Contenue
verbe
trans
Sommaire
Définitions de « contenue »
Trésor de la Langue Française informatisé
CONTENIR, verbe trans.
I.− [Les limites (de fait ou simplement possibles) sont d'ordre spatial ou naturel]
A.− [Avec une idée de limite; le suj. désigne un inanimé ou un animé] Enfermer dans son espace et sa capacité.
a) [Sans idée de mesure quantitative]
− [Le compl. désigne des inanimés concr.] C'est une volière géante, contenant en réduction toute la nature champêtre : herbes, arbres, fleurs, pierres, arbustes (Morand, Londres,1933, p. 130).L'eau est un songe et le ciel et tout ce qu'il contient matin et soir d'astres, de vents, d'oiseaux et de fumées est un leurre qui trompe sur la fuite du temps (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 28).
− P. anal. ou p. métaph. [Le compl. désigne des animés] Dieu ne se voit pas. Il est l'infini : donc il n'est contenu en aucun lieu. Il est l'éternel : donc il n'est contenu en aucun temps (P. Leroux, De l'Humanité,t. 1, 1840, p. 232).Des hommes français, des choses françaises sont contenus dans un contenant dont les contours sont les frontières (Perroux, L'Écon. du XXes.,1964, p. 136):
1. La race des puissants et des victorieux. Vous n'avez plus connu ces fontaines profondes. Vous n'avez plus connu que des défectueux, Et des gagne-petit et des délictueux, Vous n'avez plus connu ces largesses fécondes. Et ces flancs plus ombreux que le flanc d'un beau vase Contenant une race éternelle et profonde. Péguy, Ève,1913, p. 721.
− P. ext. [Le compl. désigne un inanimé abstr., produit de l'affectivité ou de l'esprit] Leur cœur inculte les oppresse. Il n'est pas assez grand pour contenir à la fois leur amour, et l'obscure admiration née de ce spectacle (Pesquidoux, Chez nous,1921, p. 69):
2. ... tout poète véritable, indépendamment des pensées qui lui viennent de son organisation propre et des pensées qui lui viennent de la vérité éternelle, doit contenir la somme des idées de son temps. Hugo, Les Rayons et les ombres,préf., 1840, p. 1021.
SYNT. Contenir des affirmations, un article, un billet, des dispositions, des éléments, un enseignement, l'essentiel, la matière, des mots, des objets, la pensée, la preuve, les principes, la raison, le récit, le secret.
b) [Avec une idée d'éventualité et de précision quantitative] (Être capable de) renfermer une quantité précise dans son espace ou dans son volume. Contenir une quantité de.
− [Le compl. désigne des inanimés concr.] C'était une polissonne de bouteille grande comme un broc, et qui contenait bien dix à quinze litres (Flaubert, Correspondance,1850, p. 223).Le réservoir, un énorme cube de tôle qui contenait soixante mille litres d'eau (Zola, Au Bonheur des dames,1883, p. 717).Un récipient d'émail qui devait contenir dans les deux litres (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 172):
3. La mesure grecque appelée médimne, est, suivant les antiquaires, égale à 52 litres; et l'on voit, dans un plaidoyer de Démosthènes, que j'ai déjà cité, que le prix ordinaire du blé était de 5 drachmes par médimne. Or 5 drachmes, suivant les médailles athéniennes que l'on possède encore, contenaient 157 1 sur 2 grains d'argent pur. Par conséquent 52 de nos litres coûtaient 157 1 sur 2 grains d'argent, et notre hectolitre qui contient cent litres, en coûtait 303. Say, Traité d'écon. pol.,1832, p. 334.
− P. ext. [Le compl. désigne des animés] Les tables pouvaient contenir cinq ou six cents personnes (Loti, Le Mariage de Loti,1882, p. 168).La table était mise dans la grande cuisine, qui pouvait contenir cent personnes (Maupassant, Contes et nouvelles,t. 1, Farce normande, 1882, p. 64).
B.− [Le suj. désigne un inanimé abstr. ou concr.] Avoir, tenir telle chose dans sa nature, être composé de.
