COMMETTRE1, verbe trans.
A.− MAR., TECHNOL. [Le compl. d'obj. désigne une chose] Mettre ensemble, réunir par torsion les éléments qui composent un cordage. Commettre un cordage (Ac. 1835-1932) : 1. Les grelins composés de cordes commises ensemble par câblage, c'est-à-dire par torsion générale de l'ensemble et torsion partielle de chaque corde en sens inverse de la torsion générale. J. Bourde, Les Trav. publ.,t. 1, 1928, p. 28.
B.− Littér. [Le compl. d'obj. désigne une pers., une qualité attachée à la pers.] Commettre qqn ou qqc. (avec ou, plus rarement, à).Mettre malencontreusement avec quelqu'un ou quelque chose, exposer mal à propos. Synon. usuel compromettre.[Je] ne veux point vous commettre avec les puissances en vous contraignant à vous expliquer sur d'aussi grands intérêts (Courier, Lettre à M. Renouard,1810, p. 251).De fois à autre ne faut-il pas déblayer un peu toute cette racaille où nous commet la vie active (Barrès, Le Jardin de Bérénice,1891, p. 148):2. ... le Juif portera sur les épaules une pèlerine avec un insigne, et le Maure une cape verte (...) ceux [des chrétiens] qui se compromettent avec eux hésiteront à commettre leur noblesse aux yeux du monde. Camus, Le Chevalier d'Olmedo,adapté de F. Lope de Vega, 1957, p. 775.
− Emploi abs. Commettre sa réputation (Ac. 1932).
−
Emploi pronom. réfl. Se commettre avec qqn ou qqc.Entretenir des relations compromettantes ou déshonorantes. En évitant de me commettre avec les ennuis et de prendre acte de leur existence, je ne les supprime pas (Amiel, Journal intime,1866, p. 511):3. Mais je me sentais fort éloignée de la plupart de ces étudiants avec qui je me commettais : la liberté de leurs mœurs m'effarouchait. S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée,1958, p. 241.
Le commettage a pour effet d'augmenter l'extensibilité [d'un câble] (J.-N. Haton de La Goupillière, Cours d'exploitation des mines,1905, p. 997).Prononc. et Orth. : [kɔmεtʀ ̥], (je) commets [kɔmε]. Ds Ac. 1835-1932. Homon. comète (p. rapp. à (ils) commettent), commis (p. rapp. au part.). Étymol. et Hist. V. commettre3.
DÉR. 1. Commettage, subst. masc.,mar., technol. Opération par laquelle on commet un cordage. Le commettage a pour effet d'augmenter l'extensibilité [d'un câble] (J.-N. Haton de La Goupillière, Cours d'exploitation des mines,1905, p. 997).− [kɔmεta:ʒ]. Gattel 1841 : ko-mé-ta-je. Cependant, Gattel syllabisant, l'oppos. avec la plupart des transcr. sur la qualité du e n'est pas significative. − 1reattest. 1752 (Trév.); de commettre1suff. -age*.
2. Commetteur, subst. masc.,mar., technol. Ouvrier qui fait le commettage. Attesté ds Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Lar. 19e, Lar. encyclop., Littré, Guérin 1892, Quillet 1965.− Dernière transcr. ds Littré : ko-mè-teur. − 1reattest. 1753 « celui qui commet un cordage » (Encyclop. t. 3); de commettre1, suff. -eur2*. − Fréq. abs. littér. : 1.
COMMETTRE2, verbe trans. dir. et indir.
A.− [Le compl. d'obj. dir. désigne l'obj. concr. ou abstr. d'une prise en charge, l'obj. second désigne la pers. à qui est confiée la charge] Vieilli. Commettre qqc. à qqn.Confier, donner en charge quelque chose à quelqu'un. Je commets à vos soins l'empire de ma miséricorde, et je me réserve celui de ma justice (Chateaubriand, Les Martyrs,t. 1, 1810, p. 48).Je pensais déjà entre mes amis à qui je pourrais commettre ma vieillesse nécessiteuse et disgraciée (Maine de Biran, Journal,1815, p. 69).
B.− [Le compl. d'obj. dir. désigne une pers., l'obj. second désigne la charge] Désigner pour remplir une mission, une charge. −
Littér. Commettre qqn à, pour qqc.Préposer quelqu'un à quelque chose, le charger de quelque chose. Il [Henri II] commanda que Spifame fût gardé dans un de ses châteaux de plaisance, par des serviteurs commis à cet effet (Nerval, Les Illuminés,1852, p. 30):1. ... le roi voyant qu'il n'y pouvait vaquer lui-même personnellement (...) commit, ordonna et députa ledit cousin pour aviser, conduire et mettre à bonne et prompte fin et conclusion (...) cette affaire... Barante, Hist. des ducs de Bourgogne,t. 3, 1821-24, p. 250.
