COUVERTE, subst. fém.
A.− Vieilli et pop. Couverture de lit. Couverte de coton, de toile. Sorti de scène, je l'enveloppais [le caniche] dans une couverte et je le frictionnais à l'alcool (Colette, Music-hall,1913, p. 177).1. Couverture de laine des militaires. Couvertes en bandoulière (Verlaine, Œuvres compl.,t. 4, Louise Leclerc, 1886, p. 141):1. ... le patient bondissait comme une balle élastique, s'envolait, les membres écartés, ne retombant que pour repartir de plus belle, s'efforçant, de ses doigts en crocs, de se cramponner à la couverte... Courteline, Le Train de 8 h 47,Un Début, 1885, IV, p. 188.
− Expr. arg. Battre la couverte. Dormir (cf. Delvau 1866, p. 26). Passer en couverte. Brimade qui consiste à lancer un soldat en l'air en le plaçant dans une couverture que l'on tend brusquement et dans laquelle il retombe (cf. Courteline, Le Train de 8 h 47, Un Début, 1885, IV, p. 187).
2. Couverture des chevaux. Promener des chevaux en couverte, au pas (Hermant ds Lar. Lang. fr.). Ce qui m'a le plus intéressé dans cette nouvelle théorie [de l'officier de cavalerie], c'est que la « leçon en couverte » est supprimée (Balzac, Œuvres div.,t. 1, 1850, p. 425).
B.− P. anal. Ce qui protège contre les intempéries. C'était une immense voiture peinte d'une large bande orange sur sa couverte de zinc oxydée et rouillée (E. de Goncourt, Zemganno,1879, p. 16).
C.− TECHNOL. (céram.). Glaçure ou enduit vitreux dont on revêt la faïence et la porcelaine à un certain degré de cuisson. Craquelage de la couverte; couverte transparente, plombifère. Une couverte grisâtre inégalement répartie (G. Fontaine, Céram. fr.,1965, p. 101):2. Au milieu [de la table] s'élevait la cruche pansue des intérieurs laborieux et pauvres de Chardin, la cruche en terre, à la couverte rose de brique, à la paillette de jour carrée. E. de Goncourt, La Fille Élisa,1877, p. 234.
− P. métaph. [En parlant d'un coquillage] Revêtement brillant et coloré analogue à une glaçure. Mais notre mollusque ne se borne pas à distiller en mesure sa merveilleuse couverte (Valéry, Variété V,1944, p. 35).
Prononc. : [kuvε ʀt]. Étymol. et Hist. Cf. couvrir1. Fréq. abs. littér. : 2 458. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 4 729, b) 4 231; xxes. : a) 3 124, b) 2 271. Bbg. Dudan (C.). Fr. universel et fr. marginal en Suisse romande. Vie Lang. 1962, p. 142. − Goug. Lang. pop. 1929, p. 145.
COUVRIR1, verbe trans.
I.− [Avec l'idée dominante de superposition] A.− [Le compl. désigne une chose; un compl. prép. de, plus rarement avec, indique ce qui sert à couvrir] Mettre quelque chose qui est distinct et séparé, mais plus ou moins ajusté, sur une surface ou sur un volume. 1. [De manière à les soustraire à la vue ou à les protéger] a) [Le suj. désigne une pers.] Couvrir un lit, un mur, une paroi. Une caisse de bois fort, qu'on couvrira d'une toile cirée (Voy. La Pérouse,t. 1, 1797, p. 218).Elle couvrit elle-même la vieille table d'un napperon (Balzac, E. Grandet,1834, p. 58):1. Après ce petit concert, on couvrit la table d'un tapis de Bergame : à l'un des bouts, M. Bonnefoi commença une partie de dames avec M. Delbeuf, marchand drapier à la Barbe-bleue, tandis qu'à l'autre la maîtresse du logis faisait un cent de piquet avec le premier chantre de Saint-Eustache... Jouy, L'Hermite de la Chaussée d'Antin,t. 2, 1812, p. 205.