1. [Avec une idée de réalisation effective] :
4. ... le gouvernement vient à dire que la quantité d'argent qu'on appelait trois livres, s'appellera six livres, ou, ce qui est la même chose, s'il fait des écus de six livres qui ne contiennent pas plus d'argent que n'en contenaient les écus de trois, moi, qui paie avec ces nouveaux écus, je ne rends réellement que la moitié de l'argent que j'ai reçu. Tranchons le mot, c'est voler... Destutt de Tracy, Commentaire sur l'Esprit des lois de Montesquieu,1807, p. 367.
5. Ayez dans votre merveilleux passé tout ce que le passé peut contenir, la fable et l'histoire, ces deux arbres plus semblables qu'on ne pense, dont les racines et les rameaux sont parfois si inextricablement mêlés dans la mémoire des hommes. Hugo, Le Rhin,1842, p. 284.
− En partic., domaine littér. Cet épisode contient plus de trois cent vingt vers dans le neuvième livre de l'Énéide (Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature,1814, p. 311).Cette troisième partie, la plus grosse des trois qui composent l'ouvrage, contient elle-même dix livres (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 2, 1842, p. 150).
2. [Avec une idée de développement virtuel] Chaque système contient un antagonisme qui fait sa vie et prépare sa maturité, sa mort, son fruit. (...) La féodalité contenait en soi la guerre épurée, civilisée, dont la chevalerie avait été le rêve : guerre régularisée, abrégée par la tactique (Michelet, Journal,1841, p. 360):
6. ... un savant a voulu faire un clavecin pour les yeux qui pût imiter par l'harmonie des couleurs le plaisir que cause la musique. Sans cesse nous comparons la peinture à la musique, et la musique à la peinture, parce que les émotions que nous éprouvons nous révèlent des analogies où l'observation froide ne verroit que des différences. Chaque plante, chaque fleur contient le système entier de l'univers; un instant de vie recèle en son sein l'éternité, le plus foible atome est un monde, et le monde peut-être n'est qu'un atome. Mmede Staël, De l'Allemagne,t. 4, 1810, p. 248.
− En partic., domaine littér. Le livre doit être un tout qui contienne sa propre réfutation − dont il ne reste rien, après la lecture (Alain-Fournier, Correspondance [avec J. Rivière], 1906, p. 366).
SYNT. Contenir en germe, en soi; contenir virtuellement.
II.− [Les limites (voulues, imposées) sont d'ordre soc., mor. ou affectif] Renfermer dans certaines limites pour empêcher de s'étendre, faire face à quelqu'un ou à quelque chose pour s'en rendre maître.
A.− [Le compl. désigne une pers., un groupe de pers.] La garde nationale rectifiait promptement ses lignes au long des bornes; la digue humaine s'immobilisa, sous les baïonnettes au soleil, pour contenir les flots de peuple (Adam, L'Enfant d'Austerlitz,1902, p. 167).Le proviseur (...) affolé, contenant avec peine vingt horribles marmots hurlant devant la porte d'une salle de classe vide (Benoit, L'Atlantide,1919, p. 145):
7. ... comme rien ne contient les forces en présence et ne leur assigne de bornes qu'elles soient tenues de respecter, elles tendent à se développer sans termes, et viennent se heurter les unes contre les autres pour se refouler et se réduire mutuellement. Durkheim, De la Division du travail soc.,1893, p. III.
− Spéc., ART MILIT. Contenir l'ennemi. L'ennemi contenu subira notre loi et notre manœuvre (Bordeaux, Les Derniers jours du fort de Vaux,1916, p. 302).Une armée composée de divisions de réserve susceptible de contenir l'ennemi (Joffre, Mémoires,t. 1, 1931, p. 147).
B.− P. ext., domaine affectif, moral.