−
Spéc., DR, Désigner, nommer à une fonction déterminée. Commettre un juge pour informer; commettre un huissier. Soyez prêt à comparaître devant monsieur Marest, juge d'instruction commis à cette affaire (Balzac, L'Envers de l'hist. contemp.,L'Initié, 1848, p. 451):2. Ce n'est pas un rapport : nulle ordonnance n'a commis le lieutenant Marchand; il s'est mis spontanément à la disposition de la justice et de la défense nationale. Barrès, Mes cahiers,t. 12, 1919-20, p. 276.
♦ Commettre un rapporteur. Désigner un juge pour être rapporteur dans une affaire.
♦ Avocat commis ou désigné d'office. Cf. Avocat1, avocate.
Prononc. et Orth. Ds Ac. 1694-1932. Pour le reste, cf. commettre1. Étymol. et Hist. V. commettre3.
COMMETTRE3, verbe.
Celui qui attend le moment de commettre un assassinat croit toujours entendre pousser des cris sourds dans l'air (A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 640).« L'expérience nous enseigne que les mêmes hommes commettent toujours les mêmes fautes » (Barrès, Mes cahiers,t. 4, 1904-06, p. 164).Il lui arrivait bien parfois de commettre une maladresse : briser un verre, confondre les apéritifs (Dabit, L'Hôtel du Nord,1929, p. 31):Prononc. et Orth. Ds Ac. 1694-1932. Pour le reste cf. commettre1. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1216 « mettre en vente » (R. de Clary, Constantinople, éd. Lauer, XXXIV, 46 : [uns markaans] ... commist le blé a .x. besans qui estoit a.c.), attest. isolée; 2. ca 1260 dr. la cause fut commisez sanz apeau (Livres de Justice et de plet, éd. Rapetti, p. 13); 1310-14 « confier quelque chose à quelqu'un » (G. Du Bus, Fauvel, éd. Långfors, 454), surtout dans la lang. class.; 3. 1322 dr. « désigner quelqu'un pour faire quelque chose » (ds Morlet); 1563 commettant (ds Kuhn, p. 212). B. Ca 1370 commettre adultere (Oresme, Eth., 143 ds Littré). C. Fin xvies. « mettre aux prises [deux personnes] » (D'Aubigné, Sa Vie à ses enfants, I, 38 ds Hug.); av. 1654 se commettre avec qqn (Balz., liv. VI, lett. 5 ds Littré). D. 1597 « mettre ensemble » [des matières liquides] (Liebault, Mais. rust., p. 541 ds Hug.); 1752 terme de cordier (Trév.). Empr. au lat. class. committere littéralement « mettre plusieurs choses ensemble » d'où « mettre aux prises », « donner à exécuter [une tâche], confier [quelque chose] », « mettre à exécution, se rendre coupable de »; D reflète le sens littéral du verbe, prob. à travers le lat. médiév. (attesté en Italie en 1271 ds DEI).
STAT. − Commettre1, 2 et 3. Fréq. abs. littér. : 1 772. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 651, b) 2 095; xxes. : a) 3 032, b) 2 327.
BBG. − Gir. t. 2 Nouv. Rem. 1834, pp. 21-22.
COMMIS, subst. masc.
A.− Celui qui est chargé par un autre d'une fonction ou d'une mission dont il doit rendre compte. Eh bien, madame, reprit le comte (...) j'ai envie d'envoyer un commis de confiance à Bruno (Stendhal, La Chartreuse de Parme,1839, p. 273):1. Cette recrue en qui un César trouverait un merveilleux commis de son pouvoir, et qu'une République peut employer au service de son idéal, comment les parlementaires vont-ils en user? Barrès, Les Déracinés,1897, p. 315.
− Péj. Ceux qui l'aidèrent [Napoléon] à organiser le gouvernement consulaire sont devenus les commis de ses volontés. (Proudhon, La Révolution sociale démontrée par le coup d'État du 2 décembre,1852, p. 122).
− HIST. Grand commis. [P. anal. avec Premier commis, fonctionnaire supérieur de l'ancienne monarchie] Personnage qui sert l'absolutisme monarchique. On l'a appelé [Louvois] un grand commis plutôt qu'un grand ministre (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 1, 1863-1869, p. 311).
− Usuel, littér. Les grands commis de l'État. Hauts fonctionnaires chargés de la gestion des affaires publiques.
B.− Spécialement 1. TRIBUNAUX. Commis-greffier. Personne adjointe au greffier pour l'assister ou le suppléer. Le commis-greffier, de qui j'ai obtenu d'avoir le jugement demain à sept heures et demie (Balzac, Un Début dans la vie,1842, p. 455).
