Coupe

subst fém

Définitions de « coupe »

Trésor de la Langue Française informatisé

COUPE1, subst. fém.
A.− En gén.
1. Verre à boire de forme arrondie ou évasée, ordinairement plus large que haut et muni d'un pied. Coupe de cristal; coupe ciselée; boire dans une coupe. J'ai vu faire les libations; elles ne tombaient pas de coupes d'or ou d'argent, mais de vases d'argile (Fustel de Coul., Cité antique,1864, p. 145):
1. Autour de lui, par terre, il y avait, remplis par un petit esclave à mesure qu'il y buvait, une jatte de lait froid, une coupe de vin de soleil, un verre, à parois très minces, de thé à la menthe bouillant, ... Montherlant, Encore un instant de bonheur,1934, p. 696.
SYNT. Coupe d'airain, d'albâtre, de bronze, de vermeil; coupe à champagne; remplir, vider une coupe; tenir, tendre une coupe; lever sa coupe.
P. méton. Contenu de ce verre. Boire une coupe de champagne :
2. Ils m'ont fait boire la tête en bas dans un cratère beaucoup trop plein où ils avaient versé sept coupes parce qu'il y avait sept vins sur la table. Louÿs, Aphrodite,1896, p. 193.
P. anal. Ce qui a la forme d'une coupe. Au fond de cette coupe, peut-être l'ancien cratère d'un volcan, se trouvait un étang (Balzac, Peau chagr.,1831, p. 278).
2. P. ext. Récipient peu profond, sans pied ou muni d'un pied très court, à usages divers. Coupe à crème, à glace; coupe de fleurs, de fruits. Une immense coupe de cristal remplie entièrement de violettes de Parme ou de marguerites effeuillées dans l'eau (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 594).
3. Au fig., littér. [P. réf. à la Bible où la destinée terrestre donnée à l'homme par Dieu est assimilée à une coupe] Coupe enivrante; coupe de la joie; boire à la coupe du plaisir; coupe amère; coupe d'amertume, de fiel; la coupe du malheur, de la souffrance :
3. Ils avaient un peu honte, comprends-tu? Honte d'être des enfants gâtés du Père, d'avoir bu à la coupe de béatitude avant tout le monde! Et pourquoi? Pour rien. Bernanos, Journal d'un curé de campagne,1936, p. 1041.
Loc. fig.
Il y a loin de la coupe aux lèvres. Il y a loin de la conception d'un but, d'un idéal à sa réalisation; il est difficile d'atteindre les plaisirs auxquels on aspire :
4. Ces splendeurs engendraient bien des vocations maritimes; mais, entre la coupe et les lèvres, entre l'état de collégien et la glorieuse fonction de l'aspirant de marine s'élevaient des obstacles très sérieux; ... Valéry, Variété III,1936, p. 235.
Boire la coupe (le calice) jusqu'à la lie. Endurer une souffrance, un malheur dans toute son étendue.
La coupe est pleine, la coupe déborde. L'exaspération, l'indignation est à son comble. L'autre révélation a fait déborder la coupe (Hermant, M. de Courpière,1907, IV, 5, p. 30).
B.− Spéc., SP. Prix décerné au vainqueur d'une compétition sportive et consistant en une coupe ou, p. anal., quelque autre objet d'art de métal précieux. Dans toutes les devantures (...) des coupes de victoire sont exposées parmi les palmiers (Morand, New York,1930, p. 256).
P. méton. La compétition sportive elle-même. La coupe Davis; gagner, courir la coupe. Les grands triomphateurs des huitièmes de finale de la coupe de France (Guéhenno, Journal homme 40 ans,1934, p. 165).
Prononc. et Orth. : [kup]. Ds Ac. depuis 1718. Étymol. et Hist. I. 1155 cupe (Wace, Brut, 6949 ds Keller, p. 212 a). II. 1851-95 sp. en réf. à l'Angleterre (ds Quem.); 1863 (Littré). I du b. lat. cuppa « coupe » (Nierm.), class. cupa « grand vase en bois, tonneau »; II calque de l'angl. cup, terme de sp. ca 1640 ds NED. Bbg. Gottsch. Redens. 1930, p. 349. − Muller (Ch.). La Lemmatisation. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1974, t. 12, no1, pp. 193-203. − Tilander (G.). Étymol. romanes. St. neophilol. 1946-47, t. 19, pp. 293-294.
COUPE2, subst. fém.
I.− [Avec l'intervention d'un instrument tranchant]
A.− Action de couper, de tailler en vue d'un but précis et suivant certaines règles.
1. En gén. La coupe des blés, de la luzerne; la coupe des pierres; coupe au ciseau, au rasoir; faire une coupe de cheveux. La coupe des regains s'annonçait assez bien (Moselly, Terres lorr.,1907, p. 292).Des notions ménagères, qui se bornaient, le plus souvent, à de la coupe et couture et de la cuisine (Mathiot, Éduc. ménag.,1957, p. 26).
2. Spéc., SYLVICULTURE
a) Opération consistant à abattre des arbres dans un bois, dans une forêt. Coupe d'abri, d'éclaircie. Du côté des bois dont j'avais décidé la coupe (Leroux, Myst. Ch. jaune,1907, p. 41).
Coupe claire. Coupe forte, consistant en un abattage d'un grand nombre d'arbres et permettant une large arrivée de lumière.
Coupe sombre (ou coupe d'ensemencement). Coupe faible (qui laisse la forêt sombre) ne portant que sur quelques arbres et destinée à favoriser l'ensemencement naturel. Une coupe d'ensemencement sombre limite sérieusement le développement des plantes herbacées et des morts-bois (Cochet, Bois,1963, p. 63).
Au fig., dans la lang. cour. et par contresens sur le mot « sombre ». Faire des coupes sombres. Effectuer des suppressions importantes dans un écrit; éliminer une partie considérable d'un personnel, d'un groupe, d'une société. On a fait des coupes sombres dans les tirades (Goncourt, Journal,1896, p. 951).Les coupes sombres pratiquées dans le personnel par l'ennemi et ses complices (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 449).
Coupe réglée. Coupe effectuée régulièrement sur une portion de bois déterminée. Ils s'étaient plaints que Conan, (...) eût mis en coupe réglée des taillis leur appartenant (Vercel, Cap. Conan,1934, p. 90).
Au fig. Mettre qqn ou qqc. en coupes réglées. En tirer parti de façon répétée et abusive. J'ai mis, comme vous, les sots en coupes réglées (Balzac, Splend. et mis.,1844, p. 14).
b) P. méton. Lieu où des arbres ont été abattus ou sont à abattre :
1. Une éclaircie se manifesta tout à coup à notre droite, quelqu'une de ces coupes sombres qui éclaircissent singulièrement les forêts... Nerval, Les Filles du feu,Angélique, 1854, p. 578.
3. P. anal. [P. réf. au geste du nageur fendant l'eau] Manière de nager, consistant à porter alternativement chaque bras en avant et à le ramener le long du corps, d'avant en arrière (d'apr. Littré). Faire la coupe; tirer sa coupe; nager à la coupe. Nous piquerons une coupe ensemble dans la Seine (Flaub., Corresp.,1872, p. 379).
B.− P. ext.
1. Manière dont une chose est coupée, taillée. Coupe en biseau; vêtement de bonne coupe, de coupe élégante. Une longue redingote de coupe romantique (Gide, Si le grain,1924, p. 517):
2. ... il fit comme beaucoup : l'imita dans la coupe de sa barbe, l'arrangement de ses cheveux, la forme de sa redingote, sa démarche, son geste... Maupassant, Contes et nouvelles,t. 1, Les Dimanches d'un bourgeois de Paris, 1880, p. 284.
