ASSISTANCE, subst. fém.
I.− Rare ou vieilli. [Correspond à assister à qqc.] Action d'assister à quelque chose. Synon. présence :1. Vous m'avez vu naître; vous avez vu mon enfance, l'idolâtrie de ma singulière création dans le château de Combourg, ma présentation à Versailles, mon assistance à Paris au premier spectacle de la révolution. Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 4,1848, p. 601.
2. Changeant de sujet, il commença de me fixer un emploi du temps : le matin, méditation dans la cellule, assistance à la messe capitulaire, ... Billy, Introïbo,1939, p. 98.
SYNT. Assistance quotidienne à la messe (Billy, Introïbo, 1939, p. 77); son assistance comme témoin (E. et J. de Goncourt, Journal, 1891, p. 12) et spéc. [En parlant d'un officier public, d'un ecclésiastique] on donna tant au commissaire pour son droit d'assistance; le droit d'assistance du curé (Ac. 1798); les chanoines ont un droit d'assistance aux enterrements, aux offices, etc. (Ac. 1835); messe avec assistance pontificale (avec présence de l'évêque).
Rem. Sens encore vivace au Canada : ,,L'assistance des enfants à l'école = la présence des enfants à l'école`` (Canada 1930).
−
P. méton., fréq. Ensemble des personnes assemblées en un lieu qui prennent part à quelque chose : 3. Pour ces diverses raisons, l'assistance est, en général, peu nombreuse, les dimanches ordinaires, même dans les paroisses les plus fréquentées. À partir de dix heures et demie, pour les messes tardives, la foule se pressera dans l'église. Mais, à présent, sauf un groupe assez compact autour de la chaire, voici des rangs entiers de chaises vides, et l'on compterait aisément les fidèles clairsemés. Coppée, La Bonne souffrance,1898, p. 96.
4. Et bien sûr, s'il n'existe plus de chrétienté, il existe des chrétiens que l'histoire de Rodrigue et de Prouhèze ne déroute pas. Mais ils ne sont plus assez nombreux pour constituer une assistance homogène : il n'y a plus de peuple fidèle. Mauriac, Journal du temps de l'occupation,1944, p. 357.
SYNT. Brillante assistance; assistance clairsemée; l'honorable assistance; assistance mondaine. Cf. assistance nombreuse et silencieuse (Loti, Le Mariage de Loti, 1882, p. 199).
−
Spéc., ordres relig., vieilli. ,,Dans quelques ordres religieux, se dit du corps des assistants qui composent le conseil de l'ordre (...). Il se dit aussi (...) par rapport aux différents États où les maisons de leur ordre sont situées, et par rapport à la première et principale division qu'ils en ont faite. L'assistance d'Italie (...). Il y a tant de provinces sous l'assistance d'Italie`` (Ac. 1835). Rem. Littré note ce sens à propos de la Compagnie de Jésus.
II.− [Correspond à assister qqn] Action d'assister quelqu'un. Synon. aide.A.− Rare. Action d'assister quelqu'un dans ses fonctions, sa tâche. Recourir aux conseils et à l'assistance de qqn (Hugo, Correspondance,1823, p. 374).−
Spéc., DR. ,,Présence, auprès d'un incapable faisant un acte juridique, d'une personne chargée par la loi de l'habiliter`` (Cap. 1936) : 5. (935). La donation faite à un mineur non émancipé ou à un interdit, devra être acceptée par son tuteur, conformément à l'article 463, au titre de la minorité, de la tutelle et de l'émancipation. Le mineur émancipé pourra accepter avec l'assistance de son curateur. Code civil,1804, p. 170.
B.− Action d'aider, de secourir quelqu'un : 6. III. Lorsque le gouvernement s'est assuré de la probité d'un étranger, il doit lui accorder protection et assistance, et se regarder comme remplaçant à son égard son gouvernement naturel, et même sa famille; ... Bonald, Législ. primitive,t. 2,1802, p. 105.
7. Il souffre d'une crise cardiaque peu grave, dit-on, mais qui exige des soins, l'assistance d'une infirmière. Bernanos, Journal d'un curé de campagne,1936, p. 1202.