−
P. ext. Couvrir son visage, ses yeux avec ses mains; se couvrir les oreilles. Il couvrait sa figure de ses mains (Mauriac, Génitrix,1923, p. 371):2. Elle [Cécile] se couvrit le visage de ses mains, se prit à sangloter, puis s'enfuit dans la chambre de nos parents et nous entendîmes, au bruit des clefs, qu'elle s'y enfermait. Duhamel, Chronique des Pasquier,Le Jardin des bêtes sauvages, 1934, p. 27.
b) [Le suj. est un inanimé] S'étendre, se déployer sur une surface de manière à la recouvrir partiellement. Herbe qui couvre un terrain, mer qui couvre le sable, nappe couvrant la table. Un grand tapis d'Aubusson couvre le parquet (Billy, Introïbo,1939, p. 201):3. ... le prince Castel-Forte le prit par la main, et tirant un rideau de crêpe qui couvrait un autre tableau, il lui montra Corinne telle qu'elle avait voulu se faire peindre cette année... Staël, Corinne,t. 3, 1807, p. 393.
c) Spécialement − HORTIC. Couvrir des semis, des plantes. Étendre sur eux une couverture de protection pour les préserver du froid. Dans ce cas [de gelée forte], on doit se tenir prêt à tout couvrir, et doubler les couvertures des châssis à l'apparition de ces signes (Gressent, Potager mod.,1863, p. 925).
−
PEINT. Couvrir une toile. Disposer sur sa surface le sujet, lignes et couleurs. Couvrir une toile violemment (cf. Zola, Œuvre,1886, p. 255):4. ... j'aime que Picasso se dépeigne lui-même le mètre à la main, mesurant les objets les plus vulgaires (...). Leurs images réelles, superposées aux architectures abstraites dont le peintre couvre la toile, sont les tremplins que l'esprit quête pour rebondir dans l'inconnu. Bremond, La Poésie pure,1926, p. 133.
− RELIURE. Revêtir d'une reliure, à titre de protection, les plats et le dos de feuilles brochées. Il avait fait couvrir, par un humble relieur de la ville, ses exemplaires avec des feuillets d'antiphonaires (A. France, Anneau améth.,1899, p. 182).
− Vx. Couvrir le feu. Mettre de la cendre dessus pour le conserver. Après neuf heures, comme Nicole couvrait le feu (...), deux grands coups retentirent aux volets (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 1, 1870, p. 76).
2. [De manière à empêcher qqc. d'être entendu] Couvrir un bruit, un son, le tumulte, la voix. En scène, Rose détaillait si finement une phrase de son duo, que des bravos couvrirent l'orchestre (Zola, Nana,1880, p. 1218).Paroles [qui] (...) couvraient ses ricanements (Montherl., Songe,1922, p. 73):5. Quelquefois, je ne sais quelle clarté nous faisait entrevoir le sommet d'une vague et parfois aussi le bruit de nos instruments ne couvrait pas le vacarme de l'océan qui se rapprochait. Jacob, Le Cornet à dés,1923, p. 183.
− Spéc., MUS. (art du chant). Couvrir une voyelle. Voiler légèrement le timbre de cette voyelle. Dans les ports de voix ascendants, on évitera avec soin d'ouvrir la voyelle; il vaut presque mieux la couvrir légèrement (Garcia, Art chant,1840, p. 13).
3. En partic. Placer quelque chose sur un contenant de manière à le soustraire à l'action du froid, des intempéries, etc. a) [Le suj. désigne un animé] Obturer au moyen d'un couvercle l'orifice d'un volume creux; édifier un toit au-dessus d'un bâtiment et en revêtir la charpente. Couvrir une casserole, une marmite, un pot; couvrir les halles, un stade; couvrir une maison en tuiles, en ardoises. Elle retira son tablier, couvrit le panier plein, rabattit ses manches et disposa sur sa tête une mantille de dentelle noire (Duhamel, Notaire Havre,1933, p. 141):6. Il y a du goût à être un homme de la montagne, un de ces hommes qui savent non pas seulement labourer, abattre les arbres, gouverner et panser les bêtes, mais tout : maçonner, boulanger, creuser les sabots, assembler une roue, couvrir un toit en chaume, tout ce qui sert à la vie. Pourrat, Gaspard des Montagnes,La Tour du Levant, 1931, p. 170.
b) [Le suj. désigne un inanimé] Ardoises qui couvrent le toit. Nous n'irons plus à la prière Nous courber sur la simple pierre Qui couvre un rustique tombeau (Lamart., Médit.,1820, p. 219).