Au fig. Forme, contour. Le sergent-major (...) analysa la coupe de mon visage, et leur prouva sans réplique que j'avais du Napoléon dans le nez (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 162).
2. P. méton.
a) Ce qui est coupé. Coupes d'étoffe, de tissu; fausses coupes. Dût-il m'en coûter ma meilleure coupe de sainfoin (Courier, Pamphlets pol.,Simple discours à l'occasion d'une souscription pour l'acquisition de Chambord, 1821, p. 78).
Spéc., BIOL. Couche mince prélevée sur un tissu, un organe, et destinée à l'examen. Une coupe transversale de la moelle épinière (Camefort, Gama, Sc. nat.,1960, p. 202):
3. Il faut apprendre leur structure [des organes] à la fois sur les coupes microscopiques de tissus morts et modifiés par les fixatifs et les colorants, sur des tissus vivants qui fonctionnent, et sur les films cinématographiques où leurs mouvements sont enregistrés. Carrel, L'Homme, cet inconnu,1935, p. 82.
b) Aspect, forme que présente une chose coupée réellement ou idéalement, suivant un plan transversal ou longitudinal. Coupe de sol; coupe géologique. La coupe longitudinale et verticale du crâne des oiseaux représente généralement un ovale (Cuvier, Anat. comp., t. 2, 1805, p. 13).
Représentation graphique d'une chose que l'on suppose coupée par un plan. Une coupe de machine à vapeur assez compliquée (Verne, 500 millions,1879, p. 103).
II.− [Sans l'intervention d'un instrument tranchant] Fait, manière de diviser un ensemble.
A.− Division, distribution des parties d'un ouvrage littéraire ou musical, des éléments d'une phrase, d'un vers. La coupe d'un livre; la coupe du style; la coupe binaire, ternaire d'un morceau de musique. La coupe en cinq actes est la meilleure pour une tragédie (Ac.1835, 1878).C'est d'abord la même coupe de strophes, et elles contrastent une à une, ou deux à deux (Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 339):
4. Enfin, le romantisme va d'abord se manifester par le contenu des œuvres bien plus nettement que par leur forme. C'est-à-dire qu'il respectera à peu près la coupe traditionnelle des ouvrages, la syntaxe et la grammaire musicales, qu'il sera presque d'apparence classique. R. Dumesnil, Hist. ill. du théâtre lyrique,1953, p. 112.
Spécialement
1. PHONÉT. ,,On dit qu'une syllabe est à coupe forte (...) ou à coupe faible (...) suivant que la consonne qui suit l'élément vocalique apparaît au moment où l'intensité de celui-ci est à son maximum ou quand elle commence à décroître`` (Mar. Lex. 1961).
2. VERSIF. ,,Arrêt, réel ou virtuel, entre deux mesures rythmiques`` (Mounin 1974). Je veux (...) te voir t'enthousiasmer d'une coupe, d'une période, d'un rejet (Flaub., Corresp.,1852, p. 21).
B.− Fait de séparer les cartes battues en deux paquets et de placer au-dessus celui qui était au-dessous. Faire sauter la coupe. Être heureux à la coupe (Ac.1798-1878).
Loc. fig. [P. réf. au joueur qui est sous la coupe d'un autre joueur, c'est-à-dire qu'il joue immédiatement après que celui-ci a coupé] Être sous la coupe de qqn. Être sous sa dépendance ou sous son influence. Tomber, retomber sous la coupe de qqn :
5. Je reprends ce cahier après une crise qui m'a tenu près d'un mois sous votre coupe. Dès que la maladie me désarme, le cercle de famille se resserre autour de mon lit. Mauriac, Le Nœud de vipères,1932, p. 148.
Prononc. et Orth. : [kup]. Ds Ac. depuis 1694. Étymol. et Hist. A. 1. 1283 « action de couper (le bois) » (Ph. de Beaumanoir, Coutumes de Beauvaisis, éd. Salmon, § 774); 1625 « quantité de bois abattue dans une forêt » (Nicod, De Brosses, Le Grand dict. fr.-lat., p. 331); 1690 couppe réglée sylvic. (Fur.); av. 1824 fig. mettre (qqn) en coupe réglée (Chateaubr., Mél. pol., p. 20); 2. 1611 « endroit où quelque chose a été coupé » (Cotgr.); 1732 « représentation par le dessin d'un objet supposé coupé par un plan vertical » (Trév. 1732); 3. 1660 « coupe d'un habit » (Oudin Fr.-Esp.); p. ext. 1763 « forme, contenu (d'un corps, d'un visage) » (C. P. J. de Crébillon, Le Hasard du coin du feu, III, 413 ds Brunot t. 6, 2, p. 1071). B. 1. 1549 prosodie couppe (J. du Bellay, La Défense et illustration de la langue française, éd. H. Chamard, II, VII, p. 144); 2. 1660 « action de couper les cartes » (Oudin, Fr.-Esp.); 1690 être sous la coupe (de qqn) terme de jeu (Fur.); av. 1755 être sous la coupe de qqn fig. (Saint-Simon, Mémoires, 180 ds Littré). Déverbal de couper*.
STAT. − Coupe1 et 2. Fréq. abs. littér. : 2 274. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 3 887, b) 3 548; xxes. : a) 3 215, b) 2 514.
BBG. − Gir. t. 2 Nouv. Rem. 1834, p. 25. − Gohin 1903, p. 366, 371. − Gottsch. Redens. 1930, p. 292, 349. − Mat. Louis-Philippe. 1951, p. 134, 275. − Rog. 1965, p. 86, 92.
COUPER, verbe trans.
I.− Emploi trans.
A.− Rompre un corps continu par l'intervention d'un instrument tranchant. Couper net; couper ras; couper aux ciseaux, avec un rasoir.
1. [L'obj. désigne une partie d'un tout] La séparer, la détacher. Couper un morceau de pain; couper des branches. Un grand matelot américain, (...) tailladait des visages, fendait des nez, entamait des joues, coupait des oreilles (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 265):
1. Gérard servit de coiffeur à Mariette, et Mariette commença à couper avec des ciseaux les cheveux de Gérard; elle en enlevait le plus qu'elle pouvait avant de se servir du rasoir, ... Champfleury, Les Aventures de MlleMariette,1853, p. 123.
Syntagmes et loc. fig.
a) Couper le foin, l'herbe. Au fig. Couper l'herbe sous le pied à qqn. L'empêcher de réussir dans une entreprise, le supplanter. Pour couper l'herbe sous les pieds à tout concurrent photographe (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 110).Couper qqc. par la racine. Le supprimer dans ses principes mêmes. Le meilleur moyen de les couper [ces abus odieux] par la racine, serait d'adopter la jurisprudence criminelle des Anglais (Marat, Pamphlets, Offrande à la Patrie, 1789, p. 30).
b) Couper les feuillets, les pages d'un livre. Séparer les pages qui sont liées entre elles. P. méton. Couper un livre.
c) Couper le fil, des liens, des attaches. Séparer une partie d'un tout ou deux choses liées entre elles en rompant ce qui les retient.
d) Couper un costume, une robe. Tailler dans une étoffe en donnant une forme déterminée.
e) [Le compl. d'obj. dir. désigne une partie du corps]
Couper l'aile, les ailes à qqn ou à qqc. Briser le développement d'un mouvement individuel ou collectif. Ils n'ont pas même eu besoin de couper à leur génie des ailes qui ne poussaient pas (Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 455).
Couper un bras, une jambe. Au fig. Couper bras et jambes. Priver quelqu'un de ses moyens, l'empêcher d'agir ou de réagir. Cette ironie, (...) acheva de me déconcerter et, je l'avoue, me coupa − bras et jambes (Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Moyen de Roger, 1885, p. 996).Couper les jambes. Accabler de fatigue. Des lassitudes la prenaient, qui lui coupaient les jambes (Moselly, Terres lorr.,1907, p. 113).
