Consistance

subst fém

Définitions de « consistance »

Trésor de la Langue Française informatisé

CONSISTANCE, subst. fém.
A.− Techn. État de ce qui est composé d'un certain nombre d'éléments qui lui donnent son importance relative.
1. DR., vieilli. Ensemble des éléments qui composent une succession, un domaine et ses dépendances, la nature et l'étendue d'une terre. Synon. état, contenance.Héritage en consistance de...; donner un état de la consistance d'une terre; la consistance des effets et des dettes d'une succession (cf. consister).
2. ZOOL., BOT. Âge, état où les végétaux ou les animaux ont atteint leur point de développement maximum, cessent de croître sans décliner encore.
3. SYLVIC. Consistance d'un peuplement, d'une coupe. Nombre d'arbres, généralement à l'hectare, caractérisant une plantation.
B.− [S'applique à un corps]
1. [S'applique à un solide] État d'un corps solide dont les parties constituent un tout envisagé du point de vue de son homogénéité, de sa cohérence, de sa compacité, de sa résistance. Synon. dureté, fermeté, solidité.La consistance de la matière, du sol, d'un terrain; une consistance butyreuse, cartilagineuse, fibreuse, friable, gélatineuse, métallique, molle, plus ou moins ferme :
1. À quelque distance de la mer les sables ont une couleur grisâtre, sans cesse battus par les vagues, ils sont parfaitement unis, d'une consistance très solide et offrent au voyageur un chemin très commode... Cendrars, L'Or,1925, p. 73.
En partic.
a) TRAV. PUBL. État de fermeté, de compacité d'un béton avant le début de sa prise. Béton à consistance ferme, plastique.
b) PHYS. Degré de résistance à la déformation ou à la séparation qu'offrent les corps en fonction de la plus ou moins grande liaison de leurs molécules.
2. [S'applique à un liquide ou à une suspension] Plus ou moins grand degré de viscosité, de résistance à l'écoulement d'un liquide qui s'épaissit, qui devient moins fluide, plus pâteux. Synon. épaisseur, viscosité.La consistance d'un sirop, d'une bouillie, d'une huile; une consistance sirupeuse, visqueuse; faire évaporer jusqu'à consistance d'extrait :
2. Le lait maigre a une consistance moindre que celle du lait pur... A.-F. Pouriau, La Laiterie,1895, p. 438.
TECHNOL. Consistance des huiles de graissage, des goudrons.
3. [Dans les emplois 1 et 2; consistance (non qualifié)] Épaisseur, solidité relativement grande. Prendre, avoir de la consistance.
Rare, au plur. Volumes, épaisseurs. Il y a chez Degas un sentiment (...) vif des volumes, des consistances, des plans (C. Mauclair, Les Maîtres de l'impressionnisme,1904, p. 92).
4. P. ext. Aspect, nature, matière (quant à la solidité, à l'épaisseur...). Un tissu de consistance rêche; la consistance d'un coloris (en peint.), du teint. La consistance lumineuse des émaux (Bloy, La Femme pauvre,1897, p. 134):
3. À la belle saison, le terrain semé de trous avait le relief et la consistance d'une éponge sèche et la faucheuse mécanique s'y cassait les dents. Aymé, La Vouivre,1943, p. 7.
4. Où retrouverai-je le goût paysan, un peu âpre, la consistance sableuse de telles galettes. Colette, Paysages et portraits,1954, p. 170.
C.− P. métaph. ou au fig.
1. État de ce qui est ferme, fixe ou cohérent. Synon. résistance, stabilité, solidité.La consistance d'une certitude religieuse, d'une passion, des alliances; une consistance dogmatique, morale, politique; un projet manquant de consistance; fantôme, illusion, rêve sans consistance :
5. Sa vie [à Françoise] avait perdu toute consistance, c'était une substance molle dans laquelle on croyait s'enliser à chaque pas... S. de Beauvoir, L'Invitée,1943, p. 401.
6. − Ça te la coupe, hein, lui dit Thérèse. Pas du toc tout ce bordel. Admire la consistance de la chose. Queneau, Loin de Rueil,1944, p. 11.
2. [Sans qualification, ou avec la marque de la négation]
a) [Pers.] Vieilli. Solidité caractérielle, morale; crédit, importance sociale. Homme, noceur sans consistance. Elle sentait en lui un manque de fond et de consistance (G. Sand, Les Beaux Messieurs de Bois-Doré,t. 2, 1858, p. 239).
b) Caractère de ce qui, étant cohérent et stable, a du crédit, de la considération, du poids. Bruit, nouvelle, propos sans consistance; donner de la consistance à un mensonge; bruit, rumeur qui prend (de la) consistance :
7. Il a été prouvé que l'allégation portée contre je ne sais quel médecin de la Salpêtrière, qui aurait souri ou plaisanté d'une pauvre femme ayant au cou une médaille bénite, n'avait aucune consistance et s'évanouissait à l'examen. Sainte-Beuve, Premiers lundis,t. 3, 1869, p. 300.
