Corde

subst fém

Définitions de « corde »

Trésor de la Langue Française informatisé

CORDE, subst. fém.
I.− Assemblage obtenu par torsion de fils de matières textiles (chanvre, coton, laine, soie), synthétiques (nylon), métalliques ou autres (poil, crin, écorce d'arbre, jonc, etc.), de grosseur et de longueur variables, et servant à lier, attacher, soutenir. Les uns voulaient courir chercher un bachot. D'autres, des cordes, pour prendre l'homme au lasso (Van der Meersch, Empreinte dieu,1936, p. 67).Tous portaient des paquets enveloppés de journaux, serrés de cordes (Malraux, Espoir,1937, p. 442).
SYNT. La corde d'un puits; porter des sandales de corde; dérouler une échelle de corde; tirer la corde d'une cloche; des rouleaux de corde; jeter une corde à un homme qui se noie; attacher le cheval par une corde; fixer qqc. à l'aide d'une corde; lier les poignets d'une personne avec une corde.
Corde de cèpes (cf. Pesquidoux, Chez nous, 1921, p. 167).Cèpes reliés entre eux à l'aide d'une corde. Corde d'oignons (Barrès, Colline insp., 1913, p. 214). Corde à trois nœuds. Cf. cordelière.Les frères mineurs, à la robe grise, ceinturée de la corde à trois nœuds (Faral, Vie temps St Louis,1942, pp. 52-53).
En corde. À la manière d'une corde. Il le [son foulard] tordait en corde de ses deux mains (A. France, Vie fleur,1922, p. 543).Tabac en corde. ,,Tabac roulé à la façon d'une corde et qu'on coupe par bouts pour chiquer`` (Ac. 1835).
Locutions
Vendre qqc. sous corde. En ballot.
Arg. Coucher à la corde. ,,Coucher dans un de ces taudis misérables où une corde sert d'oreiller`` (France 1907). Pour le moment je couche à la corde. C'est malheureux, à quarante-six ans! (L. Daudet, Clemenceau,1942, p. 25).
P. métaph., fam. Il pleut des cordes. Il pleut très fort.
Expr., vieillie. Vous verrez beau jeu si la corde ne rompt. Vous verrez des choses fort surprenantes dans telle affaire, dans telle entreprise, si les moyens dont on se sert pour y réussir ne manquent pas (Ac. 1835, 1878).
II.− En partic.
A.− Corde utilisée pour la pendaison. Que n'ai-je une corde pour me pendre? (Camus, Esprits,1953, II, 7, p. 496).
P. méton. Être condamné à la corde (Ac.). Ce fripon (...) mérite la corde (Balzac, Splend. et mis.,1844, p. 184).
Locutions
Filer sa corde (fam.). Faire des actions qui peuvent mener au gibet (Ac. 1835, 1878). Sentir la corde. Être suspect (Rob.).Être un homme de sac et de corde. Être un scélérat qui mérite d'être noyé dans un sac ou pendu. Tous étaient gens de sac et de corde et sans frein, assoiffés du butin des villes merveilleuses (Leconte de Lisle, Poèmes trag.,1886, p. 113).Il a frisé la corde (vieilli et fam.). Se dit de quelqu'un qui a été bien près de perdre son procès, de succomber à une maladie, ou en général de tomber dans quelque malheur (Ac. 1835, 1878). Il ne vaut pas la corde pour le pendre. C'est un individu méprisable, un vaurien. Il ne faut pas parler de corde dans la maison d'un pendu. Il ne faut pas aborder certaines questions délicates, rappeler de mauvais souvenirs. Avoir de la corde de pendu. Avoir de la chance. On voit bien que je viens de toucher de la corde de pendu ou tout comme; j'ai une sacrée veine (Proust, Guermantes 2,1921, p. 338).
B.− Corde d'estrapade. Corde avec laquelle on guindait ceux qui étaient condamnés à avoir l'estrapade. Dans ce sens, on disait, donner trois coups de corde à quelqu'un, le guinder trois fois en haut, et le laisser aller de toute sa pesanteur à un pied près de terre (Ac. 1835, 1878).
C.− [P. réf. à l'idée d'asservissement] Loc. Avoir (se présenter, se rendre, se mettre, venir) la corde au cou. Être dans un état de dépendance absolue. Ils [les prisonniers] étaient onze, la corde au cou (...) qui les tenait tous reliés (Gide, Voy. Congo,1927, p. 804).
Au fig. Perdre sa liberté ou se mettre dans une situation difficile et p. iron. se marier. Je m'en vais la marier. − toi aussi tu mets la corde au cou? (Musette, Cagayou chauffeur,1909, p. 107):
1. Ajoutez que je forme des vœux pour la réussite de notre entreprise. spanna. − (...) C'est absurde. Nous nous mettons la corde au cou. Nous ne pouvons pas soutenir... Camus, Un Cas intéressant,adapté de Buzzati, 1955, 1ertemps, 1ertabl., p. 613.
D.− JEUX et SP.
1. Corde (de jeu de paume). Grosse corde tendue au milieu d'un jeu de paume, et qui est garnie de filets jusqu'en bas, de manière à arrêter la balle. Mettre sous la corde; friser la corde (Ac.1835, 1878).
2. Corde à sauter. Corde que les enfants tiennent dans leurs mains pour sauter, en la faisant tourner et passer sous leurs pieds. Une petite fille sautait à la corde (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 493).
