Corvée

subst fém

Définitions de « corvée »

Trésor de la Langue Française informatisé

CORVÉE, subst. fém.
I.− Travail imposé et non rémunéré.
A.− DR. ANC. Journées de travail collectives gratuites (d'hommes et de bêtes de somme) dues au seigneur (jusqu'en 1789) par les serfs, les roturiers, pour assurer l'entretien et l'exploitation de ses biens et domaines. Corvée seigneuriale; abolition de la corvée; être astreint à la corvée :
1. Un jour, il y a soixante-trois ans de cela, le peuple français (...) écrasé de gabelles, d'aides, (...) de redevances, de dîmes, de péages, de corvées, de banqueroutes (...) se mit en tête de demander des comptes à la monarchie... Hugo, Napoléon le Petit,1852, p. 37.
SYNT. Grande corvée; corvée extraordinaire, ordinaire, royale; corvées, cens et redevances en nature; transformation de la corvée en une prestation, en une taxe générale, locale, vicinale; être assujetti à la corvée; servir en corvée.
Corvée réelle. Liée au fonds. Corvée personnelle. Liée au lieu de résidence. Corvée à merci. Laissée à la discrétion du seigneur.
B.− Moderne
1. ADMIN. Travail réglementaire imposé à une collectivité militaire.
a) ARM. Tâches assignées à tour de rôle aux militaires d'une unité pour les besoins (d'entretien, de ravitaillement) du camp. Tenue de corvée. Corvée d'eau (Claudel, Nuit Noël,1915, II, p. 567).Hommes de corvée (Dorgelès, Croix de bois,1919, p. 30):
2. [Dans le stalag]. La besogne la plus redoutée était pourtant la corvée de bois, parce qu'elle durait toute la journée et que les conditions où elle s'accomplissait la rendaient extrêmement pénible. Ambrière, Les Grandes vacances,1946, p. 88.
SYNT. Charrettes de corvée; corvée de vivres, d'eau, de bois, de pluche (d'épluchage) ou de patates, de chiottes.
Corvée de quartier (très usuel). Balayage, nettoyage des cours, cuisines et autres lieux (d'apr. Merlin, Lang. verte troupier, 1886, p. 24).
Loc. fig., arg. milit. Tête à corvées. ,,Imbécile, tête d'idiot`` (Rigaud, Dict. arg. mod., 1881, p. 363).
P. méton. Les hommes qui assurent la corvée. La corvée de soupe; camarades de corvée; commander, diriger une corvée; une corvée de 80 hommes est détachée. Sous les platanes du quai de Strasbourg, passait une corvée dont le pas lourd retentissait sur les pavés (Carco, Innoc.,1916, p. 238).
b) MAR. Service à bord ou hors du bord imposé à une partie de l'équipage (commandée par un officier ou aspirant de corvée). La corvée d'équipage.
2. P. anal. Travail supplémentaire imposé à un individu (généralement travail manuel). La jeune femme, accoutumée à un service abêti de pauvres filles auxquelles on coupait leur pain, exigeait d'elles des corvées (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 226).
P. métaph. :
3. Ainsi, Rigou, tout en demandant de petites primes pour des retards de quelques mois, pressurait ses débiteurs en exigeant d'eux des services manuels, véritables corvées, auxquels ils se prêtaient, croyant ne rien donner parce qu'ils ne sortaient rien de leurs poches. Balzac, Les Paysans,1844-50, p. 254.
3. Travaux réglementaires que se partagent à tour de rôle les membres d'une collectivité municipale (ou une communauté libre) pour les besoins de cette dernière. Corvée quotidienne, d'entretien; échapper à une corvée. Synon. besogne, service, tâche, travail.On distinguait les craquements du treuil où les hommes de corvée pressaient la vendange (Fromentin, Dominique,1863, p. 12).Des jeunes filles au teint frais font la corvée d'eau du matin (A. Bombard, Naufragé volontaire,Paris, Le Livre de poche, 1967 [1958], p. 144).
SYNT. Corvée de nettoyage, de ravitaillement; heures de corvée réglementaire; être de corvée, relever qqn de la corvée, couper à une corvée, faire toutes les corvées (cf. être taillable et corvéable).
II.− P. ext.
A.− [L'accent est mis sur la marginalité ou le caractère occasionnel du travail]
