Cueillir

verbe trans

Définitions de « cueillir »

Trésor de la Langue Française informatisé

CUEILLIR, verbe trans.
A.− [L'obj. désigne un inanimé concr.]
1. [L'obj. désigne un produit d'origine végétale] Détacher (ce produit) de sa tige, de sa branche ou de ses racines, d'un geste précis et à la main ou avec un instrument, pour sa propre jouissance ou celle d'autrui. Cueillir un brin (d'herbe), des fraises, une grappe, des pommes, des roses. Il cueillit une branche de chèvrefeuille et une d'aubépine (Karr, Sous tilleuls,1832, p. 52).Dans les prés, les femmes courbées, pas par pas, cueillaient la doucette ou le pissenlit (Pourrat, Gaspard,1930, p. 197):
1. Ce matin, je suis allé dans le verger cueillir des cerises avec mes sœurs. J'ai choisi l'arbre le plus prometteur, j'y suis monté, j'ai frappé les branches de ma gaule, mais il ne restait plus que quelques cerises racornies dont les oiseaux n'avaient pas voulu. Green, Journal,1934, p. 226.
P. méton. Cueillir un bouquet. Cueillir des fleurs et les réunir en bouquet. Cueillir un bouquet d'iris et de pivoines odorantes (Duhamel, Suzanne,1941, p. 115).
Loc. pop. fig. Cueillir des marguerites, des pâquerettes. S'attarder comme une personne qui cueille des fleurs pour son agrément. Synon. flâner, musarder.On est sérieux ou on ne l'est pas!... Nous ne sommes pas ici pour cueillir des pâquerettes? (Sardou, Fam. Benoîton,1865, p. 62).
P. ext. [L'obj. désigne des fruits de mer] Détacher du rocher ou ramasser. Cueillant les coquillages, J'écoute de la mer les légers babillages (Lamartine, T. Louverture,1850, I, 1, p. 1268).Les pingouins occupés à pêcher la crevette, à cueillir des moules (A. France, Île ping.,1908, p. 66).
2. P. anal. Prendre avec délicatesse et d'un geste précis. Elle ne manquait jamais de cueillir un peu de salive au bout des doigts pour l'appliquer à la pointe de ses cils (Roy, Bonheur occas.,1945, p. 399):
2. ... M. Thibault, lourdement tassé sur son siège, les épaules rondes, levant sa barbiche vers quelque visiteur important, et, avant de parler, cueillant son lorgnon entre ses sourcils pour le glisser dans la poche de son gilet, d'un geste recueilli et assuré qui ressemblait à un signe de croix. Martin du Gard, Les Thibault,Épilogue, 1940, p. 851.
Spéc., VERRERIE. Prélever du verre en fusion dans le creuset avec la canne à souffler (cf. creuset, C. Duval, Verre, 1966, p. 5).
B.− P. métaph. et/ou au fig.
1. Fam. [L'obj. désigne une pers.]
a) [L'idée est celle d'un geste obligeant] Aller chercher quelqu'un pour le prendre avec soi (souvent à bord d'un véhicule). Anton. déposer, laisser.À la gare, des grooms écarlates cueillaient les voyageurs à la porte des wagons (Peisson, Parti Liverpool,1932, p. 24).Elle s'est abîmé les pieds, c'est tout, elle ne sait pas marcher. Mais vous arriverez à temps pour la cueillir (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 196).
En partic., dans le domaine des relations amoureuses. Cueillir une femme. Obtenir ses faveurs. Cueillir les femmes des autres (Morand, Ouv. la nuit,1922, p. 170).« Elle [une jeune bonne] était à cueillir, se disait-il avec un peu de regret » (Sartre, Mur,1939, p. 194).