1. Réprimer ses sentiments et leurs manifestations extérieures. Synon. maîtriser, refréner.Vous pouviez contenir vos fureurs. Vous avez vos impulsions; vous ne les guérissez pas, vous ne guérirez pas celles des assassins (Barrès, Mes cahiers,t. 6, 1908, p. 335).La tâche de la volonté n'est pas de suspendre ou d'achever une impulsion, mais au plus de se superposer de son mieux à un réflexe étranger à son empire; elle peut parfois le freiner et le contenir (Ricœur, Philos. de la volonté,1949, p. 102):
8. ... je suis le lit d'un fleuve : je sens rouler un courant tumultueux; je le contiens, c'est tout. Et encore, voyez les mots! Je ne le contiens pas toujours, ce courant : il y a l'inondation. G. Duhamel, Confession de minuit,1920, p. 106.
SYNT. Contenir sa colère, son émotion, sa haine, ses larmes, sa passion, ses sanglots, ses sentiments, ses transports. Contenir dans les bornes de :
9. Vous devinez aisément que le plus grand nombre de ces auteurs se trouve dans une nation, qui, toute excellente qu'elle est par son génie inventif et par son infatigable patience dans les recherches de tout genre, n'a pas toujours su contenir dans des bornes convenables son penchant à montrer de l'érudition, penchant qui ne vient peut-être que de trop de modestie et d'une déférence mal entendue pour les autres. Cuvier, Leçons d'anat. comp.,t. 1, 1805, p. XVII.
2. Calmer l'indignation de quelqu'un, maintenir dans le devoir et l'obéissance. Renoncer à contenir le peuple avec les vieilles idées (Renan, L'Avenir de la sc.,1890, p. 332).L'individu reprend conscience de son état de dépendance vis-à-vis de la société; c'est d'elle que viennent les forces qui le retiennent et le contiennent (Durkheim, De la Division du travail soc.,1893, p. 396):
10. J'ai mis très longtemps à comprendre à quel point m'astreignait mon hérédité. Autrement et plus simplement dit : j'étais beaucoup moins libre que je ne pensais l'être, extraordinairement tenu, retenu, contenu par le sentiment du devoir. À combien de sollicitations je regrette aujourd'hui de n'avoir pas cédé! Gide, Ainsi soit-il,1951, p. 1170.
C.− Emploi pronom.
1. Emploi pronom. réfl. Dominer ses instincts ou ses passions. Le livre sur les Romains est celui où l'auteur [Montesquieu] se contient le plus; il est maître de lui d'un bout à l'autre; il a le ton ferme, élevé, simple (Sainte-Beuve, Causeries du lundi,t. 7, 1851-62, p. 48).Le voyant là debout [Talleyrand], devant lui, avec sa mine solennelle, insolemment impassible et froide, il [Napoléon] ne pouvait se contenir, il débordait (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. 12, 1863-69, p. 63).
− P. ext. Avoir un maintien réservé, garder une certaine retenue dans son attitude. Dans le monde, j'eus peu de succès. (...) On me jugea raide, maladroite, prétentieuse. J'étais raide parce que je passais ma vie à me contenir (Maurois, Climats,1928, p. 158).
SYNT. Se contenir à, dans. Se cantonner dans, se borner à. Le roi [Louis XV], même dans le temps où il se contenait dans le devoir, ne lui marquait [à la reine] que peu de tendresse (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. 8, 1863-69, p. 283).
2. Emploi pronom. réciproque. Se maintenir l'un l'autre :
11. ... la santé consiste dans une activité moyenne. Elle implique en effet un développement harmonique de toutes les fonctions, et les fonctions ne peuvent se développer harmoniquement qu'à condition de se modérer les unes les autres, c'est-à-dire de se contenir mutuellement en deçà de certaines limites, au delà desquelles la maladie commence et le plaisir cesse. Durkheim, De la Division du travail soc.,1893, p. 216.
Rem. On rencontre ds la docum. l'adj. contenable. Qui peut être contenu. Un fluide invisible, très-subtil, contenable (Lamarck, Philos. zool., t. 2, 1809, p. 241).