B.− [Le compl. d'obj. désigne une ou plusieurs pers., ou leur comportement] 1. Au sens physique a) [L'obj. désigne le corps ou telle partie du corps; le compl. de moyen désigne ce dont on vêt ou ce qui habille le corps ou telle de ses parties] Poser ou étendre sur quelqu'un une pièce du vêtement ou de l'habillement. Couvrir son cou d'un foulard; couvrir ses mains de gants de laine; couvrir son ventre d'une flanelle; vieillard couvert de lambeaux. Un moine couvert d'un vêtement de bure (Lamart., T. Louverture,1850, II, 3, p. 1287).La vieille bonne (...) lui couvrit [à Jeanne] les épaules d'un gros manteau (Maupass., Une Vie,1883, p. 235):7. ... et Manitou, pour pouvoir s'entretenir avec le chasseur, tout-à-coup se fit homme. « Que veux-tu faire de cette loutre, lui demanda-t-il? − De sa peau, je couvrirai mes épaules nues, et sa chair ira dans ma chaudière... » Crèvecœur, Voyage dans la Haute-Pensylvanie,t. 2, 1801, p. 8.
b) [Le suj. désigne une pers.] Voiler la nudité d'un corps. Couvrir un nouveau-né, une statue, ses épaules nues : 8. C'est Hypsuranius qui bâtit ces huttes de roseaux où logea la primitive innocence; Usoüs couvrit sa nudité de peaux de bête, et affronta la mer sur un tronc d'arbre, ... Chateaubriand, Génie du christianisme,t. 1, 1803, p. 132.
c) En emploi pronom. −
S'habiller chaudement. Se couvrir d'un bon drap, d'un vêtement chaud : 9. − Onze heures moins le quart : le temps de passer à l'hôtel... − Vous n'aurez pas trop chaud pour voyager. − Il faudra même que je me couvre, ce soir, dans l'auto. Mauriac, Thérèse Desqueyroux,1927, p. 282.
− Dans la lang. de la conversation. Mettre un chapeau sur sa tête; le replacer sur sa tête après l'avoir soulevé en signe de politesse. Couvrez-vous donc, je vous prie (Labiche, Fourchevif,1859, 3, p. 392).Le général gardait à la main son chapeau, sans vouloir se couvrir (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 496).
d) Spéc. [En parlant d'un mâle] Couvrir une femelle, une jument. Synon. saillir :10. Je passais tout à l'heure avec ma chienne qui portait d'au moins six semaines, même que j'en étais bien ennuyé, à cause qu'elle s'était fait couvrir par un corniaud. Aymé, La Jument verte,1933, p. 219.
2. Au fig. a) [Le suj. est un nom de pers.] Dérober à la vue, masquer, dissimuler. Couvrir une démarche; couvrir des desseins, des propos. Couvrir une faute (cf. Gide, Faux-monn.,1925, p. 949).Azarius resta empêtré de ses mains, une minute. Puis il couvrit son désappointement par une volte-face (G. Roy, Bonheur occas.,1945, p. 214):11. ... le duc se hasarda à saisir la main de la Belcredi (...); mais, les cils entre-clos, superbe, et les yeux demi-tournés vers lui, elle faisait ce sourire de sphinx, doux et glacé en même temps, dont elle couvrait et masquait ses plus terribles résolutions. Bourges, Le Crépuscule des dieux,1884, p. 278.
b) [Le suj. est un nom de chose] Servir d'écran pour masquer, dissimuler quelque chose. Mots servant à couvrir des turpitudes. La gaieté des mots couvrait mal sa préoccupation (Estaunié, Empreinte,1896, p. 211):12. Un soyer au champagne se renversa sur une robe de faille amande, et les fraises, un bout d'orange, glissèrent dans le gravier. La musique redoubla comme pour couvrir cet incident d'un déluge sensuel. Aragon, Les Beaux quartiers,1936, p. 274.
c) Servir de protection à quelqu'un, le garantir contre quelque chose. Couvrir ses amis, le roi, ses subordonnés. Couvrir d'une protection scandaleuse Esterhazy (Clemenceau, Iniquité,1899, p. 59).Nous prenions la responsabilité de ce retard, lui [Samba N'Goto] promettant de la couvrir auprès du terrible Pacha (Gide, Voy. Congo,1927, p. 737):13. Poincaré avait su à la fois dégager sa responsabilité, garder l'allure de l'homme qui couvrira son ministre de la guerre, et lui indiquer poliment qu'il n'avait qu'à foutre proprement son camp, une merveille. Aragon, Les Beaux quartiers,1936p. 221.
d) Techn. [Avec une idée de garantie dans l'exécution et de protection contre un échec éventuel] −
ADMIN. Emploi pronom. réfl. Fuir une responsabilité, la rejeter sur autrui : 14. Il existe deux sortes de fonctionnaires : l'actif et le passif, l'aventureux et le circonspect : le premier n'a qu'un but : « courcircuiter » (comme il dit) les bureaux, c'est-à-dire leur chiper les affaires; le dessein du second, c'est de se « couvrir », c'est-à-dire de s'abriter sous le parapluie des devanciers... Morand, Chroniques de l'homme maigre,1941, p. 142.
