Deo] homo), en lat. médiév. comme terme jur. « mander, aller chercher » (1076, Bertholdus, Annales, 285, 12 ds Mittellat. W. s.v., 124, 68 : induciae... pro acquirendis testibus ac defensoribus necessariae); intrans. dep. Sénèque (Dialogi, 9, 8, 3, ds TLL s.v., 427, 65 : tolerabilius... est... non adquirere quam amittere).
STAT. − Fréq. abs. litt. : 1 984. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 4 759, b) 1 770; xxes. : a) 1 788, b) 2 352.
BBG. − Bailly (R.) 1969 [1946]. − Bar 1960. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Caput 1969. − Dem. 1802. − Fér. 1768. − Foulq.-St-Jean 1962. − Goblot 1920. − Hanse 1949. − Julia 1964. − Lafon 1963. − Lal. 1968. − Lav. Diffic. 1846. − Le Breton Suppl. 1960. − Littré-Robin 1865. − Moor 1966. − Sommer Suppl. 1882. − Thomas 1956. − Spr. 1967.
ACQUIT, subst. masc.
A.− Action d'acquitter. 1. Vieilli. Action d'acquitter quelque chose (cf. acquitter I B) : 1. Faute par lui de fournir cette caution, les meubles sont vendus, et leur prix est déposé, ainsi que la portion non déléguée du prix des immeubles, pour être employés à l'acquit des charges de la succession. Code civil,1804, p. 147.
Rem. Le mot subsiste dans la lang. du fisc. Cf. en-tête des feuilles d'impôt adressées aux contribuables : Avertissement délivré par le Directeur des impôts pour l'acquit des impôts ci-après désignés (Impôts d'État établis au titre de 1968).
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Au fig. : 2. ... je ne serais pas du tout éloigné de croire que l'amour-propre et l'amour de l'art fussent tellement identifiés en lui, qu'il ne regardât comme l'acquit d'un devoir le bien qu'il fait dire de lui et le mal qu'il fait dire des autres. V. de Jouy, L'Hermite de la chaussée d'Antin,t. 4, 1813, p. 225.
2. Rare. Action d'acquitter quelqu'un (cf. acquittement A, acquitter I A). Rem. Encore signalé ds Littré, DG.
3. Locutions a) À l'acquit de..., en l'acquit de... À la décharge de, pour la libération de... : 3. L'obligation peut même être acquittée par un tiers qui n'y est point intéressé, pourvu que ce tiers agisse au nom et en l'acquit du débiteur, ou que, s'il agit en son nom propre, il ne soit pas subrogé aux droits du créancier. Code civil,1804, p. 223.
b) Vieilli. Par acquit de conscience (pour l'acquit de sa conscience). Sans conviction profonde et seulement pour libérer sa conscience de quelques scrupules : 4. En rentrant à Chantilly, je cherchai plutôt par acquit de conscience qu'avec conviction s'il était possible (...) de donner à mes attributions toute l'ampleur et toute l'autorité qui me paraissaient indispensables... J. Joffre, Mémoires,t. 2, 1931, p. 431.
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P. anal., vx. Par acquit de politesse : 5. Mmede Nittis, à laquelle je vais porter par acquit de politesse les lettres de mon frère, me reçoit avec ces paroles, entrecoupées par les petits rires d'une gaieté folichonnante :... E. et J. de Goncourt, Journal,avr. 1885, p. 450.
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Vx. Par manière d'acquit. Même sens : 6. Comme elle tenait négligemment la lettre de Léandre à la main, le marquis la rencontra et lui demanda par manière d'acquit, n'étant pas de sa nature un mari curieux, quel était ce papier qu'elle portait ainsi. T. Gautier, Le Capitaine Fracasse,1863, p. 128.
c) JEUX. Jouer à l'acquit. Dans une partie de plusieurs personnes, jouer entre ceux qui ont perdu pour déterminer celui qui paiera le tout. Rem. Attesté ds Ac. 1798, Ac. 1835, Besch. 1845, Littré, Quillet 1965.
− Au jeu de billard.Faire, donner un acquit (ou l'acquit). Donner le premier coup où l'on ne fait que placer sa bille, avec l'intention de rendre difficile le coup du joueur suivant.
B.− Attestation d'acquittement. 1. Dans certaines formules, telle que pour acquit, attestant l'acquittement : 7. Il s'étonnait que les caissiers s'occupassent des dispositions morales de leurs débiteurs et leur donnassent des notes comme en classe, lorsqu'un monsieur lui cria : « Datez! signez au dos! mettez : pour acquit! » J. Malègue, Augustin ou le Maître est là,t. 1, 1933, p. 366.