Couper le cou, la gorge, la tête, et en arg., couper la musette, le sifflet. Égorger, décapiter, tuer. Rappelez-lui que la république dispose d'une machine à couper le sifflet (Bernanos, Dialog. Carm.,1948, 3etabl., 10, p. 1639).Au fig., fam. Couper la musette, le sifflet à qqn. L'interrompre brusquement ou le mettre hors d'état de répondre en le déconcertant. La moindre réclame me couperait la musette (Flaub., Corresp.,1879, p. 319).« Nous les agrégés... ». Ça leur couperait le sifflet, aux bougres, ce petit mot (Magnane, Bête à concours,1941, p. 278).P. méton. Couper un animal. Le châtrer. Un cochon, au moins, quand on le coupe, il gueule, il ne croit pas recevoir de l'avancement! (Vercel, Cap. Conan,1934, p. 44).
2. [L'obj. désigne une chose considérée comme un tout] Diviser en deux ou en plusieurs morceaux. Couper du bois, du pain, de la viande; couper une étoffe, un tissu.
Syntagmes et loc. fig.
a) Couper en morceaux, en petits morceaux, en quartiers; couper en deux, en quatre. Au fig. Couper la poire en deux. Adopter un moyen terme. Couper les cheveux en quatre. Raffiner à l'extrême.
b) Couper dans le vif. Utiliser des moyens très énergiques. Elle était absolument décidée (...) à couper dans le vif, à trancher net (Huysmans, Sœurs Vatard,1879, p. 300).
c) À couper au couteau. D'une extrême épaisseur ou d'une extrême intensité. De petits cigares (...) qui eurent vite fait d'emplir la pièce d'une fumée à couper au couteau (Genevoix, Avent. en nous,1952, p. 42).
3. [L'obj. désigne une chose prise dans son ensemble]
a) Entamer un corps; faire une incision, une entaille ou être susceptible de la provoquer. Un croc coupe la lèvre supérieure (Pasteur, Travaux,1886, p. 407).
Absol. Être affilé, tranchant. « Le hapchott », hachette courbe et concave en son milieu, dont le tranchant coupe comme un rasoir (Pesquidoux, Chez nous,1921, p. 119).
b) P. métaph. [En parlant d'une douleur, du froid, etc.] Provoquer une sensation analogue à celle d'une coupure. Des névralgies qui lui coupaient en deux la face (Huysmans, À rebours,1884, p. 113).Le petit vent coupait encore, mais les étoiles n'avaient plus l'aiguisée des nuits d'hiver (Giono, Eau vive,1943, p. 165).
c) P. ext. Progresser à l'intérieur d'un fluide (par un mouvement qui semble le « couper »). La proue du navire coupoit la masse épaisse des vagues (Chateaubr., Natchez,1826, p. 231).Je l'entends [un avion] couper l'air du tranchant de ses ailes (Morand, Eau sous ponts,1954, p. 234).
B.− [Sans l'intervention d'un instrument tranchant]
1. Diviser un ensemble, le partager matériellement ou idéalement en deux ou plusieurs parties.
a) [Le compl. désigne une chose considérée du point de vue de son volume ou de son étendue] Diviser, séparer. C'était une espèce de boîte [l'intérieur de la carriole], (...) divisée en deux compartiments oblongs par une épaisse cloison qui la coupait transversalement (Hugo, Rhin,1842, p. 41).Une route qui sortait du bois, et coupait la plaine par son milieu (Benjamin, Gaspard,1915, p. 48).
P. ext. Passer à travers, traverser, franchir. Couper une droite, une ligne, une route. La Tankadère entrait franchement dans le détroit de Fo-Kien, (...) et elle coupait le tropique du Cancer (Verne, Tour monde,1873, p. 117).Il coupait l'île par le milieu et se rendait du port à l'extrémité occidentale (Queffélec, Recteur,1944, p. 151).
[Employé absol., avec ou sans compl. prép.] Prendre un chemin de traverse, un raccourci. Jean-Louis coupa à travers les pins (Mauriac, Myst. Frontenac,1933, p. 65):
2. Courir à la voix des chiens signifie couper au plus court, en ligne droite, à travers bois, à travers champs, et se diriger vers la tête de la meute de façon à voir l'animal. Ponson du Terrail, Rocambole,t. 1, L'Héritage mystérieux, 1859, p. 593.
Emplois spéc.
JEUX. Couper un jeu de cartes, couper les cartes, ou absol., couper. Diviser un jeu de cartes en deux paquets et les intervertir. César bat les cartes et fait couper M. Brun (Pagnol, Marius,1931, III, 3etabl., 2, p. 160).
Au fig. [P. allus. au joueur coupant les cartes à l'endroit où un tricheur les a légèrement recourbées] Couper dans le pont, et p. ext., couper dans le panneau, couper dans qqc. Tomber dans un piège, se laisser abuser. Ceux-là sont de braves gobe-mouches, prêts à couper dans tous ces ponts patriotiques (Huysmans, Art mod.,1883, p. 78).
[Le compl. désigne une chose abstr.] Diviser en plusieurs éléments. Couper une phrase, un vers. Il m'avait chargé de couper chaque chapitre d'une manière régulière, uniforme (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 384).
b) [En parlant d'un groupe humain] Diviser, scinder un groupe. L'assassinat du duc d'Orléans coupa la France en deux (Bainville, Hist. Fr.,t. 1, 1924, p. 112):
3. ... les barbares l'attaquent de tous les côtés à la fois, coupent l'armée, et parviennent à isoler pour une nuit entière la cavalerie et les bagages. Michelet, Hist. romaine,t. 2, 1831, p. 11.
[Suivi d'un compl. introduit par de] Séparer une personne ou un groupe de personnes d'un ensemble plus vaste; isoler. Ne pas laisser couper le groupe d'armées de réserve du reste de nos forces (Foch, Mém.,t. 2, 1929, p. 15).On me coupait du monde, on me condamnait à l'exil (Beauvoir, Mém. j. fille,1958, p. 56).
2. Retrancher, supprimer une ou plusieurs parties d'un tout. Couper une pièce de théâtre, la fin d'une émission. Il a fallu couper ce passage de l'interrogatoire (Malraux, Conquér.,1928, p. 149).
3. Rompre une continuité spatiale ou temporelle; faire cesser, arrêter le cours d'une chose matérielle ou morale.
a) Couper une voie de communication, une route, un fleuve. Le (la) barrer, en empêcher l'accès. Au fig. Couper les ponts avec qqn, avec qqc. Cesser toute relation avec quelqu'un, rompre avec quelque chose. Elle [la philosophie] se libère au point de couper tous les ponts avec la pensée scientifique (J. Vuillemin, Essai signif. mort,1949, p. 195).
Spéc., lang. milit. Couper la retraite à l'ennemi. Il coupa la retraite des Autrichiens (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 2, 1870, p. 535).Couper les vivres à une armée. Entraver les communications permettant l'apport des vivres. Au fig. Couper les vivres à qqn. Cesser de lui fournir ses moyens de subsistance. Mes commanditaires et mes bailleurs de fonds me couperaient les vivres (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 400).
b) Couper l'eau, l'électricité, le gaz; couper le contact, le courant; couper une communication téléphonique, absol., ne coupez pas! :
4. ... je tournai le commutateur et, rétablissant la communication dans ma chambre, je la coupai entre le bureau de postes et la loge du concierge à laquelle il était relié d'habitude à cette heure-là. Proust, Sodome et Gomorrhe,1922, p. 730.