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃tni:ʀ], (je) contiens [kɔ ̃tjε ̃]. Noter que le t devant i se prononce [t] dans le verbe. À comparer avec des mots comme dalmatien dans lesquels t se prononce [s]. Admis ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1050 pronom. « se comporter, avoir une attitude » (Alexis, éd. Ch. Storey, 140), seulement au Moy. Âge; 2. a) 1473 fig. « empêcher » (Arch. Nord, B. 1695, fol. 11 vods IGLF : toujours contenant que le dit Odinet ne frappast les dis Puvions); b) 1548 avoir du mal à se contenir (N. du Fail, Baliverneries, éd. Assézat, t. 1, p. 195). B. 1. a) xiiies. « renfermer quelque chose » (Clef d'Amour, éd. A. Doutrepont, 753); 1343 subst. contenut [d'un acte juridique] (Roisin, Franchises, lois et coutumes de Lille, p. 52); xvies. subst. contenant (Amyot, Marcel., 27 ds Littré); b) 1530 (Palsgr., p. 496 : ce pot contient huict choppines); 2. 1538 (Est. : contenir [les citoyens] en leur debvoir). Empr. au lat. class. continere (de cum et tenere « tenir ») « maintenir uni; embrasser, renfermer en soi » et « réprimer, refréner ». Fréq. abs. littér. : 5 567. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 10 549, b) 8 152; xxes. : a) 6 679, b) 6 287.
CONTENU, UE, part. passé, adj. et subst.
I.− Part. passé de contenir*.
II.− Emploi adj. Tenu dans certaines limites.
A.− [Avec une idée de limite spatiale ou naturelle]
1. [En parlant d'une chose] Enfermé dans un volume ou dans un espace. J'ai passé (...) des contrats synallagmatiques avec les concessionnaires de terrains, contenus, circonscrits à l'intérieur de mes palissades (Courteline, L'Article 330,1900, p. 273).On peut se représenter le patrimoine génique humain comme une masse d'eau profonde contenue dans un vase (Le Tiers monde,1956, p. 110):
1. ... telle est la toute-puissance des souvenirs du cœur, que tous les bonheurs, toutes les joies, tous les transports, toutes les fortunes, toutes les terreurs, toutes les larmes, toutes les nuits agitées, tous les reproches, tous les désespoirs renfermés et contenus dans ce tiroir, tous ces parfums évanouis, toutes ces ivresses évaporées, si je veux, je les vais ranimer en même temps et leur dire : « Levez-vous et m'entourez! » Oui, vous êtes encore mes jeunes et éclatantes passions : portraits, cheveux, lettres, rubans, fleurs fanées! Je sais vos noms, je sais vos couleurs, je reconnais vos voix et vos murmures. Janin, L'Âne mort et la femme guillotinée,1829, p. 212.
SYNT. Air, espace, fluides, liquides contenu(s); contenu dans certaines limites.
− En partic. [En parlant d'un écrit] Le texte slave (...) offre une notice détaillée (...) différant notablement du célèbre « témoignage » contenu dans le texte grec (Weill, Le Judaïsme,1931, p. 211).
SYNT. Dispositions, instructions, propositions contenues dans une lettre.
2. [En parlant de choses] Qui entre dans la composition de.
a) [Avec une idée de réalisation effective] L'identité fondamentale de la matière contenue dans nos éléments actuels et la possibilité de transmuter les uns dans les autres les corps réputés simples, pourraient être admises comme des hypothèses vraisemblables (M. Berthelot, Les Orig. de l'alchimie,1885, p. 315).Le grillage a pour but d'oxyder une partie du fer contenu dans le sulfure de fer et de cuivre (L. Guillet, Les Techniques de la métall.,1944, p. 110):
2. ... la matière contenue dans l'unité de volume d'un gaz élémentaire comme l'oxygène, l'hydrogène, l'azote, ne représente pas l'ultime degré de division dont elle est capable, puisque dans les gaz composés, elle se divise encore en deux pour former du gaz chlorhydrique, de l'eau ou de l'ammoniaque représentés par le même volume de référence. Hist. gén. des sc.,t. 3, vol. 1, 1961, p. 313.
b) [Avec une idée de développement virtuel] Il apercevait la raison de l'existence actuelle, la sanction des décrets de la conscience, la réalisation du malheur et du bonheur contenus en puissance dans les mérites et démérites d'ici-bas (Ozanam, Essai sur la philos. de Dante,1838, p. 265).La vie passée se reproduit dans l'être nouveau qu'on appelle enfant, en ce sens qu'elle y est virtuellement contenue (P. Leroux, De l'Humanité,t. 1, 1840, p. 276).