3. Corde à nœuds ou corde simple fixée à un portique et le long de laquelle on s'exerce à grimper. Les grimpers à la corde avec les bras et les jambes, puis avec les bras seuls (R. Vuillemin, Mémento éduc. phys.,1941, p. 47).
4. Corde raide. Corde fixée parallèlement au sol et sur laquelle les acrobates marchent ou exécutent leurs exercices. Marcher sur la corde raide; danseur de corde. L'équilibriste (...) s'avance sur la corde raide (Gracq, Beau tén.,1945, p. 125).
Au fig. Danser, marcher, être sur la corde raide. Être dans une situation difficile, délicate :
2. Il [l'asthénique] sent sa faiblesse avec intensité (...) Manque d'aisance vitale, sentiment de toujours marcher sur la corde raide, de ne rien réussir que de justesse. Mounier, Traité du caractère,1946, p. 264.
5. ALPINISME. Corde qu'utilisent les alpinistes pour s'attacher les uns aux autres ou pour descendre dans des gouffres. Corde d'attache, corde de rappel. Ils sortirent liés l'un à l'autre, et sans guide − trop de corde, dit Jos-Mari (Peyré, Matterhorn,1939, p. 212):
3. Tout à coup, un garçon de dix-huit ans s'est écrié : « Je lâche! » et il est tombé en silence dans le gouffre. Hélène me dit qu'au moment où il a lâché la corde, elle a senti une vibration dans sa main. Green, Journal,1948, p. 137.
6. HIPPISME. Corde qui, dans les hippodromes, marque la limite intérieure de la piste.
P. ext. Ligne peinte dans le même but, dans les vélodromes ou autodromes. [Dans] le mesurage d'une piste vélocipédique (...), on prend pour point de repère la corde (Baudry de Saunier, Cyclisme,1892, p. 392).
Expressions
Tenir la corde. [En parlant d'un coureur] Être placé près du bord intérieur de la piste; au fig. être dans une bonne position. Oui, patron, je crois que nous ferons des affaires exceptionnelles et de grands bénéfices, car la Vénus de Milo, pour cette saison, tient la corde et ne la lâchera pas (Avenel, Calicots,1866, p. 159).Comme MmeMolé (car c'est elle qui tient la corde en ce moment) vient de partir, il est tout désemparé (Proust, Sodome,1922, p. 691).Prendre un virage à la corde. [En parlant d'un automobiliste] Le prendre le plus près possible de la courbe intérieure.
7. Au plur., pugilat. Cordes qui entourent un ring de boxe ou de catch :
4. ... l'autre se relève, empoigne l'adversaire par la taille, pour le précipiter de toute sa force sur les spectateurs, à travers les cordes. Morand, Londres,1933, p. 149.
Fig. et fam. Aller dans les cordes. Être en difficulté, se trouver dans une situation désespérée.
E.− Autres domaines
1. MAR. ,,Ce mot n'est employé dans la marine que pour désigner la corde de la cloche. Dans les autres cas, on dit cordage`` (Gruss 1952).
2. MÉTROL., SYLVIC. Corde à mesurer le bois; p. méton., quantité de bois ainsi mesurée (environ 4 stères). Je n'ai pas souffert du froid, mais j'ai brûlé dix-huit cordes de bois (Flaub., Corresp.,1880, p. 356).
III.− Emplois spéc.
A.− [Pour lancer un projectile]
1. Tortis de boyau, de chanvre ou de crin tendu aux extrémités d'un arc, d'une arbalète, d'une fronde. Bander la corde d'un arc. Courber un arc, y attacher une corde, y ajuster une flèche, sont des opérations (...) compliquées (Joubert, Pensées,t. 1, 1824, p. 148).Les traits sifflaient autour de ses flancs comme les cordes d'une fronde (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1497).
Loc. fig. Avoir plusieurs cordes à son arc. Avoir plusieurs moyens pour parvenir à un but. J'ai encore plusieurs cordes à cet arc, et je ne saurais lâcher prise quelque fournaise qu'il fasse (Villiers de L'I., Corresp.,1879, p. 264).Trop tirer sur la corde. Exagérer, pousser trop loin les choses. Quand la corde est trop tendue elle se rompt. Il est dangereux de pousser trop loin les choses (DG). Si la corde ne rompt. Si tout marche bien (Rob.).La corde ne peut toujours être tendue. Il faut du repos, de la détente (Ac. 1932).
P. anal., GÉOM. Corde d'un arc, d'un cercle. Segment de droite qui joint deux points d'une courbe et en particulier d'un cercle.
P. ext., TOPOGR. Ligne droite qui relie deux points d'une ligne courbe. Le traîneau, abrégeant cette route, prenait la corde de l'arc décrit par le chemin de fer (Verne, Tour monde,1873, p. 186).
2. Au plur. Fils de boyau ou de nylon d'une raquette.
B.−
1. MUS. Fil de boyau, de soie, de nylon ou d'acier, tendu sur le corps de certains instruments de musique, que l'on fait vibrer soit avec les doigts (cordes pincées) soit avec un archet (cordes frottées) soit avec des marteaux (cordes frappées). Violon à doubles cordes. Flatter la corde d'un violon. La toucher très légèrement. Il voit les deux harpistes qui commencent à frotter de leur pouce toutes les cordes hautes (Alain, Propos,1921, p. 273).
Grosse corde. Corde la plus grave d'un violon; au fig., chose ou personnage très important.
P. méton., au plur. Les cordes.