c) [En parlant d'un phénomène physique ou moral] Couper l'appétit, la fièvre. Couper le souffle. Empêcher, gêner la respiration; au fig., étonner vivement, stupéfier. ... la colère Lui montait à la gorge et lui coupait la voix (Bouilhet, Melaenis,1857, p. 58).L'aspect du cheval et de la voiture coupa l'essor de mon imagination (Gide, Isabelle,1911, p. 604).
d) [En parlant d'une action, d'un entretien, d'un discours]
Couper la parole à qqn, et p. ell., couper qqn. L'interrompre brutalement. Absol., en incise. Je n'ai pas besoin que vous me remerciiez, coupa-t-il avec une sorte de brutalité insolite (Billy, Introïbo,1939, p. 123).
Couper court. Terminer hâtivement un entretien ou un écrit, abréger. Au risque de prendre un peu au hasard la liberté de couper court, je reprendrai sans transition le dessein que j'avais en entamant cette page (Bousquet, Trad. du silence,1935-36, p. 122).
Arg. Couper la chique. Rendre muet de stupeur, déconcerter. P. ell. Ça te la coupe! :
5. ... quand elle se mettait à causer ils étaient tous forcés de se taire. Ils ne savaient pas quoi lui répondre. Elle ne conversait la tante qu'à l'imparfait du subjonctif. (...). Ça coupait la chique à tout le monde. Céline, Mort à crédit,1936, p. 51.
Couper l'effet, les effets de qqn. L'empêcher de produire l'impression désirée. Swann coupa l'effet de Brichot (Proust, Swann,1913, p. 253).
e) [En parlant d'une durée] Couper le temps, la journée. En rompre la continuité. Ces réjouissances dominicales avaient cela de bon qu'elles coupaient la monotonie des jours (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 160).
f) Emplois spéc.
Rompre une unité par l'introduction d'un élément différent.
Mêler un liquide à un autre liquide. Couper du vin blanc avec du vin rouge (Littré). Frais vallon, nous couperons d'un jus rouge encore l'eau rapide et glacée de ton artère! (Claudel, Protée,1reversion, 1914, I, 1, p. 309).
[Sans compl. prép.] Couper du vin, du lait. Y ajouter de l'eau. J'ai demandé qu'on lui « coupe » son lait (Van der Meersch, Empreinte dieu,1936, p. 216).
JEUX. [Dans certains jeux de cartes, avec l'idée d'interrompre une couleur] Introduire une carte d'atout quand on ne peut fournir la couleur demandée. Couper une carte, couper l'as, absol., couper, couper à carreau.
Au fig. L'idée de couper par un maître-atout la plus belle carte des Whigs (Maurois, Disraëli,1927, p. 225).
SP. Couper un coup, une balle. Briser la trajectoire d'une balle. Il avait parié couper douze balles de suite sur la lame d'un couteau (Dumas père, P. Jones,1838, I, 4, p. 133).
4. Emploi trans. indir. Couper à qqc. (un désagrément, une tâche ennuyeuse, une punition, etc.). Y échapper. La Guillaumette, (...) coupa encore à la manœuvre ce matin-là (Courteline, Train 8 h 47,1888, 1repart., 1, p. 7).Il n'y couperait pas : c'était la crise de foie (Gide, Faux-monn.,1925, p. 945).
II.− Emploi pronom.
A.− [Le pron. réfl. représente le compl. d'obj. indir.] Se couper le doigt, se couper au doigt : se couper les cheveux, les ongles. Le critique musical se coupe les ongles avec des ciseaux énormes (Renard, Journal,1907, p. 1137).
B.− [Le pron. réfl. représente le compl. d'obj. dir.]
1. Domaine concr.
a) [Le suj. désigne un animé] Se faire une entaille, se blesser avec quelque chose de tranchant. Toute idée révolutionnaire est un outil qui a deux tranchants, l'un avec lequel on coupe, l'autre auquel on se coupe (Hugo, Rhin,1842, p. 404).
Loc. fig. Se couper en quatre pour qqn, pour qqc. Déployer tous ses efforts au profit d'une personne ou d'une cause.
Spéc. [En parlant d'un cheval] Se blesser en marchant.
b) P. anal. [En parlant d'une étoffe] S'user facilement à l'endroit des plis.
2. Domaine abstr.Se trahir, se contredire; révéler par inadvertance ce que l'on voulait cacher. Pourquoi le président essaye-t-il de le faire se couper, se contredire? (Gide, Souv. Cour d'ass.,1913, p. 648).
C.− [À valeur passive] Être susceptible d'être coupé. Il n'y a point de mal que l'herbe soit mouillée. Elle se coupe mieux (Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 455).
− Domaine abstr.Pouvoir être divisé ou subdivisé. Nous devions aller au moins jusqu'à la fin de la première partie. Tel que, cela se couperait très mal (Alain-Fournier, Corresp.[avec J. Rivière], 1913, p. 362).
D.− [À valeur réciproque, en parlant de lignes, de routes, de plans] Se croiser. Si j'imagine trois droites qui se coupent, je formerai un triangle mental (Ruyer, Esq. philos. struct.,1930, p. 189).
Rem. On rencontre ds la docum. le néol. coupaison, subst. fém. Fait de couper (les raisins). C'est au contraire la vendange qui est une institution, une cérémonie, rituelle, annuelle, un anniversaire, pour emplir laquelle les raisins sont faits, cette matière, et la coupaison des raisins (Péguy, V.-M., comte Hugo, 1910, p. 687). Attesté ds aucun dictionnaire.
Prononc. et Orth. : [kupe], (je) coupe [kup]. Ds Ac. depuis 1694. Dupré 1972, p. 545, attire l'attention sur le fait qu'il faudrait écrire l'expr. couper court, « couper cours », car ,,il ne s'agit de couper court ni de couper long, mais de suspendre le cours d'un événement``. Étymol. et Hist. A. 1. « Séparer au moyen d'un instrument tranchant » a) 1remoitié xiies. « retrancher (un membre, un organe) » couper le poing (Lois de Guillaume, éd. J. Matzke, p. 10); spéc. 1678 « châtrer (un animal) » (G. Guillet, Les Arts de l'homme d'épée, 1repart., p. 65); b) mil. xiies. coper borses (Charroi de Nîmes, éd. D. Mc Millan, 1237); début xiiies. coper vergiers (Aymeri de Narbonne, 1097 ds T.-L.); 1611 fig. couper l'herbe sous les pieds à (qqn) (Cotgr.); 2. 1434 « supprimer » (Archives de Tournai ds Gdf. Compl.); 3. 1539 intrans. « être tranchant, coupant » (Est.); 4. 1679 « tailler quelque chose (spécialement un vêtement) selon certaines règles » (Rich.); 5. 1611 pronom. « se blesser » (Cotgr.). B. 1. 1539 « séparer en morceaux, en parties » (Est.); 1606 couper les cartes (Crespin); 2. fin xiiie-début xives. coper le pont (Joinville, 216 ds Littré); d'où 2emoitié xives. coper le voie « barrer le chemin » (Froissart, Chroniques, éd. S. Luce, II, 6); 3. a) av. 1475 coupper court la réponse (Chastellain, III, 58, 24 ds Heilemann); 1567 se couper « se contredire » (J.-A. de Baïf, Le Brave, II, 4 ds Gdf. Compl.); b) 1861 fam. couper à « éviter (quelque chose) » (d'apr. Esn.). C. P. ext. xves. « affaiblir un liquide en le mélangeant à un autre » (O. Basselin, XVIII ds Littré). Dér. de coup* (proprement « séparer par un coup »); dés. -er. Fréq. abs. littér. : 4 435. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 5 152, b) 7 486; xxes. : a) 7 308, b) 6 056. Bbg. Gottsch. Redens. 1930, passim. Melchior-Bonnet (A.). Le Vocab. révolutionnaire. Vie Lang. 1973, p. 84. − Rog. 1965, p. 71, 236. − Sain. Lang. par. 1920, pp. 238-239; p. 455.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Nom commun 1

