Cause

subst fém

Définitions de « cause »

Trésor de la Langue Française informatisé

CAUSE1, subst. fém.
I.−
A.− Affaire pour laquelle une action est intentée en justice et qui fait l'objet d'un procès. Une cause imperdable; juger une cause. Greffier, appelez la cause, et faites paraître l'accusée (Mérimée, Théâtre de Clara Gazul,1825, p. 138).Elle allait sans cesse assister aux audiences des tribunaux où se jugeaient les causes des pauvres (Montalembert, Histoire de ste Élisabeth de Hongrie,1836, p. 334).
Avocat sans causes. Avocat qui ne trouve pas d'affaires à plaider. Misérable plaidaillon! Avocat sans causes! Canaille! (Courteline, Un Client sérieux,1897, 1, p. 8):
1. Le jeune avocat sans causes, le jeune médecin sans clients, sont les deux plus grandes expressions du désespoir décent, particulier à la ville de Paris, ... Balzac, Le Cousin Pons,1848, p. 166.
Loc. adv. Avec, en (toute) connaissance de cause. Avec pleine connaissance de l'affaire. Au fig. :
2. ... faites-moi part des nouveaux événements qui vous ont rendu tant de gaieté, de manière à me procurer le plaisir d'y prendre part avec connaissance de cause. Nodier, La Fée aux miettes,1831, p. 167.
3. Mon rôle ne sera jamais que de recevoir et de bénir le vœu que vous allez prononcer, pourvu que ce soit en toute connaissance de cause, après réflexion et librement. Bernanos, Dialogues des Carmélites,1948, 4etabl., 13, p. 1684.
B.− P. méton. Le procès lui-même ou les débats* auxquels il donne lieu (souvent envisagés du point de vue de la défense de l'accusé ou d'une des parties engagées dans le procès). Une grande cause criminelle était à l'ordre du jour des Assises (Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes,1847, p. 522).Nous sentions ce murmure d'une cause gagnée dans l'auditoire (E. et J. de Goncourt, Journal,1853, p. 99):
4. La séance est levée, Messieurs, dit le président, et la cause remise à la prochaine session. L'affaire doit être instruite de nouveau et confiée à un autre magistrat. A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 2, 1846, p. 678.
SYNT. Cause civile, criminelle; cause d'appel; gagner, perdre une cause; remise* de cause.
1. Expr. La cause est entendue. Les débats sont clos. La cause est entendue, répondit le président du tribunal. Nous rendrons le jugement à huitaine (Champfleury, Les Bourgeois de Molinchart,1855, p. 217).Aux Assises, la cause fut vite entendue (Renan, Souvenirs d'enfance et de jeunesse,1883, p. 51).
Au fig. Et notre ami Lachaume, ajouta-t-il en changeant de ton pour bien signifier que la cause était entendue, comment va-t-il? (Druon, Les Grandes familles, t. 2, 1948, p. 187).
2. Locutions
a) Loc. verbales
Avoir, obtenir gain de cause. Gagner (le procès) :
5. Des Juifs de l'État-Major ont découvert qu'après avoir obtenu gain de cause dans l'affaire Dreyfus, nous n'abandonnions pas le colonel Picquart. Clemenceau, Vers la réparation,1899, p. 246.
Au fig. Obtenir, après un minimum de lutte, ce qu'on demande; obtenir l'avantage. Elle se servit, comme toutes les femmes, de l'amour qu'elle inspirait pour avoir gain de cause (Balzac, César Birotteau,1837, p. 20).Après un combat sévère, les opposants eurent gain de cause (J. Meynaud, Les Groupes de pression en France,1958, p. 14).
Avoir cause gagnée. Vieilli. Même sens : Obtenir, après un minimum de lutte, ce qu'on demande; obtenir l'avantage. Si le plus subtil de ses adversaires en est réduit à des inventions aussi lamentables, le mysticisme a cause gagnée (Bremond, Hist. littér. du sentiment relig. en France,t. 4, 1920, p. 587).
Donner gain de cause (à qqn). Déclarer (à l'issue d'un procès) le bien fondé d'une plainte, d'une requête, etc. :
6. − Eh! bien, le procès? lui cria-t-on. − Gagné! répondit le vicaire-général... L'arrêt vient de nous donner gain de cause sur tous les points, et réforme le jugement de première instance... Balzac, Albert Savarus,1842, p. 6.
Au fig. Accorder à quelqu'un, après délibération, ce qu'il demande :
7. Les progrès substantiels réalisés par la France dans le domaine de l'arme atomique, (...), devraient lui donner gain de cause dans cette importante négociation à venir... Goldschmidt, L'Aventure atomique,1962, p. 253.
Être en cause (anton. être hors de cause). Être partie au procès :
8. Il faut que vous sachiez d'abord qu'aucun de nous n'est coupable. Il s'agit d'une coïncidence, d'un concours de circonstances. Juridiquement, vous n'êtes pas en cause... Camus, Les Possédés,adapté de Dostoïevski, 1959, 3epart., 16etabl., p. 1089.
Au fig. Être en question. Voici notre règle : quand nos droits ne sont pas en cause, souffrir de bon cœur; quand la justice et nos droits sont en cause, nous défendre (Montherlant, Port-Royal,1954, p. 992):
9. Il ne semblait point que le hasard fût là en cause, au moins qu'il fût en cause seul. R. Amadou, La Parapsychologie,1954, p. 278.
Cela est hors de cause. Il n'en est pas question.
Mettre (qqn) en cause. Le faire citer dans un procès. Au fig. a) S'en prendre à; mettre en question. Mettre en cause la morale, la religion, les valeurs traditionnelles. La veille, Sixte-Quenin avait mis en cause l'honorabilité du ministre de la Guerre (Aragon, Les Beaux quartiers,1936, p. 433).b) Incriminer. La gourmandise d'Olivier ne pouvait être mise en cause (R. Rolland, Jean-Christophe, Antoinette, 1908, p. 843).Il était certain que la valeur des troupes ne pouvait pas être mise en cause (JoffreMémoires,t. 1, 1931, p. 259).
Loc. substantivées. Mise* en cause (ou hors de cause); remise* en cause.
Remettre* en cause.
Mettre (qqn) hors de cause. Déclarer qu'il ne doit pas être partie au procès; déclarer qu'il n'est pas incriminable :
10. Esterhazy est renvoyé devant un conseil d'enquête qui, pour tous les faits à propos desquels il a été acquitté ou mis hors de cause, lui infligera peut-être une punition disciplinaire. Clemenceau, Vers la réparation,1899, p. 95.
Au fig. a) (Le) laver de tout soupçon. b) Fam. Faire abandonner une entreprise, une activité :
11. Dès l'an II, les traits essentiels de sa campagne d'Italie se trouvaient tracés : mettre le Piémont hors de cause, conquérir la Lombardie, puis, négligeant la péninsule, marcher sur Vienne. G. Lefebvre, La Révolution fr.,1963, p. 480.
b) Loc. adv.
En tout état de cause. Quel que soit l'état du procès. La prescription peut être opposée en tout état de cause (Ac.1835-1932).
Au fig. Quoi qu'il en soit, de toute manière; dans tous les cas. On peut à bon droit souligner le rôle, en tout état de cause, important des innovations surtout techniques (J.-A. Lesourd, C. Gérard, Hist. écon.,t. 1, 1968, p. 142):
12. Je considère, pour ma part, que le problème de la gestion des entreprises nationales n'est pas encore résolu, qu'il faut lui trouver des solutions originales et qu'en tout état de cause rien n'empêche de donner à ceux qui auront la charge de cette gestion une formation plus exactement appropriée à leurs fonctions. C. Pineau, La S.N.C.F. et les transp., fr.,1950, p. 19.
En désespoir de cause. En dernier recours. Lui-même, suivant la route opposée, tâchait d'arriver à Poitiers pour se réfugier, en désespoir de cause, dans la basilique de Saint-Hilaire (Thierry, Récits des temps mérovingiens,t. 1, 1840, p. 302):
13. Nous demandons également l'amnistie pour celles qui, victimes du régime, ont eu recours, en désespoir de cause, à la pratique de l'avortement clandestin. R. Biot, Politique de la santé publ.,1933, p. 47.