Les instruments à cordes frottées. Jouer un quintette pour cordes et clarinettes. Il se mit à fredonner puis à imiter alternativement les cordes et les cuivres (Queneau, Loin Rueil,1944, p. 101).
Les notes, le ton d'un instrument. Ce piano est bon dans les cordes graves (Rob.).
Au fig. Centre de sensibilité, d'émotivité chez une personne. Elle faisait vibrer d'autres cordes, la vanité, la jalousie, l'orgueil maternel (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 82).
Avoir la corde fraternelle (cf. Colette, Cl. école,1900, p. 34).Avoir, faire vibrer la corde patriotique. La corde patriotique vibre à outrance (Green, Journal,1949, p. 286).
Toucher la corde sensible. Toucher le point faible d'une personne :
5. ... dans l'immense choix de ses œuvres, il en avait une toute spéciale, dont il tirait une grande fierté... C'était sa vraie corde sensible... Il suffisait qu'on l'effleure pour qu'il frémisse immédiatement... Céline, Mort à crédit,1936, p. 407.
Toucher la corde délicate. C'est une corde qu'il ne faut pas toucher. Aborder un sujet qui risque de froisser ou d'émouvoir. Aussi à tous ceux qui me parlaient de ma mère... je leur z'y ai dit : Ah! par grâce, ne touchez pas à cette corde-là, mes petits agneaux sinon vous allez me voir fondre en larmes et tomber en syncope (Kock, Compagn. Truffe,1861, p. 92).
Fam. C'est dans mes cordes. C'est dans mes possibilités, mes compétences :
6. ... je vais même essayer de t'en écrire et j'en demanderai aux copains : Tiens, ça serait tout à fait dans les cordes de Julien, je suis sûr qu'il t'écrira des chansons charmantes. S. de Beauvoir, Les Mandarins,1954, p. 118.
2. P. anal., ANAT.
a) Corde vocale. Ligament inférieur de la glotte qui se tend et vibre lors de la phonation. Il a une belle voix dans les cordes élevées (Ac.1932).Ce qui la frappait le plus, c'était (...) cet enrouement des cordes vocales (Martin du G., Thib.,Épil., 1940, p. 785).
b) Ligament musculaire; p. ext., saillie provoquée par la tension de ce ligament :
7. Tancogne le regardait, impressionné par sa pâleur, par les cordes musclées qui se bandaient soudain sous la peau de ses mâchoires... Genevoix, Raboliot,1925, p. 90.
c) Rameau nerveux. Corde du tympan. ,,Branche du nerf facial qui traverse la caisse du tympan (...) pour aller s'accoler au nerf lingual et transmettre les sensations du goût de la partie antéro-latérale de la langue`` (Lar. méd. 1970); cf. J. Rostand, La Vie et ses probl., 1939, p. 55.
d) Corde dorsale. [Chez les Cordés] Organe primordial du squelette axial autour duquel s'édifie la colonne vertébrale :
8. ... la corde dorsale, à l'origine, n'était peut-être qu'un inducteur de la formation du tube nerveux, fonction qu'elle a du reste gardée dans la série des vertébrés; ... L. Cuénot, J. Rostand, Introd. à la génét.,1936, p. 66.
C.− TECHNOLOGIE
1. Fil du tissage qui apparaît lorsqu'un tissu est très usé. Ce drap a la corde bien fine, a la corde bien grosse (Ac.1835, 1878).Ma sœur et moi, nous usions nos vêtements jusqu'à la corde (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 67).
Montrer la corde. Un fauteuil d'acajou dont le velours grenat montre la corde et la bourre (Gide, Journal,1914, p. 466).
Au fig. Cet homme montre la corde. Il en est à ses dernières ressources. Cela montre la corde. Le procédé est grossier et facile à découvrir. Cela est usé jusqu'à la corde. Cela a été répété, ressassé.
2. Vx, HORLOG. Corde de montre. Corde de boyau qu'on mettait autrefois aux montres, et qui servait à tendre le grand ressort. Cette montre est au bout de sa corde, elle a filé toute sa corde (Ac.1835, 1878).
Prononc. et Orth. : [kɔ ʀd]. Enq. : /koʀd/. Ds Ac. depuis 1694. Étymol. et Hist. A. 2emoitié du xes. corda « réunion de brins d'une matière textile tordus ensemble » (La Passion, éd. d'Arco Silvio Avalle, 75); 1130-40 corde (Wace, La Conception Nostre Dame, éd. W. Ray Ashford, 76); divers emplois 1. 1165-70 « corde servant à bander un arc » (Benoit de Sainte-Maure, Roman de Troie, 7422 ds T.-L.); 1690 géom. corde d'un arc (Fur.); 2. 1174-78 « lien que l'on passe autour du cou de quelqu'un pour le pendre » (E. de Fougères, Manières, éd. J. Kremer, 91); p. ext. 1612 « supplice de la potence » (H. Regnier ds Lar. Lang. fr.); 1690 (Fur.); 3. 1350 a. liégeois corde lengne (+ ligna) « tas de bois d'une certaine dimension; mesure de bois » (J. Haust, Gloss. des régestes de la cité de Liege ds FEW t. 2, p. 649a); 1606 corde de bois (Nicot); 4. a) 1538 corde des funambules (Est.); 1606 danseur sur la corde (Crespin, Seconde partie du thresor des langues françoise, italienne et espagnolle, s.v.); 1694 fig. danser sur la corde « être dans une situation périlleuse » (Ac.); b) 1837 corde (à sauter) (Scribe, Camaraderie, I, 2, p. 240 : Quand nous jouions au cerceau ou à la corde); 5. 