Singulier Pluriel
coupe coupes
\kup\

coupe \kup\ féminin

  1. Action de couper.
    • Pour preuve que ce chômage d'hiver est la cause principale de la misère dans les campagnes , il nous suffira de citer les communes qui avoisinent les forêts dans lesquelles il se fait des coupes régulières pendant l'hiver. Les ouvriers ont du travail, et il n'y a pas d'indigents. — (« Économie et législation rurales : Travaux des sections », séance du 20 janvier, dans Comptes rendus des travaux de la Société des agriculteurs de France, tome 3, annuaire de 1872, Paris, 1872, page 522)
    • Rien n’est plus efficace pour redresser les arbres et pour leur donner une tige droite et nette, que la coupe faite au pied. — (Georges Louis Leclerc, Exp. sur les végét. 2e mém.)
    • Cette association puissante a tourné ses vues vers la coupe du bois, vers la multiplication des troupeaux, vers le coton et le cacao, mais principalement vers le tabac. — (Abbé Raynal, Historique Phil. XIII, 12.)
    • Vers le temps de la coupe des blés, on entendait au lever de l’aurore les petites sonneries de nos hameaux. — (François René Chateaubriand, Génie, IV, I, 1)
    • Faire des coupes dans une substance : La couper en différents sens pour en examiner la structure.
    • Il faisait d’une partie qu’il examinait toutes les coupes différentes qu’il pouvait imaginer, pour la voir de tous sens. — (Bernard le Bouyer de Fontenelle, Du Verney)
    • Cette étoffe est dure à la coupe : Elle résiste au ciseau, et, en la coupant, on s’aperçoit qu’elle est dure.
    • La coupe du gâteau qu’on fait pour le jour des Rois.
  2. (En particulier) (Foresterie) Exploitation d’une parcelle pour en extraire du bois ; action ou lieu d’extraction ; par extension, opération sylvicole bénéficiaire.
    Coupe (2) à blanc-étoc
    • Avant d’exploiter une coupe, on a dû marquer les arbres que l’on veut réserver, tant dans le taillis que dans la futaie ; […]. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 161)
    • Espèce héliophile, le Genêt à balai envahit les cultures abandonnées et — conjointement avec la Callune ou la Myrtille — les clairières des forêts ainsi que les coupes après l’abatage ; […]. — (Gustave Malcuit, Contributions à l’étude phytosociologique des Vosges méridionales saônoises : les associations végétales de la vallée de la Lanterne, thèse de doctorat, Société d’édition du Nord, 1929, p. 127)
    • Il en est de même des réglementations particulières s’appliquant dans certains parcs nationaux ou régionaux pour l’exécution des coupes. — (Office national des forêts, Réglement[sic] national d’exploitation forestière, 21 décembre 2007 → lire en ligne)
    • Les données présentées dans ce paragraphe résultent d’une analyse conduite sur les coupes vendues en forêts publiques en 2003 et 2004 dans l’ensemble des chênaies continentales. Le tri effectué dans les bases de données a fait que tous les arbres d’essence chêne (sessile et pédonculé) vendus dans des coupes de régénération, tous peuplements confondus, ont été extraits. Les chênes isolés ou en minorité au sein d’une coupe ayant une autre essence prédominante sont donc inclus. — (Thierry Sardin, Chênaies continentales, Office national des forêts, 2008, ISBN 978-2-84207-321-3 → lire en ligne)
  3. Manière de couper ; disposition qui en résulte.
    • Et Vital montrait un chapeau d’une coupe et d’un dessin véritablement juste-milieu. — (Honoré de Balzac, Les Comédiens sans le savoir, 1846)
    • Coupe de corps [du cygne] élégante, formes arrondies, gracieux contours. — (Georges Louis Leclerc, Cygne)
    • Dans sa coupe légère, avec solidité, il réunit la force à la rapidité. — (Jacques Delille, Imagin. V)
    • Son costume gris foncé à rayures était de la meilleure coupe. — (Patrick Modiano, Livret de famille, Gallimard, collection Folio, 1977, page 36)
  4. (Coiffure) Manière ou résultat de couper les cheveux.
  5. (En particulier) Manière de tailler les pierres.
    • La coupe des pierres est un art particulier.
    • M. Desargues, qui était du petit nombre de mathématiciens de Paris, et M. Bosse, fameux graveur, avaient fait une première partie d’un traité de la coupe des pierres, matière alors toute neuve. — (Bernard le Bouyer de Fontenelle, Lahire)
  6. (En particulier) Manière de découper les étoffes, les cuirs.
    • Ma grand’mère, qui avait une coupe remarquable et beaucoup de goût, faisait à elle seule, pour chaque soirée, le tiers des toilettes, et ce n'était pas une mince affaire. — (Pierre Froger, Autrefois... chez nous : Livre de raison d'une Famille de l'Ouest, Angers : chez H. Siraudeau & Cie, 1950, page 93)
    • On vante cet ouvrier pour l’habileté de sa coupe.
    • Coupe des voiles, action, art de les tailler.
  7. Résultat de l’action de couper.
    • Après la fauchaison, l’ivraie repousse de jeunes tiges, et si, dans les terres médiocres, elle ne donne pas d’abondantes coupes, elle talle du moins beaucoup, s'empare rapidement du sol, et le couvre d'un très bon gazon ; on la voit recroître et donner des touffes nouvelles sous le pied et sous la dent du mouton; […]. — (article Lolium (L.), dans Principes d'agriculture et d'hygiène vétérinaire, par Jean-Henri Magne, 2e édition refondue, Paris : chez Labé & Lyon : chez Charles Savy jeune, 1845, page 184)