8. Les œuvres d'assistance et de charité ne suffisent pas à secourir tous les malheureux qui pâtissent de la maladie et des privations. Faral, La Vie quotidienne au temps de st Louis,1942, p. 257.
SYNT. 1. Assistance mutuelle. Se devoir mutuellement fidélité, secours, assistance (Code civil, 1804, p. 40); implorer l'- de qqn; se prêter aide, secours et assistance. 2. Domaine relig. La divine assistance, l'- du saint Esprit (Boyer 1963); − aux mourants (R. Martin du Gard, Les Thibault, La Mort du père, 1929, p. 1255).
Rem. Relevé très rarement avec un inanimé : (Une pensée) qui se formule sans l'assistance des mots (Huysmans, En route, t. 1, 1895, p. 253).
C.− Secours (organisés), institution de secours. 1. Arg. et fam. Secours à un détenu, ,,panier contenant les secours destinés à un détenu`` (Esn. 1966) : 9. J'pouvais pourtant pas la laisser [détenue] comme ça, sans assistance. O. Méténier, La lutte pour l'amour,Ét. d'arg.,1891, p. 122.
2. DR., LÉGISL. SOC. : 10. Les dépenses vraiment communes et humaines, dépenses pour les travaux publics, pour l'instruction à tous ses degrés, pour l'assistance et l'assurance sociales, ne représentent encore qu'une faible fraction des budgets d'état. Jaurès, Ét. socialistes,1901, p. 176.
SYNT. Assistance éducative. ,,Ensemble des mesures permettant d'assurer la protection des enfants abandonnés ou en danger moral, pouvant aller jusqu'à la suppression des droits de la puissance paternelle`` (Lemeunier 1969). Assistance judiciaire. ,,Institution permettant à des plaideurs qui n'ont pas les ressources suffisantes d'obtenir gratuitement le concours d'un avocat et d'un avoué`` (Ibid.). Assistance (médicale gratuite). Qui ,,a pour objet de permettre aux malades manquant de ressources de recevoir les soins que nécessite leur état de santé, à domicile, chaque fois que cela est possible, dans le cas contraire dans un établissement hospitalier`` (Lafon 1963; Barrès, Mes cahiers, t. 9, 1911-12, p. 179). Assistance psychiatrique. ,,Ensemble des mesures prises pour soigner les malades mentaux et leur venir en aide au point de vue social`` (Porot 1960). Assistance publique. ,,Ensemble d'institutions publiques destinées à aider ou à recueillir des personnes qui, en raison de leur âge ou de leur état de santé, ne peuvent subvenir seules à leurs besoins. L'assistance publique comprend notamment un service qui s'occupe des enfants abandonnés en les plaçant à ses frais dans des familles`` (Lemeunier 1969).
−
[À propos d'une pers.] L'assistance chef : 11. Le rôle de l'assistance chef consiste principalement à veiller à une judicieuse répartition des secteurs géographiques, à guider l'action de ses collègues, les conseiller pour résoudre les cas difficiles, exploiter leurs rapports en vue de rechercher les améliorations nécessaires et les proposer au directeur départemental de la santé, assurer les liaisons avec les organisations privées, effectuer elle-même certaines enquêtes particulièrement urgentes et délicates, organiser des réunions d'information. Rapp., Protection maternelle infantile, Journal officiel, du 16 juill. 1952, p. 364.
3. INSTIT. INTERNAT. Assistance technique des Nations-Unies. ,,Aide financière et technique apportée par l'O.N.U. aux pays insuffisamment développés`` (Aquist. 1966); ,,programme des Nations-Unies pour le développement`` (Baudhuin 1968). Assistance internationale (Goldschmidt, L'Aventure atomique,/tit 1962, p. 126). Assistance nucléaire (Goldschmidt, L'Aventure atomique, 1962, p. 121).
4. MAR. Assistance maritime. ,,Secours donné par un navire à un autre navire en péril de se perdre`` (Barr. 1967).
PRONONC. : [asistɑ ̃:s].