b) [L'idée est celle d'une action menée par surprise et par une force contraignante] Arrêter par surprise. Synon. fam. pincer.Le pis qui pouvait arriver, c'était que Raboliot se fît cueillir par les gendarmes (Genevoix, Raboliot,1925, p. 118).Surtout ne rentre pas chez toi, tu te ferais cueillir (Abellio, Pacifiques,1946, p. 387):
3. À votre place, les Boches auraient pu arriver sans que j'en sois davantage prévenu. On nous cueillerait comme des bigorneaux au fond de nos trous avec une épingle... Romains, Les Hommes de bonne volonté,Verdun, 1938, p. 18.
En partic., lors d'un combat ou d'un sport. Atteindre quelqu'un de manière inattendue par un coup ou un projectile. J'ai juste laissé passer un abatis, et i's m'l'ont cueilli au vol, dzing! Mon flingue en a tombé du coup (Genevoix, Nuits de guerre,1917, p. 137).La crosse du flingue d'Ali le cueillit au cou, à la naissance de l'épaule (Le Breton, Rififi,1953, p. 88).
Rem. On rencontre, dans cette acception, le part. passé cueilli, ie en emploi adj. Sa figure ruisselait de sang, son oreille était plus qu'à moitié cueillie (Barrès, Appel soldat, 1900, p. 166).
2. Littér. [L'obj. désigne un inanimé abstr.]
a) Ramasser avec ou sans effort. Synon. prendre, récolter; attraper (fam.).[Il] tendait ses grosses oreilles et cueillait des histoires de tous les pays du monde (Peisson, Parti Liverpool,1932, p. 35):
4. Par exemple les teintes d'un coucher de soleil imprévu sont une aubaine gratuite pour le peintre : le peintre se saisit donc de ses pinceaux « à l'improvisade » dans l'espoir de cueillir au vol la minute heureuse; ... Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien,1957, p. 120.
En partic., dans le domaine des relations publiques. Gagner par son action, méritoire ou non. Des lâchetés, des flatteries, des hommages à l'opinion de l'assemblée (...) qui cueillaient ici un applaudissement trop facile (Gide, Journal,1907, p. 234).Cueillir, ainsi qu'un fruit mûr, le consentement unanime (Arnoux, Algorithme,1948, p. 293).
P. métaph. du sens A 1 Cueillir des palmes, des lauriers. Remporter des succès brillants. Mondeville, (...) ne se contentait pas de cueillir les seuls lauriers du virtuose (La Laurencie, Éc. fr. violon,1922, p. 385):
5. Le corps expéditionnaire français, avant de cueillir ses lauriers, de dénombrer ses 5 000 prisonniers, de faire le compte des canons et du matériel laissés entre les mains des siens, devrait participer à une nouvelle bataille et attaquer sur le front : ... De Gaulle, Mémoires de guerre,1956, p. 272.
b) Prendre avec délicatesse. J'allais cueillir enfin le baiser désiré, la magique fleur qui devait guérir ma folie (Arène, J. des Figues,1870, p. 61).
P. métaph. du sens A 1 Ainsi l'amant sur un corps adoré Du souvenir cueille la fleur exquise (Baudel., Fl. du mal,1857-61, p. 63).
Rem. On rencontre ds la docum. cueillie, subst. fém., rare. Action de cueillir. À l'arrêt des toits inclinés, des gouttes d'eau pendaient encore, (...) Elles s'y balançaient un instant, puis, soudainement détachées, comme sous la cueillie délicate d'un doigt que l'on ne voyait pas, elles tombaient la tête la première (Courteline, Train 8 h 47, 1888, 2epart., p. 189).
