Consommé

subst masc

Définitions de « consommé »

Trésor de la Langue Française informatisé

CONSOMMÉ, subst. masc.
Le repas débutait par une tasse de consommé froid, que les deux frères burent en silence (R. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 147):
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃sɔme]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. V. consommer. Fréq. abs. littér. : 720. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 659, b) 603; xxes. : a) 812, b) 833.
CONSOMMER, verbe trans.
A.− Littér. Amener une chose à son terme.
1. [Le terme est l'achèvement dans la plénitude, avec parfois l'idée de perfection atteinte] Dieu consomma en six jours l'ouvrage de la création (Ac.1835, 1878) :
1. ... Bossuet réfutant Montaigne, achevant et consommant Platon, démontre et rend presque sensibles aux esprits les moins préparés les conditions du seul vrai, durable et éternel bonheur. Sainte-Beuve, Causeries du lundi,t. 10, 1851-62, p. 201.
a) Consommer le mariage ou, absol., consommer :
2. ... le pape exigea que ces deux enfants [Henri de Valois et Catherine de Médicis] consommassent le mariage, le jour même de sa célébration, tant il craignit les subterfuges de la politique et les ruses en usage à cette époque. Balzac, Sur Catherine de Médicis,Introduction, 1843, p. 30.
Emploi pronom. passif. Les jeunes filles apprenaient par des racontars que l'amour se consomme sur des canapés de style, dans des pièces du genre boudoir (Aymé, La Jument verte,1933, p. 186).
b) Consommer son droit. En obtenir pleinement l'effet qu'on pouvait en attendre. Le droit de retrait d'un seigneur était consommé quand il avait reçu ses lods et ses ventes (Ac.1835-1932).
2. [Le terme est l'achèvement par la destruction, l'anéantissement] Consommer un sacrifice. Mais vieillir, c'est vivre, c'est consommer la durée, c'est s'accomplir (A. Arnoux, Visite à Mathusalem,1961, p. 57):
3. Je consommerais donc l'exil de mes derniers jours sous ces riants portiques où la princesse de Belgiojoso a laissé tomber quelques jours de l'exil de sa jeunesse? Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 4, 1848, p. 124.
[P. allus. aux dernières paroles du Christ sur la Croix (Jean, 19, 30)] Tout est consommé. Tout est accompli (conformément aux Écritures) :
4. ... le Christ enfin qui se fige en la croix suprême, disant les dernières paroles : « Tout est consommé... » (...) et puis, non! tout est à refaire, à refaire éternellement... Gide, Le Traité du Narcisse,1891, p. 8.
En partic., CUIS., vx. Faire consommer de la viande. ,,La faire tellement cuire que presque tout le suc soit dans le bouillon`` (Ac. 1835-1932).
P. ext. Accomplir un forfait. Consommer un crime, un meurtre; consommer la ruine de qqn.
B.− Spécialement
1. [Le suj. désigne un animé ou un groupe d'animés; l'obj. désigne un inanimé] ÉCON. Amener une chose à perdre sa valeur économique par l'usage qu'on en fait pour la satisfaction de besoins individuels ou collectifs. Consommer du blé, des céréales, du lait, du pain, de la viande. Des aliments composés consommés massivement par le bétail (M. Wolkowitsch, L'Élev. dans le monde,1966, p. 133):
5. Pour le charbon, la France, en temps normal, en tirait de son sol chaque semaine 850 000 tonnes. Elle en consommait 1 300 000 tonnes, la différence venant de l'importation. De Gaulle, Mémoires de guerre,1959, p. 424.
Emploi pronom. à valeur passive. La Prusse rhénane et Lyon fabriquent tout le velours d'Utrecht qui se consomme dans le monde (Du Camp, En Hollande,1859, p. 226).
Emploi abs. Beaucoup produire, peu consommer, c'est ainsi que s'accroît une fortune publique (Taine, Philos. de l'art,t. 2, 1865, p. 66).Il est le homo œconomicus qui doit consommer sans cesse afin que puissent fonctionner les machines dont il est l'esclave (Carrel, L'Homme, cet inconnu,1935, p. 3).
Spéc., dans le langage de la restauration. Prendre une consommation dans un débit de boissons, un restaurant. Ils consommaient du café cognac (Hamp, Marée fraîche,1908, p. 57):
6. Stevens parlait ce soir (...) de l'effrayant avalement de bière et d'alcool de Courbet, qui consommait trente bocks dans une soirée et prenait des absinthes où il remplaçait l'eau par du vin blanc. E. et J. de Goncourt, Journal,1892, p. 203.
Emploi abs., usuel :
7. Est-ce que le patron trouverait mauvais que vous preniez un verre avec moi? Le patron? Du moment qu'on consomme. Oh! une limonade. Aragon, Les Beaux quartiers,1936, p. 329.
2. [Le suj. et l'obj. désignent un inanimé]
a) Demander, exiger quelque chose (généralement des matières premières) pour sa fabrication, sa préparation. Ces confitures consomment beaucoup de sucre (Ac. 1835-1932).
b) Utiliser, absorber quelque chose (généralement de l'énergie) pour son fonctionnement. Consommer de l'électricité, de l'essence. Un poêle de faïence, à l'allemande, grand comme la chambre, et consommant du bois et de la tourbe (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 359).