1675 terme de drapier (J.-H. Widerhold, Nouv. Dict. fr.-all. et all.-fr., Bâle); 1828 fig. (Delécluze, Journal, p. 490 : Cet acteur est usé, comme l'on dit, jusqu'à la corde); 6. 1754 « ligne de fond pour pêcher » (Encyclop., t. 4); 7. 1884 fam. se passer la corde au cou [signe de servitude] « se marier » (Bourges, Le Crépuscule des dieux, p. 111, 199). B. 1. Début xiies. mus. (Psautier d'Oxford, 91-3 ds T.-L. [in decachordo psalterio]); 1797 fig. faire vibrer toutes les cordes du cœur (Chateaubr., Essai Révol., t. 1, p. 85); 2. 1903 subst. plur. les cordes (d'un orchestre) (Rolland, Beeth., t. 2, p. 344). C. a) 1732 anat. (Trév. : Se dit d'un petit nerf qui est couché sur la membrane du tambour de l'oreille) 1752 corde du tympan (Trév. Suppl.); b) 1805 cordes vocales (Cuvier, Anat. comp., t. 4, p. 521). Empr. au lat. chorda « boyau; corde d'instrument de musique » à l'époque class. « corde en général », notamment, celle qui bande un arc, en b. lat.; « nerf, tendon » (ixes. ds Mittellat. W.); mesure de longueur (xiies. ds Nierm.). Fréq. abs. littér. : 3 260. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 3 687, b) 7 224; xxes. : a) 4 276, b) 4 275. Bbg. André (P.). Le Vocab. du violoniste. Vie Lang. 1972, p. 685; 1973, pp. 50-52. − George (K.E.M.). L'Emploi anal. de qq. n. d'étoffes dans Le domaine gallo-rom. In : [Mél. Boutière (J.)]. Liège, 1971, p. 267. − Gottsch. Redens. 1930, passim.La Landelle (G. de). Le Lang. des marins. Paris, 1859, pp. 146-147. − Rog. 1965, p. 89, 91. − Sizaire (P.). Le Parler des gens de mer. Vie Lang. 1971, p. 384.
CORDER1, verbe.
Au moment où le bonhomme croyait voir la paix du contentement dans le silence de la haine, et s'applaudissait d'avoir su très-bien corder avec la vieille fille (Balzac, Curé Tours,1832, p. 191).On s'aime bien (...)! on corde ensemble (Méténier, Lutte amour,1891, p. 285).Demande s'ils marchent ensemble? (...) savoir si on pouvait inviter ensemble le prince et M. de Charlus, si cela corderait (Proust, Sodome,1922, p. 1045).
Rem. S'emploie gén. à propos de pers., except. à propos de choses. Pensez-vous que vos bandeaux « cordent » avec ce salon (Colette, Cl. Paris, 1901, p. 63).
Prononc. : [kɔ ʀde], (je) corde [kɔ ʀd]. Étymol. et Hist. Fin xiiies. [ms.] réfl. « s'accorder » (Artur, ms. Grenoble, 378, fo27dds Gdf.); début xvies. les mal cordans (Rousier des dames, Poes. fr. des xveet xvies., V, 176, ibid.) encore vivant dans les dial. norm., du Centre, du pays Blaisois. V. FEW t. 24, 1repart., p. 85b. Issu d'accorder* par aphérèse, avec peut-être infl. du lat. cor, cordis « cœur ». Fréq. abs. littér. : 4. Bbg. Vaillant (R.). Le Parler de Garancières. B. folklorique d'Île-de-France. 1953, t. 15, p. 465.
CORDER2, verbe trans.
A.− Mettre en corde. Corder le chanvre (cf. Quinet, Ahasvérus,1833, 3ejournée, p. 193).
P. ext. Rouler, tordre à la manière d'une corde. Corder du tabac. ,,Mettre du tabac en corde en roulant et tordant ensemble les feuilles`` (Ac.). Elle est coiffée en enfant de pauvre, de deux nattes cordées derrière les oreilles (Colette, Mais. Cl.,1922, p. 36).
P. anal.
[Le suj. désigne les veines, les ligaments musculaires, les nerfs] Faire saillie sous la peau en donnant l'aspect noueux de la corde. Des veines leur cordaient le cou (Esparbès, Demi-soldes,1899, p. XIII).
Rem. On rencontre un emploi pronom. de même sens. Voici les yeux qui commencent à juter et les veines du jabot qui se cordent (Martin du G., Gonfle, 1928, II, 3, p. 1200).
Emploi pronom. Se corder.[Le suj. désigne certains légumes dont on consomme le bulbe, la racine, tels que céleris, raves, radis...] Devenir filandreux comme une corde.
B.− Entourer d'une corde, lier à l'aide d'une corde. Corder un ballot, une malle (Ac.). Les gros canons (...) se tenaient tant bien que mal, cordés par des câbles de fer (Loti, Mon frère Yves,1883, p. 138).J'ai durement cordé (...) des roses, des reines-marguerites et des camomilles (Colette, Pays. et portr.,1954, p. 130).
Spécialement
1. Mesurer le bois à l'aide d'une corde. Il ne restait plus qu'à corder le bois fendu (Hémon, M. Chapdelaine,1916, p. 114).
2. Corder une raquette de tennis. La tendre de fils de nylon, boyau.
Prononc. et Orth. : [kɔrde], (je) corde [kɔ ʀd]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1165-70 « tresser avec des cordes » (Benoit, Roman de Troie, 16545 ds T.-L.); 2. 1165-70 « tordre en corde » funain cordé (ibid., 27859); 3. ca 1200 « lier avec des cordes » (Conquête de Jérusalem, 6762 ds T.-L.); 4. 1265 « mesurer (du drap) à la corde » (Chambre des Comptes de Lille ds Du Cange, II, 562); 1680 corder du bois (Rich.). Dér. de corde*; dés. -er. Fréq. abs. littér. : 3. Bbg. Sain. Arg. 1972 [1907], p. 210.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Nom commun