II.−
A. Les intérêts de l'accusé ou d'une des parties en litige. Plaider* la cause de qqn.
Loc. Pour les besoins de la cause. Dans l'intérêt de la partie qu'on défend. Au fig., souvent avec une nuance péj. Il ne faudrait pas en conclure que cette seconde expérience a été faite pour les besoins de la cause (V. d'Indy, Cours de compos. mus.,t. 1, 1897-1900, p. 98).
B.− P. ext. Parti ou ensemble d'intérêts ou de principes d'intérêt général, qu'on s'attache à soutenir, à faire triompher. Si la patrie vous est chère, et si l'intérêt de l'humanité vous touche, osez embrasser la cause de la liberté (Proudhon, Qu'est-ce que la propriété?1840, p. 347).Les grandes causes demandent des hommes supérieurs, de nobles cœurs, de grandes âmes (Amiel, Journal intime,1866, p. 276):
14. ... les « États-Unis et la Grande-Bretagne étaient d'accord pour que Madagascar fût restituée à la France dès que l'occupation de cette île ne serait plus essentielle pour la cause commune des Nations-Unies ». De Gaulle, Mémoires de guerre,1954, p. 205.
SYNT. a) La cause publique; la cause du peuple, de la liberté, de la religion. b) Une bonne, une noble, une sainte cause; une mauvaise cause; une cause honorable. c) Défendre, servir, soutenir, trahir une cause; embrasser, épouser une cause; combattre pour sa cause; gagner qqn à sa cause.
Locutions
Faire cause commune avec qqn. Épouser les intérêts de quelqu'un (en l'aidant); s'associer avec lui dans l'action Je ne pourrais pas me résoudre à faire cause commune avec lui contre toi (Mmede Staël, Lettres de jeunesse,1787, p. 186).Une partie des fellahs ou paysans musulmans sujets des Francs avaient fait cause commune avec l'ennemi (Grousset, L'Épopée des croisades,1939, p. 100).
Prendre fait et cause pour qqn. Prendre son parti (en le soutenant).
Prononc. et Orth. : [ko:z]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Mil. xiies. fere la cause de « assumer l'affaire de, faire droit à » (Psautier de Cambridge, psaume 139, verset 13, éd. Francisque-Michel, p. 249); 1165-70 « affaire, procès » (B. de Ste Maure, Troie, 5466 ds T.-L.); 1606 causes d'appel (Nicot); 1718 être en cause, mettre en cause (Ac.); 1797 donner gain de cause (Gattel); 1816-24 en désespoir de cause (Chateaubriand, Mél. pol., p. 90); 2. 1465 p. ext. « intérêts (en partic. d'une pers.) » (Farce de Pathelin, éd. R. T. Holbroock, 1075, Paris, 1929, p. 56); fin xves. cause perdue (Coquillart, Poésies, éd. Charles d'Héricault, Paris, 1857, t. 2, p. 138); xviies. prendre fait et cause (Mmede Sévigné ds Dochez, Nouv. dict. de la lang. fr., Paris, 1860); 1787 faire cause commune (Mmede Staël, loc. cit.); 1814-48 les besoins de la cause (Hugo, Correspondance, p. 277). Empr. au lat. class. causa « procès, affaire judiciaire » et « intérêts de quelqu'un, de quelque chose ».
CAUSE2, subst. fém.
I.− [L'idée dominante est celle d'orig., de principe] PHILOS.
A.− Ce qui fait que des choses ou des êtres sont. Dieu est cause des êtres (Gilson, L'Esprit de la philos. médiév.,1931, p. 77):
1. ... l'athée qui, dominé, subjugué par la présence de l'effet, avoue à son propre insu, la nécessité de la cause, suppose la matière comme cause du monde physique, et le peuple ou l'homme comme cause du monde social. Bonald, Essai analytique sur les lois naturelles de l'ordre soc.,1800, p. 241.
2. ... l'univers doit tout savoir, puisqu'il connaît les causes, étant lui-même la cause sans cause, de toutes les causes. Maeterlinck, L'Autre monde,1942, p. 24.
Par antonomase. Dieu. [L'âne, à l'homme :] Et tu ne consens pas à l'univers, s'il est Comme l'a fait la Cause et non comme il te plaît (Hugo, L'Âne,1880, p. 326).
Cause suprême, universelle. Dieu :
3. ... le monde fut regardé comme Dieu ou comme cause suprême et universelle de tous les effets qu'il produit, et dont l'homme fait partie. Dupuis, Abr. de l'orig. de tous les cultes,1796, p. 2.
Spécialement
Cause première. ,,Celle qui agit par elle-même, indépendamment de toute autre cause`` (Foulq.-St-Jean 1962). Ô toi! Cause première à qui l'effet remonte, Aux yeux de Lucifer voile mon flanc si nu (M. Rollinat, Les Névroses,Le Fantôme du crime, 1883, p. 5):
4. Si Dieu est absolu, il n'est pas cause première : une idée de cause implique, en effet, une relation de cause à effet. Si, cherchant à tourner l'obstacle, on suppose qu'il existait par lui-même avant d'être cause et créateur, il cesse d'être infini, car l'infini suppose tous les modes d'existence possibles et simultanés. Estaunié, L'Empreinte,1896, p. 267.
Cause seconde. Celle qui agit sous la dépendance d'une autre cause. Dieu laisse agir les causes secondes (Ac.1835-1932).
SYNT. Cause efficiente*, extrinsèque*, intrinsèque*, occasionnelle*, suffisante*; lien, rapport, relation de cause à effet.
B.− Cause finale. Ce qui a pour origine la fin recherchée :
5. Né d'une cause finale, l'univers est nécessairement imprégné de finalité, c'est-à-dire que l'on ne saurait en aucun cas y dissocier l'explication des êtres de la considération de leur raison d'être. Gilson, L'Esprit de la philos. médiév.,1931, p. 107.
II.− [L'idée dominante est « ce qui rend compte des conditions de l'existence ou de la nature d'une chose; ce qui permet de comprendre »]
A.−
1. Ce qui produit ou occasionne quelque chose. Jamais il n'y eut de nobles effets d'une cause vicieuse (MmeCottin, Claire d'Albe,1799, p. 223).Il souffrait sans connaître la cause de son mal (Sandeau, Mllede La Seiglière,1848, p. 313).Tout martyre est pour le grand homme une cause de génie (J.-G. Prod'homme, Les Symphonies de Beethoven,1921, p. 462):
6. ... je la voyais souvent triste sans qu'elle m'expliquât jamais le sujet de ses tristesses, autrement que par une cause physique. A. Dumas Fils, La Dame aux Camélias,1848, p. 195.
7. ... la haine lente, inconsciente, s'aggrava entre Lise et Françoise. Leur bonne tendresse de jadis en arrivait à une rancune sans raison apparente, qui les heurtait du matin au soir. Au fond, la cause unique était l'homme, ... Zola, La Terre,1887, p. 306.
SYNT. a) Une cause apparente, déterminante, directe, fortuite, immédiate, profonde, occulte. b) Descendre des causes aux effets; rechercher les causes d'un échec.
Locutions
a) Loc. verbales
Avoir pour cause :
8. ... il arrive d'ordinaire qu'une génération fait peu de cas de ce pourquoi la génération précédente a donné sa vie. Ces variations ont pour cause l'incertitude de nos idées sur le but à atteindre et sur la fin ultérieure de l'humanité. Renan, L'Avenir de la sc.,préf., 1890, p. XVI.
Être cause de.Causer, provoquer. C'est toi qui es cause de ma folie, c'est toi aussi qui en es le remède (Hugo, Lettres à la fiancée,1822, p. 221).Messieurs, vous serez cause de ma ruine (E. et J. de Goncourt, Journal,1858, p. 549):
9. Je sais que l'argent est cause de tous les maux qui désolent nos sociétés si cruelles et dont nous sommes si fiers. A. France, Le Petit Pierre,1918, p. 59.
Être cause que.Être responsable de ce que. Cela est cause que j'ai tâtonné si longtemps (Gide, Les Faux-monnayeurs,1925, p. 1098):
10. Je vous avouerai, Madame, que je ne puis vous aimer, car vous serez cause que mon fils mourra de la poitrine. Stendhal, Lucien Leuwen,t. 3, 1836, p. 301.
11. Le choc de l'arrêt en gare de Nevers fut cause que l'ivrogne, de la banquette où il gisait, roula sur le plancher. Romains, Les Copains,1913, p. 95.
b) Loc. prép.
À cause de.