Rem. 1. Thomas 1956 indique que consommer et consumer sont souvent pris l'un pour l'autre dans la lang. pop., cependant la docum. du T.L.F. ne fournit aucun ex. de confusion. 2. On rencontre ds la docum. l'adj. consommatoire, biol. Qui assouvit un besoin, qui satisfait les exigences d'un instinct (d'apr. Piéron 1973). Tinbergen a émis l'hypothèse qu'au système hiérarchisé de réactions correspond une hiérarchie de centres nerveux, les centres supérieurs étant les substrats de la motivation, les centres secondaires commandant les actes consommatoires (Hist. gén. des sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 693).
Les biens ou services consommables (L'Univers écon. et soc.,1960, p. 4614).Une chose n'est belle que lorsqu'elle est « consommable », c'est-à-dire qu'elle meurt quand on en jouit (Sartre, Situations II,1948, p. 173).
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃sɔme], (je) consomme [kɔ ̃sɔm]. Enq. : /kõsom/ (il) consomme. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. A. Ca 1120 consummer « détruire, anéantir » (Psautier d'Oxford, éd. Fr. Michel, 118, 87 [consummaverunt me in terra]); id. [ordeet] consummede (ibid., 7, 10 prob. consummetur nequitia peccatorum, v. TLL s.v. 604, 38-39) − xviies., v. Livet. B. Fin xiies. « accomplir, parfaire » (Moralité sur Job, 347, 5 ds T.-L.); 1588 consommer le mariage (Nic. de Montreux, Sec. Liv. des bergeries de Julliette, fo10 rods Gdf. Compl.); ca 1570 part. passé adj. (Carloix, VIII, 17 ds Littré : consommé aux affaires d'Estat); 1668 art consommé (R. de Piles, Art de Peinture, pp. 8-9 ds IGLF); av. 1590 part. passé substantivé « bouillon concentré où tout le suc de la viande est passé » (Paré, XVI, 12 ds Littré). C. 1580 « faire disparaître [par l'usage] » (Montaigne, Essais, I, 14 : jusqu'à ce qu'ils eussent consommé leurs victuailles); 1844 « prendre une consommation dans un café » (Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, p. 310). Empr. au lat. consummare (de cum et summa « somme ») littéralement « faire la somme de » d'où class. « accomplir, achever, porter à sa perfection » (sens B); dès le lat. chrét. on constate une confusion entre consumere (consumer*) et consummare devenu synon. de perdere, destruere (v. TLL s.v., 604, 21 sqq.), le glissement étant facile du sens de « achever, mener à son accomplissement, sa fin » à « détruire », notamment dans le domaine de la parousie où sont annoncés l'achèvement des temps et la fin du monde, d'où le sens A; C est issu de consumer (cf. aussi consumare synon. de devorare en lat. chrét., TLL s.v., 604, 49). Le domaine respectif de chaque verbe a été déterminé par Vaugelas (1647 Remarques sur la langue françoise, pp. 300-302) et par l'Académie française (Observations sur les Remarques de Vaugelas, 1705, t. 2, pp. 8-10), v. aussi Livet. Fréq. abs. littér. : 901. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 321, b) 689; xxes. : a) 706, b) 1 055.
DÉR.
Consommable, adj.Qui peut être consommé. Produit, denrée consommable. Les biens ou services consommables (L'Univers écon. et soc.,1960, p. 4614).Une chose n'est belle que lorsqu'elle est « consommable », c'est-à-dire qu'elle meurt quand on en jouit (Sartre, Situations II,1948, p. 173). [kɔ ̃sɔmabl̥]. 1reattest. 1758 choses consommables (Quesnay ds Brunot t. 6, p. 179); du rad. de consommer, suff.-able*. Fréq. abs. littér. : 8.
BBG. − Ducháček (O.). L'Interdépendance et l'interaction du contenu et de l'expr. Orbis. 1972, t. 21, p. 475. − Gohin 1903, p. 246 (s.v. consommable).
CONSOMMÉ, ÉE, part. passé et adj.
I.− Part. passé de consommer*.
II.− Adj., littér. [Correspond à consommer A]
A.− [Qualifie un subst. d'action] Qui est accompli, parfaitement achevé :
1. Il y a moins de discontinuité entre elle et Berthe qu'entre Guiscard et moi, du moins, ne se produit-il aucune rupture consommée définitive. A. Arnoux, Royaume des ombres,1954, p. 201.
Emploi subst. :
2. Ce qui ne peut nous toucher que sous la forme de prémonition, est pour lui [un bonhomme] du révolu, du consommé... A. Arnoux, Visite à Mathusalem,1961, p. 200.
B.− [Qualifie une pers., une de ses qualités ou facultés, ou ce qui est créé par une pers.] Qui est parfait en son genre. Sagesse, prudence consommée; science consommée. Une comédienne consommée dans la pratique de son art (T. Gautier, Le Capitaine Fracasse,1863, p. 64).Ces musiciens consommés qui jouent un morceau dans un ton ou dans un autre avec la même aisance (Loti, L'Exilée,1893, p. 30).Quelques politiciens socialistes sont (...) d'une habileté consommée pour combiner les instincts de révolte en une force électorale (Sorel, Réflexions sur la violence,1908, p. 224).Le linguiste n'a nul besoin d'être un phonologiste consommé (Saussure, Cours de ling. gén.,1916, p. 77):
3. Pauvre et avide, c'est à l'aide de l'hypocrisie la plus consommée, (...) que cet homme a cherché à se faire un état et à devenir quelque chose. Stendhal, Le Rouge et le Noir,1830, p. 448.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Nom commun