Le cueilloir est en général une sorte de petit panier attaché au haut d'une perche, près et au-dessus duquel se trouve une lame qui, par un mouvement qu'on lui imprime à l'aide d'une ficelle attachée à une bascule, coupe le support du fruit, qui alors tombe dans le panier placé au-dessous (Carrière, Encyclop. hortic.,1862, p. 140).Ces cueilloirs terminés en volants (...) dont les horticulteurs se servent pour faire la récolte des fruits (Arène, Contes Paris,1887, p. 105).
Prononc. et Orth. : [kœji:ʀ], (je) cueille [kœj], cueilli [kœji]. La graph. cue- est celle de l'anc. diphtongue -ue- issue de [ɔ] ouvert lat. dont la prononc. a évolué jusqu'à [œ], ex. cor > cuer, cœur. Mais p. anal. avec les mots ds lesquels cu sert à noter la gutturale, pendant longtemps, encore au début du siècle et surtout en province, on a altéré [œj] en [εj]. À ce sujet, cf. Littré pour lequel la forme correcte serait cœuillir. Dupré 1972, p. 574 souligne que : ,,L'absence de concordance entre la prononc. et la graphie entraîne souvent une orthographe défectueuse (ceuillir plus proche de la prononc.)``. Conjug. Littré Suppl. 1877 note que chez certains aut. comme Corneille on rencontre le fut. cueillirai et que cette orth. était celle choisie par Vaugelas mais rejetée par Ménage. Dupré 1972, p. 574 explique la forme cueillerai par l'identité entre l'ind. prés. de cueillir (qui n'est pas un verbe du 1ergroupe) et l'ind. prés. de verbes du 1ergroupe tels que aimer. L'anal. entre les 2 groupes de verbes se serait étendue au fut. Enq. (il) cueille/køj/. Le verbe est admis ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 980 « prendre, emporter (quelqu'un) » [coillit parfait 3epers. sing.] (Passion, éd. D'Arco S. Avalle, 468); 2. 1remoitié xiies. « récolter » (Psautier d'Oxford, 125, 6 ds T.-L.). Du lat. class. colligere « recueillir, rassembler ». L'inf. cueillir doit son rad. aux formes accentuées telles que cueil et sa terminaison ir à une réfection analogique (d'apr. le parfait coilli) très ancienne. Fréq. abs. littér. : 1 278. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 678, b) 1 952; xxes. : a) 2 304, b) 1 569.
DÉR.
Cueilloir, subst. masc.,,Panier dans lequel on met les fruits que l'on cueille`` (Ac. 1798-1878). En partic. Instrument permettant de cueillir les fruits hors de portée de la main. Le cueilloir est en général une sorte de petit panier attaché au haut d'une perche, près et au-dessus duquel se trouve une lame qui, par un mouvement qu'on lui imprime à l'aide d'une ficelle attachée à une bascule, coupe le support du fruit, qui alors tombe dans le panier placé au-dessous (Carrière, Encyclop. hortic.,1862, p. 140).Ces cueilloirs terminés en volants (...) dont les horticulteurs se servent pour faire la récolte des fruits (Arène, Contes Paris,1887, p. 105). [kœjwa:ʀ]. Ds Ac. 1694 et 1718, puis Ac. 1762-1932; non ds Ac. 1740. 1reattest. 1322 (Delb. Rec. ds DG); de cueillir, suff. -oir*. Fréq. abs. littér. : 1.
BBG. − Brereton (G. E.). Cueillir, accueillir. Essai d'explication sém. Medium aevum. 1942, t. 11, pp. 85-89. − Darm. Vie 1932, pp. 172-173. − Gottsch. Redens. 1930, p. 175. − Goug. Lang. pop. 1929, p. 16, 111.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Verbe