− ART MILIT. Assurer la protection d'un territoire, d'une ville, d'une armée. Couvrir une ligne de défense, la nation, la retraite. Les Piémontais avaient intérêt à couvrir Turin, et les Autrichiens à couvrir Milan (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t. 1, 1823, p. 345).Le 9ecorps couvrira l'attaque depuis Moncel jusqu'à la Moselle (Foch, Mém.,t. 1, 1929, p. 42).
−
BOXE. Emploi pronom. réfl. Se protéger avec ses gants; se mettre en garde : 15. Il [le « novice amateur »] jette un coup d'œil plein d'angoisse dans la direction du gong libérateur. Et sa garde? Il se couvre! Montherlant, Les Olympiques,1924, p. 328.
−
COMM. (ventes). Couvrir une enchère. Proposer un prix d'achat supérieur à celui qui vient d'être annoncé par le commissaire-priseur : 16. Cette fois elle [Lise] avait surpris son adversaire [à la vente]. C'était un demi-paysan assis devant Filluzeau. Elle lui asséna un regard hautain, attendit calmement l'extinction du premier feu et couvrit l'enchère ... Lacretelle, Les Hauts ponts,t. 3, 1935, p. 245.
−
FIN. Disposer du total de la somme demandée; contrebalancer les dépenses. Couvrir ses frais, un emprunt, les intérêts. Recettes ne couvrant plus les dépenses (cf. Bainville, Hist. Fr.,t. 2, 1924, p. 36):17. Quelquefois ces sacrifices n'étaient même pas suffisants; et Jean-Michel devait, pour couvrir une dette pressante, vendre en secret un meuble, des livres, des souvenirs, auxquels il était attaché. Rolland, Jean-Christophe,Le Matin, 1904, p. 122.
II.− [Avec une idée complémentaire d'étendue] A.− Parsemer une surface de quelque chose, l'en revêtir avec abondance. 1. [Le suj. est un nom de pers.] Couvrir une table de fleurs, couvrir une nappe de taches, couvrir un vêtement de boue. Il couvre les murs de sa maison d'inscriptions magiques (Fustel de Coul., Cité antique,1864, p. 271):18. Je songe à Ghirlandajo, accablé d'enfants et de commandes, toujours dépassé par sa production, parlant de couvrir de peintures toutes les murailles de Florence. Faure, L'Esprit des formes,1927, p. 127.
2. [Le suj. se réfère à ce dont la surface est parsemée] Ampoules qui couvrent les mains, sueur qui couvre le front, végétation qui couvre la terre. La mer couvrait au loin cette immense contrée (Dusaulx, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 235).Et pourtant la forêt grandit et couvre la montagne d'une fourrure noire qui distribue dans l'aube ses oiseaux (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 634).
3. Plus spéc. Revêtir une page de signes graphiques (dessins, lignes d'écriture). Couvrir les marges d'un livre. Couvrir le papier de sa maladroite et grosse écriture (cf. Bourget, Disciple,1889, p. 122).Je traçai sur l'enveloppe le nom de Gilberte Swann dont je couvrais jadis mes cahiers pour me donner l'illusion de correspondre avec elle (Proust, Sodome,1922, p. 739).−
En emploi pronom. ♦ [Le suj. est un nom de pers.] Disposer sur soi en abondance quelque chose ou des choses ayant une valeur ornementale. Se couvrir de bijoux, de bagues, de parfum. Le chef des chefs paroît couvert de pierreries (Chateaubr., Natchez,1826, p. 204).
♦ [En parlant d'une partie du corps] Être envahi par. Se couvrir de boutons; visage qui se couvre de larmes. La figure de Suzette se couvrit des couleurs les plus vives (Fiévée, Dot Suzette,1798, p. 156).