Rem. Cet empl. abs. était plus fréq. au xixes. et s'appliquait à des réalités soc., écon., pol. Mon commerce prenait de la consistance (F. Vidocq, Mémoires de Vidocq, t. 2, 1828-29, p. 33). Synon. importance, stabilité.
c) Domaine de la critique.[Pensées, œuvres] Cohérence, solidité de construction. Ce second acte n'a pas grande consistance (A. Daudet, Pages inédites de critique dramatique,1897, p. 285):
8. L'étonnant est de ressentir parfois l'impression de justesse et de consistance dans les constructions humaines − faite de l'agglomération d'objets apparemment irréductibles − comme si celui qui les a disposées leur eût connu de secrètes affinités. Valéry, Variété I,1924, p. 257.
3. Emplois spéc.
a) LOG. Consistance d'un système d'axiomes. Caractère de ce système lorsque ses termes ne sont pas contradictoires. Synon. cohérence, non-contradiction.
b) PSYCHOL. SOC. Constance, cohérence dans l'opinion ou le comportement d'un sujet interrogé dans un sondage ou soumis à un test. Degré de consistance dans les réponses à un sondage, à un questionnaire. Contradiction relative entre les réponses fournies par un sujet donné (dans ce cas on préconise parfois l'emploi du terme cohérence). Coefficient de consistance. On utilise également consistance pour parler de la validité d'un test.
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃sistɑ ̃:s]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. a) 1370-82 synon. de matière (Oresme, Ciel et Monde, éd. Menut, 41 c, p. 186); b) 1690 « état d'un solide considéré du point de vue de la cohésion de ses éléments » (Fur.); 2. 1580 fig. « immobilité, stabilité » (Montaigne, III, IX, éd. Thibaudet, p. 1111); 1671 fig. (Pomey : les choses du monde n'ont point de consistance); av. 1741 homme sans consistance (St Simon, XI, 224 ds DG). Malgré le hiatus chronol., dér. de consister*; suff. -ance*. Fréq. abs. littér. : 595. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 300, b) 357; xxes. : a) 353, b) 1 016. Bbg. Gohin 1903, p. 342.
-ANCE, -ENCE, suff.
I.− Le dérivé est rattaché au verbe ou au participe correspondant
A.− Le dérivé exprime l'action (« le fait de » + inf.)
1. Le suj. du verbe de base désignerait une pers., le fait que qqn s'accoutume, etc. :
accoutumance « le fait de s'accoutumer, de s'habituer »
ignorance « le fait d'ignorer quelque chose »
négligence « l'action, le fait de négliger quelque chose »
résidence « le fait de résider habituellement en un lieu »
vengeance « l'action de se venger »
2. Le suj. du verbe de base désignerait une chose :
alternance « le fait d'alterner (en parlant des éléments d'une série) »
convergence « le fait de converger »
émergence « le fait d'émerger (en parlant d'un rayon, d'un fluide) »
3. Le suj. du verbe de base désignerait une pers. ou une chose :
alliance « le fait pour des personnes, des éléments de s'allier »
appartenance « le fait d'appartenir »
croissance « le fait de croître, de grandir »
naissance « le fait de commencer, d'apparaître »
résistance « le fait de résister »
B.− Le dérivé exprime le sujet de l'action (« celui qui » ou « ce qui » + verbe au prés. de l'ind.)
1. Le suj. du verbe de base désignerait des pers. :
affluence « réunion d'une foule de personnes qui se portent au même endroit » (Rob.)
assistance « ceux qui assistent à... »
2. Le suj. du verbe de base désignerait des choses :
apparence « ce qui apparaît d'une personne ou d'une chose »
appartenances (au plur.) « ce qui appartient à un bien immeuble » (Rob.)
différence « ensemble de caractères qui distinguent une chose d'une autre »
nuisance(s) « ensemble de facteurs de civilisation rendant la vie pénible »
C.− Le dérivé exprime le résultat de l'action (« ce/celui qui est » + part. passé passif; « ce/celui que l'on » + prés. de l'ind.)
1. Quand le verbe de base est un verbe trans., le dér. exprime l'obj. de l'action :
connaissance « ce ou celui que l'on connaît »
croyance « ce que l'on croit »
ordonnance « prescription, ce qui est ordonné »
Cf. contenance « ce qui peut être contenu »; remontrance « critique motivée et raisonnée »
2. Quand le verbe de base est intrans., le subst. marque l'état de ce (ou de celui) qui a subi l'action (« fait d'être » + part. passé) :
déchéance « état de celui qui est déchu »
