Conjuré
subst
masc
Sommaire
Définitions de « conjuré »
Trésor de la Langue Française informatisé
CONJURÉ, subst. masc.
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃ ʒyʀe]. Ds Ac. 1694-1932. Fér. Crit. t. 1 1787 enregistre la vedette au plur. pour le substantif. Étymol. et Hist. 1213 subst. « celui qui prend part à une conjuration » (Li Fet des Romains, éd. L. F. Flutre et K. Sneyders de Vogel, p. 25, 28). Empr. au lat. class. conjuratus même sens, part. passé substantivé de conjurare (conjurer*). Fréq. abs. littér. : 298. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 737, b) 404; xxes. : a) 169, b) 319.
CONJURER1, verbe trans.
A.− Écarter les influences néfastes par des procédés surnaturels. Il associe toujours la magie qui conjure les mauvais sorts ou dispose favorablement les génies bienfaisants (L'Univers écon. et soc.,1960, p. 6209).
B.− P. ext.
Les conjureurs de sorts et les sorcières Que vont trouver les filles-mères (Verhaeren, Les Villes tentaculaires,Les Campagnes hallucinées, 1895, p. 55).1. Écarter un danger quelconque par différents moyens. Nous parlerons d'un petit système que j'ai imaginé pour faire venir le beau temps et conjurer la pluie (Jarry, Ubu Roi,1895, III, 7, p. 64).Pour conjurer ce danger, on peut penser entre autres aux mesures fiscales suivantes (L'Univers écon. et soc.,1960, p. 4815):
1. Pour la signature des accords, on conjurait le péril par une présentation sous forme circulaire, permettant à chacun de signer au même rang, ... J. Chazelle, La Diplom.,1962, p. 18.
2. Conjurer qqn de + inf.Supplier avec insistance. Je vous conjure d'intercéder pour tous ses besoins (E. de Guérin, Lettres,1839, p. 287).Monseigneur, dit la Belcredi, revenez à vous, je vous en conjure (Bourges, Le Crépuscule des dieux,1884, p. 213):
2. Il venoit quelquefois me trouver, fondant en larmes, et me conjurant de l'arracher des bras de la mort; ... Ph. Pinel, Traité médico-philos. sur l'aliénation mentale, ou la manie,1801, p. 55.
− Absol. On peut penser quel était l'état du prince. Il suppliait, il conjurait (Gobineau, Les Pléiades,1874, p. 98).
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃ ʒyʀe], (je) conjure [kɔ ̃ ʒy:ʀ]. Ds Ac. 1694-1932.
DÉR.
Conjureur, subst. masc.,vx. Celui qui, à l'aide de pratiques magiques, écarte les puissances malfaisantes. Les conjureurs de sorts et les sorcières Que vont trouver les filles-mères (Verhaeren, Les Villes tentaculaires,Les Campagnes hallucinées, 1895, p. 55).Cf. conjurateur1.− [kɔ ̃ ʒyʀ œ:ʀ]. − 1reattest. 1560 (Farel, du Vrayes usage de la Croix, p. 150, Fick ds Gdf.); de conjurer « écarter le mauvais sort », suff. -eur2*; dès 1418 conjureur « celui qui appelle, requiert pour entamer une procédure, juger une affaire » (ds Coutumes Lille, éd. Roisin, p. 191), dér. de l'a. fr. conjurer « adresser une semonce à qqn pour venir juger une affaire » (1252 ds Gdf.). − Fréq. abs. littér. : 1.
CONJURER2, verbe.
A.− Emploi trans., vx. Préparer une conjuration (cf. conjuration2).
− P. ext. Collaborer à la réalisation d'un dessein commun. Ils conjurèrent la ruine de leur patrie. Ils ont conjuré votre perte (Ac.1835-1932).
B.− Emploi intrans. ou pronom. Se lier par une conjuration; s'engager à réaliser ensemble une chose généralement funeste. Tous les personnages de sa cour vont se conjurer pour détruire l'amour d'Arlequin et de Sylvia (Anouilh, La Répétition,1950, I, p. 36).Ils se sont conjurés, tous, (...) pour m'écraser (A. Arnoux, Les Crimes innocents,1952, p. 107):
... [à Florence] les Pazzi, irrités de voir toute la puissance aux mains des Médicis, se conjurèrent avec l'archevêque de Pise pour assassiner les deux Médicis, Julien et Laurent, ... Taine, Philos. de l'art,t. 1, 1865, p. 175.
− P. métaph. Lui [Ronsard] et ses amis, ils avaient conjuré ensemble pour que la langue française eût enfin une haute poésie (Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. 2, 1851-62, p. 64).