4. Usuel. [En parlant du temps, du ciel] (S')assombrir, (se) voiler. Temps qui se couvre; nuages qui couvraient le ciel. Le ciel se couvrait, les brouillards s'élevaient des prairies, la rivière fumait, le soleil s'éteignait au milieu des vapeurs (Rolland, J.-Chr.,Adolesc., 1905, p. 295).
B.− Au fig. 1. Fixer les yeux sur quelqu'un ou quelque chose, embrasser l'étendue d'un seul tenant. Couvrir qqn d'un rapide regard, couvrir des yeux qqn. Il [M. Douloir] nous couvrait d'un regard affectueux (A. France, Bonnard,1881, p. 340).
2. Donner, dispenser en abondance à quelqu'un des preuves de l'estime, de la tendresse ou du mauvais vouloir qu'on lui porte. a) [Le compl. de moyen au plur. désigne ces preuves elles-mêmes] Couvrir qqn de bienfaits, de bontés, de compliments; couvrir qqn d'éloges, d'injures : 19. Aussitôt, Berthe environnée d'enfants. − Bonjour, André! dit-elle en dégageant sa main que la petite Annie couvrait de baisers. Chardonne, L'Épithalame,1921, p. 432.
♦ Expr. fig. Couvrir qqn de fleurs. Lui adresser de nombreux compliments. Il devrait me couvrir de fleurs et il me jette à la porte (Duhamel, Combat ombres,1939, p. 224).
b) [Le compl. de moyen au sing. désigne le sentiment de bon ou de mauvais vouloir qui se traduit par des marques ou des témoignages] Couvrir qqn de ridicule, d'un mépris narquois. Couvrir qqn d'une accusation enflammée (cf. Colette, Chatte,1933, p. 153):20. ... il [Olivier] vivait près d'elles, partagé entre les deux, inquiet, troublé, sentant pour la mère ses ardeurs réveillées et couvrant la fille d'une obscure tendresse. Maupassant, Fort comme la mort,1889, p. 161.
−
Emploi pronom. [Le suj. est un nom de pers. (ou le nom d'une chose personnifiée)] Acquérir une réputation (bonne ou mauvaise); en attirer à soi les symboles, les marques. Se couvrir de boue, de crimes, de honte; se couvrir de lauriers, de ridicule. Se couvrir de gloire à Craonne (A. France, Pt Pierre,1918, p. 179).Rem. 1. À noter le subst. masc. couvrement. Protection (supra I B 2 c). Et nos yeux chercheront pour l'âme scélérate Une autre couverture, un autre couvrement (Péguy, Ève, 1913, p. 878). 2. La docum. fournit couvrure, subst. fém., terme de reliure. Opération consistant à recouvrir le dos et les plats du livre avec de la peau ou toute autre matière (cf. Maire, Manuel biblioth., 1896, p. 318).
Prononc. et Orth. : [kuvʀi:ʀ], (je) couvre [ku:vʀ ̥]; couvert, −erte [kuvε:ʀ], fém. [-ε ʀt]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. A. 1. 2emoitié xes. « cacher (quelque chose) en mettant quelque chose dessus » (Passion, éd. d'A. S. Avalle, 185); 1172 fig. (Ch. de Troyes, Lion, éd. M. Roques, 527 : Por ma honte covrir); 1176 par moz coverz (Id., Cligès, éd. M. Roques, 1033); 2. 1835 « rendre (quelque chose, un son) inaudible » (Ac.). B. 1. a) 2emoitié xes. « (d'une chose) être répandu en abondance sur » (Passion, loc. cit., 310); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 1084); 1657 au fig. couvrir de gloire, de honte (Pascal, Pensées, section 2, éd. L. Brunschwicg, t. 13, p. 3); b) 2emoitié xiiies. [ms.] pronom., en parlant du temps qui s'obscurcit (Souhaits Saint Martin ds Fabliaux, éd. A. Montaiglon et G. Raynaud, t. 5, p. 202); 2. 1remoitié xiies. « (d'une personne) répandre (quelque chose) en abondance sur » (Ps. Oxford, éd. F. Michel, CXLVI, 8). C. 1. Mil. xies. « (d'une chose) être disposé sur » (Alexis, éd. C. Storey, 346); ca 1570 part. passé subst. « tout ce dont on couvre la table pour un repas » (Carl., V, 12 ds Littré); 2. 1172 « (d'une personne) munir un espace, une maison, d'une couverture, d'un toit » (Ch. de Troyes, Lion, 2349); 3. 1372 [ms. K] « s'accoupler (des animaux) » (Brunet-Latin, Trésor, éd. P. Chabaille, p. 1242, interpolation); 4. 1921 « parcourir (une distance) » (Pesquidoux, Chez nous, p. 122). D. 1. Ca 1165 « (d'une chose) protéger en étant placé dessus » (Rois, éd. R. Curtius, I, 17, p. 32); ca 1160 part. passé subst. masc. « bien abrité d'arbres, abri » (Enéas, éd. Salverda de Grave, 4621); 1844 part. prés. subst. fém. arg. « casquette » (Dict. complet de l'arg., 27); 1896 id. « couverture » (Delesalle, Dict. arg.-fr. et fr.-arg.); 2. ca 1160 « (d'une personne) protéger le corps de quelqu'un (contre les agressions extérieures) (Enéas, loc. cit., 1211); ca 1230 spéc. pronom. « se vêtir » (Eustache le moine, 153 ds T.-L.); ca 1175 au fig. « abriter quelqu'un derrière son nom, son autorité » ici pronom. (Chastellain, Chroniques, éd. K. de Lettenhove, t. 1, p. 22). E. 1793 fin. (Beaumarchais, Époques, p. 117). Du lat. class. cooperire (composé de co et operire), « couvrir entièrement » au propre et au fig.
