Cambré
verbe
trans
Sommaire
Définitions de « cambré »
Trésor de la Langue Française informatisé
CAMBRER, verbe trans.
A.− Emploi trans.
1. Rare. [Le suj. désigne une pers., le compl. désigne une chose] Courber en arc. Cambrer la forme d'un soulier. Synon. arquer, cintrer.Il faut chauffer ce bois pour le cambrer (Ac.1798-1932).
− En partic., RELIURE. Cambrer les cartons, les plats. Cintrer légèrement les cartons des plats de façon à assurer la bonne fermeture du volume (cf. A. Maire, Manuel pratique du bibliothécaire, 1896, p. 299).
2. Fréq. [Le suj. désigne une pers., le compl. désigne son corps, une partie de son corps] Redresser le corps et le pencher légèrement en arrière en creusant les reins. Cambrer le (son) corps; cambrer la (sa) taille; cambrer la poitrine, le torse; cambrer le dos, les reins :
1. Et les filles des mains ont beau pour m'endormir Cambrer leur taille ouvrir les anémones de leurs seins ... Du bout du monde au crépuscule d'aujourd'hui Rien ne résiste à mes images désolées. Éluard, Donner à voir,Peintres, 1939, p. 190.
♦ [Avec une idée d'ostentation, de fierté, parfois de défi] Il [Charlus] cambrait sa taille d'un air de bravade, pinçait les lèvres, relevait ses moustaches (Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs,1918, p. 752).Dans le hall, plastronnant, cambrant la taille, il [Alban] demanda un verre de cognac (Montherlant, Les Bestiaires,1926, p. 529).
− En partic., CHORÉGR. Cambrer le corps, se cambrer. Exécuter une flexion du corps en avant ou de côté, la tête suivant le mouvement du buste (cf. M. Brillant, Problèmes de la danse, 1953, p. 94).
− P. anal. Cambrer le pied. Accentuer la ligne arquée du pied en creusant la voûte plantaire. Cambrant le pied, Elmire agitait le bout de son escarpin (Pourrat, La Tour du Levant,1931, p. 81).
− Rare. Cambrer qqn :
2. ... un beau danseur s'élança avant la fin du dernier couplet. Il préférait à une bergère de chanson, c'était visible, quelque grasse fille hanchue qu'il pouvait cambrer sous son bras agile : ... G. Guèvremont, Le Survenant,1945, p. 133.
B.− Emploi pronom.
Ne prenez surtout pas des skis trop durs et trop cambrés (...). Un cambre de 2 à 3 cm est suffisant (G. Joubert, J. Vuarnet, Savoir skier,Grenoble, 1963, p. 16).Il [Gautier] finit par prendre je ne sais quel air de férocité (...) qui mêlait en lui le fond sauvage d'un pacha de Janina à celui d'un ouvrier cambreur (E. et J. de Goncourt, Journal,1869, p. 508).Moulé dans un maillot de soie pâle, un acrobate (...) se renversait dans un cambrement de tout son être (J. Lorrain, Monsieur de Phocas,1901, p. 34).1. Pronom. passif, rare. [Le suj. désigne une chose concr.] Être infléchi, courbé en arc. Cette poutre commence à se cambrer (Ac.1798-1932).
2. Pronom. réfl. [Le suj. désigne une pers., son corps ou une partie de son corps] Se redresser en creusant les reins et en ramenant la partie supérieure du corps en arrière. Se cambrer en arrière. Un large plastron de linge immaculé, qui craquait sous l'effort continu de la poitrine à se cambrer en avant (A. Daudet, Le Nabab, 1877, p. 28); même en ses expansions si cordiales, sa taille frêle se cambre (Verlaine, Œuvres posthumes, t. 1, Souvenirs, 1896, p. 271); il [Renaud] se penche sur la bouche chaude de la petite fille qui se cabre et se cambre, pour s'offrir ou pour résister (Colette, Claudine à Paris,1901, p. 248).
Rem. On peut, lorsque le suj. gramm. désigne une partie du corps, ne pas le considérer comme agent de l'action − l'agent, non exprimé, étant la personne et ses facultés motrices − dans ce cas le verbe pronom. prend un sens passif.
♦ P. métaph. Se raidir, se réfugier dans une attitude hautaine ou orgueilleuse. Anaïs se cambrait dans ce qu'elle jugeait être sa supériorité (Aymé, Le Confort intellectuel,1949, p. 117).
♦ Spéc. [Le suj. désigne le pied] S'arquer en creusant la voûte plantaire. Dans cette prison molle [de souples mocassins], son pied se tendait, se cambrait, se sentait vivre (Gide, Les Caves du Vatican,1914, p. 822).
− P. anal., rare.
♦ [Le suj. désigne un animal] Se dresser en portant la cage thoracique en avant :
3. Cela l'amusait [Yves] beaucoup, en le regardant [le perroquet] de tout près, de tout près, dans les yeux, de le voir se retirer, se cambrer d'un air de dignité offensée, en dodelinant de la tête avec un tic d'ours. Loti, Mon frère Yves,1883, p. 68.