Singulier Pluriel
corde cordes
\kɔʁd\
Une corde. (1)

corde \kɔʁd\ féminin

  1. Tortis fait ordinairement de chanvre et quelquefois de coton, de laine, de soie, d’écorce d’arbres, de poil, de crin, de jonc et d’autres matières pliantes et flexibles.
    • Ils allaient haricotant les restes du Grand-I-Vert, ceux des châteaux ; car, à eux deux, dans les années les plus occupées, les plus prospères, ils n’avaient jamais pu fabriquer en moyenne trois cents soixante brasses de corde. — (Honoré de Balzac, Les Paysans, 1845, première partie, chapitre troisième)
    • Camus […], se saisit de la corde au bout de laquelle Blanchette bêlante, la queue animée d’un perpétuel frétillement, attendait qu’on se mît en route. — (Louis Pergaud, L’Argument décisif, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Et puis, il y avait la corde de serrage. Une bonne corde de sept mètres. Souple et solide. Une corde comme personne n’en vendait plus aujourd’hui. — (Bernard Clavel, Les Fruits de l’hiver, Robert Laffont, 1968)
  2. Câble tendu en l’air et attaché par les deux bouts, sur lequel certains bateleurs dansent.
    • Aller voir les danseurs de corde.
    • Danser sur la corde raide, exécuter des pas mesurés et des tours de force sur une corde tendue. (Sens figuré) Se trouver dans une situation embarrassante, incertaine, où l’on court risque à tout moment de succomber.
  3. (Par métonymie) Supplice de la potence.
    • 2500. Le Viol est puni de la Corde, étant commis envers me Vierge, une Femme mariée, &c. […]. On pourroit punir de la Roue le Viol qui auroit été commis envers une Fille non nubile. — (Le droit général de la France et le droit particulier à la Touraine et au Lodunois, contenant les matières civiles, criminelles et ecclésiastiques, et une explication méthodique des disposition des coutumes de Touraine et de Lodunois, tome 1, par Thomas Jules Armand Cottereau, Tours : chez F. Vauquer-Lambert, 1778, page 213)
  4. Tortis de chanvre, de crin, ou d’autres matières, dont on garnit les arcs et les arbalètes pour les bander.
    • Mettre une corde à un arc.
    • Quand la corde est trop tendue, elle se rompt.
    • Avoir plusieurs cordes, plus d’une corde à son arc, Avoir plusieurs moyens pour parvenir à son but, à ses fins.
  5. (Musique) Fil de boyau ou de métal, etc., que l’on tend sur certains instruments de musique et que l’on fait résonner avec les doigts, ou avec un archet, ou avec des touches, etc.
    • A droite du piano, le violoncelliste émergeait de la fosse, la tête appuyée contre la crosse de son instrument dont il pinçait les cordes en regardant fixement devant lui. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • L’harmonicorde de Debain, sur lequel Lefébure Wely excellait, était un harmonium pourvu de cordes tendues qui pouvaient être, ou non, frappées pour donner plus de netteté à l'attaque. — (Gérard Condé, Charles Gounod, Fayard, 2009)
    • (Sens figuré) Toucher la corde sensible, parler de ce qui intéresse le plus vivement une personne, de ce qui lui fait le plus de peine ou de plaisir.
    1. (Par métonymie) Instrument à cordes.
      • Les cordes de l’orchestre.
  6. (Anatomie) Ligament inférieurs de la glotte, producteur du son de la voix.
    • Cordes vocales.
  7. (Par extension) Note, son.
    • La quinte a cinq cordes.
    • La voix de ce chanteur est belle dans les cordes élevées.
    1. Accord.
      • Corde fondamentale.
  8. (Géométrie) Segment joignant les deux extrémités d’un arc, en particulier d’un arc de cercle.
    • Toute corde partage le cercle en deux parties, égales ou inégales en surface, qui se nomment segments.
  9. Fils dont le drap est tissu.
    • Son habit est tout râpé, il montre la corde, il est usé jusqu’à la corde.
    • (Sens figuré) Cet homme montre la corde, il fait voir qu’il en est aux expédients, à ses dernières ressources.
    • (Sens figuré) Cela est usé jusqu’à la corde, se dit d’une ruse, d’une plaisanterie, d’un argument, etc., qui ont été si souvent employés que tout le monde les connaît.
  10. (Vieilli) (Métrologie) Quantité de bois à brûler, qu’on mesurait autrefois avec une corde, et qui, à Paris, équivalait à 3,8 stères.
    • Cent cordes de bois.
    • Avoir mené cette vie-là, avoir déjà vécu quatre années d’une autre guerre et se retrouver à espérer une corde de bois et à compter ses mégots ! — (Bernard Clavel, Les Fruits de l’hiver, Robert Laffont, 1968)
    • Ici, le bois se compte par cordes, dont l’unité de mesure peut varier d’un canton à l’autre, une corde, aux Crozets, vaut quatre stères. — (Jean-Baptiste Harang, Nos cœurs vaillants, Paris, Grasset, 2010, page 70)
  11. (Gymnastique) Un des cinq engins utilisés en gymnastique rythmique.
  12. (Théorie des graphes) Arête non incluse dans un cycle, mais qui relie deux de ses sommets.
  13. (Physique) (théorie des cordes) Constituant ultime de la matière encore hypothétique du diamètre de l’échelle de Planck.
Les niveaux de grossissements : monde macroscopique, monde moléculaire, monde atomique, monde subatomique, monde des cordes.
Note : Dans ce sens, le mot corde viens de la traduction de l’anglais string theory (« théorie des cordes »)
  1. (Sports hippiques) Côté intérieur de la piste d'un hippodrome, matérialisée par une lice, de petits piquets régulièrement espacés ou une barrière.