Du fait de. On la croyait moins vieille, à cause de ses cheveux bruns (Flaubert, Trois contes.Un Cœur simple, 1877, p. 64).On ne pouvait laisser les fenêtres ouvertes, à cause du bruit (R. Rolland, Jean-Christophe,Antoinette, 1908, p. 865).
,,Pour l'amour de, en considération de`` (Ac. 1835-1932). À cause de lui; à cause de cela (Ac. 1835-1932).
Pour cause de (+ subst. de l'inanimé sans article, désignant le plus souvent des événements ou des phénomènes fréquents).En raison de. 229. Le mari pourra demander le divorce pour cause d'adultère de sa femme (Code civil,1804, p. 43).Ce proviseur est un digne prêtre, il m'a conseillé de retirer mon petit fantassin pour cause de santé (Balzac, Le Médecin de campagne,1833, p. 253):
12. Je me rappelle distinctement (...) la visite du médecin, les sangsues qu'on me mit derrière l'oreille, l'inquiétude de ma mère, et la bonne congédiée pour cause d'ivrognerie. G. Sand, Histoire de ma vie,t. 2, 1855, p. 152.
SYNT. Expropriation pour cause d'intérêt public; (en parlant d'un magasin, d'une entreprise commerciale, etc.) fermé pour cause de décès, d'inventaire. Fermé pour cause de première communion (Maupassant, Contes et nouvelles, t. 1, La Maison Tellier, 1881, p. 1183).
c) Loc. conj., vieilli. À cause que.Parce que :
13. Si les choses nous apparaissent en songe plus grandes, plus belles, plus touchantes ou plus terribles, c'est à cause qu'elles y sont mesurées à la puissance d'un sentiment délivré des liens de la raison. Milosz, L'Amoureuse initiation,1910, p. 138.
2. Principe qui inspire une action, ce en vue de quoi on fait quelque chose; visée qui est à l'origine de. Synon. mobile, motif, raison :
14. ... pourquoi le frère tuait-il ainsi le frère? jeppo. − Je ne vous le dirai pas. La cause du meurtre est tellement abominable, que ce doit être un péché mortel d'en parler seulement. Hugo, Lucrèce Borgia,1833, I, part. 1, 1, p. 10.
15. Peut-être cette jeune fille [Sara] avait-elle été compromise par quelque cause provenant de l'avidité de sa mère (...) elle avait l'air si candide... Nerval, Les Illuminés,1852, p. 205.
Sans cause. Sans raison, sans motif. C'étaient des épanchements sans fin, des gaietés sans cause (Flaubert, L'Éducation sentimentale,t. 1, 1869, p. 69).Vous tâcherez de combattre ses tristesses sans cause (Gobineau, Les Pléiades,1874, p. 300).
Loc. interjective. Et pour cause. Avec raison; pour un motif légitime. Quant à la couleur qui est partie de la peinture, vous faites semblant de la mépriser, et pour cause (E. Delacroix, Journal,1856, p. 12).
DROIT
Avantage recherché, motif qui est à l'origine d'un contrat. Cause d'un contrat, d'une obligation. 1131. L'obligation sans cause, ou sur une fausse cause, ou sur une cause illicite, ne peut avoir aucun effet (Code civil,1804, p. 204).
Loc. adv. À ces causes. Pour ces motifs; ,,en considération de ce qui vient d'être exposé`` (Ac. 1835-1932).
3. GRAMM. Complément* circonstanciel de cause.
B.− Dans le domaine des sc. expérimentales.Ce qui, en tant que condition constante et nécessaire, a pour corrélation la production d'un phénomène. La même cause produit toujours le même effet :
16. [il s'agit de] saisir dans toutes les circonstances qui accompagnent la production du phénomène celle qui constitue réellement son déterminisme et qui doit être appelée sa cause prochaine. C. Bernard, Principes de méd. exp.,1878, p. 4.
Cause adéquate. Celle qui fournit une explication suffisante :
17. ... les traces cérébrales et les autres dispositifs corporels ne sont pas la cause adéquate des phénomènes de mémoire; ... Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception,1945, p. 472.
Rem. On rencontre ds la docum. le subst. fém. causabilité. Synon. de causalité. J'ai détruit les principes de causabilité et de finalité, et quatorze doctrines philosophiques (Aymé, Brûlebois, 1926, p. 172).
Il n'est pas d'effet sans cause (J. Boucher de Perthes, De la création,t. 2, 1838-41, p. 317).
Prononc. et Orth. : [ko:z]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1170 latinisme causa « raison, motif » (Rois, 37 ds T.-L.); 1174 être cause de qqc. (G. de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, 5975, ibid.); 1348 à cause de (Coutumes Lille, éd. Roisin, p. 382); xvies. à cause que (Calvin, Instit., II, p. 100 ds Hug.), réputé vieilli ds Lar. 19e; 1690 causes d'opposition (Fur.); 1740 agir en connoissance de cause (Ac.); 1803 pour cause d'adultère (Chateaubriand, Génie du Christianisme, t. 2, p. 558); 2. ca 1360 philos. « principe, origine de quelque chose » (Oresme, Eth., 21 ds Littré [en parlant de Dieu]); xvies. cause efficiente, finale (Calvin, Instit., 616 ds Littré). Empr. au lat. class. causa « cause, motif, raison » terme de philos.; spéc. au sens de « la cause première » ds la philos. stoïcienne; employé chez les aut. chrétiens en parlant de Dieu (St Augustin, ds TLL s.v., 663, 2).
STAT. − Cause1 et 2. Fréq. abs. littér. : 21 768. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 38 142, b) 26 744; xxes. : a) 27 098, b) 29 405.
BBG. − Duch. 1967, § 12.1. − Gall. 1955, p. 416. − Gottsch. Redens. 1930, p. 242, 329. − Kulakova (S. A.). Le Processus de formation des loc. prépositives de cause. Leningradskij gos. pedagogiceskij institut im A. I Gercena. Ucenye zapiski. 1959, t. 112, pp. 79-90 [Cr. Vildé-Lot (I.). Fr. mod. 1965, t. 33, pp. 309-310]. − La Ménardière (C. de). Le Fr. tel qu'on le parle. Fr. R. 1971, t. 44, p. 710. − Lutaud (O.). Translation, trad., tradition. Empr. lex. au premier radicalisme angl. In : COLLOQUE DU CENTRE DE LEXICOL. POL. 1968. 26-28 avr. St-Cloud. Cah. lexicol. 1968, t. 13, no2, p. 58. − Rog. 1965, pp. 106-107, 135. − Vernay (H.). Zu raison und cause im 16. Jahrht. Z. rom. Philol. 1962, t. 78, pp. 470-472.
CAUSER1, verbe trans.
A.− [L'effet est exprimé par le compl. d'obj. seul, ou par le suj. agent de la forme passive du verbe] Les gelées causent de grands dégâts (Ch. Maurain, La Météor. et ses applications,1950, p. 163):
1. ... j'ai vu plusieurs fois des opérés mourir le troisième ou le quatrième jour après une opération qui avait causé une perte de sang considérable. A. Nélaton, Élémens de pathol. chir.,t. 1, 1844, p. 10.
2. Au contraire de la plupart des hommes, prêts à soulager tous les chagrins du monde fors ceux qu'ils causent eux-mêmes, il voulait qu'elle souffrît le moins possible. Montherlant, Les Lépreuses,1939, p. 1467.
[À la tournure passive] La gale est causée par un acarien (Quillet Méd.1965).
Rem. La relation de l'effet avec une pers. peut être exprimée par un compl. déterminatif ou un adj. poss. Causer la mort de qqn, causer sa mort :
3. ... les quatre ou cinq cents coups de bâton que tu réserves au cheikh de Médyk causeront infailliblement sa mort. Du Camp, Le Nil,1854, p. 149.
B.− [L'effet est exprimé par un compl. d'obj. premier complété par un compl. d'obj. second. (prép. à), qui indique le retentissement de l'effet sur une pers., ou plus rarement une chose]
1. [L'obj. second désigne une pers.; l'obj. premier désigne un désagrément physique ou moral éprouvé par cette pers.] Causer du chagrin, du mal à qqn :
4. ... il prétendait avoir un estomac délabré dont les douloureuses digestions lui causaient des insomnies continuelles; ... Balzac, Le Lys dans la vallée,1836, p. 195.