    • Tu as une belle coupe de cheveux.
    • On dit dans le même sens : la coupe du visage ; une coupe gracieuse du visage, comme s’il avait été taillé.
    • Le fripon qui me vola la moitié d’une coupe de bois, obtient de l’équité des juges un encouragement de 800 francs. — (Paul-Louis Courier, I, 148)
  8. Endroit où une chose a été coupée.
    • La coupe d’un tronc d’arbre.
  9. (Architecture, Dessin industriel) Plan que l’on suppose couper l’intérieur d’une construction ou d’un objet (pièce ou assemblage), pour en montrer les dimensions relatives et les détails intérieurs ; représentation d’un objet, d’un édifice, d’un vaisseau, etc., comme s’il avait été coupé selon ce plan.
    • Coupe perpendiculaire.
    • Coupe horizontale d’un navire, d’un moulin.
  10. Division, distribution. Arrangement des repos dans le vers, dans la phrase.
    • Autant qu’un étranger peut juger du style d’une langue qu’il ne sait jamais dans toutes ses finesses, les vers d’Hartzembusch m’ont paru supérieurs à sa prose. Ils sont libres, francs, animés, variés de coupe, assez sobres de ces amplifications poétiques auxquelles la facilité de leur prosodie entraîne trop souvent les Méridionaux. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, 1840, édition Charpentier, 1859)
    • Un écrivain, qui a de l’oreille et assez d’art pour donner à son style le mouvement de la pensée ou du sentiment qu’il exprime, saura bien varier encore la coupe et le rhythme du vers. — (Jean-François Marmontel, Élém. litt. Œuvres, t. X, page 472, dans Pougens)
    • La coupe en cinq actes est la plus usitée pour une tragédie.
    • La coupe d’un poème, d’un ouvrage.
    • La coupe d’un vers, d’une phrase.
    • Les coupes du style.
  11. (Cartes à jouer) Séparation qu’on fait en deux parties du jeu de cartes qu’un joueur a mêlé.
    • Cet homme est heureux à la coupe, manière adoucie de dire qu’un homme triche au jeu.
  12. (Gravure) Action et manière d’entamer la planche avec le burin.
  13. (Verrerie) Quantité de verre en fusion que l’on prend pour faire une glace soufflée.
  14. (Maçonnerie) Petit canal qui, placé sous les appuis de croisée, sert à l’écoulement des eaux.
  15. (Natation) (Vieilli) Manière de nager, qui, consistant à porter, alternativement et avec force, chaque bras en avant et à le ramener le long du corps, d’avant en arrière, coupe l’eau rapidement.
    • Il n’y a pas de règles précises pour la coupe : les maîtres de nage les plus éclairés renoncent à l’enseigner rigoureusement; ils donnent des indications et surveillent les essais. Quelquefois le nageur qui fait la coupe est presque debout dans l’eau, plus souvent il est couché aussi horizontalement qu’il lui est possible de l’être, il godille à l’arrière avec son bras, s’élance à l’avant avec l’autre, les cuisses et les pieds ne servent plus alors qu’à prendre le point d’appui pour l’élan les deux bras, comme deux palettes d’aviron, changent de rôle à chaque mouvement et alternent leurs gestes. Voici, du reste, l’opinion normale de l’école : « Supposons pour position de départ le bras droit tendu en avant, le bras gauche en arrière, le long du corps, les jarrets tendus et les jambes rapprochées, la tête un peu enfoncée dans l’eau pour que le corps soit dans une position bien horizontale. La main droite exécute un double mouvement de godille ou d’aviron pour soulever la tête et laisser respirer. Après s’être portée en dehors, puis en dedans, elle passe rapidement sous la poitrine pour faire effort dans l’eau avant de sortir en arrière. Pendant ce temps, le bras de l’arrière se dégage légèrement de l’eau, et passe, tendu horizontalement, au-dessus de sa surface pour se porter en avant, en tenant la première phalange des doigts ployés, ce qui donne à la main une forme concave; les jambes se rapprochent du corps au moment de la respiration, et, lorsque le coup de jarret se donne, la main de l’avant s’ouvre, et la tête se baisse. Tous ces grands mouvements nécessitent une dépense de force bien plus considérable que pour la brasse et pour la marinière; la respiration en est très gênée, et l’essoufflement qui arrive bientôt empêche de continuer longtemps la coupe. » — (Eugène Briffault, Paris dans l'eau, Hetzel, 1844)
    • La coupe, c’est-à-dire une nage énergique, un élan vigoureux, et sans règles fixes, c’est le nec plus ultra : quand un fort de l’école raconte ses nautiques exploits, le mot « Je fis alors ma coupe, » indique le moment où sa narration arrive à l’instant décisif : la coupe, c’est le nœud du drame dont le baigneur se fait le héros. — (Edmond Texier, Tableau de Paris, tome II, Paris, 1853)
    • Sur l’affirmation du guide que le Tage était un fleuve sérieux et pourvu d’assez d’humidité pour y tirer sa coupe, nous descendîmes en toute hâte de l’Alcazar, afin de profiter d’un reste de jour, et nous nous dirigeâmes du côté du fleuve. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, 1840, édition Charpentier, 1859)
    • Nager à la coupe.
    • Faire la coupe.
  16. (Cyclisme) (Sport) Coupante, raccourci.