Une femme cueille des fleurs (tableau de DeScott Evans)

cueillir \kœ.jiʁ\ transitif 3e groupe (voir la conjugaison)

  1. Détacher des fruits, des fleurs, des légumes de leurs branches ou de leurs tiges.
    • Les deux couples riaient, bavardaient, cueillaient des fleurs, se cajolaient et se mignotaient, luttaient et se roulaient sur l’herbe, et les jeunes filles fumèrent des cigarettes. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 55 de l’édition de 1921)
    • Il était allé lui cueillir un bouquet de coucous pour mettre au pied de la statue de la Vierge qui trônait sur un vieux confiturier reconverti en fourre-tout de laines et de tissus où elle puisait pour occuper ses doigts. — (Élise Fischer, Le Rêve de la Grenouille : une enfance lorraine, Paris : Presses de la Cité, 2011, chapitre 9)
    • (Absolument)On avait cueilli autour de l’église et dans le cimetière. Maigrement fruités les arbres donnèrent moins d’une demi-hottée chacun ; mais quelle graine ! Nourrie du suc des Trépassés, ronde comme une prunelle. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • (Sens figuré) Cueillir des palmes, cueillir des lauriers, remporter des succès, des victoires.
  2. (Sens figuré) Prendre.
    • Ce fut, en ce temps de relative splendeur, qu’un soir de bombe, à Montparnasse, il cueillit Geneviève à une table de café. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, pages 29-30)
    • Cueille ce triste jour d’hiver sur la mer grise — (Valery Larbaud, Carpe Diem)
    • Cueillir un baiser sur les lèvres de sa bien aimée.
  3. (Sens figuré) (Familier) Arrêter un coupable par surprise au moment où il se croyait hors d’atteinte.
    • Comme on l’avait à l’œil pour un vol de soieries, on a été le cueillir doucement à la sortie du spectacle. — (Jo Barnais, Mort aux ténors, chapitre III, Série noire, Gallimard, 1956, page 25)
  4. (Sens figuré) (Boxe) Se faire frapper par surprise à la boxe.
    • Kravine a dopé son mec. Deux reprises et je le cueille. — (Antonin Varenne, Le mur, le Kabyle et le marin, Points, 2011)
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

cueillir

(keu-llir, ll mouillées, et non keu-yir), je cueille, nous cueillons ; je cueillais ; je cueillis ; je cueillerai ; je cueillerais ; cueille, cueillons, cueillez ; que je cueille, que nous cueillions ; que je cueillisse ; cueillant, cueilli v. a.
  • 1Détacher des fruits, des fleurs, des feuilles de la tige. Cueillir des fruits, des fraises, des raisins. Cueillir une rose. Cueillir des feuilles de mûrier. Les nymphes se mirent à cueillir des fleurs, Fénelon, Tél. VII. Ces herbes ne sont pas d'une vertu commune ; Moi-même, en les cueillant, je fis pâlir la lune, Corneille, Médée, IV, 2. Telle qu'une bergère au plus beau jour de fête De superbes rubis ne charge point sa tête, Et, sans mêler à l'or l'éclat des diamants, Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornements, Boileau, Art p. II. Le gouvernement fait cueillir tous les ans cette plante par dix mille soldats tartares, dont chacun doit rendre gratuitement deux onces du meilleur ginseng, Raynal, Hist. phil. V, 24.

    Cueillir un bouquet, cueillir des fleurs pour en faire un bouquet. Il oublie à les voir [les fleurs] l'emploi qui le demande, Et s'égare à cueillir une belle guirlande, Chénier, Idylles, Hylas.

    Fig. Quelque fruit que par là j'espère de cueillir, Corneille, Cinna, III, 3.

    Cueillir des palmes, des lauriers, remporter des victoires. C'est le fruit que j'attends des lauriers qui m'attendent ; Heureux si mon destin, encore un peu plus doux, Me les faisait cueillir sans m'éloigner de vous, Corneille, Pomp. IV, 3. Tout le fruit qu'on en cueille est de se mettre mal, Et d'avancer par là les desseins d'un rival, Molière, le Dép. I, 2. Mayenne… Songe à cueillir le fruit sans en être complice [du crime de J. Clément], Voltaire, Henr. V.

  • 2Cueillir un baiser, prendre un baiser à une femme. C'est du poison que j'ai cueilli sur tes lèvres, Rousseau, Hél. I, 14. Il [l'Amour] dormait ; un souris sur sa bouche formé L'entr'ouvrait mollement ; et de jeunes abeilles Viennent cueillir le miel de ses lèvres vermeilles, Chénier, Idylles, imité de Platon.
  • 3Cueillir, dans le langage des maçons, faire une cueillie. Cueillir une fenêtre en plâtre.
  • 4 Terme de marine. Plier une manœuvre en rond ou en ellipse.
  • 5Prendre le verre fondu avec la canne.
  • 6Boucler la soie étendue sur les platines.
  • 7Couper le fil destiné à faire les épingles.
  • 8Se cueillir, v. réfl. Être cueilli. C'est en cette saison que les pommes se cueillent.