5. Je sais que vous avez participé ce matin à un de ces déjeuners d'orgie qu'il a avec une femme qui le déshonore. Vous devriez bien user de votre influence sur lui pour lui faire comprendre le chagrin qu'il cause à sa pauvre mère et à nous tous en traînant notre nom dans la boue. Proust, Le Côté de Guermantes 1,1920, p. 278.
Loc., rare. Causer (du) préjudice, (du) tort à qqn :
6. ... une peur, chez l'homme, d'être repris par sa passion, par sa « faiblesse », et, s'il revoit la femme, de lui causer tort. R. Rolland, Beethoven,t. 2, 1928, p. 541.
Rare. [L'obj. premier désigne un effet agréable] L'approbation de Votre Éminence me cause une joie précieuse (A. France, L'Orme du mail,1897, p. 8).
2. Rare. [L'obj. second. désigne une réalité vivante autre qu'une pers.] :
7. Parfois deux ou trois sangliers descendent de la montagne et causent quelques dommages aux récoltes. Bosco, Le Mas Théotime,1945, p. 149.
Rem. 1. Le caractère occasionnel [causer « occasionner »] ou nécessaire [causer « entraîner »] de la relation de cause à effet peut être exprimé par un adv. (cf. supra ex. 3 et 7). La relation nécessaire (princ. dans les cas A) ou habituelle s'exprime aussi par l'idée d'intemporalité ou de répét. habituelle jointe au temps verbal (cf. supra ex. 2 et également Ch. Maurain, loc. cit.; Quillet Méd. 1965). 2. On rencontre ds la docum. a) Le part. prés. adj. causant, ante. Qui est cause. L'individualité humaine doit, d'après cette induction très scientifique, à mon sens, doit augmenter par la mort, c'est-à-dire nous faire passer à des conditions plus divines (plus actives, productives, efficaces et causantes). Nous sommes visiblement ici des commencements, des fœtus de la vie à venir. Tout montre que nous y marchons (Michelet, Journal, 1849, p. 652). b) L'adj. causateur, trice. Qui est capable de produire un effet. Vertu, force causatrice. La volonté est une puissance causatrice (Cousin, Hist. de la philos. du XVIIIes., 1829, p. 235). c) L'adj. causeur, euse. Qui est cause de. Mâles inutiles et causeurs de troubles conjugaux (F. Vidron, La Chasse en plaine et au bois, 1945, p. 63).
Les choses, dit Machiavel, procèdent gradatim, et le temps, qui dévoile la causation, est le « père de toute vérité » (Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien,1957, p. 104).
Prononc. et Orth. : [koze], (je) cause [ko:z]. Ds Ac 1694-1932. Étymol. et Hist. Ca 1275 « produire, être à l'origine de » (J. de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 16881); rare av. le xvies. (cf. Delboulle ds R. Hist. litt. Fr., t. 4, pp. 297-298). Dér. de cause* « raison, motif »; dés. -er.
DÉR.
Causation, subst. fém.Action de causer; rapport de cause à effet. Les choses, dit Machiavel, procèdent gradatim, et le temps, qui dévoile la causation, est le « père de toute vérité » (Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien,1957, p. 104). Seules transcr. ds Besch. 1845 et Littré : kô-za-sion. 1reattest. 1829 philos., rapport de production, de causation (Cousin, Hist. de la philos. du XVIIIes., 19eleçon, p. 246); de causer1, suff. -(a)tion*. Fréq. abs. littér. : 11.
CAUSER2, verbe.
I.− Emploi intrans.
A.− S'entretenir familièrement avec une ou plusieurs personnes de manière spontanée et en prenant son temps. Le soupirant attitré mais platonique de madame, causait tout bas avec elle dans un coin (Maupassant, Contes et nouvelles,t. 1, La Maison Tellier, 1881, p. 1202).Staline et moi, assis l'un près de l'autre, causâmes à bâtons rompus (De Gaulle, Mémoires de guerre,1959, p. 73):
1. Je cause avec lui d'autant plus volontiers que c'est presque tout le temps lui qui parle. Gide, Journal,1905, p. 155.
SYNT. Causer amicalement, familièrement, gaiement, gentiment, gravement, librement, longuement, sérieusement, vivement; causer à son aise, avec animation; causer ensemble; causer un brin; causer au coin du feu; le besoin, le désir, le plaisir de causer; l'art de causer; savoir causer; avoir l'occasion de causer avec qqn.
1. Causer de qqc. (avec qqn).S'entretenir de quelque chose plus ou moins longuement (avec quelqu'un). Causer de littérature, de musique, de poésie, de politique; causer d'affaires, de voyages. Après le dessert, on causait des mille riens de la journée (Zola, Thérèse Raquin,1867, p. 45).Tu peux causer de bien des choses avec lui; il est très « au courant » (Gide, Correspondance[avec Valéry], 1893, p. 192).
Loc., fam.
Causer de choses et d'autres, de choses indifférentes. S'entretenir familièrement de sujets divers au hasard de la conversation. Nous... passons aisément notre soirée au coin du feu. Là, on cause de choses et d'autres (É. Augier, Théâtre complet,t. 4, préf., 1876-77, p. XI).Nous causâmes de choses indifférentes pendant une heure environ (Billy, Introïbo,1939, p. 8).
Causer de la pluie et du beau temps. S'entretenir familièrement de choses sans grand intérêt.
2. Rare. Causer sur qqc. (avec qqn).S'entretenir de quelque chose (avec quelqu'un). Wallstein s'était enfermé avec Séni et causait sur l'astrologie (Constant, Wallstein,1809, p. 194).
B.− P. ext., pop. et fam.
1. Parler. Causer à mi-voix, à voix basse, à voix haute, tout bas. Je causerai devant vous (j'ai presque dit avec vous), Messieurs, de toutes ces choses (Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littér. sous l'Empire,t. 1, 1860, p. 35).Cause toujours, tu m'intéresses (Courteline, La Conversion d'Alceste,La Cinquantaine, 1895, p. 217):
2. Celui qui s'en va sous la nue, Triste et pâle comme un linceul, Gesticulant, la tête nue, L'œil farouche et causant tout seul; ... Cet homme a la Céphalalgie. M. Rollinat, Les Névroses,1883, p. 300.
Causer à qqn, en causer à qqn.Tout en se causant, il [Durtal] avait arpenté une longue allée qui conduisait au bout de la clôture (Huysmans, En route, t. 13, 1895, p. 299).Je voulais en causer à leur maître d'hôtel (Proust, Le Côté de Guermantes1, 1920, p. 23).
Causer en + subst. désignant une langue, un dialecte, etc.Causer en français, en anglais, en patois. Ils se mirent à causer en allemand. Le petit baragouinait, d'une façon incorrecte (R. Rolland, Jean-Christophe, La Nouvelle journée, 1912, p. 1499).
2. Parler avec énergie. Joseph d'Arimathée n'avait pas peur d'aller trouver les puissances. De causer aux puissances (Péguy, Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc,1910, p. 130).
Emploi abs. :
3. Il [Joseph d'Arimathée] savait parler. Il savait causer. Évidemment c'était un homme qui savait causer. Il n'avait pas peur de causer. Péguy, Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc,1910, p. 130.
Loc. Trouver à qui causer. Rencontrer une vive opposition. S'il se mêle de mes affaires, il trouvera à qui causer (Dub.).
3. Péj. Parler beaucoup, souvent pour ne rien dire.
Loc. fam.
C'est assez causé! Assez causé! Cessons de parler, maintenant il faut agir. À cette heure, assez causé! déclara le cocher; il faut aller prévenir la dame (J. et J. Tharaud, La Ville et les champs,1907, p. 114).
[Avec une nuance de vulgarité] Cause toujours! Il est inutile de parler, je ne t'écoute pas.
4. Bavarder de façon indiscrète, souvent médisante ou calomnieuse. Synon. jaser.Faire causer qqn. Ne lui dites que ce que vous voudrez que tout le monde sache, car il aime à causer (Ac.1798-1932).Un ancien huissier dont les allures bizarres font causer le département (Zola, Son Excellence E. Rougon,1876, p. 292).Son long corset de demoiselle, qui faisait beaucoup causer les gens, par sa tournure parisienne (Loti, Pêcheur d'Islande,1886, p. 58).