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃ ʒyʀe], (je) conjure [kɔ ̃ ʒy:ʀ]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 980 conjurer « prier solennellement [sous l'invocation de Dieu] » (Passion, éd. d'Arco Silvio Avalle, 178); fin xiies. (Orson de Beauvais, 3528 ds T.-L. : ... si te conjur de dei onnipotent que...); 2. fin xiies. « prononcer des paroles magiques sur quelqu'un, quelque chose pour obtenir tel effet » (ibid., 580); 1397 « écarter un mal, un danger par des pratiques magiques » (Lettre de remission ds Du Cange, s.v. conjurium). B. Fin xves. conjurer « s'unir dans une conjuration, comploter » (Prem. vol. des grans décades de Tit.-Liv., fo46ads Gdf. Compl.); 1544 se conjurer « s'unir dans une conjuration » (Seyssel, trad. d'Appien, Guerre Mithridatique, ch. 5 ds Hug.). Empr. au lat. conjurare (proprement « jurer ensemble ») class. « se liguer; conspirer » d'où B; en b. lat. « supplier, adjurer sous l'invocation de quelque chose de sacré, de Dieu » (TLL s.v., 340, 1; v. aussi Nierm. s.v. 9o) d'où A 1; de l'exhortation par invocation d'une puissance sacrée, est issu le sens A 2.
STAT. − Conjurer1 et 2. Fréq. abs. littér. : 783. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 967, b) 960; xxes. : a) 635, b) 752.
BBG. − Cohen 1946, p. 37.
CONJURÉ, ÉE, part. passé et adj.
I.− Part. passé de conjurer2*.
II.− Adj. Uni par une conjuration. Je me sentais à la fois conjurée et dénuée du mot de passe (Giraudoux, Suzanne et le Pacifique,1921, p. 32):
Quand les Romains avaient à se garder des Samnites, des Sabins, des Osques, des Umbres, et défendaient contre ces voisins conjurés, non leur vie, non leurs biens, mais l'existence nationale, ... Gobineau, Les Pléiades,1874, p. 162.
Wiktionnaire
Français
Source : Wikitionnaire
Nom commun
| Singulier | Pluriel |
|---|---|
| conjuré | conjurés |
| \kɔ̃.ʒy.ʁe\ | |
conjuré \kɔ̃.ʒy.ʁe\ masculin (pour une femme, on dit : conjurée)
- Celui qui fait partie d’une conjuration.
- Un instant avant le meurtre, Claude suivait l'empereur; les conjurés l'écartèrent pêle-mêle avec la foule, il s'en fut dans une salle voisine, de là entendit du tumulte, eut peur, et alla se cacher; […]. — (F. de Champagny, Les Césars, dans Revue universelle, V.31, 1839, page 135)
- Le président du Conseil jeta, très sagement à mon sens, une pelletée de terre sur cet embryon de conspiration. Après tout, les conjurés n'étaient pas passés aux actes. — (Joseph Caillaux, Mes Mémoires, I, Ma jeunesse orgueilleuse, 1942)
Forme de verbe
| Voir la conjugaison du verbe conjurer | ||
|---|---|---|
| Participe | Présent | |
| Passé | (masculin singulier) conjuré | |
conjuré \kɔ̃.ʒy.ʁe\
- Participe passé masculin singulier du verbe conjurer.
Voir aussi
- conjuré sur le Dico des Ados
Littré (1872-1877)
conjuré, ée
(kon-ju-ré, rée) part. passé.
- 1Qui prend part à un complot.
Puissent tous ses voisins ensemble conjurés Saper ses fondements encor mal assurés
, Corneille, Hor. IV, 5.Rome poursuit en vous un ennemi fatal Plus conjuré contre elle, et plus craint qu'Annibal
, Racine, Mithr. III, 1.Tous les Grecs conjurés fondaient sur un rebelle
, Racine, Androm. II, 5.Ils virent les rois conjurés contre eux
, Bossuet, Hist. II, 5.Les démons conjurés à notre ruine
, Bossuet, Démons, 1.S. m.
Je fais d'Héraclius un chef de conjurés
, Corneille, Héracl. II, 7.Et tous vos conjurés deviendraient ses amis
, Corneille, Cinna, III, 1.Et que vos conjurés entendent publier Qu'Auguste a tout appris et veut tout oublier
, Corneille, ib. V, 3. - 2Exorcisé. Les démons conjurés par le prêtre.
- 3Détourné par des conjurations magiques ou de toute autre façon. L'orage conjuré.
- 4Supplié. Coriolan conjuré par sa mère de ne pas aller plus avant.
Étymologie de « conjuré »
- De conjurer.
Phonétique du mot « conjuré »
| Phonétique | Prononciation | |
|---|---|---|
| Suisse (canton du Valais) : écouter « conjuré » |
|
Fréquence d'apparition du mot « conjuré »
Source : GoogleTraductions du mot « conjuré »
| Langue | Traduction |
|---|---|
| English | I conjured |
| German | Ich beschwor |
| Spanish | conjuré |
| Portuguese | Conjurei |
| Italian | Ho evocato |
| Dutch | Ik toverde |
| Polish | Wyczarowałem |
| Russian | Я придумал |
Synonymes de « conjuré »
Antonymes de « conjuré »
Citations sur le mot "conjuré"
La crédulité des conjurés va souvent jusqu'à la stupidité.
Voltaire
Le sort des conjurés est de mourir ou de trahir.
Julien Green
Pour le tyran, le crime; pour le pays, la conjuration.
Victor Hugo