ÉTYMOL. ET HIST. − 1. 1422 « aide, secours » (Alain Chartier, Quadrilogue invectif, éd. E. Droz, Paris, 1950, p. 47 : Neantmoins a eu la seigneurie mestier jusques cy de prince saichant et de assistence de gens qui aient savoir); 2. a) ca 1450 « action d'assister à qqc. » (Mist. Vieil Testament, éd. Rothschild, Paris 1878, t. 1, p. 12 : La me asseray par excellence Au siege de la Trinité, Et vous au tour, en asistence De ma gloire et felicité); b) p. ext. ca 1450 « ceux qui assistent à qqc. » (Ibid., t. 3, p. 419 : Honneur a la noble assistence, Saiges et prudens chevalliers). Empr. au b. lat. assistentia « aide » dep. le ives. (Ps. Augustin, Quaest. test., 115, Migne 35, p. 2351 ds TLL s.v., 898, 40); au sens 2, dér. de assister* étymol. 1; suff. -ance*.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 776. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 762, b) 650; xxes. : a) 1 420, b) 1 446.
BBG. − Aquist. 1966. − Bach.-Dez. 1882. − Barr. 1967. − Baudhuin 1968. − Bible 1912. − Bouillet 1859. − Bouyer 1963. − Canada 1930. − Cap. 1936. − Duch. 1967, § 44. − Dul. 1968. − Esn. 1966. − Foi t. 1 1968. − Gruss 1952. − Lacr. 1963. − Lafon 1969. − Lar. comm. 1930. − Lar. méd. 1970. − Lavedan 1964. − Le Clère 1960. − Lemeunier 1969. − Lew. 1960, p. 57, 97. − Littré-Robin 1865. − Marcel 1938. − March. 1970. − Méd. Biol. t. 1 1970. − Unesco 1956. − Porot 1960. − Réau-Rond. 1951. − Réau-Rond. Suppl. 1962. − Soé-Dup. 1906. − Suavet 1963. − Théol. cath. t. 1, 2 1909.
-ANCE, -ENCE, suff.
I.− Le dérivé est rattaché au verbe ou au participe correspondant A.− Le dérivé exprime l'action (« le fait de » + inf.) 1. Le suj. du verbe de base désignerait une pers., le fait que qqn s'accoutume, etc. : accoutumance « le fait de s'accoutumer, de s'habituer »
ignorance « le fait d'ignorer quelque chose »
négligence « l'action, le fait de négliger quelque chose »
résidence « le fait de résider habituellement en un lieu »
vengeance « l'action de se venger »
2. Le suj. du verbe de base désignerait une chose : alternance « le fait d'alterner (en parlant des éléments d'une série) »
convergence « le fait de converger »
émergence « le fait d'émerger (en parlant d'un rayon, d'un fluide) »
3. Le suj. du verbe de base désignerait une pers. ou une chose : alliance « le fait pour des personnes, des éléments de s'allier »
appartenance « le fait d'appartenir »
croissance « le fait de croître, de grandir »
naissance « le fait de commencer, d'apparaître »
résistance « le fait de résister »
B.− Le dérivé exprime le sujet de l'action (« celui qui » ou « ce qui » + verbe au prés. de l'ind.) 1. Le suj. du verbe de base désignerait des pers. : affluence « réunion d'une foule de personnes qui se portent au même endroit » (Rob.)
assistance « ceux qui assistent à... »
2. Le suj. du verbe de base désignerait des choses : apparence « ce qui apparaît d'une personne ou d'une chose »
appartenances (au plur.) « ce qui appartient à un bien immeuble » (Rob.)