♦ [Le suj. désigne un avion en vol] Se redresser ou se cabrer. L'appareil s'est miraculeusement cambré, s'est presque remis en position de vol (R. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 732).
Prononc. et Orth. : [kɑ ̃bʀe], (je me) cambre [kɑ ̃:bʀ ̥]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. xiiies. pronom. « faire un détour, se détourner » (Mir. de S. Eloi, p. 110, Peigné ds Gdf.); 1530 « courber la taille en arrière » (Palsgr., p. 461 ds Gdf. Compl.); 1611 souliers cambrez (Cotgr.); 1680 (Rich. : Cambrer une soulié. Terme de cordonnier). Dér. de cambre « courbé, replié » (1350 [date du ms.], pic., Histoires tirées de l'Ancien Testament d'apr. FEW t. 2, 1, p. 164b, note 1 − 1611, Cotgr.), forme normanno-picarde de l'a. fr. chambre, 1204, G. de Dole, Vat. Chr. 1725, fo93eds Gdf., issu du lat. camur, camurus, « recourbé » attesté dep. Virgile ds TLL s.v., 222, 51. Fréq. abs. littér. : 86.
DÉR. [Correspondant à cambrer trans.] 1.
Cambrage, subst. masc.Action de cambrer (qqc.). Attesté ds la plupart des dict. gén. dep. Lar. 19e.Spéc. Travail de pressage qui donne au pantalon la forme déterminée par sa coupe (d'apr. A. Gendron, Le Métier de tailleur, culottières, 1927, p. 34). − [kɑ ̃bʀa:ʒ]. − 1reattest. 1867 (Lar. 19e); de cambrer, suff. -age*.
2. Cambre 1,subst. fém., technol. Synon. de cambrure.Attesté ds la plupart des dict. gén. dep. Littré. − Seule transcr. ds Land. 1834 et Littré : kan-br'.− 1reattest. 1751 (Encyclop. t. 2); déverbal de cambrer.
3. Cambre 2,subst. masc., sp. Intervalle maximum atteint entre la partie centrale de deux skis placés semelle contre semelle. Ne prenez surtout pas des skis trop durs et trop cambrés (...). Un cambre de 2 à 3 cm est suffisant (G. Joubert, J. Vuarnet, Savoir skier,Grenoble, 1963, p. 16).Attesté ds Rob. Suppl. 1970; au fém. ds Gautrat Ski 1969.− [kɑ ̃:bʀ ̥] − 1reattest. 1963 (G. Joubert, J. Vuarnet, loc. cit.); déverbal de cambrer.
4. Cambreur, subst. masc.,cordonn. Ouvrier qui donne leur cambrure aux cuirs des chaussures. [Présenté comme personnage fruste] Il [Gautier] finit par prendre je ne sais quel air de férocité (...) qui mêlait en lui le fond sauvage d'un pacha de Janina à celui d'un ouvrier cambreur (E. et J. de Goncourt, Journal,1869, p. 508).Mét. 1955 enregistre l'existence du mot dans le travail de la reliure : ,,Ouvrier qui forme le pli du cuir du dos à la charnière des plats.``− [kɑ ̃bʀ œ:ʀ]. − 1reattest. 1838 (Ac. Compl. 1842); de cambrer, suff. -eur2*. − Fréq. abs. littér. : 1. [Correspondant à cambrer pronom.]
5. Cambrement, subst. masc.Action de se cambrer. Moulé dans un maillot de soie pâle, un acrobate (...) se renversait dans un cambrement de tout son être (J. Lorrain, Monsieur de Phocas,1901, p. 34).− [kɑ ̃bʀ əmɑ ̃]. − 1resattest. 1637 « action de cambrer » (Monet, Abr. du parallèle des lang. françoise et latine, Rouen); 1803 « état d'une chose courbée, d'où éboulement de terre » (Boiste); de cambrer, suff. -ment1*.
CAMBRÉ, ÉE, part. passé et adj.
I.− Part. passé de cambrer*.
II.− Adjectif
A.− [En parlant d'une chose, d'une pers.]
1. [D'une chose concr.] Qui a une forme courbe. Synon. arqué, cintré.Un vrai pont du moyen-âge fortement cambré (Nerval, Rhin et Flandre, 1852, p. 254); un corset maladroit, trop raide et pas assez cambré (Colette, Claudine à Paris,1901, p. 161).
2. [D'une pers., de son corps ou d'une partie du corps] Qui est arqué et redressé, voire tendu. Se tenir cambré; buste cambré, reins cambrés. Les mains petites et effilées, les pieds menus et cambrés (Soulié, Les Mémoires du diable,t. 2, 1837, p. 216).Mes talons sont trop hauts / Ma taille trop cambrée (Prévert, Paroles,1946, p. 117):
1. Mais elle était devenue bien belle, Fatou-Gaye. Quand elle marchait, souple et cambrée, avec ce balancement de hanches que les femmes africaines semblent avoir emprunté aux grands félins de leur pays. Loti, Le Roman d'un Spahi,1881, p. 190.