Rem. Ds laitance « liquide sécrété par les glandes des poissons mâles », le sens primitif était « lait de poisson » (terme de cuisine) de l'anc. verbe lait(i)er « donner son lait »
D.− Le dérivé exprime les circonstances de l'action
1. La manière :
apparence « manière dont une chose, une personne se présente »
contenance « manière de se tenir, de se présenter »
observance (observance stricte) « manière dont la règle est observée »
2. Le lieu :
naissance « point, endroit où commence quelque chose »; naissance d'un fleuve
provenance « endroit d'où vient une chose »
résidence « lieu construit où l'on réside »
3. Le moment ou la période :
échéance « date à laquelle expire un délai »
existence « période pendant laquelle quelque chose ou quelqu'un existe » (le reste de mon existence)
Renaissance « période historique allant du xivesiècle à la fin du xviesiècle »
vacances « période pendant laquelle on ne travaille pas »
II.− Le dérivé est rattaché à l'adjectif ou au substantif correspondant
A.− À l'adjectif. − Le subst. en -ance/-ence exprime de façon abstr. la qualité désignée par l'adj. ou le part. adjectivé (« caractère de ce qui est ... » ou « de celui qui est ... ») :
1. Cette qualité peut s'appliquer à l'animé :
bienveillance « qualité de celui qui est bienveillant »
élégance « qualité de ce/celui qui est élégant »
endurance « qualité de celui qui est endurant »
ignorance « état de celui qui est ignorant »
indigence « état de celui qui est indigent »
nonchalance « caractère de celui qui est nonchalant »
patience « qualité de celui qui est patient, qui persévère dans une activité sans se décourager »
prévoyance « qualité de celui qui est prévoyant »
suffisance « caractère de celui qui est suffisant »
tolérance « qualité de celui qui est tolérant »
2. Cette qualité peut s'appliquer à l'inanimé :
consistance « état de ce qui est consistant »
contingence « caractère de ce qui est contingent »
prépondérance « qualité de ce qui est prépondérant »
succulence « caractère de ce qui est succulent »
urgence « caractère de ce qui est urgent »
3. Cette qualité peut s'appliquer à l'animé et à l'inanimé :
importance « caractère de ce (ou de celui) qui est important »
indépendance « état d'une personne ou d'une chose indépendante »
insignifiance « caractère de ce (ou de celui) qui est insignifiant »
puissance « état de celui qui est puissant; caractère de ce qui est puissant »
transcendance « caractère de ce qui est transcendant »
B.− Au substantif. − Le subst. de base est le plus souvent un subst. qui désigne celui qui exerce une fonction, le dér. en -ance/-ence marquant alors cette fonction :
gérance « fonction de gérant »
intendance « fonction d'intendant »
lieutenance « charge, office, grade de lieutenant »
présidence « fonction, titre de président »
régence « fonction, dignité de régent »
suppléance « fonction de suppléant »
Cf. aussi vétérance « état de vétéran »
Le dérivé peut marquer en même temps
1. Il peut marquer en même temps la durée de cette fonction :
gérance « durée des fonctions du gérant »
présidence « durée des fonctions d'un président »
régence « durée des fonctions d'un régent »
2. Il peut marquer en même temps le lieu où elle s'exerce :
intendance « bureaux de l'administration d'intendance »
présidence « résidence, bureau(x) d'un président »
3. Il peut marquer en même temps l'ensemble des personnes qui exercent cette fonction (sens collectif) :
intendance dans des expr. comme intendance militaire ou les services de l'intendance
maistrance « ensemble des officiers mariniers de la marine de guerre française »
Cf. aussi ascendance « ensemble des générations de personnes d'où quelqu'un est issu »; descendance « ensemble des descendants »
Rem. 1. Différentes signif. que peut prendre un même dér. a) Un même terme pourra être considéré à la fois comme un nom abstr. d'action (I) ou comme un nom abstr. de qualité (II), selon qu'il est rattaché de préférence à la signif. verbale ou à la signif. adj. de la base. Ainsi persévérance est à la fois « le caractère de celui qui est persévérant » et « le fait de persévérer ». Cf. de même : endurance, négligence, persistance, prévoyance, reconnaissance, tolérance. Il se peut aussi que le mot en -ance/-ence soit dérivable à la fois d'un verbe et du subst. corresp. en -ant (-ent) : présidence n'est pas seulement « la fonction du président », mais aussi « l'action de présider ». Suppléance est, en même temps qu'une fonction, « le fait de suppléer quelqu'un ». Dans surveillance seul le verbe surveiller est senti, et non le subst. surveillant. b) Un subst. d'action pourra correspondre à une seule ou à plusieurs des accept. énumérées supra (I). Une seule accept. : l'action (le fait de) (insistance, soutenance, transhumance); le suj. de l'action (« ce qui » + verbe au prés.) (convenance); le résultat de l'action (« ce qui est » + part. passé passif) (contenance, redevance, remontrance); le lieu (provenance); la période (échéance, vacances). Plusieurs accept. : action et suj. de l'action (assistance, influence...); action et résultat de l'action (espérance, négligence...); action et lieu de l'action (naissance, résidence); action et moment ou période de l'action (existence, renaissance); action, résultat de l'action, manière (observance).
Rem. 2. Les dér. appartiennent à une lang. spécialisée. Dans les cas où le subst. en -ance/-ence est en concurrence avec un autre subst. abstr., il a gén. un sens spécialisé : maintenance est réservé soit au « fait de maintenir à leur nombre normal des effectifs et du matériel d'une troupe au combat », p. oppos. à maintien, soit à l'entretien d'un ordinateur; observance est spécialisé dans le domaine relig., le lang. courant dit observation; partance pour départ est vieilli et ne s'emploie plus que dans l'expr. en partance; rémittence est employé en méd., rémission étant plus gén.; résilience est un terme de phys. et s'oppose à résiliation; soutenance est le « fait de soutenir une thèse de doctorat », soutien est le terme général; dominance désigne « le fait de dominer » quand il s'agit de choses, contrairement à domination qui s'applique toujours à des pers. et tend, de ce fait, à prendre un sens spécialisé dans le domaine scientifique « état d'un caractère dominant ». Les subst. en -ance/-ence sont fréq. dans les lang. techn. : mar. (partance, maistrance, cf. A. François, La Désinence -ance dans le vocabulaire français, 1939, p. 63), banque : (créance, échéance, quittance, usance, ibid.), dr. (instance, mouvance, survenance, ibid.), relig. (observance, recouvrance, repentance, ibid.); et surtout scientifiques : phys. (efficience, fluorescence, interférence, phosphorescence, radiance, réfringence...); bot. (arborescence, virescence), électr. (conductance, brillance, impédance), math. (congruence, équipollence, tangence), philos. (contingence, immanence, transcendance). Nombreuses formations en -ance ds l'arg. mod. : béquetance (bectance) « nourriture », de béqueter « manger » (ibid., p. 25); croustance « repas », de croûte « pain » (ibid.); cuistance « cuisine » (ibid.); galetance « gamelle », de galettière « plat à galette » (ibid.); rouspétance, d'apr. rouspéter; roustance, même sens que cuistance, de roustir « brûler » (ibid.).
Rem. 3. La finale -ance/-ence correspond dans le registre suffixal à la termin. part. -ant et à la finale adjectivale -ant/-ent; un mouvement de pensée identique sous-tend l'une et l'autre. Le propre de la flexion participiale étant de faire tendre le verbe vers la partie du discours adj., les formes en -ant se situent, selon les conditions du discours, à plus ou moins grande distance de la catégorie verbale proprement dite. En fonction d'appos., en partic. lorsque le compl. (surtout le compl. d'obj.), ou a fortiori le suj., se trouve exprimé, la forme est saisie à proximité du verbe (part.) : son interlocuteur ignorant ces faits, il...; ignorant ces faits, il...; persévérant dans ses efforts, il... En fonction d'attribut ou d'épithète, elle l'est à proximité de l'adj. (adj. verbal) : il est ignorant, persévérant; un homme ignorant, persévérant. Les part. en -ant se prêtent qqf. à la substantivation (un suppléant, un gérant, un penchant...). Il ne correspond pas (ou il ne correspond plus) toujours un verbe aux formes en -ant (élégant, bienveillant...). Les formes en -ent peuvent être des adj. (divergent, négligent...) ou des subst. (président) « verbaux », c'est-à-dire qui rappellent plus ou moins le verbe. Mais le plus fréquemment, elles appartiennent à la catégorie des adj. (adjacent, évident) ou des subst. (expédient, inconvénient), sans qu'il leur corresponde un verbe. Le suff. -ance suit un mouvement en tout point identique à la flexion -ant : saisi précocément, il fournit un subst. abstr. d'action (vengeance). Saisi tardivement, il fournit un subst. abstr. de qualité (persévérance); il se peut aussi qu'il corresponde à la forme en -ant substantivée (gérance). Lorsque le suff. -ence correspond à une finale -ent d'adj. « verbal », il fournit, à l'image de -ance, soit un subst. d'action (négligence < négliger « le fait de négliger »), soit un subst. de qualité (négligence < négligent « qualité de ce qui est négligé »). Il se peut aussi que -ence soit issu d'une forme en -ent subst. (présidence < président − présider). Dans les cas où il ne correspond pas de verbe aux formes en -ant/-ent, les suff. -ance/-ence prennent forcément la signif. adj. (bienveillance, indigence...).