Forme de verbe

Voir la conjugaison du verbe corder
Indicatif Présent je corde
il/elle/on corde
Imparfait
Passé simple
Futur simple
Subjonctif Présent que je corde
qu’il/elle/on corde
Imparfait
Impératif Présent (2e personne du singulier)
corde

corde \kɔʁd\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de corder.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de corder.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de corder.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de corder.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de corder.

Anagrammes

→ Modifier la liste d’anagrammes

  • coder
  • codre
  • Credo, credo, crédo
  • décor

Voir aussi

  • corde sur l’encyclopédie Wikipédia
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

corde

(kor-d') s. f.
  • 1 Terme de musique. Partie de boyau de mouton nettoyée, tendue, séchée et préparée pour être montée sur certains instruments tels que violon et guitare ; et aussi fil de métal passé par les filières qu'on monte sur certains instruments tels que la harpe, le piano, etc. Corde de boyau ou corde à boyau. Cordes de boyaux, le cent pesant estimé à 30 livres, Déclar. du roi, nov. 1640, tarif. Dirions-nous que les cordes d'un violon seraient venues d'elles-mêmes se ranger sur un bois ? Fénelon, Exist. VI. Je mets sous ses yeux un instrument à cordes, Rousseau, Ém. IV. Nous croyons entendre des fables, lorsqu'on nous dit que, chez les Grecs, une corde ajoutée à la lyre était une innovation politique ; que les sages même en auguraient un changement dans les mœurs, une révolution dans l'État, Marmontel, Élém. litt. t. XIX, p. 312, dans POUGENS.

    Flatter la corde, la toucher légèrement.

    Double corde, manière de jouer du violon ou du violoncelle, en touchant deux cordes à la fois et en faisant ainsi deux parties différentes. La double corde produit souvent beaucoup d'effet.

    Fig. Voltaire a brisé la corde la plus harmonieuse de sa lyre, en refusant de chanter cette armée de martyrs, Chateaubriand, Génie, II, I, 5. Il faudrait être insensé pour rejeter un culte qui a ajouté de nouvelles cordes à l'âme, Chateaubriand, ib. II, III, 4.

    La grosse corde, le sol argenté du violon, le sol et l'ut argentés du violoncelle.

    Fig. Toucher la grosse corde, parler de ce qu'il y a de principal dans une affaire.

    La grosse corde, le principal personnage. M. de Turenne était dans le moment la grosse corde du parti, Retz, II, 307.

    Toucher la corde sensible, parler de ce qui intéresse le plus. Il ne faut point toucher à cette corde-là, Molière, les Am. magn. I, 2. Il faut toucher cette corde délicatement, Bossuet, Lett. quiét. 416. En causant, je touchai sa corde favorite, l'érudition, Diderot, Sat. sur les caractères.

    Dans l'ancienne musique, violon à cordes avalées, violon accordé à la quarte.

    Terme d'anatomie. Cordes vocales, les ligaments inférieurs de la glotte. Cordes sonores, petits conduits membraneux que contiennent les canaux demi-circulaires de l'oreille interne.

    Notes de la gamme. La voix de ce chanteur est belle dans les cordes élevées. La corde fondamentale. Dans l'accord de septième, sol si ré fa, sol tout seul est la corde fondamentale.

  • 2Tortis fait de matière textile. La corde d'un puits, d'une cloche.

    Mettre une chose en corde, lui donner la forme d'une corde. Tabac en corde.

    Fig. Si la corde ne rompt, c'est-à-dire si les moyens employés pour réussir ne manquent pas. Nous allons voir beau jeu si la corde ne rompt, Molière, l'Étour. III, 10. Un dauphin [fils de Louis XIV] qui n'a jamais été rien ni de rien, et sur qui la corde a cassé de tant d'espérances, de craintes et de projets, Saint-Simon, 295, 28.

    Tirer sur la même corde, agir de concert.

    Corde sans fin, la corde qui entoure la roue des tours, des rouets à filer, etc.

    Corde nouée, ou corde à nœuds, grosse corde garnie de nœuds pour monter le long des murs.

    Corde se dit aussi d'une corde qu'on suspend en guise de rampe dans un escalier. Tenez bien la corde. Ne lâchez pas la corde.

    Corde dont les enfants se servent pour sauter, soit que, tenant un des bouts dans chaque main, ils la fassent rapidement passer sous leurs pieds, soit que, deux personnes tenant chacune un bout et la faisant tourner, l'enfant saute à chaque tour. Sauter à la corde. Acheter une corde.

    Terme de marine. Corde de défense, paquet de grosses cordes pour rompre le choc ou empêcher les avaries. Naviguer à mâts et à cordes, naviguer vent arrière avec toutes les voiles serrées.

    Terme de pêche. Maîtresse corde, la plus forte de celles dont on se sert pour pêcher aux cordes. Pêcher aux cordes, pêcher avec une longue corde à laquelle on attache des lignes.

    Terme de manége. Grande longe que l'on tient à l'entour du pilier où le cheval est attaché pour le faire manœuvrer. Faire donner un cheval dans les cordes, le dresser à sauter.

    Fig. et bassement. Chier des cordes, aller péniblement à la selle.

  • 3Corde de jeu de paume, grosse corde tendue au milieu du jeu de paume et garnie de filets jusqu'en bas pour arrêter la balle qui ne passe pas par-dessus. Friser la corde. Mettre sous la corde.

    Fig. Cette affaire a passé à fleur de corde, il s'en est peu fallu qu'elle n'échouât.

    Fig. Friser la corde, courir un grand danger, être au moment de périr, de se ruiner ou de faire quelque mauvaise affaire.