différence « ensemble de caractères qui distinguent une chose d'une autre »
nuisance(s) « ensemble de facteurs de civilisation rendant la vie pénible »
C.− Le dérivé exprime le résultat de l'action (« ce/celui qui est » + part. passé passif; « ce/celui que l'on » + prés. de l'ind.) 1. Quand le verbe de base est un verbe trans., le dér. exprime l'obj. de l'action : connaissance « ce ou celui que l'on connaît »
croyance « ce que l'on croit »
ordonnance « prescription, ce qui est ordonné »
Cf. contenance « ce qui peut être contenu »;
remontrance « critique motivée et raisonnée »
2. Quand le verbe de base est intrans., le subst. marque l'état de ce (ou de celui) qui a subi l'action (« fait d'être » + part. passé) : déchéance « état de celui qui est déchu » Rem. Ds laitance « liquide sécrété par les glandes des poissons mâles », le sens primitif était « lait de poisson » (terme de cuisine) de l'anc. verbe lait(i)er « donner son lait »
D.− Le dérivé exprime les circonstances de l'action 1. La manière : apparence « manière dont une chose, une personne se présente »
contenance « manière de se tenir, de se présenter »
observance (observance stricte) « manière dont la règle est observée »
2. Le lieu : naissance « point, endroit où commence quelque chose »; naissance d'un fleuve
provenance « endroit d'où vient une chose »
résidence « lieu construit où l'on réside »
3. Le moment ou la période : échéance « date à laquelle expire un délai »
existence « période pendant laquelle quelque chose ou quelqu'un existe » (le reste de mon existence)
Renaissance « période historique allant du xivesiècle à la fin du xviesiècle »
vacances « période pendant laquelle on ne travaille pas »
II.− Le dérivé est rattaché à l'adjectif ou au substantif correspondant A.− À l'adjectif. − Le subst. en -ance/-ence exprime de façon abstr. la qualité désignée par l'adj. ou le part. adjectivé (« caractère de ce qui est ... » ou « de celui qui est ... ») : 1. Cette qualité peut s'appliquer à l'animé : bienveillance « qualité de celui qui est bienveillant »
élégance « qualité de ce/celui qui est élégant »
endurance « qualité de celui qui est endurant »
ignorance « état de celui qui est ignorant »
indigence « état de celui qui est indigent »
nonchalance « caractère de celui qui est nonchalant »
patience « qualité de celui qui est patient, qui persévère dans une activité sans se décourager »
prévoyance « qualité de celui qui est prévoyant »
suffisance « caractère de celui qui est suffisant »
tolérance « qualité de celui qui est tolérant »
2. Cette qualité peut s'appliquer à l'inanimé : consistance « état de ce qui est consistant »
contingence « caractère de ce qui est contingent »
prépondérance « qualité de ce qui est prépondérant »
succulence « caractère de ce qui est succulent »
urgence « caractère de ce qui est urgent »
3. Cette qualité peut s'appliquer à l'animé et à l'inanimé : importance « caractère de ce (ou de celui) qui est important »
indépendance « état d'une personne ou d'une chose indépendante »
insignifiance « caractère de ce (ou de celui) qui est insignifiant »
puissance « état de celui qui est puissant; caractère de ce qui est puissant »
transcendance « caractère de ce qui est transcendant »
B.− Au substantif. − Le subst. de base est le plus souvent un subst. qui désigne celui qui exerce une fonction, le dér. en -ance/-ence marquant alors cette fonction : gérance « fonction de gérant »
intendance « fonction d'intendant »
lieutenance « charge, office, grade de lieutenant »
présidence « fonction, titre de président »
régence « fonction, dignité de régent »
suppléance « fonction de suppléant »
Cf. aussi
vétérance « état de vétéran »
Le dérivé peut marquer en même temps 1. Il peut marquer en même temps la durée de cette fonction : gérance « durée des fonctions du gérant »
présidence « durée des fonctions d'un président »
régence « durée des fonctions d'un régent »
2. Il peut marquer en même temps le lieu où elle s'exerce : intendance « bureaux de l'administration d'intendance »
présidence « résidence, bureau(x) d'un président »
3. Il peut marquer en même temps l'ensemble des personnes qui exercent cette fonction (sens collectif) : intendance dans des expr. comme intendance militaire ou les services de l'intendance
maistrance « ensemble des officiers mariniers de la marine de guerre française »
Cf. aussi
ascendance « ensemble des générations de personnes d'où quelqu'un est issu »;
descendance « ensemble des descendants »
Rem. 1. Différentes signif. que peut prendre un même dér. a) Un même terme pourra être considéré à la fois comme un nom abstr. d'action (I) ou comme un nom abstr. de qualité (II), selon qu'il est rattaché de préférence à la signif. verbale ou à la signif. adj. de la base. Ainsi persévérance est à la fois « le caractère de celui qui est persévérant » et « le fait de persévérer ». Cf. de même : endurance, négligence, persistance, prévoyance, reconnaissance, tolérance. Il se peut aussi que le mot en -ance/-ence soit dérivable à la fois d'un verbe et du subst. corresp. en -ant (-ent) : présidence n'est pas seulement « la fonction du président », mais aussi « l'action de présider ». Suppléance est, en même temps qu'une fonction, « le fait de suppléer quelqu'un ». Dans surveillance seul le verbe surveiller est senti, et non le subst. surveillant. b) Un subst. d'action pourra correspondre à une seule ou à plusieurs des accept. énumérées supra (I). Une seule accept. : l'action (le fait de) (insistance, soutenance, transhumance); le suj. de l'action (« ce qui » + verbe au prés.) (convenance); le résultat de l'action (« ce qui est » + part. passé passif) (contenance, redevance, remontrance); le lieu (provenance); la période (échéance, vacances). Plusieurs accept. : action et suj. de l'action (assistance, influence...); action et résultat de l'action (espérance, négligence...); action et lieu de l'action (naissance, résidence); action et moment ou période de l'action (existence, renaissance); action, résultat de l'action, manière (observance).