1. Région. (Canada). Temps de travail gratuit et collectif fourni volontairement à un voisin pour lui venir en aide (en cas de sinistre, de difficulté). Faire une corvée pour reconstruire une maison, consolider une digue, etc.
2. Pop., vx. Petits travaux sur commande que les ouvriers vont faire en ville :
4. Garçon taillandier à l'ordinaire, ce gnome [Godain] travaillait chez le charron tant que l'ouvrage abondait; mais il se louait pour les corvées chèrement rétribuées. Balzac, Les Paysans,1844-50, p. 230.
B.− [L'accent est mis sur le caractère pénible du travail] Tâche ingrate et fastidieuse ou pénible (en raison de son manque d'intérêt) à laquelle on ne peut pas se soustraire. Je ne te demande pas de m'écrire, car c'est corvée pour toi (Nerval, Corresp.,1830-55, p. 234).Il n'y a d'amusant que le travail qui n'a pas encore été lu à personne. Tout le reste est corvée et métier, chose horrible (Sand, Corresp.,t. 6, 1812-76, p. 311).Il faut que je sorte à trois heures! murmura-t-elle. En voilà une corvée! (Zola, Nana,1880, p. 1128).
En partic.
1. Travaux du ménage. Corvées domestiques, ménagères, du dimanche.
2. Tâches imposées par les règles de la vie de société ou de la profession. À l'entr'acte, corvée de compliments (A. Daudet, Immortel,1888, p. 178):
5. Mais surtout elle [Berthe] se rattrapait des trois hivers où elle avait couru la boue de Paris en souliers de bal, à la conquête d'un mari : (...) corvées de sourires et de grâces pudiques, auprès des jeunes gens imbéciles... Zola, Pot-bouille,1882, p. 239.
SYNT. a) Corvée abominable, accablante, affreuse, désagréable, ennuyeuse, fastidieuse, ignoble, insupportable, lourde, monotone, mortelle, pénible; corvée diplomatique, mondaine, officielle; corvée familiale; corvée conjugale, sexuelle. b) Corvée du mois; corvée d'obligation, de politesse, de reconnaissance; corvée d'une séance publique, d'une visite obligatoire. c) Imposer, infliger une corvée à qqn; délivrer qqn d'une corvée, le soustraire à une corvée; couper à une corvée.
Pop. S'appuyer une corvée. Faire quelque chose de désagréable. S'allonger une corvée. Faire quelque chose contre son gré.
Fam., vx. En être pour sa corvée ou faire corvée (comp. faire buisson creux). Faire une démarche désagréable sans résultat :
6. − Eh! bien, lui demanda-t-il [mon père à ma mère], as-tu encore fait corvée aujourd'hui? − Dieu merci, non; ils ont tous acquitté la redevance... Balzac, Œuvres diverses,t. 1, 1850, p. 303.
Arg. Travail professionnel des prostituées.
Loc. Corvée de viande. Rapports sexuels. Aller à la corvée. ,,Raccrocher les hommes`` (France 1907).
Rem. On rencontre ds la docum. le dér. corvéieur [var. corvoyeur (Mirabeau), corvéïeur (Nouv. Lar. ill.), corvoyeur (Lar. 20eLar. encyclop.)], subst. masc. vx. Celui qui travaille à la corvée. Attesté ds Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Littré, Lar. 19e, Guérin 1892, Lar. 20e, Lar. encyclop., Quillet 1965.
Prononc. et Orth. : [kɔ ʀve]. Ds Ac. depuis 1694. Étymol. et Hist. 1. 1170-74 dr. médiév. (B. de Ste-Maure, Chron. ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 28904); 2. ca 1460 fig. (Villon, Testament, éd. A. Longnon, 1031); 3. 1835 (Ac. : Corvée. Il se dit, en termes militaires, de Certains travaux que font tour à tour les soldats d'une compagnie). Du lat. de basse époque corrogata [opera] « travail obligatoire dû au seigneur » à l'origine « service qui consiste dans le labourage des terres de la réserve seigneuriale (mesuré par journées de travail) » (861 Polyptique de St Remi ds Nierm.), corvada (viiie-ixes. Capitulaire de Villis, ibid.) part. passé de corrogare « inviter, solliciter ensemble ». Fréq. abs. littér. : 579. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 333, b) 928; xxes. : a) 1 088, b) 1 025. Bbg. Lammens 1890, p. 90. − Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, pp. 291-533. − Rog. 1965, p. 86.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Nom commun