  • 4Corde qui, dans les hippodromes, sert à limiter le champ dans lequel courent les chevaux. Tenir la corde se dit de l'écuyer qui, dans une course de chevaux, est le plus près de la corde. Il tient, il a gagné, il a perdu la corde. Et fig. Tenir la corde se dit d'une personne qui a une avance ou un avantage sur les autres.
  • 5Corde d'estrapade, corde avec laquelle on guindait ceux qui étaient condamnés à avoir l'estrapade. Donner trois coups de corde à quelqu'un, le guinder trois fois en haut et le laisser retomber de sa pesanteur à un pied de terre. On a dit aussi trait de corde pour coup d'estrapade.
  • 6Gros câble tendu en l'air sur lequel certains bateleurs font des exercices. Danseur de corde.

    Danser sur la corde, marcher, sauter, courir ou danser sur une corde tendue à une hauteur plus ou moins grande. Et fig. Être engagé dans quelque chose de hasardeux.

  • 7Corde qu'on met aux arcs et aux arbalètes. Tendre la corde. Commençons dans deux jours, et mangeons cependant La corde de cet arc : il faut que l'on l'ait faite De vrai boyau…, La Fontaine, Fabl. VIII, 27.

    Fig. Avoir deux cordes, plusieurs cordes à son arc, plus d'une corde à son arc, avoir plusieurs ressources.

    Terme de géométrie. La corde d'un arc, la ligne droite qui joint les deux extrémités de cet arc. Pour le faire [passer l'Escaut], Vendôme suivait la corde, qui était très courte ; pour l'empêcher, Marlborough avait à marcher sur l'arc fort étendu et courbé, Saint-Simon, 203, 107. Un bras de mer forme comme la corde de l'arc des montagnes, Chateaubriand, Itin. 156.

    Terme de vénerie. Demi-corde, endroit fourré de bois, où se réfugient les bêtes fauves.

  • 8 Terme d'horlogerie. Corde de montre, corde de boyau qu'on mettait autrefois aux montres et qui servait à tendre le grand ressort ; elle est aujourd'hui remplacée par une petite chaîne en acier. Cette montre est au bout de sa corde.

    Terme de relieur. Ficelles de diverses grosseurs dont les relieurs se servent pour faire les nervures des livres qu'ils relient.

    Corde à feu, mèche de corde servant à mettre le feu aux artifices.

  • 9Corde pour étrangler ou pendre ; mort par la strangulation ; supplice de la potence. Sans nulle miséricorde, Je serais digne de la corde, Régnier, Mac. Un traître qui… Par argent ou faveur s'est sauvé de la corde, Régnier, Sat. V. C'est avec la corde, le fer ou le poison qu'on ôte pour l'ordinaire la vie aux coupables, Barthélemy, Anach. ch. 19. Quoi ! dit-il, sans mourir je perdrai cette somme ! Je ne me pendrai pas ! Et vraiment si ferai, Ou de corde je manquerai, La Fontaine, Fabl. IX, 16.

    La corde au cou, dans l'attitude d'un criminel qui va être pendu ; et fig. sans condition, à merci. Édouard III exigea que six bourgeois vinssent lui demander pardon la corde au cou, Voltaire, Mœurs, 75.

    Mettre la corde au cou à quelqu'un, le perdre, le ruiner. En l'écoutant seulement [le projet de Georges et du Régent], disait Alberoni, elle [la Hollande] se mettait la corde au cou, Saint-Simon, 500, 42.

    Filer sa corde, se livrer à des actes qui doivent conduire à la potence, qui doivent mener à la ruine.

    Il a frisé la corde, se dit d'un homme qui a échappé à grand'peine à la potence, à une condamnation capitale. Cette locution provient d'une confusion avec friser la corde du jeu de paume.

    Se racheter de la corde, corrompre le juge de manière à échapper à une juste condamnation. Justice est sans miséricorde à l'égard d'un petit larron ; Mais au gros elle fait pardon, Quand il se peut racheter de la corde, dans RICHELET.

    Avoir de la corde de pendu dans sa poche, se dit de celui qui gagne toujours, qui a constamment du bonheur ; locution tirée d'une vieille et absurde superstition qui attribue à la corde de pendu des vertus magiques.

    Un homme de sac et de corde, un vrai scélérat, un homme capable de tout, ainsi dit parce qu'on pendait avec la corde ou noyait dans un sac les scélérats.

  • 10 Terme de tisserand. Fil dont une étoffe est tissue. Ce drap a la corde fine. Habit usé jusqu'à la corde.

    Fig. Cela est usé jusqu'à la corde, cela est rebattu à satiété. C'est un homme qui est de mise un quart d'heure de suite, qui le moment d'après baisse, dégénère et perd le peu de lustre qu'un peu de mémoire lui donnait, et montre la corde, La Bruyère, II.

    Cet homme montre la corde, laisse voir l'embarras de sa position, de ses affaires. Vos soins sont usés, on voit la corde, Sévigné, 151. Le prétexte étant si mince, on voyait la corde et le fond, Sévigné, 158. Le roi montra la corde [ce qui le blessait] par le refus chagrin qu'il fit tout net à Monsieur [d'employer à la guerre le duc de Chartres] pour qu'on ne lui en parlât plus, Saint-Simon, 91, 203.

  • 11Mesure de bois à brûler, qu'on prenait avec une corde et qui équivaut à peu près à quatre stères. La corde de Paris valait 3,8 stères ; la corde de grand bois 4,4, et la corde de port 4,8. Une corde de bois.

    Bois de corde qui se nomme à présent bois de stère, le bois qui se mesure, à la différence des fagots, falourdes, etc. qu'on achète au nombre.

