A.−Produit solide, de forme généralement cylindrique et aplatie, contenant sous un volume réduit, des substances médicamenteuses ou plus rarement alimentaires, pulvérisées et agglomérées par compression.Avaler, prendre un comprimé; un comprimé d'aspirine.Les comprimés de potages sont formés d'extrait de viande et d'extrait de légumes, avec du sel et de l'amidon (Lar. mén.1926) :
1. Déjà l'illustre Berthelot Caressait ce projet falot, Si j'ai bonne mémoire, De nous doter chimiquement D'un définitif aliment, Complet et péremptoire, Il s'agissait d'un comprimé e je ne sais quoi, renfermé Au cœur d'une pilule, Non plus grosse qu'un grain de mil, Remplaçant tout autre mets vil, Absurde et ridicule. Ponchon, La Muse au cabaret,1920, p. 138.
B.−P. métaph., usuel.Ce qui présente sous forme réduite un ensemble d'éléments.Ils allaient (...) brouter plus ou moins de médecine, des bouts de chimie, des comprimés de droit (Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 441).C'est dans les observations de La Bruyère (...) que se trouve, en comprimés, toute l'essence du roman moderne (Thibaudet, Réflexions sur la litt.,1936, p. 197):
2. La physiognomonie présente une grande richesse d'indications, s'il est vrai, comme le dit Kretschmer, que le visage est une sorte de « comprimé des impulsions trophiques », la « carte de visite de la constitution entière ». Mounier, Traité du caractère,1946, p. 219.
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃pʀime]. Ds Ac. 1932. Étymol. et Hist. Cf. comprimer. Fréq. abs. littér. : 21.
COMPRIMER,verbe trans.
A.−Presser, serrer fortement quelque chose; en réduire le volume sous l'effet d'une pression physique.Comprimer une artère, un gaz.La tumeur pancréatique comprimant le canal cholédoque (Quillet Méd.1965, p. 154):
1. Messieurs, soyez préfet de l'Aisne, Mettez aux pois les canetons Ou comprimez l'acétylène! Moi j'attrape les hannetons! Ballade pour faire connaître mes occupations ordinaires ds G. Fourest, La Négresse blonde,Paris, J. Corti, 1964 [1909], p. 90.
− P. métaph. :
2. Son œil d'obsédé, de maniaque ou de visionnaire s'en empare [des personnages de roman] à son gré ou les abandonne, les étire dans une seule direction, les comprime, les grossit, les aplatit ou les pulvérise pour les forcer à lui livrer la réalité nouvelle qu'il s'efforce de découvrir. N. Sarraute, L'Ère du soupçon,1956, p. 75.
− Emploi pronom. à valeur passive.Une machine à vapeur pompe dans la boîte de l'air qui s'y comprime au point de faire tinter les oreilles assez désagréablement (Mérimée, Lettres à une autre inconnue,1870, p. 149).
B.−Au fig.Réprimer, réduire, contenir dans certaines limites en exerçant une action contraignante, une force susceptible d'expansion telle que :
1.Un mouvement individuel ou ses manifestations.Comprimer sa joie, ses larmes, un rire, un sourire.De vieilles tendances sado-masochistes, que l'adulte normalement comprime (Mounier, Traité du caractère,1946, p. 117):
3. Il s'agit d'étouffer son cœur, de comprimer ses instincts, de cacher sa sensibilité, de mettre une muselière et un masque à toutes ses tendresses maladives qui pourraient appeler ou pleurer! Amiel, Journal intime,1866, p. 459.
− P. méton.[Le compl. désigne la pers. ou l'organe siège de ces manifestations]Comprimer son cœur :
4. ... trop grande pour ses douze ans, elle [Élodie] avait la laideur molle et bouffie, les cheveux rares et décolorés de son sang pauvre, si comprimée d'ailleurs par son éducation de vierge innocente, qu'elle en était imbécile. Zola, La Terre,1887, p. 50.
2.Un mouvement social, une action collective.Comprimer un parti.Ils [les hommes du passé] résolurent (...) de refouler et de comprimer à jamais la force ascensionnelle de l'humanité (Hugo, Napoléon le Petit,1852, p. 228):
5. Il comprimait toutes les turbulences sous le poids des intérêts coalisés pour la réussite de la grande entreprise. De Vogüé, Les Morts qui parlent,1899, p. 223.
3.Un phénomène économique.Comprimer les prix, les salaires.Au cours de la période même où l'invention, en produisant des biens nouveaux ou en comprimant les coûts, stimule les exportations (Perroux, L'Écon. du XXes.,1964, p. 74).
Rem. On rencontre ds la plupart des dict. l'adj. dér. comprimable. Qui peut être comprimé. Synon. plus usité compressible*.
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃pʀime], (je) comprime [kɔ ̃pʀim]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1314 part. prés. « qui serre, qui presse » (H. de Mondeville, Chirurgie, éd. A. Bos, t. 1, p. 224, § 937); xives. aer comprimé (Oresme ds Meunier, Essai sur la vie et les ouvrages de Nicole Oresme, Paris, 1857, p. 167); 2. av. 1380 [date du ms.] fig. comprimer les mouvements du peuple (Bers., T. Liv., ms. Ste-Gen., fo29eds Gdf. Compl.); 3. 1906 subst. (Pt Lar.). Empr. au lat. class. comprimere « serrer, presser, retenir ». Fréq. abs. littér. : 328. Fréq. rel. littér. :xixes. : a) 742, b) 420; xxes. : a) 395, b) 297.