Singulier Pluriel
corvée corvées
\kɔʁ.ve\

corvée \kɔʁ.ve\ féminin

  1. (Histoire féodale) Travail et service gratuit qui était dû par le paysan à son seigneur.
    • Flétries dès leur enfance par la faim, écrasées par le travail dans leur adolescence, elles arrivent sans transition à la décrépitude, toujours fuyant devant les Turcs auxquels revient la meilleure part des sueurs de leurs pères, sous forme d’impôts, d’exactions et de corvées. — (Jérôme-Adolphe Blanqui, Voyage en Bulgarie 1841, chapitre VI - 1845)
    • Les artisans ou les exploitants agricoles qui se désolent de devoir passer une journée par semaine en moyenne pour répondre à des exigences administratives, doivent, pour être exact, reformuler leurs doléances de cette manière : en sus de leur propre travail, ils sont contraints d'effectuer celui d'un fonctionnaire, à temps partiel et gratuitement. Ils effectuent, ce qu'on appelait, sous l'Ancien Régime, une corvée, c’est-à-dire un travail non rémunéré dû à la collectivité. — (Pierre-Yves Gomez, L'intelligence du travail, Desclée de Brouwer, 2016)
  2. (Désuet) Prestation en nature ou travail exigible des habitants d’une commune pour l’entretien des chemins vicinaux.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  3. (Militaire) Ensemble des travaux que font tour à tour les soldats d’une compagnie.
    • Ils allumèrent des feux qu’ils entretinrent nuit et jour, et les hommes qu’on envoyait à la corvée du bois aux environs devaient tenir les loups en respect. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 271 de l’édition de 1921)
    • En trois mois, l'apprenti vit tomber dix-sept de ses camarades. Il résumait cette partie de son existence en ces mots : « Il y avait deux genres de corvée : les corvées de cailloux et les corvées d'enterrement. » — (Jacques Mortane, Jean Mermoz, Plon, 1937, p.21)
  4. (Sens figuré) Travail, soit du corps, soit de l’esprit, qu’on fait à regret, avec peine et sans profit.
    • Depuis longtemps déjà il soupçonnait la chose, car de l’apprendre en confession il n’y fallait guère compter ; à partir de quinze ou seize ans tous s’émancipaient et se dispensaient de cette corvée ennuyeuse. — (Louis Pergaud, Le Sermon difficile, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Une autre corvée est la tournée des poubelles, des équevilles en patois de la Croix-Rousse. — (Patrick Lemoine, Droit D'Asiles, page 103, Odile Jacob, 1998)
    • Pour lui, faire des achats représentait toujours une corvée, et même plus que cela, mais Emma et Lucy, elles, semblaient heureuses comme des poissons dans l’eau. — (Carol Arens, Pour l'amour d'un hors-la-loi, traduit de l'anglais par Jacques Cezanne, éditions Harlequin, 2012, 2013, chap. 4)
    1. Travaux du ménage.
      • Corvées domestiques.
  5. (Québec) (Populaire) Rassemblement volontaire et à titre gracieux de gens pour venir en aide ad hoc à quelqu'un dans le besoin (lever une grange, faire les foins, etc.).
    • Comme nos ancêtres défricheurs, qui se faisaient une fierté de participer aux grandes corvées, nous avons prouvé que ce n’est pas la distance qui empêcherait les Québécois de s’aimer et de s’entraider. — (Claude Villeneuve, J’aimerais mieux faire le bilan de 2021, Le journal de Québec, 30 décembre 2020)

Voir aussi

  • corvée sur l’encyclopédie Wikipédia
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

corvée

(kor-vée) s. f.
  • 1 Terme de féodalité. Journées de travail gratuit que les vassaux devaient à leur seigneur. Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts, Le créancier et la corvée, Lui font d'un malheureux la peinture achevée, La Fontaine, Fabl. I, 16.

    Corvées réelles, celles qui étaient dues par le fonds ou à cause du fonds.

    Corvées personnelles, celles auxquelles étaient soumis les habitants d'un lieu par le fait seuil de leur résidence.