Singulier Pluriel
consommé consommés
\kɔ̃.sɔ.me\

consommé \kɔ̃.sɔ.me\ masculin

  1. (Cuisine) Bouillon de viande (bœuf, volaille, gibier, poisson) réduit et parfois lié au jaune d’œuf ; les consommés se servent froid ou chaud.
    • Faire un consommé.
    • Prendre un consommé.
    • Il ne vit que de consommés.
    • Dans sa chambre, comme en-cas pour la nuit, on lui tenait préparée une tasse de consommé froid. — (Hector Malot, Un mariage sous le Second Empire, 1873)
    • S’il dort, je pose là une tasse de consommé et m’en vais, sans prendre la peine d’ouater mon pas. — (Colette, La Retraite sentimentale, 1907)
    • On obtient ainsi par ébullition prolongée de 3 à 4 heures un consommé, c’est-à-dire un bouillon qui contient bon nombre des principes de la viande. — (Henri Philippe, Les premiers soins et secours d’urgence aux victimes d’accidents, de malaises subits ou d’empoisonnements, 1908)

Adjectif

Singulier Pluriel
Masculin consommé
\kɔ̃.sɔ.me\

consommés
\kɔ̃.sɔ.me\
Féminin consommée
\kɔ̃.sɔ.me\
consommées
\kɔ̃.sɔ.me\

consommé \kɔ̃.sɔ.me\

  1. Presque parfait.
    • Hélène guidait en effet ses deux complices vers le tramway d’Enghien et, avec une habileté consommée, s’arrangeait pour que leur présence ne pût être remarquée de personne. — (Pierre Souvestre et Marcel Allain, Fantômas, La Guêpe rouge, 1912, Éditions Robert Laffont, Bouquins, tome 5, page 685)
    • Sagesse, prudence consommée.
    • Vertu, science consommée.
  2. (En particulier) Très expérimenté dans un art, dans une science.
    • Chaque cirque possède, en outre, un maître de manège, appelé chef de piste ou chef d'équitation, qui a la responsabilité de la cavalerie. Écuyer consommé, le dressage en liberté ou en haute école ne doit avoir pour lui aucun secret. — (Henry Frichet, Le cirque et les forains, Tours : chez Alfred Mame et fils, 1899, page 21)
    • Il était évident que j’avais devant moi des juristes consommés, en même temps que des hommes d’expérience, et auxquels on ne raconte pas d’histoires. — (Léon Daudet, Souvenirs des milieux littéraires, politiques, artistiques et médicaux/La Pluie de sang, Grasset, 1932, réédition Le Livre de Poche, page 403)
    • Le vieil accordeur de Villegrande, aveugle comme de juste, et qui jouit d’une réputation de musicien consommé, est parvenu à lui rendre peu à peu la plupart de ses notes. — ( Roger Martin du Gard, Vieille France, Gallimard, 1933 ; réédition Le Livre de Poche, page 107)
    • […]: Stendhal a montré, dans Lucien Leuwen, qu'en 1835, la monarchie parlementaire et bourgeoise de Louis-Philippe, pratiquait avec un art consommé toutes les turpitudes imaginables : on achetait l'élection d'un député avec cent mille francs, quelques nominations, quelques bureaux de tabac, […]. — (Yves Chalier, « Prologue » de La République corrompue, Éditions Robert Laffont, 1991)
    • Tacite le sait, il ne dit d’ailleurs pas vraiment le contraire, mais fidèle à son habitude générale il manie le sous-entendu avec un art consommé. — (Pierre Renucci, Claude, Perrin, Paris, 2012, page 228)

Forme de verbe