B.− [Avec une idée de limites imposées d'ordre mor. ou affectif] Qui est réprimé intérieurement. (Quasi-) synon. refoulé, retenu.
1. [En parlant du caractère, des sentiments, etc.] Tant qu'il y a des obstacles et des craintes, les plus mauvais hommes se modèrent; quand ils ont triomphé, leurs passions contenues se montrent sans frein (Mmede Staël, Considérations sur les princ. événements de la Révolution fr., t. 1, 1817, p. 434).C'était là le triomphe de ce caractère froid, contenu, calculant toujours et ne craignant au monde que la douleur physique pour sa chère personne ou les désarrois de vanité (Stendhal, Lamiel,1842, p. 189):
3. Pendant une heure, ce furent des poignées de mains expressives, des félicitations vagues, des chuchotements admiratifs, une joie contenue, sans cause certaine, et qui ne demandait qu'un mot pour devenir de l'enthousiasme. Zola, La Fortune des Rougon,1871, p. 234.
SYNT. Colère, émotion, indignation, sentiment (mal, longtemps) contenu (e).
2. [En parlant de l'attitude, du comportement] Violence, voix contenue. Les caractères bienveillants aiment mieux s'exposer à la plaisanterie que de s'en préserver par l'air hautain et contenu qu'il est si facile à tout le monde de se donner (Mmede Staël, De l'Allemagne, t. 1, 1810, p. 50).Son caractère vif et presque méridional eût bien toujours rendu difficiles (...) les mouvements contenus et ralentis qui, de nos jours, font la base de la vie de salon (Stendhal, Lamiel,1842, p. 195).Soyons donc contenus, chastes, sans rien nous interdire comme intention; mais surveillons-nous sur les mots (Flaubert, Correspondance,1853, p. 402).
− P. ext. Phrases, style contenu(es). Qui reste modéré et froid dans l'expression. Ils ne goûtent pas l'éloquence modérée, le style contenu, la fine ironie (Taine, Voyage en Italie,t. 1, 1866, p. 9).Ses phrases habituellement laconiques et contenues, se répandaient, sa nature, renfermée (...) le trahissait (Morand, Parfaite de Saligny,1947, p. 110).Une émotion qui (...) donne à ces phrases contenues et sévères une sorte de palpitation (Green, Journal,1949, p. 295).
III.− Subst. masc. (gén. au sing.).
A.− [À propos d'une chose concr.] Ce qui tient réellement dans un volume, dans un espace. Le contenu d'un verre. Anton. contenant, contenance.Elle ouvrit une armoire de laque rose, tira un grand tiroir qui était plein de chiffons odorants, et dont elle vida le contenu, pêle-mêle, sur le tapis (Mirbeau, Le Journal d'une femme de chambre,1900, p. 230).Le barman émit un son mélancolique, remplit un petit verre (...) et en versa le contenu dans un grand verre (Sartre, La Mort dans l'âme,1949, p. 32).Elle se met à verser doucement des contenus de louche dans les assiettes (Queneau, Zazie dans le métro,1959, p. 27).
− P. anal. :
4. Le chemin de l'hôpital passait devant de nombreux hôtels récents, certains avaient des noms, d'autres n'avaient même pas pris ce mal. « À la semaine » qu'ils étaient, tout simplement. La guerre les avait vidés brutalement de leur contenu de tâcherons et d'ouvriers. Ils n'y rentreraient même plus pour mourir les locataires. Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 121.
B.− [À propos d'une chose abstr.]