Rem. 2. Les dér. appartiennent à une lang. spécialisée. Dans les cas où le subst. en -ance/-ence est en concurrence avec un autre subst. abstr., il a gén. un sens spécialisé : maintenance est réservé soit au « fait de maintenir à leur nombre normal des effectifs et du matériel d'une troupe au combat », p. oppos. à maintien, soit à l'entretien d'un ordinateur; observance est spécialisé dans le domaine relig., le lang. courant dit observation; partance pour départ est vieilli et ne s'emploie plus que dans l'expr. en partance; rémittence est employé en méd., rémission étant plus gén.; résilience est un terme de phys. et s'oppose à résiliation; soutenance est le « fait de soutenir une thèse de doctorat », soutien est le terme général; dominance désigne « le fait de dominer » quand il s'agit de choses, contrairement à domination qui s'applique toujours à des pers. et tend, de ce fait, à prendre un sens spécialisé dans le domaine scientifique « état d'un caractère dominant ». Les subst. en -ance/-ence sont fréq. dans les lang. techn. : mar. (partance, maistrance, cf. A. François, La Désinence -ance dans le vocabulaire français, 1939, p. 63), banque : (créance, échéance, quittance, usance, ibid.), dr. (instance, mouvance, survenance, ibid.), relig. (observance, recouvrance, repentance, ibid.); et surtout scientifiques : phys. (efficience, fluorescence, interférence, phosphorescence, radiance, réfringence...); bot. (arborescence, virescence), électr. (conductance, brillance, impédance), math. (congruence, équipollence, tangence), philos. (contingence, immanence, transcendance). Nombreuses formations en -ance ds l'arg. mod. : béquetance (bectance) « nourriture », de béqueter « manger » (ibid., p. 25); croustance « repas », de croûte « pain » (ibid.); cuistance « cuisine » (ibid.); galetance « gamelle », de galettière « plat à galette » (ibid.); rouspétance, d'apr. rouspéter; roustance, même sens que cuistance, de roustir « brûler » (ibid.).
Rem. 3. La finale -ance/-ence correspond dans le registre suffixal à la termin. part. -ant et à la finale adjectivale -ant/-ent; un mouvement de pensée identique sous-tend l'une et l'autre. Le propre de la flexion participiale étant de faire tendre le verbe vers la partie du discours adj., les formes en -ant se situent, selon les conditions du discours, à plus ou moins grande distance de la catégorie verbale proprement dite. En fonction d'appos., en partic. lorsque le compl. (surtout le compl. d'obj.), ou a fortiori le suj., se trouve exprimé, la forme est saisie à proximité du verbe (part.) : son interlocuteur ignorant ces faits, il...; ignorant ces faits, il...; persévérant dans ses efforts, il... En fonction d'attribut ou d'épithète, elle l'est à proximité de l'adj. (adj. verbal) : il est ignorant, persévérant; un homme ignorant, persévérant. Les part. en -ant se prêtent qqf. à la substantivation (un suppléant, un gérant, un penchant...). Il ne correspond pas (ou il ne correspond plus) toujours un verbe aux formes en -ant (élégant, bienveillant...). Les formes en -ent peuvent être des adj. (divergent, négligent...) ou des subst. (président) « verbaux », c'est-à-dire qui rappellent plus ou moins le verbe. Mais le plus fréquemment, elles appartiennent à la catégorie des adj. (adjacent, évident) ou des subst. (expédient, inconvénient), sans qu'il leur corresponde un verbe. Le suff. -ance suit un mouvement en tout point identique à la flexion -ant : saisi précocément, il fournit un subst. abstr. d'action (vengeance). Saisi tardivement, il fournit un subst. abstr. de qualité (persévérance); il se peut aussi qu'il corresponde à la forme en -ant substantivée (gérance). Lorsque le suff. -ence correspond à une finale -ent d'adj. « verbal », il fournit, à l'image de -ance, soit un subst. d'action (négligence < négliger « le fait de négliger »), soit un subst. de qualité (négligence < négligent « qualité de ce qui est négligé »). Il se peut aussi que -ence soit issu d'une forme en -ent subst. (présidence < président − présider). Dans les cas où il ne correspond pas de verbe aux formes en -ant/-ent, les suff. -ance/-ence prennent forcément la signif. adj. (bienveillance, indigence...).