2. MARINE a) Commis de la marine. ,,Employé chargé d'un service administratif du ressort de sa position, soit dans le corps du commissariat, soit dans l'administration centrale`` (Bonn-Paris 1859); cf. Balzac, Correspondance, 1844, p. 679.
b) Commis aux vivres. Celui qui, à bord d'un navire, est chargé des approvisionnements (cf. Dumont d'Urville, Voyage au Pôle Sud, t. 3, 1842, p. 4).
3. ADMIN. (PUBLIQUE ou PRIVÉE), BANQUE, etc. Employé chargé des écritures. Premier commis. Les sept à huit cents commis du bureau de la guerre (Stendhal, Vie de Henry Brulard,t. 2, 1836, p. 452).J'ai eu ma retraite, après avoir été pendant trente-neuf ans commis rédacteur au ministère de l'Instruction publique (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 64).
4. COMMERCE a) [Dans un magasin] Employé chargé de la vente et éventuellement des tâches manuelles. Commis d'un grand magasin. Une redingote de commis-drapier (Giono, Bonheur fou,1957, p. 14).Gaspard était commis d'épicerie, Sébastiano clerc d'huissier, les deux autres mécaniciens dans un garage (T'Serstevens, L'Itinéraire espagnol,1963, p. 325):2. L'odeur des draps et des teintures, une odeur âpre de chimie, semblait décuplée par l'humidité du plancher. Au fond, deux commis et une demoiselle rangeaient des pièces de flanelle blanche. Zola, Au Bonheur des dames,1883, p. 396.
Rem. On rencontre le subst. fém. commise. Employée chargée de la vente dans un petit commerce. Honorine. Je lui donnerais l'inventaire de coquillages. En le faisant tenir par une bonne commise, ça peut rapporter quarante francs par jour de bénéfices nets (Pagnol, Marius, 1931, II, 3, p. 119). Nous avons une comptable, une cuisinière, une repasseuse, deux servantes, les trois commises de la boucherie (Audiberti, Les Femmes du Bœuf, 1948, p. 114).
b) Commis voyageur. Employé d'une maison de commerce voyageant pour placer des marchandises auprès de la clientèle. Synon. Commis marchand (vieilli); représentant ou voyageur de commerce (usuels).La capote grise me plaît... Je la mettrai dimanche pour la messe; peut-être qu'il passera un commis voyageur pour l'admirer (Mérimée, L'Abbé Aubain,1847, p. 154).Il [M. Bovary, père] avait l'aspect d'un brave, avec l'entrain facile d'un commis voyageur (Flaubert, MmeBovary,t. 1, 1857, p. 4):3. Tournez autour du commis-voyageur? Examinez cette figure? N'en oubliez ni la redingote olive, ni le manteau, ni le col en maroquin, ni la pipe, ni la chemise de calicot à raies bleues. Balzac, L'Illustre Gaudissart,1834, p. 6.
−
Au fig. : 4. Les mauvais bruits répandus par les juifs et entretenus par des missionnaires haineux, sorte de commis-voyageur de la calomnie, indisposaient [contre les chrétiens] les esprits les plus modérés. Renan, Hist. des orig. du Christianisme,Marc-Aurèle et la fin du monde antique, 1881, p. 60.
− Péj. Plaisanteries de commis voyageur. Plaisanteries peu raffinées et peu originales (cf. Proust, Du côté de chez Swann, 1913, p. 250). Chansons de commis voyageurs (Berlioz, Les Grotesques de la musique,1869, p. 138).Esprit de commis voyageur (Maupassant, Contes et nouvelles,t. 1, Boule de Suif, 1880, p. 148).Farces de commis voyageur (Champfleury, Les Aventures de Mlle Mariette,1853, p. 279).
− Emploi adj., péj. Ils nous trouvent commis-voyageurs, fats et polissons (Taine, Notes sur l'Angleterre,1872, p. 95).Elle [une jeune femme] était vivement prise à partie par deux hommes à moustaches cirées, très commis-voyageurs (Giono, Le Hussard sur le toit,1951, p. 84).
Prononc. et Orth. : [kɔmi]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. [1320 adj. d'apr. FEW t. 2, p. 956a]; 1369 « personne chargée d'une certaine fonction » (texte cité par Delboulle ds R. Hist. litt. Fr., t. 6, p. 462); 1675 en partic. comm. (Savary, Le Parfait négociant, Paris, p. 116); 1792 commis-voyageur (texte cité ds Brunot t. 9, p. 1141). Part. passé subst. de commettre2*. Fréq. abs. littér. : 3 135 (commis-voyageur : 89). Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 5 342, b) 4 088; xxes. : a) 5 746, b) 3 126. Bbg. Mat. Louis-Philippe 1951, p. 31.