1. [Le compl. désigne un écrit, un livre, etc.] Signification profonde d'un texte. Le contenu d'un livre, d'une lettre. (Quasi-)anton. forme.Ce livre, quoique son contenu soit divin et sacré, est lui-même nécessairement matériel (Cousin, Hist. de la philos. du XVIIIes.,1829, p. 352).Quand il prenait un livre, au bout de peu d'instants, son attention se détachait du contenu (Gobineau, Les Pléiades,1874, p. 345).Il s'est occupé d'assortir au caractère de l'impression celui des images et, négligeant, bien entendu, le contenu du livre (Huysmans, L'Art mod.,1883, p. 184).Le titre, bien souvent, ne révèle pas le contenu du livre, du moins tout son contenu (La Civilisation écrite,1939, p. 5016):
5. Baudelaire a été si profondément touché par cet écrit, il en reçut une impression si intense qu'il en a considéré le contenu, et non seulement le contenu mais la forme elle-même, comme son propre bien. Valéry, Variété II,1929, p. 147.
− Spécialement
♦ LING., SOCIOL. Analyse du contenu. Méthode d'analyse de texte qui s'intéresse à sa signification propre plutôt qu'à sa forme. L'historien le plus exigeant s'en tient à une méthode abrégée qui concentre toutes les opérations en deux groupes : (...) l'analyse du contenu du document et la critique positive d'interprétation (Ch.-V. Langlois, Ch. Seignobos, Introd. aux ét. hist.,1898, p. 118).Une analyse de contenu qui dégage les éléments (pratiques et affectifs) de la forme et de l'apparence idéologiques (Traité de sociol.,1968, p. 368).
♦ SÉM. Contenu d'un mot. Ensemble des diverses acceptions que peut recevoir un mot. (Quasi-)synon. compréhension.Il faut étudier l'action : la signification même du mot et la richesse de son contenu se déploieront peu à peu (M. Blondel, L'Action,1893, p. VIII).Je sais maintenant tout le contenu d'un mot où il y a la tristesse déchirante des adieux et le grand cri enroué du bateau qui a levé l'ancre : l'exil (Green, Journal,1942, p. 221).
− En partic. [Chez Hjelmslev] Objet du message, par opposition à son expression. Expression et contenu sont solidaires et se présupposent nécessairement l'un l'autre. Une expression n'est expression que parce qu'elle est l'expression d'un contenu, et un contenu n'est contenu que parce qu'il est le contenu d'une expression (L. Hjelmslev, Prolégomènes à une théorie du lang.,Paris, éd. de Minuit, 1968, pp. 72-73).
2. [Le compl. désigne une œuvre, une activité, une notion abstr., un concept]
a) ARTS [P. oppos. à la forme ou à l'expression] Ensemble des significations (conscientes ou inconscientes) intrinsèques à une œuvre. Tout l'esprit de l'artiste ou du contemplateur s'unifie ou tend à s'unifier dans cette profonde unité du contenu et de la forme (G. Dumas, Traité de psychol.,1923, p. 302).L'œuvre d'art réalise cette union intégrée et désormais homogène du contenu et du contenant (Huyghe, Dialogue avec le visible,1955, p. 234).
SYNT. Vide de contenu. On doit sans doute gourmander les artistes vivants sur la déraisonnable et paresseuse audience qu'ils accordent encore au culte exclusif de la nature morte décorative (c'est-à-dire vidée de tout contenu dramatique) (Lhote, Peint. d'abord, 1942, p. 126).
b) ÉDUC. Contenu de l'enseignement. Portée intellectuelle et morale des différentes activités et disciplines que renferment l'enseignement et la science de l'éducation. Négliger d'adapter le contenu des enseignements à l'évolution du savoir (G. Antoine, J.-C. Passeron, La Réforme de l'Université,1966, p. 123).
c) PSYCHANAL. Contenu du rêve. Les contenus passionnels des rêves ont leurs prolongements dans la personnalité consciente (Béguin, L'Âme romantique et le rêve,1939, p. 9).L'hypothèse que l'interprétation psychanalytique (...) n'épuisait pas tout le contenu d'un rêve (M. Choisy, Qu'est-ce que la psychanalyse?1950, p. 157).Contenu latent. Signification inconsciente du rêve que révèle l'examen psychanalytique. Pour le diagnostic et la thérapeutique, seul compte le contenu latent du rêve (M. Choisy, Qu'est-ce que la psychanalyse?1950p. 168).Contenu manifeste. Récit que fait le sujet de son rêve avant qu'il ne soit soumis à l'examen psychanalytique. Le rêve a toujours un sens; derrière le « contenu manifeste », c'est-à-dire la suite des images dont il est formé, la méthode des associations libres révèle un « contenu latent », généralement un désir profond refoulé par la censure et dont le contenu manifeste n'est que le symbole (G. Heuyer, La Schizophrénie,Paris, P.U.F., 1974, p. 27).