COUVRIR2, verbe trans.
A.− [Le compl. désigne un espace physique] Parcourir une distance de bout en bout. Couvrir des kilomètres, quelques lieues, les cent mètres en. Couvrir les grandes routes (Staël, Consid. Révol. fr.,t. 1, 1817, p. 342).Couvrir deux encablures (Claudel, Soulier,1944, 1repartie, 2ejournée, 6, p. 1015):1. « Demain... » se disait-il, s'encourageant à la patience, de même que le promeneur acharné à couvrir une longue distance, d'étape en étape, se propose un but de plus en plus éloigné. « Demain..., après-demain... s'il le faut. » Roy, Bonheur d'occasion,1945, p. 369.
− P. ext. Dépasser quelque chose, franchir une limite. Tous les traits majeurs de ma vie ont eu un coin de singularité; mais celui-ci les couvre tous (Beaumarchais, Corresp.,t. 2, 1799, p. 99).
B.− [Le compl. désigne un espace de temps] Embrasser d'un seul tenant une certaine période de temps. Couvrir quinze années, l'histoire de la Restauration, quelques siècles. Quand le provisoire couvre le temps de la vie d'un homme, il est pour cet homme le définitif (Camus, Actuelles I,1944-48, p. 237):2. Ces complications nous enchantaient. Il [Raoul] nous semblait tisser une toile d'araignée sur l'époque, la couvrir toute. Abellio, Heureux les pacifiques,1946, p. 271.
−
P. ext. [Le suj., gén. un nom de doctrine, recouvre plusieurs suj. regroupés sous la même étiquette et s'applique également à chacun d'eux] :
3. Ce mot de Kabbale, qui couvre des doctrines en général très peu ou très mal connues, demeure chargé de prestiges et de mystères... Maeterlinck, Le Grand secret,1921, p. 191.
Prononc. et Orth. Cf. couvrir1. Étymol. et Hist. Cf. couvrir1.
STAT. − Couvrir1 et 2. Fréq. abs. littér. : 5 449. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 10 380, b) 7 668; xxes. : a) 7 202, b) 5 875.
BBG. − Gottsch. Redens. 1930, passim. − Rickard (P.). Fr. St. 1973, t. 27, no4, p. 503.
COUVERT, ERTE, part. passé et adj.
I.− Part. passé de couvrir1 et 2*.
II.− Adjectif A.− Dont l'ouverture ou l'orifice est obturé, bouché; muni d'un toit; protégé par-dessus. Bouche d'égout couverte, casserole couverte, pot couvert. 1. [En parlant d'un véhicule] Clos, tant au sommet que sur les côtés. Charrette couverte, wagon couvert : 1. Ils [Gonthramn et ses amis] marchaient près du chariot couvert qui portait les deux jeunes filles, armés de poignards et de courtes lances, équipage ordinaire des voyageurs les plus pacifiques. Thierry, Récits des temps mérovingiens,t. 2, 1840, p. 130.