REMARQUE

L'orthographe de cueillir et de ses formations est très irrégulière. Le c y prend un u après lui à la manière du q ; et cet u est supposé encore après l'e pour en former le son euil ; l'orthographe rationnelle serait coeuillir, où l'o de oe rappellerait l'étymologie, en même temps qu'il conserverait le son dur du c comme dans cœur, et l'u placé après l'e donnerait le son eu qu'on doit entendre, tandis que eil ne peut faire que eil, comme dans pareil, Jullien, Thèses de gramm. p. 121.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CUEILLIR. Ajoutez : - REM. Le futur a été, chez quelques auteurs, cueillirai. Cependant qu'un ami, par tes lâches menées, Cueillira les faveurs qu'elle t'a destinées, Corneille, Place royale, variantes. Cette forme de futur était préférée par Vaugelas, mais rejetée par Ménage.

HISTORIQUE

XIe s. Rolans sis niez me coillit en haür [haine], Ch. de Rol. CCLXXIV.

XIIe s. Par vos barons en fut raisons cellie [accueillie], Ronc. p. 10. Ele fist tant que ele m'ot bien pris Par traïson que [elle] cueille et mouteploie [multiplie], Couci, p. 124. L'arcevesques Thomas ad esté mis servanz ; Mes rentes ad cueilleites tutes par plusurs ans, Th. le mart. 33. Mais à voz letres puis e veeir e sentir Que ne puis pas les grapes des espines cuillir Ne des runces les fiches…, ib. 85. L'arcevesque Thomas ad vers le rei mespris ; Il de tut le reaume ad esté poestis, E les rentes cueilletes tutes e ans e diz, ib. 53.

XIIIe s. La dame est jà par la verdour [verdure], En un verger cueillant la flour, Audefroi le Bastard, Romancero, p. 9. Et cil des cinc nés [navires], si tost comme il porent apercevoir le jor, cueillirent leur voiles et s'en alerent sans parler à nullui, Villehardouin, CXLVIII. Celui qui queut la coustume [perçoit la taxe], Liv. des mét. 7. Plus en quiaut [il en cueille plus] de pleine jaloie [sorte de mesure], Ren. 19272. Mès or vendent [les juges] les jugemens, Et bestornent les erremens, Et taillent et cuellent et saient [scient], Et les povres gens trestout paient, la Rose, 5607. Mais li termes moult lons estoit, Com li ert vis, du fruit cuellir, Fl. et Bl. 386. Les plusor vont les pieres en lor mances coillir [ramasser en leurs manches], Ch. d'Ant. VIII, 493. Gentius dus [duc], monté sont en la cité garnie, Trente ou plus, ne savons, Diex lor soit en aïe ! Tant avoit sor l'eschiele de nostre gent coillie [rassemblée], Que por le fais des armes est rompue et froisie, ib. VI, 827. Encore, qui acate, et, por doute de rescousse, queut blés, mars ou vins, en l'eritage qu'il a aceté, ains le tans de droite meurison, Beaumanoir, XLIV, 34. Et li rescoveres vient ains le tans qu'il fust poins de coillir, Beaumanoir, XLIV, 34. Et s'ele ne se pot partir [partager] si comme viviers ou travers ou teles cozes sanllavles, li sires les doit fere coillir porfitavlement as cos [coûts] des compaignons, Beaumanoir, XXI, 31. Une des galies le roy le queilli et l'aporta en nostre nef, là où il nous conta comment ce li estoit avenu, Joinville, 287.

XIVe s. Après ce que les fruis sont cuillis, Oresme, Eth. 246.