Étymol. ET HIST. A.− Étymol. − Dès les plus anc. textes, on relève des subst. d'action tirés de part. prés., formation héritée du latin -(antia). Type : douter/doutant/doutance, oïr/oiant/oiance... A. François, La Désinence -ance dans le vocabulaire français, 1939, p. 8, no3 relève ainsi dès la toute première période (xieet xiies.) les mots suiv. qui ont survécu : abondance, accoutumance, alliance (alloiance), appartenance, arrogance, oïr/oiant/oiance... bienveillance, et malveillance, chance, concordance et discordance, connaissance (cunoisance), reconnaissance (reconuisance) et méconnaissance, contenance, convenance, créance, croissance, déchéance, défaillance, défiance, délivrance, enfance, espérance, ignorance, jouissance (joiance), naissance, outrecuidance, persévérance, puissance, quittance, repentance, souffrance, soutenance, substance, suffisance, vaillance, vengeance. ,,Il n'y a pas de doute que, malgré sa popularité, la formation mi-savante des mots en -ance, généralement abstraits, est l'œuvre des clercs, − clercs de toute espèce : ecclésiastiques, monastiques ou juristes. En témoignent la poésie et la prose.`` (Id., ibid., p. 8). La vitalité du suff. est telle en a. fr., qu'il vient à s'accoler à des bases nominales. Ainsi pitié ou piété devient pitance; vilté se change en viltance, vuitance, d'où aviltance. Plus tard apparaîtront bobance ou bombance (orig. incertaine). À partir du xiies., les formes en -ance et en -ement se doublent presque constamment : allegement-allegeance, attendement-attendance, decevement-decevance, delivrement-delivrance, ennuiement-ennuiance, errement-errance, desheritement-desheritance, delaissement-delaissance, meprisement-meprisance, demontrement-demontrance, naissement-naissance, parlement-parlance, recouvrement-recouvrance, sevrement-sevrance, signifiement-signifiance, soutenement-soutenance, ven gement-vengeance... (Id., ibid., p. 12). C'est tantôt l'un, tantôt l'autre des 2 termes qui l'a emporté. En revanche dans les cas de doublets -ance/-tion, c'est gén. le second qui a survécu : cf. assignance-assignation, décevance-déception, dérogeance-dérogation, agravance-agravation, démonstrance-démonstration, obligeance-obligation, pourveance-provision, récréance-récréation, sevrance-séparation, signifiance-signification... (Id., ibid., p. 13). Le suff. sav. -tion a un prestige qui n'a pas son rival. B.− Vitalité et productivité 1. Vitalité. − L'analyse est, en gén., facile, que la base soit a) Un part. prés. à valeur adj. (adj. verbal) : attir(ant), -ance; défaill(ant), -ance; endur(ant), -ance; exubér(ant), -ance; ignor(ant), -ance; méfi(ant), -ance; persévér(ant), -ance; prépondér(ant), -ance; répugn(ant), -ance; rutil(ant), -ance; tempér(ant), -ance; tolér(ant), -ance; Rem. Au lieu du part. il s'agit parfois d'un adj. en -ent correspondant à un verbe : adhér(ent), -ence; afflu(ent), -ence; coïncid(ent), -ence; différ(ent), -ence; diverg(ent), -ence; excell(ent), -ence; équival(ent), -ence; influ(ent), -ence; néglig(ent), -ence. b) Un adj. − En -ant : arrogant, -ance; bienfaisant, -ance; clairvoyant, -ance; élégant, -ance; intransigeant, -ance; pétulant, -ance; vigilant, -ance ... − En -ent : antécédent, -ence; clément, -ence; décent, -ence; déficient, -ence; indulgent, -ence; insolent, -ence; opulent, -ence; patient, -ence; véhément, -ence; virulent, -ence. c) Plus rarement un verbe (le part. prés. du verbe ayant une valeur