Causer de/sur qqn (avec qqn).Allons, adieu, l'on finirait par causer de nous si nous causions davantage (Balzac, Le Cabinet des antiques,1839, p. 70).Le Zèphe s'est mis à causer sur mes beaux-parents. Juliette pouvait l'entendre presque aussi bien que moi (Aymé, La Jument verte,1933, p. 289).
En partic. Révéler ce qui était gardé secret. Obéissant à un subit et irrésistible désir de causer, de tout dire (...) il [le criminel] parla (O. Méténier, La Lutte pour l'amour,1891, p. 119):
4. Écoutez, Vitalis, dit celui-ci... (Garofoli) il ne faut pas faire le méchant et me menacer de causer, parce que, de mon côté, je pourrais bien causer aussi. H. Malot, Sans famille,1878, p. 321.
II.− Emploi trans. [Le compl. non prép. est un obj. interne]
A.− [L'obj. désigne la matière, le suj. de l'entretien]
1. Fam., rare. Causer + subst. actualisé par un art. ou un adj. poss.Dire (qqc.) sur le ton familier de la causerie. La parole du professeur, debout parmi eux [les élèves], allant de l'un à l'autre, causant sa leçon (Zola, Travail,t. 2, 1901, p. 210):
5. M. de Fontanes, qui s'en tenait aux anciens, s'irritait surtout qu'on en vînt à causer comme de la prose le beau vers racinien un peu chanté. Sainte-Beuve, Portraits littér.,t. 2, 1844-64, p. 272.
2. Usuel. Causer + subst. non actualisé.Avoir pour sujet d'une conversation. Causer littérature, musique, politique; causer affaires; causer chiffons. Vous reviendrez me voir et nous taillerons de bonnes bavettes, puisque vous aimez à causer sociologie (P. Bourget, Nos actes nous suivent,1926, p. 131).
Rem. On rencontre ds la docum. la loc. vieillie causer raison. Parler le lang. de la raison. Je voulais causer raison avec toi (...) De grâce, Renée, écoute-moi (Zola, Renée, 1887, V, 8, p. 400).
B.− [L'obj. désigne une lang., un parler] Pop. ou fam.
1. [L'obj. est un subst. actualisé par un art. ou un déterminatif] Être capable de s'exprimer dans une langue. Ne causant pas la langue anglaise, j'avais tout le temps de m'amuser l'œil (Céline, Mort à crédit,1936, p. 277).
Emploi pronom. à sens passif. L'argot au bagne se cause peu, sauf par les nouveaux ou entre malfaiteurs récidivistes (A.-L. Dussort, Lettre à son frère,1929, dép. par G. Esnault, 1953, p. 2).
2. [L'obj. est un subst. non actualisé] S'exprimer effectivement devant quelqu'un dans telle langue que l'on connaît. Causons donc français et non franco-anglais (A.-L. Dussort, Des Preuves d'une existence,1927, dép. par G. Esnault, 1938, p. 95).Moi, je cause français à la vierge et elle me répond en latin (Claudel, La Rose et le Rosaire,Paris, Gallimard, 1947, p. 7).
Rem. gén. 1. Causer est un verbe qui, comme parler et à la différence de dire, s'emploie sans compl. d'obj. dir., sauf s'il s'agit d'un obj. interne (matière ou forme du lang.) cf. supra II. 2. La matière ou propos s'énonce cependant habituellement à l'aide d'un compl. prép. (habituellement de; plus rarement sur, cf. supra I A 2). Quand il s'agit de la lang. parlée effectivement (cas II B 2), la prép. en est usuelle (cf. supra I B 1). 3. Au sens de « s'entretenir familièrement » on se sert de la prép. avec pour introduire le partenaire de l'entretien. Lorsque causer signifie « parler », on introduit le destinataire par la prép. à ou les formes non prép. du pron. (lui, le, etc.). Citoyens et citoyennes de Blémont, on vous cause (Aymé, Uranus, 1948, p. 234). La prép. devant peut s'employer lorsqu'il s'agit d'un auditoire, d'une assemblée (cf. supra I B 1). 4. La tournure causer à qqn est gén. considérée comme incorrecte et n'est en usage que dans la lang. pop. ou très fam. Elle n'est attestée dans la lang. littér. que lorsque l'aut. veut suggérer une impression de familiarité. 5. On rencontre ds la docum. α) Le part. prés. adjectivé causant, fam. [En parlant de pers.] Qui cause, bavarde volontiers; qui aime à bavarder. Il y avait bien du monde à cet enterrement (...) Et les gens n'étaient guère causants (Aymé, La Jument verte, 1933, p. 191). P. méton. [En parlant d'une réunion de pers.] Où l'on cause, où l'on bavarde. Nous étions vingt-cinq à table (...) Dîner très bien servi, très causant (A. Daudet, Immortel, 1888, p. 146). β) Le néol. causoir, subst. masc. Pièce où l'on se tient pour converser. Un embryon d'antichambre précède une amorce de cabinet de travail; la chambre à coucher-salon... causoir atteint seule des proportions normales (Colette, Claudine en ménage, 1902, p. 236).
Causaillé tout en regardant la statue de Philibert Emmanuel (Barbey d'Aurevilly, 1erMemorandum,1838, p. 208).Après le déjeuner, on reçoit les lettres et les journaux, on lit, on causotte (L. Halévy, Carnets, t. 1, 1908, p. 226).
Prononc. et Orth. : [koze], (je) cause [ko:z]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1174 « faire comparaître quelqu'un en justice pour qu'il s'explique » (Garnier de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, 3135 ds T.-L. : Ne devez ... Nului de noz iglises ne des dismes causer), attest. isolée; ca 1265 pronom. « raisonner, s'expliquer » (La clef d'amors, éd. A. Doutrepont, 970); xives. trans. « id. » (Froissart, Chron., II, II, 239 Buchon ds Gdf.) − xvies. Carloix, ibid.; 2. 1572-73 [et non xiiies. Clef d'amors] « bavarder » (J.-A. de Baïf, L'Eunuque, II, 3 ds Hug.); xvies. « parler en mal de quelqu'un » (Id., ibid.; V, 2, ibid.); 1662 absol. « parler avec indiscrétion » (Molière, Ecole des Femmes, acte 2, scène 5); fin xviies. part. prés. adj. causant « qui aime à parler » (Mmede Sévigné ds Sommer, Sévigné, p. 130); 1805 p. ell. (Constant, Journaux intimes, p. 205 : Passé une heure à causer amour et fatuité avec MmeGay); 1835 causer de la pluie et du beau temps (Ac.). 1 est empr. au lat. class. causari « plaider, disputer », « alléguer, débattre des arguments » et « faire des objections pour gagner du temps »; la forme causatus de sens passif (Tertullien ds TLL s.v., 706, 67) suppose un causare attesté au vies. (Cassiodore, ibid., 706, 71); 2 est une création du fr. p. ext. de l'idée de « discussion traînant en longueur » implicite ds 1 : cf. le terme de formation pop. en a. fr. choser « blâmer » (1erquart du xiies. ds T.-L.) maintenu ds le norm. causer « blâmer » (Moisy).
STAT. − Causer1 et 2. Fréq. abs. littér. : 12 214. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 17 625, b) 24 386; xxes. : a) 20 384, b) 11 571.
DÉR. 1.
Causailler, verbe intrans.Converser familièrement de manière peu suivie sur des choses sans intérêt. Causaillé tout en regardant la statue de Philibert Emmanuel (Barbey d'Aurevilly, 1erMemorandum,1838, p. 208). 1reattest. 1838 id.; de causer, suff. -ailler*.
2.
Causoter, verbe intrans.Converser familièrement, de manière peu suivie. Après le déjeuner, on reçoit les lettres et les journaux, on lit, on causotte (L. Halévy, Carnets, t. 1, 1908, p. 226). Seule transcr. ds Passy 1914 : [kozɔte]. 1reattest. 1863 causoter (E. et J. de Goncourt, Journal, p. 1259); dimin. de causer2, suff. -oter*.
BBG. − Gottsch. Redens. 1930, p. 93. − Goug. Mots t. 2 1966, p. 63. − Intermédiaire des chercheurs et des curieux 1895, t. 32, col. 34, 176, 218; 1899, t. 40, col. 721; 1902, t. 45, col. 960; 1902, t. 46, col. 96, 267; 1904, t. 49, col. 542, 813, 932; 1904, t. 50, col. 39. − Quem.2es. t. 2 1971, p. 16. − Matoré (G.). Proust linguiste. In : [Mél. Wartburg (W. von)]. Tübingen, 1968, t. 1, p. 290. − Muller (C.). Fr. Monde. 1965, no32, pp. 55-56.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Nom commun