COMPRIMÉ, ÉE,part. passé et adj.
I.−Part. passé de comprimer*.
II.−Emploi adj.
A.−Qui est fortement serré, pressé ou tassé; dont le volume est réduit sous l'effet d'une pression physique.Les hommes, comprimés dans des espaces trop resserrés (Crèvecœur, Voyage dans la Haute Pensylvanie,t. 3, 1801, p. 75).Des amas de neiges comprimées (A. Arnoux, Rhône, mon fleuve,1944, p. 39):
1. La tête comprimée entre leurs paumes pour qu'elle n'éclatât point, les jeunes gens soupiraient comme écrasés par la rafale de l'indiscutable beauté. Miomandre, Écrit sur de l'eau,1908, p. 155.
− Spéc.,PHYS.Air, gaz comprimé.Une circulation d'eau froide destinée à refroidir le gaz comprimé (A. Ledieu, E. Cadiat, Le Nouveau matériel naval, t. 2, 1899, p. 53).De l'air comprimé sous une pression de un à trois kilos (Arts et litt. dans la Société contemp.,1935, p. 2812).
B.−Au fig.Qui est entravé dans son développement ou dans ses manifestations.Passions, pensées comprimées.Quand la liberté de la presse est tout à fait comprimée, l'opinion sommeille, mais rien ne l'égare (Constant, De l'Esprit de conquête,1813, p. 196).Un rire comprimé qui sonne en éternuement (Colette, Claudine à l'école,1900, p. 138):
2. ... toute sa personne avait cet air réduit, comprimé, pour ainsi dire diminué, des gens qui travaillent beaucoup sans agir. Fromentin, Dominique,1863, p. 216.
Fréq. abs. littér. : 396. Fréq. rel. littér. :xixes. : a) 901, b) 412; xxes. : a) 417, b) 531.
Des comprimés. (sens 1)Une boîte de comprimés dispersibles. (sens 2)Des comprimés dragéifiés. (sens 3)
(Pharmacologie) Préparation pharmaceutique dans laquelle on compresse fortement un produit actif avec un liant pour le rendre facilement consommable.
Il a ce qu’il faut comme médicament mais se trouve confronté à l’absurdité du dosage et du formatage du comprimé.— (Thierry Jouan, Une vie dans l’ombre, 2013)
Un comprimé orodispersible se place sur la langue et le principe actif est absorbé au niveau de la muqueuse gastro-intestinale. Il se dissout dans la bouche.— (Denis Stora, Pharmacologie et thérapeutique - UE 2.11, 2e édition, Éditions Lamarre, 2013, chap. 8)
Cette grossesse l’avait prise par surprise. Elle avait oublié le précieux comprimé rempart. C’était le même scénario que celui du moment : une soirée, du vin, une baise en bonne et due forme et l’oubli de la capsule jusqu’au lendemain.— (Aurélie Capobianco, Délivrez-nous du mal, Éditions TDO, 2016, chap. 9)
Comprimé dispersible : comprimé qui une fois mis dans l’eau met un principe actif non hydrosoluble en suspension.
L’amoxicilline existe en comprimé dispersible.
Comprimé dragéifié : comprimé recouvert d'une couche de sucre, colorée ou non, elle à pour but éviter le contact de la substance active avec l'extérieur ainsi qu'avec la langue en cas de mauvais goût de la substance active.
Dans le cas des comprimés dragéifiés, le colorant, réparti sur la couche externe, peut être extrait par simple contact avec le solvant.— (Actualités de chimie analytique, organique-pharmaceutique et bromatologique, Éd. Jean Albert Gautier, 1970)
Adjectif
Singulier
Pluriel
Masculin
comprimé \kɔ̃.pʁi.me\
comprimés \kɔ̃.pʁi.me\
Féminin
comprimée \kɔ̃.pʁi.me\
comprimées \kɔ̃.pʁi.me\
comprimé\kɔ̃.pʁi.me\
Qui est contraint par pression à rester dans un espace plus petit que normal.
La jambe était comprimée par une bande ou par un bas lacé conservé nuit et jour.— (Journal de médecine et de chirurgie pratique: à l’usage des médecins praticiens, Tome 29, Imprimerie Charles Lahure (ancienne maison Crapelet), 1858, page 455)
Forme de verbe
Voir la conjugaison du verbe comprimer
Participe
Présent
Passé
(masculin singulier) comprimé
comprimé\kɔ̃.pʁi.me\
Participe passé masculin singulier du verbe comprimer.
2Qu'on retient, qu'on ne laisse pas aller. Soupirs comprimés. Dors, murmurait Harold, d'une voix comprimée, Toi que je vais quitter…, Lamartine, Harold, VIII.
3 Fig. Qui est contenu par la force ou par l'autorité. La révolte comprimée par la troupe. Le ressort de la liberté, comprimé dans les âmes depuis des siècles, eut une activité incroyable et produisit les plus terribles phénomènes qu'on ait encore vus en morale, Raynal, Hist. philos. IV, 5.
4 Terme d'histoire naturelle. Aplati sur les côtés. Le buffle a les cornes moins rondes et en partie comprimées, Buffon, Buffle.Son front [d'Hiéroclès] étroit et comprimé annonce l'obstination et l'esprit de système, Chateaubriand, Mart. 128.
Terme de botanique. Qui a plus d'étendue dans le sens de la largeur que dans celui de l'épaisseur.