Nom commun 2

Singulier Pluriel
coupe coupes
\kup\
Exemples de coupes (sens 1)
Armoiries avec 3 coupes (sens héraldique)
As de coupe à portrait espagnol

coupe \kup\ féminin

  1. Récipient de forme évasée, généralement hémisphérique, plus large que haut et donc peu profond.
    • Le Prince était perdu dans ses méditations. Il les interrompit cependant pour boire à l’Empereur, en levant une coupe de champagne. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 147 de l’édition de 1921)
    • Piquez-vous de n'avoir que peu de besoins. Diogène, voyant un enfant boire dans sa main, jeta sa coupe dans la mer en disant : "Encore une chose dont je puis me passer". — (Alphonse Karr, Menus propos, 1859)
  2. (Désuet) Cuillère à manche, pochon, mesure de la portion en grains, de la taxe féodale appelée « coupe ».
    1. (Par extension) (Droit féodal) (Métrologie) Mesure ancienne.
      • Le droit de « copponage » ou « couponage » tirait son nom du mot « coupe ». — (Le Bugey (Belley, Ain), 1909)
  3. Prix en forme de coupe, remis au vainqueur d’une compétition sportive.
    • Au hockey, quand la finale est gagnée en prolongation lors d’un septième match, l’équipe gagnante prend possession exclusive de la coupe Stanley. — (Pierre Martin, Biden a gagné, Trump a perdu, Le Journal de Montréal, 7 novembre 2020)
    • L’organisation du Canadien de Montréal a placé la barre extrêmement haut en début de saison en se permettant de parler de coupe Stanley. — (Michel Bergeron, Un moment douloureux, Le Journal de Québec, 25 février 2021)
  4. (Par métonymie) Compétition sportive où le vainqueur reçoit généralement un prix en forme de coupe.
  5. (Cartes à jouer) Une des quatre enseignes d’un jeu de cartes latin, ainsi nommée parce que les cartes de cette couleur sont marquées de coupes stylisées.
  6. (Héraldique) Meuble représentant l’ustensile du même nom dans les armoiries. Elle est généralement représentée de profil et couverte (doit être précisé dans le blasonnement). À rapprocher de calice, ciboire et hanap.
    • D’azur aux trois coupes couvertes d’or surmontées d’une divise ondée, qui est de la commune de Saint-Lupien de l’Aude → voir illustration « armoiries avec 3 coupes »

Forme de verbe

Voir la conjugaison du verbe couper
Indicatif Présent je coupe
il/elle/on coupe
Imparfait
Passé simple
Futur simple
Subjonctif Présent que je coupe
qu’il/elle/on coupe
Imparfait
Impératif Présent (2e personne du singulier)
coupe

coupe \kup\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de couper.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de couper.
    • Actuellement, avec une moissonneuse lieuse ordinaire, on coupe les céréales, on met les gerbes en « dizots » ; on les reprend au bout d’un certain temps pour les mettre dans les véhicules ; on les rentre à la ferme, on les engrange ou on les met en meules (ce qui coûte très cher), puis, au bout d’un certain temps, on démeule ou on désengrange ces gerbes ; on les passe à la batteuse ; on remet la paille en grange ; on en ressort un peu tous les jours pour la mettre à l’étable comme litière ; de là, on l’envoie au fumier, et de là… on la fait retourner aux champs d’où elle vient ! — (Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie d’agriculture de France, volume 40, 1954, page 48)
    • Bref, un cuir que vous barannisez, c’est un cuir qui vit … tandis qu’un cuir non barannisé cesse de respirer, cesse de vivre : il se dessèche, se fendille, se coupe. — (Paris-Match, 1963)
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de couper.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de couper.
    • Eh bien ! Courtecuisse, mon garçon, dit le général au vieux garde, je ne m’étonne pas que l’on coupe mes bois avant MM. Gravelot, tu prends ta place pour un canonicat !… — (Honoré de Balzac, Les Paysans, 1845, première partie, chapitre huitième)
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif présent de couper.

Anagrammes

→ Modifier la liste d’anagrammes

  • Pecou, Pécou, pécou
  • pouce, poucé

Voir aussi

Enseignes en français
cœur carreau trèfle pique
cœur grelot gland feuille
rose grelot gland bouclier
coupe denier bâton épée
  • coupe sur l’encyclopédie Wikipédia
  • Le thésaurus héraldique en français
  • Liste des meubles héraldiques sur l’encyclopédie Wikipédia
  • Coupes en héraldique sur Commons
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

coupe [1]

(kou-p') s. f.
  • 1Action de couper. La coupe d'un taillis. La coupe des foins se fait en juin. La coupe des cheveux, La coupe du gâteau qu'on fait pour le jour des Rois. Rien n'est plus efficace pour redresser les arbres et pour leur donner une tige droite et nette, que la coupe faite au pied, Buffon, Exp. sur les végét. 2e mém. Cette association puissante a tourné ses vues vers la coupe du bois, vers la multiplication des troupeaux, vers le coton et le cacao, mais principalement vers le tabac, Raynal, Hist. Phil. XIII, 12. Vers le temps de la coupe des blés, on entendait au lever de l'aurore les petites sonneries de nos hameaux, Chateaubriand, Génie, IV, I, 1.

    Faire des coupes dans une substance, la couper en différents sens pour en examiner la structure. Il faisait d'une partie qu'il examinait toutes les coupes différentes qu'il pouvait imaginer, pour la voir de tous sens, Fontenelle, Du Verney.

    Coupe, chaque tonsure qu'on donne aux étoffes de laine.

    Partie abattue d'une masse d'ardoise.

    Terme de menuiserie. Coupes carrées, celles qui se font dans une pièce de bois perpendiculairement à sa longueur.

  • 2Coupe de bois, étendue de forêt abattue ou à abattre. Les coupes réglées sont les aménagements suivant lesquels on coupe chaque année une portion de bois déterminée. On a des bois en coupe réglée autant qu'on en peut consommer, Rousseau, Hél. V, 2. Le fripon qui me vola la moitié d'une coupe de bois, obtient de l'équité des juges un encouragement de 800 francs, Courier, I, 148.