Étymol. ET HIST. A.− Étymol. − Dès les plus anc. textes, on relève des subst. d'action tirés de part. prés., formation héritée du latin -(antia). Type : douter/doutant/doutance, oïr/oiant/oiance... A. François, La Désinence -ance dans le vocabulaire français, 1939, p. 8, no3 relève ainsi dès la toute première période (xieet xiies.) les mots suiv. qui ont survécu : abondance, accoutumance, alliance (alloiance), appartenance, arrogance, oïr/oiant/oiance... bienveillance, et malveillance, chance, concordance et discordance, connaissance (cunoisance), reconnaissance (reconuisance) et méconnaissance, contenance, convenance, créance, croissance, déchéance, défaillance, défiance, délivrance, enfance, espérance, ignorance, jouissance (joiance), naissance, outrecuidance, persévérance, puissance, quittance, repentance, souffrance, soutenance, substance, suffisance, vaillance, vengeance. ,,Il n'y a pas de doute que, malgré sa popularité, la formation mi-savante des mots en -ance, généralement abstraits, est l'œuvre des clercs, − clercs de toute espèce : ecclésiastiques, monastiques ou juristes. En témoignent la poésie et la prose.`` (Id., ibid., p. 8). La vitalité du suff. est telle en a. fr., qu'il vient à s'accoler à des bases nominales. Ainsi pitié ou piété devient pitance; vilté se change en viltance, vuitance, d'où aviltance. Plus tard apparaîtront bobance ou bombance (orig. incertaine). À partir du xiies., les formes en -ance et en -ement se doublent presque constamment : allegement-allegeance, attendement-attendance, decevement-decevance, delivrement-delivrance, ennuiement-ennuiance, errement-errance, desheritement-desheritance, delaissement-delaissance, meprisement-meprisance, demontrement-demontrance, naissement-naissance, parlement-parlance, recouvrement-recouvrance, sevrement-sevrance, signifiement-signifiance, soutenement-soutenance, ven gement-vengeance... (Id., ibid., p. 12). C'est tantôt l'un, tantôt l'autre des 2 termes qui l'a emporté. En revanche dans les cas de doublets -ance/-tion, c'est gén. le second qui a survécu : cf. assignance-assignation, décevance-déception, dérogeance-dérogation, agravance-agravation, démonstrance-démonstration, obligeance-obligation, pourveance-provision, récréance-récréation, sevrance-séparation, signifiance-signification... (Id., ibid., p. 13). Le suff. sav. -tion a un prestige qui n'a pas son rival. B.− Vitalité et productivité 1. Vitalité. − L'analyse est, en gén., facile, que la base soit a) Un part. prés. à valeur adj. (adj. verbal) : attir(ant), -ance; défaill(ant), -ance; endur(ant), -ance; exubér(ant), -ance; ignor(ant), -ance; méfi(ant), -ance; persévér(ant), -ance; prépondér(ant), -ance; répugn(ant), -ance; rutil(ant), -ance; tempér(ant), -ance; tolér(ant), -ance; Rem. Au lieu du part. il s'agit parfois d'un adj. en -ent correspondant à un verbe : adhér(ent), -ence; afflu(ent), -ence; coïncid(ent), -ence; différ(ent), -ence; diverg(ent), -ence; excell(ent), -ence; équival(ent), -ence; influ(ent), -ence; néglig(ent), -ence. b) Un adj. En -ant : arrogant, -ance; bienfaisant, -ance; clairvoyant, -ance; élégant, -ance; intransigeant, -ance; pétulant, -ance; vigilant, -ance ... En -ent : antécédent, -ence; clément, -ence; décent, -ence; déficient, -ence; indulgent, -ence; insolent, -ence; opulent, -ence; patient, -ence; véhément, -ence; virulent, -ence. c) Plus rarement un verbe (le part. prés. du verbe ayant une valeur proprement verbale) : accoutum(er), -ance; délivr(er), -ance; espér(er), -ance; ordonn(er), -ance; veng(er), -ance ... Except. pour les dér. en -ence : confér(er), -ence; préfer(er), -ence. Rem. 1. On pourrait ajouter exig(er), -ence, exist(er), -ence si l'on considère que la graph. en -ant des adj. existant et exigeant les éloigne des subst. en -ence. 2. Le fr. mod. associe directement semence au verbe semer (malgré l'étymol. de semence < b. lat. sementia, plur. neutre de sementium, d'apr. le lat. class. sementis « semailles »). d) Parfois un subst. : gérant, -ance; intendant, -ance; lieutenant, -ance; président, -ence; régent, -ence; suppléant, -ance. Rem. 1. Suppléance pourrait aussi se rattacher aux formations du type c : supplé(er), -ance. 2. On a pu former un dér. en -ance sur vétéran en dépit de l'étymol. : veteranus d'apr. vetus, -eris. e) La base est repérable grâce à une commutation de finales : conduct-ance/conduction, induct-ance/induction, lumin-ance/ lumineux (lumière), perdit-ance/perdition, self-induct-ance/self-induction. audi-ence/auditeur, (in)expéri-ence/expérimenter. ou à l'anal. avec un mot voisin : précellence-excellence. Dans un certain nombre de cas cependant, où le radical ne sert pas de base à d'autres dérivés et où par conséquent la finale n'est pas commutable, les mots ne sont pas directement sentis comme des dér. -ance : admittance, circonstance, clearance, créance, engeance, finance, garance, impédance, nuance, pitance, (contre-)performance, réluctance, remembrance, ance (cf. cep. sé-ant), substance, thermistance. -ence : abstinence (cf. cep. s'absten-ir), cadence, calorescence, carence, circonférence, crédence, déshérence (cf. cep. déshér-iter), désinence, essence, licence, obédience, potence, providence, quintessence, ramescence, résipiscence, sapience, science, sentence (cf. cep. sent-iment « jugement »), séquence, subsidence, virescence. Rem. La différence de sens entre preste et prestance exclut le rapprochement entre ces 2 mots; l'abstr. corresp. à preste est prestesse « agilité » (Rob.). 2. Productivité. − -ance connaît une période de déclin en fr. classique, et on ne relève aucun mot nouveau au xviies. Mais il renaît dès le xviiies., surtout ,,par la récupération des mots vieux ou en train de vieillir (...)''. Certains sont recommandés par Marmontel dans son Discours sur l'autorité de l'usage (1785) : allégeance, souvenance, par l'abbé Féraud dans son Dictionnaire critique (1786) : advertance, nuisance, remembrance, enfin par la cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie en 1798 (préparée par Marmontel) : accointance, accoutumance, malveillance, apercevance...,, ``(A. François, La Désinence -ance dans le vocabulaire français, 1939, p. 18). Dans la Néologie de S. Mercier (1801), on relève les mots nouv. suiv. (toujours d'apr. A. François) : ayance, conspirance, fécondance, garrulance, inconsistance, obligeance, provenance, raisonnance. Les formations les plus récentes appartiennent d'abord aux lang. techn. (délinquance, fréquence, interférence, efficience, équivalence, impédance, conductance, inductance, réactance, réluctance, brillance, radiance...) ou arg. (cuistance, roustance...).
BBG. − Cohn (G.) Die Suffixwandlungen im Vulgärlatein und im vorlitterarischen Französisch. Halle, 1891, pp. 74-79. − Darm. 1877, pp. 87-88; p. 207. − Dub. Dér. 1962, p. 15, 22; pp. 64-65; p. 104. − François (A.). La Désinence -ance dans le vocabulaire français... Genève-Lille, 1950, 93 p. [Cr. Goosse (A.) R. belge Philol. Hist. 1952, t. 30, pp. 224-226; Lerch (E.). Rom. Jahrb. 1950, t. 3, pp. 179-194; Orr (J.). Mod. Lang. R. 1951, t. 46, p. 270; Schöne (M.). Fr. mod. 1951, t. 19, pp. 59-60; Streicher (J.). R. Hist. litt. Fr. 1950, t. 50, p. 437]. − François (A.). Suffixe littéraire -ance. Vox rom. 1939, t. 4, pp. 20-24 [Cr. Spitzer (L.). Fr. mod. 1939, t. 7, pp. 276-278; Wartburg (W. von). Z. rom. Philol. 1942, t. 62, p. 208]. − Gossen (C. T.). Ma plus douce espérance est de perdre l'espoir. Z. rom. Philol. 1955, t. 71, pp. 337-364 [Cr. Gougenheim (G.). B. Soc. Ling. 1956, t. 52, no2, pp. 94-95]. − Hug. Mots disp. 1967, pp. 137-142. − Lew. 1960, pp. 57-69, 121-132. − Malkiel (Y.). The Development of the Latin suffixes -antia and -entia in the Romance languages... Berkeley-Los Angeles, 1945, 177 p. [Cr. Alvar (M.). Z. rom. Philol. 1955, t. 71, pp. 299-303; Holmes (U. T.), jr. Speculum. 1945, t. 20, pp. 495-497; Lerch (E.). Rom. Jahrb. 1950, t. 3, pp. 179-194]. − Merk (G.). La Vitalité des suffixes nominaux, du latin au français. R. Ling. rom. 1970, t. 34, no133/134, pp. 194-223. − Meyer-L. t. 2 1966, p. 199.
Rem. Ds laitance « liquide sécrété par les glandes des poissons mâles », le sens primitif était « lait de poisson » (terme de cuisine) de l'anc. verbe lait(i)er « donner son lait »
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Nom commun