2. Pièce attestant l'acquittement : 8. Maman prie ton époux (avant son départ) de passer quai de la Mégisserie, dit de La Ferraille, no30, chez M. Vilmorin-Andrieux et Cie, marchands grainiers du roi, fleuristes et pépiniéristes, et de lui, ou de leur payer ou solder la somme de 16 fr. 90 c en demandant un reçu, ou acquit. G. Flaubert, Correspondance,suppl., 1845, p. 50.
3. Plus spéc. Pièce attestant l'acquittement de l'impôt indirect (contributions indirectes, douanes) : 9. Les congés ou acquits ne peuvent être pris qu'à la recette locale du lieu d'enlèvement, sauf exceptions autorisées par l'Administration (C. gén. imp., art. 443). Nouveau répertoire de droit, Paris, Dalloz, t. 2, 1963, s.v. impôts indirects, § 38.
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Acquit-à-caution.Pièce qui, délivrée (gén. sous caution) par l'administration des contributions indirectes ou des douanes, permet à son titulaire, sous certaines conditions, de faire circuler librement des marchandises soumises à l'impôt indirect : 10. Pour les enlèvements de vin, de plus de 20 hectolitres par congé, et en toute quantité par acquit-à-caution, si la déclaration n'est pas faite par le détenteur actuel des boissons, elle doit être accompagnée d'une attestation de ce dernier, confirmant la réalité de l'opération (C. gén. imp., art. 465). D'autre part, le conducteur doit être muni d'une expédition appropriée à la nature des boissons transportées (C. gén. imp., art. 443, 444 et 445). Le mot expédition s'applique aux différents titres de mouvement; il désigne : 1ole congé, délivré avec l'acquittement des droits; 2ol'acquit-à-caution (...) délivré moyennant l'engagement, souscrit par le demandeur et garanti par la signature d'une caution, d'acquitter l'impôt éventuellement exigible sur les objets transportés. L'acquit-à-caution est ordinaire ou recommandé (C. gén. imp., art. 557; Circ. min. 29 déc. 1900, no423); 3ole passavant, délivré pour accompagner les boissons circulant en franchise de droit, lorsque la fraude n'est pas à craindre; 4ole laissez-passer dans le cas où, l'impôt n'étant pas exigible, le fisc a néanmoins intérêt à suivre les boissons. Nouveau répertoire de droit, Paris, Dalloz, t. 2, 1963, s.v. impôts indirects, § 30.
− Autrefois, FIN. Acquit-patent.Brevet du roi scellé du grand sceau portant gratification de quelque somme d'argent, servant d'acquit et de décharge à celui qui devait en faire le paiement.
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Au fig. Qqf. acquit se rapproche sémantiquement de son homophone acquis, du verbe acquérir. Ainsi dans ces 2 ex. : 11. Les rapprochements seraient d'autant plus aisés à établir que l'un et l'autre de ces artistes ont illustré certains contes de Perrault, tels que la Barbe-Bleue et le Petit Chaperon Rouge. Doré, plus fantaisiste, plus dramatique, plus outré; Crane moins dissonant, plus simple, suivant la vérité pas à pas, introduisant toujours une atmosphère de réel même dans la féerie, puis, trouvant, comme dans la Barbe-Bleue, une sœur Anne, montée sur une tour et dominant un paysage, qui atteint une certaine grandeur d'allure inaccessible à M. Doré. Ajoutez encore l'intérêt ethnologique qui fait de ces albums pour enfants un régal pour les artistes et mettez en balance à l'acquit de M. Doré d'amusantes fantasmagories de campagne, des jeux de lumière comme au théâtre, une transposition de l'art du décor dans le dessin, et vous aurez les qualités les plus éloignées et l'interprétation la plus disparate des contes de Perrault. J.-K. Huysmans, L'Art moderne,1883, pp. 214-215.
12. Au surplus, je me sens, toutes choses bien pesées, vaincu d'avance dans cette épreuve d'entregent, d'astuce et de perfidie!... Avec quelles armes rivaliserais-je? Ne possédant aucune relation personnelle ou politique, parvenu presque au bout de mon rouleau, n'ayant ni fortune, ni parents, ne possédant pour tout atout dans mon jeu, que l'acquit des services rendus honnêtement, scrupuleusement, pendant vingt et deux années consécutives à la coccinelle, ma conscience irréprochable, ma parfaite probité, la notion très précise, indéfectible, de mes devoirs... Que puis-je attendre? Le pire évidemment!... Ce lourd bagage de vertus sincères me sera compté, j'en ai peur, plutôt à charge qu'à crédit, le jour où se règleront mes comptes!... L.-F. Céline, Mort à crédit,1936, pp. 318.