    Coupe sombre ou d'ensemencement, opération qui consiste à enlever, dans un massif, une partie des arbres qui le composent, de manière à permettre à ceux qu'on laisse sur pied d'ensemencer ce sol au moyen des graines qu'ils produisent et qui se disséminent naturellement. Coupe claire, opération qui consiste à abattre une partie des arbres précédemment conservés afin d'habituer peu à peu le jeune recru à la lumière. Coupe définitive, opération qui consiste en l'extraction des derniers arbres laissés sur pied, quand la nouvelle forêt est assez vigoureuse pour n'avoir plus rien à redouter des influences atmosphériques. Coupe de nettoiement, opération qui consiste à enlever les pieds nuisibles, parasites, rachitiques. Coupe à tire et à aire, celle qui se fait sans rien laisser [en tirant, ôtant ce qui est sur l'aire, sur l'emplacement].

    Fig. Coupe réglée, prélèvement qui se répète régulièrement. Sous le premier empire la population de la France était mise en coupe réglée par la conscription. Mettre quelqu'un en coupe réglée, imposer à quelqu'un, d'une façon régulière, des privations, des sacrifices d'argent.

  • 3Endroit où une chose a été coupée. Ce drap est beau à la coupe. La coupe d'un tronc d'arbre.

    À la coupe, loc. adv. À la condition de couper pour essayer. Acheter un melon à la coupe. On n'a reconnu qu'à la coupe la fausseté de cette pièce de monnaie.

  • 4 Terme d'architecture. Plan qu'on suppose couper l'intérieur d'une construction, pour en montrer les dimensions relatives et les détails intérieurs. Coupe perpendiculaire.

    Fausse coupe, assemblage qui se trace avec la sauterelle, sans le secours de l'équerre, ni de l'onglet. Fausse coupe, direction d'un joint de tête oblique à la douelle d'une voûte.

  • 5L'art de tailler les pierres. La coupe des pierres est un art particulier. M. Desargues, qui était du petit nombre de mathématiciens de Paris, et M. Bosse, fameux graveur, avaient fait une première partie d'un traité de la coupe des pierres, matière alors toute neuve, Fontenelle, Lahire.

    Action de couper le verre avec le diamant.

  • 6Manière dont la coupe est pratiquée, disposition qui en résulte. La coupe de ce cintre est élégante et hardie. La coupe d'un habit.

    Par extension. Coupe de corps [du cygne] élégante, formes arrondies, gracieux contours, Buffon, Cygne. Dans sa coupe légère, avec solidité, Il réunit la force à la rapidité, Delille, Imagin. V.

    On dit dans le même sens : la coupe du visage ; une coupe gracieuse du visage.

    Terme de marine. Fausse coupe, coupe manquée d'une pièce de bois ou d'une voile.

  • 7Manière de découper les étoffes, les cuirs. On vante cet ouvrier pour l'habileté de sa coupe.

    Terme de marine. Maître de coupe, celui qui coupe les manœuvres d'un bâtiment. Coupe des voiles, action, art de les tailler.

  • 8 Fig. Division, distribution. La coupe d'un poëme, d'un ouvrage.

    Arrangement des repos dans le vers, dans la phrase. La coupe d'un vers, d'une phrase. Les coupes du style. Un écrivain, qui a de l'oreille et assez d'art pour donner à son style le mouvement de la pensée ou du sentiment qu'il exprime, saura bien varier encore la coupe et le rhythme du vers, Marmontel, Élém. litt. Œuvres, t. X, p. 472, dans POUGENS.

  • 9 Terme de jeu de cartes. Séparation qu'on fait en deux parties du jeu de cartes qu'un joueur a mêlé.

    Faire sauter la coupe, rétablir avec dextérité les deux paquets comme ils étaient avant d'avoir fait couper.

    Fig. Cet homme est heureux à la coupe, manière adoucie de dire qu'un homme triche au jeu.

    Être sous la coupe de quelqu'un, être le premier en carte, le premier après la coupe. Les joueurs ont souvent cette superstitieuse croyance qu'il y a des gens qui ont une coupe malheureuse, et ils ne veulent point être sous leur coupe.

    Fig. Être sous la coupe de quelqu'un, être dans sa dépendance, être exposé à son ressentiment. Chamillart et Tessé ne purent se résoudre à retomber une autre fois sous sa coupe [de Catinat], quelque généreux et chrétien qu'il se fût montré alors, Saint-Simon, 180, 2. Un étranger qui n'a rien en France et peu sous une coupe étrangère et souvent ennemie n'était pas un parti aisé à établir, Saint-Simon, 76, 247.

    Terme de gravure. Action et manière d'entamer la planche avec le burin.

  • 10 Terme de verrier. Quantité de verre en fusion que l'on prend pour faire une glace soufflée.
  • 11 Terme de maçonnerie. Espèce de petit canal qui, placé sous les appuis de croisée, sert à l'écoulement des eaux.
  • 12Manière de nager, qui, consistant à porter, alternativement et avec force, chaque bras en avant et à le ramener le long du corps, d'avant en arrière, coupe l'eau rapidement. Nager à la coupe. Faire la coupe.

HISTORIQUE

XIVe s. Se les coustumiers abatent hois et ne font bien la coppe, Ordonnances des rois, t. VII, p. 776.

XVe s. De telle façon que la chemise paroissoit, et estoient ces coupes [manches découpées] touttes attachées avec un grand ruban, Godefroy, Observ. sur Charles VIII, p. 710, dans LACURNE.

XVIe s. La garenne sera complantée de plusieurs especes d'arbres de coupe, De Serres, 410. Vendre à la coupe, Oudin, Dict. Le vers françois lié et enchainé est contraint de se rendre en ceste estroite prison de rithme sous la garde le plus souvent d'une couppe feminine, facheux et rude geolier et incogneu des autres vulgaires, Du Bellay, J. p. 31, dans LACURNE.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « coupe »

(Nom 1) Déverbal de couper.
(13, nage) Nage où les bras « coupent » l’eau. Attesté en 1821[1].
(Nom 2) Du latin cupa (« grand vase en bois, tonneau, barrique, coupe, tasse, sarcophage »). De l’indo-européen commun *gēu- (« tourner ») qui donne aussi le latin guttur (« gosier ») et guttus (« vase à col étroit »).
Source : Wikitionnaire

Voy. COUPER.

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « coupe »

Phonétique Prononciation
France : écouter « coupe [kup] »
France (Vosges) : écouter « coupe »
Canada (Shawinigan) : écouter « coupe »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « coupe »

Source : Google

Traductions du mot « coupe »

Langue Traduction
English cut
German Schnitt
Spanish corte
Portuguese cortar
Italian taglio
Dutch gesneden
Polish cięcie
Russian разрезать
Source : DeePL

Synonymes de « coupe »

Antonymes de « coupe »