Singulier Pluriel
cause causes
\koz\

cause \koz\ féminin

  1. Ce qui fait qu’une chose est ou s’opère.
    • Une expression matoise parcourut le visage de l’homme aux lunettes noires sans qu’il me fût possible d’en deviner la cause. — (Francis Carco, Les Hommes en cage, Éditions Albin Michel, Paris, 1936, page 79)
    • Le relâchement du lien vassalitique est une des causes de la défaite finale du Midi et de son suzerain, le comte de Toulouse. — (Paul Gachon, Histoire du Languedoc, Boivin & Cie, 1941, page 89)
    • Le ciel règle souvent les effets sur les causes. — (Pierre Corneille, M. de Pomp., V, 2)
    • Nos sens, étant eux-mêmes les effets de causes que nous ne connaissons point, ne peuvent nous donner des idées que des effets, et jamais des causes ; il faudra donc nous réduire à appeler cause un effet général, et renoncer à savoir au delà. — (Georges Louis Leclerc, Théor. de la terre, 1er disc.)
    • L’homme aujourd’hui sème la cause, Demain Dieu fait mûrir l’effet. — (Victor Hugo, Crép., 5)
    • Oh ! que ne puis-je, instruit des principes des choses, Connaître les effets, approfondir les causes. — (Jacques Delille, Géorg., II)
  2. Ce qui produit ou occasionne, en parlant des personnes ou des choses.
    • Les anciens avaient justement montré le rôle de l’organisme vivant comme cause génératrice des maladies, les éléments extérieurs en étant les causes provocatrices. — (Joseph Grasset, Traité élémentaire de physiopathologie clinique, tome 2, Éditions Coulet, 1911, page 13)
    • Cet événement fut cause ou la cause de son bonheur. Mes affaires sont cause que je ne puis sortir. Être cause, ou la cause involontaire, innocente d’un malheur.
    • Il fut cause de la perte de tous les siens. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Historique, III, 5)
    • Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes. — (Bossuet, Extrait d’un Sermon)
  3. Raison, sujet, motif.
    • Vous connaissez la cause qui m’a fait agir. Je désire savoir pour quelle cause… Quelle était la cause de leur voyage ? Pour une cause légère. Sans cause. Non sans cause.
    • Assurez-vous sur lui qu’il en a juste cause. — (Pierre Corneille, Poly., I, 3)
    • Quand le malheur ne serait bon Qu’à mettre un sot à la raison, Toujours serait-ce à juste cause Qu’on le dit bon [le malheur] à quelque chose. — (Jean de la Fontaine, Fabl., VI, 7)
    • Mon malheur est parti d’une si belle cause ? — (Jean Racine, Mithr., IV, 2)
    • De sa mort en ces lieux la nouvelle semée Ne vous a pas vous seule et sans cause alarmée. — (Jean Racine, ib., V, 4)
  4. (Droit). Cause d’une obligation, avantage moral ou matériel que se propose le contractant : dans le contrat à titre onéreux, l’équivalent de l’obligation de l’autre partie ; dans le contrat à titre gratuit, la bienfaisance.
  5. Sous-jacent, valeur d’un titre.
    • Cause d’un billet, d’un effet de commerce, équivalent exprimé de l’engagement souscrit dans le billet.
    • Pas d’obligation valable sans cause. Cause fausse, illicite. L’obligation dont la cause est contraire aux bonnes mœurs est nulle.
  6. (Droit) Procès qui se plaide.
    • Un avocat raconta à ses voisins une cause jugée dans la journée. Il s’exprimait avec retenue, presque en confidence, à raison du sujet. Il s’agissait d’un homme qui avait égorgé une fillette en même temps qu’il la violait, et qui, pour qu’on n’entendît pas les cris de la petite victime, chantait à tue-tête. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • Devant certaine guêpe on traduisit la cause […] Depuis tantôt six mois que la cause est pendante, Nous voici comme aux premiers jours. — (Jean de la Fontaine, Fabl., I, 21)
    • Devant elle [la justice] à grand bruit ils expliquent la chose ; Tous deux avec dépens veulent gagner leur cause. — (Nicolas Boileau-Despréaux, Ép., II)
    • Si les avocats restent assis à discuter entre eux, c'est qu'il y aura seulement un appel des causes. Patientez un peu et arrêtez de vous ronger les ongles. — (Maître Eolas, Au fait, comment on fait un procès ? 3ème et dernière partie, 22 juillet 2005 → lire en ligne)
  7. (Par extension) Parti, intérêt.
    • La bonne cause. La fortune se déclara pour la bonne cause. Prendre en main la cause du peuple. Embrasser vivement la cause de la justice.
    • Laisse-les espérer, laisse-les entreprendre ; Il suffit que ta cause est la cause de Dieu, Et qu’avecque ton bras elle a pour la défendre Les soins de Richelieu. — (François de Malherbe, II, 12)
    • Sous la cause publique il vous cachait sa flamme. — (Pierre Corneille, Cinna, III, 1)
    • Son trop d’amour pour la cause publique. — (Pierre Corneille, Hor., V, 2)
    • Sa cause à tous les rois n'est-elle pas commune ? — (Jean Racine, Ath., III, 6)
    • Grand Dieu, juge ta cause et déploie aujourd'hui Ce bras, ce même bras qui combattait pour lui. — (Jean Racine, Prol. d’Esth.)
    • Il entend plaider devant lui la cause des médecins. — (Marquise de Sévigné, 412)
    • Vous aviez soutenu une mauvaise cause. — (Marquise de Sévigné, 110)
    • Télémaque et moi nous combattrons pour la bonne cause. — (François de Salignac de La Mothe-Fénelon, Les Aventures de Télémaque, XI, 1699)
    • Je ne peux vous aimer, je ne peux à ce prix, Accepter un combat pour ma cause entrepris. — (Voltaire, Tancien, II, 6)
    • S. Justin plaida la cause des chrétiens après Quadrat et Aristide. — (François René Chateaubriand, Gén., I, I, 1)
    • John Boyega, héros de « Star Wars » et virulent défenseur de la cause noire — (Samuel Blumenfeld, Le Monde, 2020 → lire en ligne)