2. Muni d'un toit, d'une couverture, protégé par le dessus. Allée couverte, chemin(s) couvert(s), lieu couvert, piste couverte, stade couvert; temple couvert en tuiles. J'étais dans le pont couvert de Zurich (Hugo, Rhin,1842, p. 387).Il grimpait l'escalier couvert, aux marches de bois rongées (Ramuz, A. Pache,1911, p. 70):2. Au fond de la cour, à l'ouest, un passage couvert, flanqué d'un auvent, s'étendait de la maison aux étables. Le passage permettait le service, à l'abri, des bêtes à corne et à laine... Pesquidoux, Le Livre de raison,1928, p. 139.
3. Vx. Plat couvert. Plat dont les bords extérieurs sont obturés : 3. Le piquant périodique de la vie de Pons avait totalement disparu. Son dîner se passait sans l'inattendu de ce qui, jadis, dans les ménages de nos aïeux, se nommait le plat couvert! Balzac, Le Cousin Pons,1847, p. 56.
−
P. anal. a) Feu couvert. Feu maintenu en activité sous une couche de cendre qui en amortit l'éclat et la chaleur. Parfois aussi le feu couvert se dégage un peu. Un écroulement de cendres se fait entre les bûches (A. Daudet, Contes lundi,1873, p. 242).
b) [En parlant du temps, du ciel, etc.] Voilé, assombri. Soleil à demi couvert (Maine de Biran, Journal,1816, p. 233).Le temps couvert de Lorraine, un temps pour les mirabelliers (Barrès, Cahiers,t. 3, 1902-1903, p. 35):4. Dans ce ciel très couvert, très épais, il y avait çà et là des déchirures, comme des percées dans un dôme, par où arrivaient de grands rayons couleur d'argent rose. Loti, Pêcheur d'Islande,1886, p. 14.
c) [En parlant de la voix et de son timbre] Enroué, rauque. Le timbre couvert produirait l'effet de l'enrouement (Garcia, Art chant,1840, p. 50).
B.− Protégé par un vêtement. 1. Vx. Habillé (en particulier d'une tenue convenable). Bien couvert; proprement couvert (Raban, Marco Saint-Hilaire, Mém. forçat,1828-29, p. 72).
2. Protégé par un vêtement, chaudement habillé. Être chaudement, suffisamment couvert : 5. Sans cesse je devais prendre des précautions, m'inquiéter si je n'étais pas trop couvert, ou trop peu. Gide, Si le grain ne meurt,1924, p. 556.
3. Coiffé d'un chapeau : 6. Assis un peu de travers dans le fond de la grosse Delaunay-Belleville, Simon ne savait s'il devait rester couvert ou non. Il finit par ôter son chapeau melon le plus naturellement qu'il put. Druon, Les Grandes familles,t. 1, 1948, p. 110.
− En partic. [En parlant des femmes en Orient] Coiffée d'un voile qui couvre la tête et une partie du visage. Femmes couvertes selon les règles que la religion prescrit (cf. Nerval, Voy. Orient,t. 3, 1851, p. 278).
C.− Dissimulé par ce qui est placé dessus. 1. ART MILIT. Dissimulé, caché, protégé par un écran de défense. Convoi couvert, obstacle couvert. Contre des troupes couvertes mais dispersées, (...) les effets très localisés de très gros projectiles seront assurément disproportionnés à l'énormité de l'effort (Paloque, Artill.,1909, p. 208).
2. Au fig. a) [En parlant d'une pers. du point de vue de son comportement, de ses sentiments] Dissimulé, en retrait, caché. Ambition couverte, air couvert, malice couverte. Mille aveux couverts (Malègue, Augustin,t. 2, 1933, p. 60).
b) [En parlant des yeux, du regard] Fuyant, voilé par dissimulation. Yeux couverts. Regard couvert (Toulet, Contrerimes,1920, p. 17).
c) Loc. adv. À mots couverts. [Mots] qui cachent un sens qu'on n'ose pas dévoiler. Synon. en termes couverts (cf. Barrès, Cahiers, t. 4, 1905-06, p. 128) :7. Entre parents, grand'mères et tantes, commençaient, pour m'intriguer davantage, de continuelles conversations à mots couverts; des chuchotements, qu'on faisait mine d'étouffer dès que je paraissais... Loti, Le Roman d'un enfant,1890, p. 231.
Rem. Ac. 1835 signale l'adv. couvertement. Secrètement et en cachette.
Étymol. et Hist. Cf. couvrir1. Fréq. abs. littér. : 3 765. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 6 169, b) 6 715; xxes. : a) 5 166, b) 4 037.