    Prestation de travail personnel pour l'entretien des chemins. Celui [Turgot] qui vient de supprimer les corvées pourrait bien supprimer l'esclavage [mainmorte], Voltaire, Lett. Christine, 12 août 1775. Un impôt en travail, ou autrement dit la corvée, est peut-être une heureuse idée fiscale, Necker, Compte rendu au roi, janvier 1781, p. 70. L'impôt qui a remplacé la corvée en nature, impôt connu sous le nom de subvention représentative de la corvée, Montesquiou, Rapport, 27 août 1790, p. 8. Les beaux chemins sont un bien et un très grand bien ; mais la corvée est un mal et un très grand mal, Saint-Lambert, Saisons, II, note 2e.

  • 2 Terme militaire. Travaux que font tour à tour les hommes d'une compagnie. On commande tant d'hommes de corvée.
  • 3Nom que les ouvriers donnent à de petits travaux qu'ils vont faire en ville et qui ne leur prennent qu'une partie de leur journée.
  • 4 Par extension, travail obligé et gratuit ; chose qu'on est requis ou prié de faire, et qui est une charge. Je me serais bien passé de cette corvée. Et commettre aux dures corvées [de la guerre] Toutes ces âmes relevées…, Malherbe, III, 1. J'ai du déplaisir de la corvée qu'il vous a fait faire, Guez de Balzac, Lett. choisies, 1re part. liv. III, lett. 4, dans RICHELET.

HISTORIQUE

XIIIe s. Jou Hues de Castemon, quens de St Pol, fach savoir, ke jou tous les homes de Goy ai quité de toute corowée, sauf men droit et me justice, Tailliar, Recueil, p. 83. Cil qui sont deu par la reson des terres sont cens, gelines, corvées, et plusors autres choses qui plus doivent par la reson des terres que par autres, Liv. de just. 240. Et se le [la] corvée est d'omme sans queval, quatre deniers, Beaumanoir, XXVII, 22. N'a gaires que me voliés pendre, Or le poés de vous atendre ; Tele est ore la destinée ; Por moi ferés ceste corvée, Guill. de Palerme.

XIVe s. Comme l'on ait acoustumé de faire au dehors et près des murs d'icelle ville [Langres] un jeu appelé la courvée… lequel jeu s'encommence par enfans et aucunes fois se parfait par gens bien aagiez et puissans de corps, en gectant les uns contre les autres pierres grosses et menues au plus efforciement qu'ilz pevent, chacun en esperance de rebouter sa partie, telement que aucune foiz sont navrez ou bleciez, Trésor des chartes, reg. 131, pièce 20, dans LACURNE.

XVe s. Chascune charrue paierat chascun an trois journées à la crowée de la charrue, Du Cange, corvagium.

XVIe s. Soit déclaré le nom du censeur ou laboureur, de qui on voudra avoir la coruwée, Coustum. génér. t. I, p. 812. Quant aux courovées de brach et aux courovées de cheveaux, Nouv. coustum. génér. t. I, p. 407, col. 2. Les farces des bateleurs nous resjouissent, mais aux joueurs elles servent de corvée, Montaigne, I, 331. Servius Tullius dispensa les chevaliers qui avoient passé quarante sept ans, des courvées de la guerre, Montaigne, I, 407.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « corvée »

(XIIe siècle)[1] Du latin corrogata opera (« travail commandé »), de corrogare (« convoquer ensemble »). En bas-latin corvada[2], ancien français corvee[3]
Source : Wikitionnaire

Bas-lat. corvada, dans le capitulaire de Villis de Charlemagne, et dans des textes postérieurs corruweia, corrua, croata ; du bas-lat. corrogata, corvée, de cum, et rogare, prescrire : corrogata opera, le travail commandé. Corrogata est dans un texte presque aussi ancien que corvada du Capitulaire, et décide la question d'étymologie ; mais corvada prouve que dès le temps de Charlemagne la forme romane existait.

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « corvée »

Phonétique Prononciation
la kɔʁ.ve : écouter « corvée »
France : écouter « corvée [kɔʁ.ve] »
France (Toulouse) : écouter « corvée »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « corvée »

Source : Google

Traductions du mot « corvée »

Langue Traduction
English chore
German Hausarbeit
Spanish tarea
Portuguese tarefa
Italian core
Dutch klus
Polish chore
Russian работа
Source : DeePL

Synonymes de « corvée »

Antonymes de « corvée »