Forme de verbe

Voir la conjugaison du verbe causer
Indicatif Présent je cause
il/elle/on cause
Imparfait
Passé simple
Futur simple
Subjonctif Présent que je cause
qu’il/elle/on cause
Imparfait
Impératif Présent (2e personne du singulier)
cause

cause \koz\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de causer.
    • J’ cause pas russe, mais j’y ai montré mon bénoche qu’effervait. — (San-Antonio, Le trouillomètre à zéro)
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de causer.
    • J’ai voulu tout voir, et quand on n’a pas l’âme facile à blaser, la répétition des jouissances cause de la lassitude. — (Honoré de Balzac, Béatrix, 1838-1844, première partie)
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de causer.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de causer.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de causer.
    • Le mot d’ordre n’est plus Gesta Dei per Francos, mais « Cause toujours, tu m’instructionnes ». — (Pierre Nord, Espionnage à l’italienne, 1963, prologue)

Anagrammes

→ Modifier la liste d’anagrammes

  • sauce, saucé
  • sceau
  • Sueca

Voir aussi

  • cause sur l’encyclopédie Wikipédia
  • cause sur le Dico des Ados
  • cause dans le recueil de citations Wikiquote
  • chose
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

cause

(kô-z') s. f.
  • 1Ce qui fait qu'une chose est ou s'opère. Cause instrumentale, matérielle, formelle, efficiente, physique, morale, occasionnelle, prédisposante, occulte. Causes éloignées, prochaines. Point d'effet sans cause. Le ciel règle souvent les effets sur les causes, Corneille, M. de Pomp. V, 2. Nos sens, étant eux-mêmes les effets de causes que nous ne connaissons point, ne peuvent nous donner des idées que des effets, et jamais des causes ; il faudra donc nous réduire à appeler cause un effet général, et renoncer à savoir au delà, Buffon, Théor. de la terre, 1er disc. L'homme aujourd'hui sème la cause, Demain Dieu fait mûrir l'effet, Hugo, Crép. 5. Oh ! que ne puis-je, instruit des principes des choses, Connaître les effets, approfondir les causes, Delille, Géorg. II.

    Cause première, cause des causes, Dieu.

    Causes secondes, celles qui sont dérivées de la cause première, les créatures.

    Causes finales, les causes pour lesquelles on suppose que chaque chose dans l'univers a été faite La doctrine des causes finales.

    Dans le langage général, cause finale, le but qu'on se propose, la fin en vue de laquelle on agit. Voilà quelle doit être la cause finale de nos actions.

  • 2Ce qui produit ou occasionne, en parlant des personnes ou des choses. Cet événement fut cause ou la cause de son bonheur. Mes affaires sont cause que je ne puis sortir. Être cause, ou la cause involontaire, innocente d'un malheur. Il fut cause de la perte de tous les siens, Bossuet, Hist. III, 5. Elle en mourra, Phénix, et j'en serai la cause, Racine, Andr. II, 5. La cause de nos maux doit-elle être impunie ? Corneille, Nicom. V, 7.
  • 3Raison, sujet, motif. Vous connaissez la cause qui m'a fait agir. Je désire savoir pour quelle cause… Quelle était la cause de leur voyage ? Pour une cause légère. Sans cause. Non sans cause. Assurez-vous sur lui qu'il en a juste cause, Corneille, Poly. I, 3. Quand le malheur ne serait bon Qu'à mettre un sot à la raison, Toujours serait-ce à juste cause Qu'on le dit bon [le malheur] à quelque chose, La Fontaine, Fabl. VI, 7. Mon malheur est parti d'une si belle cause ? Racine, Mithr. IV, 2. De sa mort en ces lieux la nouvelle semée Ne vous a pas vous seule et sans cause alarmée, Racine, ib. V, 4.
  • 4 En termes de jurisprudence, cause d'une obligation, avantage moral ou matériel que se propose le contractant : dans le contrat à titre onéreux, l'équivalent de l'obligation de l'autre partie ; dans le contrat à titre gratuit, la bienfaisance.

    Cause d'un billet, d'un effet de commerce, équivalent exprimé de l'engagement souscrit dans le billet. Pas d'obligation valable sans cause. Cause fausse, illicite. L'obligation dont la cause est contraire aux bonnes mœurs est nulle.

    Parler avec connaissance de cause, agir en connaissance de cause, parler, agir avec pleine connaissance des faits.

    En style de chancellerie. À ces causes, nous avons déclaré et déclarons… en considération de ce qui vient d'être exposé, nous avons déclaré…

    Familièrement et elliptiquement. Et pour cause, non sans motif, avec raison, se dit quand les motifs sont évidents ou qu'on veut les taire. Or, ai-je dit un jeune homme, et pour cause, Car…, La Fontaine, Mandr. Venez, singe ; parlez le premier, et pour cause, La Fontaine, Fabl. I, 7. Je laisse la distribution à votre discrétion et pour cause, Bossuet, Lett. abb. 46. La richesse que des frondeurs Dédaignent, et pour cause, Béranger, Él. de la rich. … Laissez-moi passer entre vous deux, pour cause ; Je serai mieux en main pour vous conter la chose, Molière, Prince d'Él. I, 2.

  • 5Procès qui se plaide. Se charger d'une cause. Plaider une cause. Plaider sa cause. Gagner sa cause. Perdre sa cause. Il était déjà mis en cause. Il faut remettre cette cause à un autre jour. Mettre quelqu'un hors de cause. Devant certaine guêpe on traduisit la cause… Depuis tantôt six mois que la cause est pendante, Nous voici comme aux premiers jours, La Fontaine, Fabl. I, 21. Devant elle [la justice] à grand bruit ils expliquent la chose ; Tous deux avec dépens veulent gagner leur cause, Boileau, Ép. II.

    Cause grasse, cause plaisante et sur un fait inventé, que les clercs de la basoche plaidaient autrefois pour se divertir le jour de mardi gras, et aussi quelque cause plaisante qui se plaide au palais.

    En tout état de cause, quel que soit l'état du procès. Dans le langage général, en tout état de cause, quoi qu'il en soit.

    Fig. Cela est hors de cause, il n'en est pas question, on ne le révoque pas en doute. En cette affaire, sa probité est hors de cause.

    Fig. Avoir, donner gain de cause, ou cause gagnée, obtenir, accorder l'avantage dans une discussion.

    Plaider la cause de quelqu'un, le défendre, le soutenir.

    Familièrement. Cet avocat sans cause [sans clientèle], nommé Duménil, Voltaire, Lett. à Cath. 143.

  • 6En droit canon, cause bénéficiale, cause dans laquelle il s'agit de bénéfices ecclésiastiques. Causes majeures, les grandes affaires de l'Église.
  • 7Parti, intérêt. La bonne cause. La fortune se déclara pour la bonne cause. Soutenir la cause du mensonge. Prendre en main la cause du peuple. Embrasser vivement la cause de la justice. Faire cause commune avec quelqu'un. Séparer sa cause de quelqu'un. Attirer à sa cause. Laisse-les espérer, laisse-les entreprendre ; Il suffit que ta cause est la cause de Dieu, Et qu'avecque ton bras elle a pour la défendre Les soins de Richelieu, Malherbe, II, 12. Sous la cause publique il vous cachait sa flamme, Corneille, Cinna, III, 1. Son trop d'amour pour la cause publique, Corneille, Hor. V, 2. Sa cause à tous les rois n'est-elle pas commune ? Racine, Ath. III, 6. Grand Dieu, juge ta cause et déploie aujourd'hui Ce bras, ce même bras qui combattait pour lui, Racine, Prol. d'Esth. Il entend plaider devant lui la cause des médecins, Sévigné, 412. Vous aviez soutenu une mauvaise cause, Sévigné, 110. Télémaque et moi nous combattrons pour la bonne cause, Fénelon, Tél. X. Je ne peux vous aimer, je ne peux à ce prix, Accepter un combat pour ma cause entrepris, Voltaire, Tanc. II, 6. S. Justin plaida la cause des chrétiens après Quadrat et Aristide, Chateaubriand, Gén. I, I, 1.