− En partic. [Avec une idée de fierté et/ou de provocation] La silhouette fière et cambrée de l'officier (Maupassant, Contes et nouvelles,t. 2, Le Lit 29, 1884, p. 256):
2. Quoique rien ne nécessitât une action si furibonde, Matamore, (...), arriva devant les chandelles et s'y planta dans une pose cambrée, outrageuse et provocante, de même que s'il eût voulu porter un défi à la salle entière. T. Gautier, Le Capitaine Fracasse,1863, p. 113.
− Emploi adv., fam. Ils jouent gonflé, cambré, musclé, ils jouent costaud les Écossais (Céline, Mort à crédit,1936, p. 312).
B.− P. méton. [En parlant d'un mouvement du corps] Saut cambré (cf. R. Vuillemin, Mémento d'éduc. physique et d'initiation sportive, 1941, p. 65).
− P. anal. Rythme cambré, mélodie cambrée (cf. E. Vuillermoz, Mus. d'aujourd'hui, 1923, p. 13).
− Emploi subst., CHORÉGR. Le, un cambré. Flexion du corps en arrière ou de côté, la tête suivant le mouvement du corps :
3. Les ports de bras debout se composent généralement de deux ports de bras en troisième suivis de deux ports de bras en cinquième et d'un cambré pour finir. A. Meunier, La Danse class.,1931, p. 219.
Fréq. abs. littér. : 118. Bbg. Thomas (A.). Nouv. essais de philologie française. Paris, 1904, p. 85.
Wiktionnaire
Français
Source : Wikitionnaire
Adjectif
| Singulier | Pluriel | |
|---|---|---|
| Masculin | cambré \kɑ̃.bʁe\
| cambrés \kɑ̃.bʁe\ |
| Féminin | cambrée \kɑ̃.bʁe\ | cambrées \kɑ̃.bʁe\ |
cambré
- Qui présente une cambrure, en parlant d'une partie du corps humain.
- Une taille cambrée, taille qui présente une concavité en arrière.
- Jambes cambrées, celles dont la courbure naturelle est exagérée, de sorte que les genoux sont distants l’un de l’autre quand les talons se touchent.
- On dit dans le même sens qu’un homme est cambré.
Cambrée à outrance, comme elle l’était pour accrocher son chapeau à cette patère placée très haut, elle déployait la taille superbe d’une danseuse qui se renverse, et cette taille était prise (c’est le mot, tant elle était lacée !) dans le corselet luisant d’un spencer de soie verte à franges qui retombaient sur sa robe blanche, une de ces robes du temps d’alors, qui serraient aux hanches et qui n’avaient pas peur de les montrer, quand on en avait…
— (Jules Barbey d'Aurevilly, Le Rideau cramoisi, 1874, réédition Gallimard, collection Folio Classique, page 48)
Forme de verbe
| Voir la conjugaison du verbe cambrer | ||
|---|---|---|
| Participe | Présent | |
| Passé | (masculin singulier) cambré | |
cambré \kɑ̃.bʁe\
- Participe passé masculin singulier de cambrer.
Littré (1872-1877)
cambré, ée
(kan-bré, brée) part. passé.
- Une taille cambrée, taille qui présente une concavité en arrière. Jambes cambrées, celles dont la courbure naturelle est exagérée, de sorte que les genoux sont distants l'un de l'autre quand les talons se touchent. On dit dans le même sens qu'un homme est cambré.
Étymologie de « cambré »
- Étymologie manquante ou incomplète. Si vous la connaissez, vous pouvez l’ajouter en cliquant ici.
Phonétique du mot « cambré »
| Phonétique | Prononciation | |
|---|---|---|
| France (Nancy) : écouter « cambré » |
|
Fréquence d'apparition du mot « cambré »
Source : GoogleTraductions du mot « cambré »
| Langue | Traduction |
|---|---|
| English | cambré |
| German | cambré |
| Spanish | cambré |
| Portuguese | cambré |
| Italian | cambré |
| Dutch | cambré |
| Polish | cambré |
| Russian | камбре |
Synonymes de « cambré »
Antonymes de « cambré »
Citations sur le mot "cambré"
Le corps cambré, en cadence comme en soumission, suffit.
Colette
Les bras cambrés en arrière, le menton en avant, les petits pas de côté : les jambes tournent comme des engrenages, les regards supérieurs aux actes, les petits cercles, les chevilles qui se croisent, les pieds sur la pointe... Il manque la musique.
Axel Kahn
Pour moi, l'érotisme est nécessairement lié à un certain style graphique, une chorégraphie, des jambes cambrées, une ballerine.
David Lynch