Voir la conjugaison du verbe consommer
Participe Présent
Passé (masculin singulier)
consommé

consommé \kɔ̃.sɔ.me\

  1. Participe passé masculin singulier de consommer.
    • Le ferrochrome est principalement consommé par les producteurs d’aciers fins et spéciaux. — (Annales des mines, 1989)
    • Le mariage y fut, dit-on, consommé, et il continua à la greluchonner pendant quelque temps ; souvent même il était réduit à se cacher ou à se dérober par une fausse porte lorsque le président, qui en savait bien quelque chose et qui était assez fou pour lutter contre lui, arrivait. — (Louis de Bourbon-Condé, Le comte de Clermont, sa cour et ses maîtresses, 1867)
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

consommé, ée [1]

(kon-so-mé, mée) part. passé.
  • 1Mené à bout, à terme. En qui l'iniquité est pour ainsi dire consommée, Massillon, Car. Doutes Le crime est consommé, Voltaire, Mérope, II, 5. Mon infortune enfin vient d'être consommée, Ducis, Othello, III, 4.

    Tout est consommé, c'en est fait, tout est fini.

  • 2Parfait, accompli, éprouvé. Un homme consommé dans les affaires, Sévigné, 525. Avec de très grands prélats consommés en piété et en savoir, Bossuet, Or. Les vieillards consommés en vertu, Fénelon, Tél. VIII. Un homme consommé dans les sciences et enseveli dans de profondes lectures, Montesquieu, Lett. pers. 78. Laisser voir la feinte au spectateur, c'est à quoi tout comédien peut réussir ; mais ne la laisser voir qu'au spectateur, c'est ce que les plus consommés n'ont pas toujours le talent de faire, Marmontel, Élém. de littér. t. VI, p. 336, dans POUGENS.

    Un scélérat consommé.

    En parlant des choses. Une habileté consommée. C'est l'effet d'un art consommé de réduire en petit tout un grand ouvrage, Bossuet, Duch. d'Orl. Tout était l'effet d'un solide raisonnement et d'une prudence consommée, Rollin, Traité des Études, part. III, ch. 1.

    On voit par les exemples qu'on dit consommé dans, consommé en, et, absolument, consommé.

  • 3Détruit par l'usage. Les provisions consommées par l'équipage.
  • 4Une soupe bien consommée, qui a cuit longtemps.
Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « consommé »

(nom commun) Du latin consummare. La substantivation du participe passé de consommer est attestée dans le domaine culinaire dès 1590, au sens de « achevé, parfait », et il entre avec ce sens dans le Dictionnaire de l’Académie en 1689.
Du participe passé de « consommer » → voir con- et sommé.
Source : Wikitionnaire

Phonétique du mot « consommé »

Phonétique Prononciation
La prononciation \kɔ̃.sɔ.me\ rime avec les mots qui finissent en \me\.
France (Toulouse) : écouter « consommé »
France (Vosges) : écouter « consommé »
France (Lyon) : écouter « consommé »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « consommé »

Source : Google

Traductions du mot « consommé »

Langue Traduction
English consumed
German konsumiert
Spanish consumido
Portuguese consumido
Italian consumato
Dutch verbruikt
Polish zużyty
Russian потребляемая
Source : DeePL

Synonymes de « consommé »

Antonymes de « consommé »