    Prendre fait et cause pour quelqu'un, le soutenir, prendre son parti. Vous faites trop d'honneur à Marie de Rabutin-Chantal de prendre son fait et cause, Sévigné, dans le Dict. de DOCHEZ.

    Dans le même sens, prendre en main la cause. Des auteurs décriés il prend en main la cause, Boileau, Ép. IX.

  • 8À cause de, locut. prép. Pour l'amour de, en considération de. À cause de lui. À cause de cela.
  • 9À cause que, locut. conj. Parce que. D'où vient qu'un boiteux ne nous irrite point et qu'un esprit boiteux nous irrite ? C'est à cause qu'un boiteux reconnaît que nous allons droit, et qu'un esprit boiteux dit que c'est nous qui boitons, sans cela nous en aurions plus de pitié que de colère, Pascal, Pens. I, 8. Il est rare que les géomètres soient fins et que les esprits fins soient géomètres, à cause que les géomètres veulent traiter géométriquement les choses fines, Pascal, ib. I, 10. Je parle ainsi à cause que je pensais que vous ne voulussiez plus que je fusse heureux, Guez de Balzac, I, 228. Vous ne lui voulez mal, et ne le rebutez Qu'à cause qu'il vous dit à tous vos vérités, Molière, Tart. I, 1. A cause qu'elle manque à parler Vaugelas, Molière, Femm savantes, II, 7. Ils ne découvrent pas la lumière à cause qu'ils détournent les yeux, Bossuet, Serm. Quinq. 1. Ceux qu'on nomme chercheurs à cause que, dix-sept cents ans après Jésus-Christ, ils cherchent encore la religion, Bossuet, Reine d'Anglet. Une justice qui fait semblant d'être vigoureuse à cause qu'elle résiste aux tentations médiocres, Bossuet, le Tellier. Ce que le prince fit mérite d'être raconté à toute la terre non à cause qu'il est remarquable, mais à cause pour ainsi dire qu'il ne l'est pas, Bossuet, Louis de Bourbon. Les images de Philippique, son successeur, ne furent pas reçues dans Rome, à cause qu'il favorisait les monothélites, et se déclarait ennemi du concile sixième, Bossuet, Hist. I, 11. Une fille sera heureuse d'ignorer les fables païennes toute sa vie, à cause qu'elles sont impures et pleines d'absurdités impies, Fénelon, XVII, 41. On n'est pas entendu à cause que l'on s'entend soi-même, La Bruyère, I. Il lui cède même, à cause qu'il est plus âgé, l'honneur de faire porter devant lui les faisceaux des verges, Vertot, Rév. rom. I, 62. J'avais deux coupes de bois à vendre, à cause que je n'avais point coupé l'année précédente, Courier, I, 233.

REMARQUE

Des grammairiens ont voulu bannir la locution conjonctive à cause que ; elle doit être conservée, étant appuyée par de bons auteurs, et, dans certains cas, d'un emploi préférable à parce que.

HISTORIQUE

XIIIe s. Car ceus qui me contralioient Et sans caze mal me faisoient, Psaumes en vers, dans Liber psalm. p. 264. Se priere ou mandemens est fes [fait] à aucun, et cil qui le [la] priere ou le mandement fist, muert en tant comme le [la] coze est encore entiere, li mandemens li est falis…, Beaumanoir, XXIX, 10. Car on doit croire qu'il li ensegnast l'ostel Guillaume parce qu'il le creoit à bon et por cause de bone foi, Beaumanoir, XXXVI, 6. Se les quases des barres [oppositions] sont especiaument devisées [exposées], Liv. de just. 94.

XIVe s. Felicité est de Dieu principalement causée qui est generalement cause de toutes choses, Oresme, Eth. 21. Et semblablement de ce que aucuns sont injustes ou incontinens, ils en sont en cause, Oresme, ib. 33. Car trois manieres de causes sont : c'est assavoir nature, necessité, fortune, entendement et tout ce qui est cause de ce qui est fait par homme, comme est volenté et les sens naturels, Oresme, ib. 66. Un homme est cause de ses enfans en voye de nature, et est cause de ses operacions en voye de meurs, Oresme, ib. 72.

XVe s. Et la cause pourquoi [ils] s'entreheoient, je le vous dirai, Froissart, II, II, 52. Quand Girauldon se vit ainsi attrapé, si fut tout esbahi et à bonne cause, Froissart, II, II, 214. Et l'eust volontiers sauvé s'il l'eust pu, pour cause de pitié, Froissart, I, I, 134. Car il se doubtoit, et non sans cause, Juvénal Des Ursins, Ch. VI, 1392. Son maistre l'avoit batu, pour cause que un enfant s'estoit plaint, Boucic. I, 3. … dont il estoit prochain parent à cause de sa mere, Commines, III, 4. Pour lesquelles causes le roy soy trouvant chargé…, Commines, I, 1. Tant de maulx venir par luy et par sa cause, Commines, I, 15. Le pauvre desolé, voyant sa bonne femme trop plus qu'il ne voulsist troublée, helas ! et à sa cause [par sa faute], ne savoit que dire, Louis XI, Nouv. I. Nul ne doit estre tesmoing en sa cause, Leroux de Lincy, Proverbes, t. II, p. 357. Tel a bonne cause qui est condamné, Leroux de Lincy, ib. p. 419.

XVIe s. La cause efficiente de nostre salut est la misericorde de notre Pere… la cause materielle est Christ avec son obeissance… de la cause qu'on appelle instrumentale, quelle dirons-nous qu'elle est, sinon la foy ?… quant à la cause finale, l'apostre dit que ç'a esté pour demonstrer la justice de Dieu et glorifier sa bonté, Calvin, Instit. 616. Ces nobles langues coustent beaucoup de temps et de peine à apprendre, à cause qu'elles sont mortes, Amyot, Épit. Nous reputons les dieux pour estre autheurs de tous biens, et cause de nulz maulx, Amyot, Péric. 74. A ceste cause ils vouloient…, Amyot, Fabius, 8. Ceste vie dissolue fut cause de luy augmenter sa maladie, Amyot, Sylla, 73. La cognoissance des causes appartient seulement à celuy qui a la conduite des choses, non à nous qui n'en avons que la souffrance [la tolérance, l'usage], Montaigne, IV, 178. Pour cette cause [motif]…, Montaigne, I, 25. A cette cause [parce que]…, Montaigne, I, 30. Tuer un homme sans connaissance de cause, Montaigne, III, 195.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « cause »

(Date à préciser) Du latin causa.
Source : Wikitionnaire

Picard keuse ; provenç. espagn. et ital. causa ; du latin causa. Voy. CHOSE.

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « cause »

Phonétique Prononciation
\koz\
France : écouter « cause [koz] »
(Sud de la France) \kɔz\
(Français méridional) \ˈkɔ.zə\
(Canada) \kou̯z\
France (Toulouse) : écouter « cause »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « cause »

Source : Google

Traductions du mot « cause »

Langue Traduction
English cause
German verursachen
Spanish causa
Portuguese causa
Italian causa
Dutch oorzaak
Polish przyczyna
Russian причина
Source : DeePL

Synonymes de « cause »

Antonymes de « cause »