  • 12 Terme d'anatomie. Corde du tympan, rameau du nerf vidien qui s'introduit dans la caisse du tympan.

    Terme de pathologie. Engorgement oblong et plus ou moins douloureux de l'urèthre, qui survient souvent dans la blennorrhagie.

    Tension d'un muscle causée par quelque lésion. Il avait mal au bras et y sentait une corde qui le gênait.

    Terme de vétérinaire. Corde de farcin, engorgement des vaisseaux lymphatiques sous-cutanés, qui ressemble à une corde.

  • 13Nom, au billard, de deux clous placés sur les deux bandes des côtés, en deçà desquels un joueur doit placer sa bille pour commencer à jouer.
  • 14Un des noms de la lamproie.
  • 15Sous corde, loc. adv. qui, dans le commerce, signifie en ballot, sans défaire la corde qui lie le ballot, par opposition à en détail, pièce à pièce. Leur avons permis de vendre des bas par sixains entiers et sous corde, Lettr. pat. 26 janvier 1735.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CORDE. Ajoutez :
15 Terme de turf. La corde qui entoure la piste du côté intérieur. Le côté de la corde est un avantage pour le jockey qui s'en trouve rapproché, à cause de la forme circulaire de la piste ; aussi les places se tirent au sort. Tenir la corde, être du côté de la corde.
16 Dans le commerce, corde d'éponges, une certaine quantité d'éponges liées ensemble, Journ. offic. 31 mai 1872, p. 3646, 1re col.
17 Arbre à cordes, plusieurs figuiers des îles Mascareignes, dont l'écorce sert à faire des liens, Baillon, Dict. de bot. p. 247.

HISTORIQUE

XIIe s. D'enfer puet saint iglise les portes depecier ; N'est mie sages hum qui la volt trebuchier ; Semble humme qui à corde volt le mund jus sachier, Th. le mart. 85. Les cordes de enfern me unt lied, e les laz de mort m'unt saisid, Rois, 205.

XIIIe s. [Ils] lui ont mis cele corde, ce fu grant cruauté, Berte, X. Biaus fillues [filleul], faites prendre une corde, et le [la] me faites mettre entour le col, Chr. des Rains, p. 43. Nus cordier ne puet ne ne doit nule corde faire de quelque maniere que ele soit…, Liv. des mét. 41. Feme sait moult de renart ; Deux cordes a en son arc, Ms. de poésies fr. avant 1300, t. II, p. 723, dans LACURNE.

XIVe s. Lors te souviengne de celle mort, Et te gard d'aler en son port, Et te gard bien qu'elle ne te morde, Ne qu'à ton coul mecte la corde, Le liv. du bon Jeh. 4229.

XVe s. Car les exemples anciens Nous sont et cordes et liens De nous garder des grans perils Que nous trouvons, par leurs escripts, Deschamps, Poésies mss f° 529, dans LACURNE. Car sa doulce misericorde De justice attrempe la corde, Afin que trop griement ne fiere, Mir. de Ste Genev. Or nous trayons donc sur Aele, respondirent les deux chevaliers, et ainsi nous aurons deux cordes à un arc, Froissart, II, III, 79. Qui plus despend que n'a vaillant, Il fait la corde à quoy se pend, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 402.

XVIe s. Il y aura beau jeu, si la chorde ne rompt, Rabelais, Pant. IV, 5. Des boyaulx on fera chordes de violons et herpes, Rabelais, ib. 6. Tu n'as cousteau, serpe ne serpillon, Qui sceust coupper corde, ne cordillon…, Marot, II, 43. La royne tenoit pour criminels tous ceux qui touchoient cette corde, D'Aubigné, Hist. I, 96. D'assieger et prendre le roi dedans Dieppe, ou lui faire quitter la partie et s'embarquer pour gagner l'Angleterre : à la verité c'eust esté perdre le roiaume qui estoit sous la corde, D'Aubigné, ib. III, 218. Curio, qui defendoit pour lors le party de Caesar, tira à sa corde Antonius, Amyot, Anton. 7. Comme ce cordier là que l'on paint en la description des enfers, laisse consumer à un asne paissant auprès de luy, autant de chorde de genest, comme il en peult plier et tordre, Amyot, De la tranq. d'âme, 30. Corde triplée est de durée, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 164. À gros larron grosse corde, Cotgrave À longue corde tire qui mort d'autrui desire, Cotgrave La lieue de Bourgogne contient cinquante portées de longueur, la portée douze cordes, la corde douze aulnes de Provins, l'aulne deux pieds et demi, le pied douze poulces, Coust. génér. t. I, p. 915. Persista toujours en ses denegations ; à raison de quoy il ordonna qu'il fust mis à la corde ; mais plus on luy bailloit la question forte et cruelle, plus se rendoit opiniastre, Nuits de Straparole, t. II, p. 299, dans LACURNE.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « corde »

Du latin corda, variante de chorda, signifiant proprement « boyau », puis « corde » en général.
Source : Wikitionnaire

Wallon, coide ; provenç. et ital. corda ; espagn. cuerda ; du latin chorda, proprement boyau, puis corde à boyau, puis corde en général.

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « corde »

Phonétique Prononciation
France : écouter « corde [kɔʁd] »
(Région à préciser) : écouter « corde »
Mulhouse (France) : écouter « corde »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « corde »

Source : Google

Traductions du mot « corde »

Langue Traduction
English corde
German corde
Spanish corde
Portuguese corde
Italian corde
Dutch corde
Polish kord
Russian корд
Source : DeePL

Synonymes de « corde »

Antonymes de « corde »