Singulier Pluriel
consistance consistances
\kɔ̃.sis.tɑ̃s\

consistance \kɔ̃.sis.tɑ̃s\ féminin

  1. État d’un corps qui prend un certain degré de solidité.
    • Faire évaporer un liquide jusqu’à la consistance de sirop.
    • Pour le faumage façon « ricotta », mixez les ingrédients jusqu'à obtenir une consistance relativement lisse. Goûtez afin d'ajuster l'assaisonnement. — (Lloyd Lang, Une journée dans mon assiette Vegan, Éditions Hachette Cuisine, 2019, page 170)
  2. État d’un corps dont les parties sont liées entre elles de manière à offrir une certaine résistance.
    • Bientôt, il n’y eut plus de ronces et Mokkhi reconnut sous ses pieds la consistance de l’herbe. — (Joseph Kessel, Les Cavaliers, Gallimard, 1967)
    • La consistance du sol doit être estimée sur la parcelle juste avant le travail. — (Pascal Balleux, ‎Philippe Van Lerberghe, Boisement des terres agricoles: guide technique, 2001)
  3. (Sens figuré) Stabilité ; fixité ; permanence.
    • […] mais, dans les grandes circonstances, ma femme n’a jamais hésité d’approuver ce qu’elle pensait propre à mettre de la consistance dans ma vie et à rehausser mon nom dans l’estime publique : en cela elle a plus de mérite qu’une autre. — (François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, tome V, livre XIII, Garnier, 1910 (1850 pour la 1re édition), page 243)
    • Donc, l'art de la peinture esquisse et restitue en image les Grâces et donne de la consistance à leur corps par les couleurs ; désormais, il les peint toutes trois en pied et les présente nues, sans vêtements ni voiles. — (Marina Loukaki, Les Grâces à Athènes : Éloge d’un gouverneur byzantin par Nikolaos Kataphlôron, Éditions De Gruyter, 2019, page 83)
    • Ce bruit, cette nouvelle, etc., prend, acquiert de la consistance, Ce bruit, cette nouvelle, etc., devient moins vague, commence à se confirmer.
    • C’est un esprit qui n’a point de consistance, c’est un caractère sans consistance, se dit d’une Personne qui n’est pas ferme dans ses résolutions, dans ses opinions, etc., et qui en change aisément.
    • C’est un homme sans consistance dans le monde, ou simplement
    • Sans consistance, Sans crédit, sans considération.
  4. (Droit) Il désigne ce en quoi consiste une succession ou un domaine et ses dépendances.
    • La consistance d’une succession.
    • Donner un état de la consistance d’une terre.
  5. (Logique) Absence d'énoncé contradictoire d'une théorie.