SYNT. Contenu intellectuel, intelligible, objectif, positif, réel; contenu de conscience, de pensée; les rapports du contenu et du contenant.
IV.− Subst. fém., dial., vx. Superficie d'un champ ou d'un terrain. Cette terre est de la contenue de dix arpens (Lyon) (E. Molard, Le Mauvais lang. corr.,1810, p. 78).Ne dites pas : Ce champ est de la contenue d'un arpent (M. Pomier, Loc. vicieuses de la Haute-Loire,1835, p. 31).
Rem. Attesté aussi ds Littré, Guérin 1892, Nouv. Lar. ill., Lar. 20e.
Prononc. et Orth. : [kɔ ̃tny]. Ds Ac. 1694-1878. Fréq. abs. littér. : 2 701. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 975, b) 2 580; xxes. : a) 2 798, b) 5 883. Bbg. Barthes (R.). Él. de sémiologie. Communications. 1964, t. 4, pp. 105-106.
Wiktionnaire
Français
Source : Wikitionnaire
Forme d’adjectif
contenue \kɔ̃.tə.ny\
- Féminin singulier de contenu.
- Ainsi, la vision anticathare contenue dans le Liber visionum a pu très tôt être comprise comme un complément bienvenu à la vision II d’Hildegarde. — (Piroska Nagy, Michel-Yves Perrin, Pierre Ragon, Les controverses religieuses entre débats savants et mobilisations populaires, 2011)
Forme de verbe
| Voir la conjugaison du verbe contenir | ||
|---|---|---|
| Participe | Présent | |
| Passé | ||
| (féminin singulier) contenue | ||
contenue \kɔ̃.tə.ny\
- Participe passé féminin singulier de contenir.
Littré (1872-1877)
contenue
(kon-te-nue) s. f.
- S'est dit pour contenance, étendue d'un terrain.
Il serait nécessaire de fixer la contenue du clos
, Boislisle, Corresp. contrôl. génér. Paris, 1874, p. 273.
Étymologie de « contenue »
Phonétique du mot « contenue »
| Phonétique | Prononciation | |
|---|---|---|
| Canada (Shawinigan) : écouter « contenue » |
|
Fréquence d'apparition du mot « contenue »
Source : GoogleTraductions du mot « contenue »
| Langue | Traduction |
|---|---|
| English | contained |
| German | enthalten |
| Spanish | contenía |
| Portuguese | contido |
| Italian | contenuto |
| Dutch | bevatte |
| Polish | zawarty |
| Russian | содержится |
Synonymes de « contenue »
- retenir
- tenir
- arrêter
- renfermer
- modérer
- réprimer
- endiguer
- enchaîner
- maîtriser
- refréner
- étouffer
- refouler
- comprendre
- assujettir
- enserrer
- enrayer
- englober
- enfermer
- embrasser
- brider
- tempérer
- posséder
- maintenir
- inclure
- faire
- entourer
- emprisonner
- comporter
- bloquer
- avoir
- rentrer
- ranger
- mesurer
- enclore
- dominer
- contraindre
- compter
- éteindre
- stopper
- ravaler
- limiter
- borner
- renfoncer
- présenter
- lutter
- jauger
- dompter
- concentrer
- atteler
- s'étendre
- recevoir
- receler
- impliquer
- contrôler
- assagir
- être composé de
Antonymes de « contenue »
Citations sur le mot "contenue"
La beauté d'une femme augmente avec le contenu de son cœur.
Donald Trump
La vie est pleine de possibilités et de contenu, mais elle est également éphémère.
Stephen Hawking
Le vrai contenu d'une personne ne se trouve pas dans ce qu'elle dit, mais plutôt dans ce qu'elle fait.
Martin Luther King Jr.