proprement verbale) : accoutum(er), -ance; délivr(er), -ance; espér(er), -ance; ordonn(er), -ance; veng(er), -ance ... − Except. pour les dér. en -ence : confér(er), -ence; préfer(er), -ence. Rem. 1. On pourrait ajouter exig(er), -ence, exist(er), -ence si l'on considère que la graph. en -ant des adj. existant et exigeant les éloigne des subst. en -ence. 2. Le fr. mod. associe directement semence au verbe semer (malgré l'étymol. de semence < b. lat. sementia, plur. neutre de sementium, d'apr. le lat. class. sementis « semailles »). d) Parfois un subst. : gérant, -ance; intendant, -ance; lieutenant, -ance; président, -ence; régent, -ence; suppléant, -ance. Rem. 1. Suppléance pourrait aussi se rattacher aux formations du type c : supplé(er), -ance. 2. On a pu former un dér. en -ance sur vétéran en dépit de l'étymol. : veteranus d'apr. vetus, -eris. e) La base est repérable grâce à une commutation de finales : conduct-ance/conduction, induct-ance/induction, lumin-ance/ lumineux (lumière), perdit-ance/perdition, self-induct-ance/self-induction. audi-ence/auditeur, (in)expéri-ence/expérimenter. ou à l'anal. avec un mot voisin : précellence-excellence. Dans un certain nombre de cas cependant, où le radical ne sert pas de base à d'autres dérivés et où par conséquent la finale n'est pas commutable, les mots ne sont pas directement sentis comme des dér. − -ance : admittance, circonstance, clearance, créance, engeance, finance, garance, impédance, nuance, pitance, (contre-)performance, réluctance, remembrance, séance (cf. cep. sé-ant), substance, thermistance. − -ence : abstinence (cf. cep. s'absten-ir), cadence, calorescence, carence, circonférence, crédence, déshérence (cf. cep. déshér-iter), désinence, essence, licence, obédience, potence, providence, quintessence, ramescence, résipiscence, sapience, science, sentence (cf. cep. sent-iment « jugement »), séquence, subsidence, virescence. Rem. La différence de sens entre preste et prestance exclut le rapprochement entre ces 2 mots; l'abstr. corresp. à preste est prestesse « agilité » (Rob.). 2. Productivité. − -ance connaît une période de déclin en fr. classique, et on ne relève aucun mot nouveau au xviies. Mais il renaît dès le xviiies., surtout ,,par la récupération des mots vieux ou en train de vieillir (...)''. Certains sont recommandés par Marmontel dans son Discours sur l'autorité de l'usage (1785) : allégeance, souvenance, par l'abbé Féraud dans son Dictionnaire critique (1786) : advertance, nuisance, remembrance, enfin par la cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie en 1798 (préparée par Marmontel) : accointance, accoutumance, malveillance, apercevance...,, ``(A. François, La Désinence -ance dans le vocabulaire français, 1939, p. 18). Dans la Néologie de S. Mercier (1801), on relève les mots nouv. suiv. (toujours d'apr. A. François) : ayance, conspirance, fécondance, garrulance, inconsistance, obligeance, provenance, raisonnance. Les formations les plus récentes appartiennent d'abord aux lang. techn. (délinquance, fréquence, interférence, efficience, équivalence, impédance, conductance, inductance, réactance, réluctance, brillance, radiance...) ou arg. (cuistance, roustance...).
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Rem. Ds laitance « liquide sécrété par les glandes des poissons mâles », le sens primitif était « lait de poisson » (terme de cuisine) de l'anc. verbe lait(i)er « donner son lait »