Anagrammes

→ Modifier la liste d’anagrammes

  • coinçassent

Voir aussi

  • consistance sur l’encyclopédie Wikipédia
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

consistance

(kon-si-stan-s') s. f.
  • 1État de stabilité, de solidité. Je n'examine point quelle fut la consistance de la monarchie sous François 1er, Patru, Plaidoyer 4, dans RICHELET. Je n'étais pas en trop bonne consistance, Voiture, Lett. 20. Leur gloire n'a pas de consistance assurée, Massillon, Pet. Car. Triomphe. Notre consistance dans la vertu est un miracle de la grâce, Massillon, Car. Tiéd. 2. Toute leur vie [des mondains] est une agitation éternelle que rien ne peut fixer, et qui ne leur laisse pas plus de consistance ici-bas qu'à la poussière qui devient le jouet des vents, Massillon, Profess. relig. 3. Il a fallu que la noblesse eût une certaine consistance, afin que le propriétaire du fief fût en état de servir le prince, Montesquieu, Esp. VI, 1. Elle m'a assuré que l'impératrice jouissait d'une admiration si méritée… que sa consistance sur le trône ne dépendait plus de personne, Diderot, Sur la princ. d'Ash. C'est une monnaie dont l'alliage fait la consistance, Marmontel, Contes moraux, Alcib. La reconnaissance due au ministre qui a donné le premier plus d'étendue et de consistance à ces travaux [la correction des cartes marines], Condorcet, Maurepas.

    Le temps qu'il fait n'a point de consistance, il est mal assuré, Dict. de l'Acad.

    Le plus haut point de développement en parlant des êtres vivants, et particulièrement des animaux et de l'homme. Âge, temps de consistance. L'état d'accroissement, de consistance et de diminution. Avant que l'habitude du corps soit acquise, on lui donne celle qu'on veut sans danger ; mais, quand une fois il est dans sa consistance, toute altération lui devient périlleuse, Rousseau, Ém. I.

    Par extension, en parlant des choses, état de consistance, le terme où elles se tiennent solidement, et ne montrent aucun signe de changement. Les affaires sont dans un état de consistance.

    Un bruit sans consistance, un bruit sans autorité.

    Un homme sans consistance, un homme sans considération, ni crédit.

    Un esprit sans consistance, un esprit sans fermeté.

    Prendre, acquérir de la consistance, en parlant des personnes, gagner en crédit, en tenue ; en parlant des choses, se confirmer. Cet homme prend de la consistance dans sa compagnie. Le bruit d'un soulèvement avait pris de la consistance.

  • 2 Terme didactique. Degré de rapprochement ou de liaison des molécules d'un corps, qui fait que ce corps oppose plus ou moins de résistance aux corps qui agissent sur lui et tendent à le diviser. Faire évaporer un liquide jusqu'à consistance de sirop. La cire a moins de consistance que la résine. Ce feu [du Tartare] ne laisse aucune consistance et il ne consume rien ; il dissout jusqu'aux premiers principes de la vie, et on ne peut mourir, Fénelon, Tél. XVIII.
  • 3État, contenance. La consistance de ce bois est de plus de cinq cents arpents. Il faut savoir la consistance des effets et des dettes d'une succession.

HISTORIQUE

XVIe s. Les differences des os sont prises des apophyses, epiphyses… consistence, magnitude, nombre, figure, situation, Paré, II, 4. L'humaine sagesse s'en prescriroit d'aultre [devoir] au delà, où elle aspirast toujours et pretendist : tant nostre estat est ennemy de consistance, Montaigne, IV, 131.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « consistance »

Composé de consister et du suffixe -ance.
Source : Wikitionnaire

Consistant ; provenç. et espagn. consistencia ; ital. consistenza.

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « consistance »

Phonétique Prononciation
France (Toulouse) : écouter « consistance »
(Région à préciser) : écouter « consistance »
France (Vosges) : écouter « consistance »
Normandie (France) : écouter « consistance »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « consistance »

Source : Google

Traductions du mot « consistance »

Langue Traduction
English consistance
German Konsistenz
Spanish consistencia
Portuguese consistência
Italian consistenza
Dutch consistentie
Polish spójność
Russian консистенция
Source : DeePL

Synonymes de « consistance »

Antonymes de « consistance »