Rem. Acquit peut se rattacher sémantiquement à acquérir ou à acquitter. Ou bien, en effectuant le bilan, on s'aperçoit qu'il existe un solde positif (un acquis), ou bien on peut estimer que les services rendus libèrent moralement l'individu (l'acquittent); d'où l'hésitation entre « au crédit de » et « à la décharge de ».
Prononc. − 1. Forme phon. : [aki]. Enq. : /aki/. 2. Homon. − Homon. : acquis part. passé. du verbe acquérir; − Homon. et homogr. acquit (il) passé simple du verbe acquérir.
Étymol. ET HIST. − 1. a) xiies. comm. et fin. « paiement » (Doc. inéd. sur la Pic., IV, 8 ds Gdf. Compl. : l'acuit de le some); 1680 directement issu du précédent, le sens de « quittance, reconnaissance écrite d'un paiement » id., Rich. t. 1 : Aquit. Quittance, décharge, certificat que les marchandises ont paié les droits qu'elles doivent; 1723 pour acquit « formule employée pour certifier que le montant a été payé » id. (Savary des Bruslons, Dict. univ. de comm. : Parmi les négocians, veut encore dire quittance, reçû ou recepissé Payé à un tel par acquit du tel jour, c'est-à-dire sur sa quittance, reçû ou recepissé. Quand un banquier ou autre personne donne une lettre de charge échûë à un garçon pour aller recevoir le payement, il l'endosse en blanc, afin que le garçon puisse mettre le reçû au dessus de sa signature. Il faut observer toûjours en faisant ces sortes d'endossemens en blanc, de mettre au dessous de sa signature, ces mots : pour acquit); b) 1271 id. « droit payé sur une marchandise » (E. Boileau, Liv. des Mest., éd. Depping, 295 ds T.-L. : se hom achete... drap..., une piece ou deus ou trois, si ne donrra c'un aquit por tant [tout], por que il soit a un home); 1282 id. « id. » (Cart. de S. Wandr., fo307 ro, Arch. S.-Inf. ds Gdf. : Par quoi les devant diz sessante tonneaux de vin... ne s'en puissent passer tous jors en la forme devant dite quant il aront paié cel acuit); 1370 « droit de péage » attest. isolée (Stat. ann. 1370, t. 5, Ordinat. pag. 356, art. 6 ds Du Cange : Tous les travers, peages et Acquis, qui sont entre Paris et la mer, etc...); c) 1694 jeu (Ac. : Acquit, se dit aussi au jeu de Billard, pour dire, le premier coup que l'on joüe pour se mettre en passe. Faire un bon acquit, un mauvais acquit); 2. 1273 au fig. « garantie de la vérité de ce qu'on dit » attest. isolée (Berte, éd. Scheler, 902 ds Gdf. : A Saint Denis en France la ens ai mon acuit, Ou je trouvai l'estoire dedans un livre estruit); 1458 id. « action de s'acquitter d'une obligation » (Greban, Mist. de la pass., éd. G. Paris, 8867 ds Gdf. : J'entendz que lors feront l'acquit); apr. 1450 (?) pour l'acquit de sa conscience, fig. (Dialog. entre le maheustre et le manant, fo12 vods Gdf. Compl. : S. Paul dict qu'on obeisse a ses superieurs tels qu'ils soyent, non seulement pour la crainte qu'on doibt avoir d'eux, mais aussi pour l'acquit de sa conscience); 1559 par acquit de conscience, fig. (Amyot, Numa, 18 ds Littré : Par manière de descharge et acquit de conscience); 1609 par maniere d'acquit, fig. (St François de Sales, Vie dev., III, XXVI ds Gdf. Compl. : Ne parlez donc jamais de Dieu ny de la devotion par maniere d'acquit et d'entretien). Dév. de acquitter* I et II.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 227. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 318, b) 381; xxes. : a) 325, b) 293.
BBG. − Bailly (R.) 1969. − Bar 1960. − Barr. 1967. − Baudhuin 1968. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Blanche 1857. − Boucher 1835. − Bouillet 1859. − Bruant 1901. − Cap. 1936. − Comm. t. 1 1837. − Dupin-Lab. 1846. − Éd. 1913. − Fér. 1768. − Gay t. 1 1967 [1887]. − Hanse 1949. − Laf. Suppl. 1878. − Le Clère 1960. − Lemeunier 1969. − Lep. 1948. − Marcel 1938. − Math. 1967. − Réau-Rond. 1951. − Romeuf t. 1 1956. − Spr. 1967. − Vinc. 1910.