XVe s. Et avoit intention d'arriver à Harfleu ; mais un tourment le prit et cueillit en mer, qui lui dura plus de quinze jours, Froissart, I, I, 214. Tous ces seigneurs s'estoient cueillis en grant desir de là venir, et faire leur pouvoir de la conquerir [la ville], Froissart, I, I, 86. Il prit et cueillit environ quarante lances de bons compagnons, Froissart, I, I, 79. Elle sera tousjours coincte, jolie et bien cueillie, Aresta amorum, p. 241, dans LACURNE. Et le chevalier qui tant avoit aydé à monseigneur Yvain, dit qu'il ne le laissera devant qu'il soit guary ; si fait cueillir le pavillon à son nepveu et une coutte pointe ; car il pense bien que mestier il aura de pavillon, se gesir le convient hors de la ville, Lancelot du Lac, t. I, f° 149. Puis osta son heaulme, et abbatit sa ventaille pour mieulx cueillir le vent, car il avoit eu trop de chault, ib. t. III, f° 18. Et avoit cueilly et perceu grant argent contant, Commines, IV, 12. Vestus de toile blanche et deliée cueillie [ramassée] à l'entour d'eux si mignonement que c'estoit merveilles à veoir la beaulté de leur vesture, Perceforest, t. I, f° 21. Et quant ce vint à l'approcher, Lionnel baisse sa lance et va cueillir la ventaille du heaulme du chevalier, et lui rompt le laz, et emporte son heaulme enmy le camp, ib. f° 108. Car là [il] cueilloit cueur et hardement en tous ses faitz, ib. t. II, f° 82. Adonc fut temps de nappes oster ; si les cueillirent escuyers et sergens ; après se leverent dames et damoiselles et chevaliers, ib. t. I, f° 134.

XVIe s. Le doulx fruict d'amourettes, lequel veult Venus estre secretement et furtifvement cueilly, Rabelais, Pant. II, 18. Les mousches en sont tant friandes que merveilles, et se y cueilleroyent facillement, et y feroyent leurs ordures, Rabelais, ib. II, 15. Roses aussi de diverses couleurs, S'on ne les cueult, sans profiter perissent : Et s'on les cueult, les cueillans les cherissent, Marot, II, 288. Fol, dit-il, ce que tu semes ne cueille point de vigueur, sinon qu'il soit mort auparavant, Calvin, Instit. 795. Je cueilliray tellement la somme de ce qu'il dit là, que j'useray mesme de ses mots tant qu'il me sera possible, Calvin, ib. 1014. Pour la culture de la terre, si je m'en voulois mesler, je cueillirois plus d'orge et de froument, La Boétie, 229. Caesar, s'esmerveillant de son gentil cueur, luy alla au devant avec grands cris de joye pour le cueillir et caresser, Amyot, César, 20. Parc de vignoble où il se cueult tous les ans environ deux cents queues de vin blanc et clairet, Carloix, II, 10. On fera une cousture, en cueillant et comprenant du processus du peritoine tant profondement qu'il en soit retressi, Paré, VI, 15. L'on cueillira les noisilles ou avelaines devant qu'elles aient grené, De Serres, 860. Livres auxquels on peut cueillir quelque plaisir, Nuits de Straparole, ép. t. I, p. 2. Quant il vit l'englois qui tel orgueil demena, il cueilly force et hardement, et prist en soy grant air, et proposa de illec vivre ou mourir où il conquerroit honneurs, Menard, Hist. de du Guesclin. p. 232, dans LACURNE. La Cypris de sa main cueut trois pommes dorées, Baïf, Œuvres, p. 186, dans LACURNE.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « cueillir »

(Xe siècle) Du latin colligere (« recueillir, rassembler » → voir con- et legere). L’infinitif cueillir doit son radical aux formes accentuées de l’ancienne diphtongue -ue- issue de \ɔ\ ouvert dont la prononciation a évolué jusqu’à \œ\ (pour un exemple semblable voir cor qui a fait cuer en ancien français puis cœur), et sa terminaison -ir à une réfection analogique (d’après le parfait coilli).
Source : Wikitionnaire

Wallon, code ; namurois, coude ; Berry, quillir (prononcé ki) ; provenç. coillir, cuelhir, culhir ; catal. cullir ; espagn. coger ; portug. colher ; ital. cogliere ; du latin colligere, de col, cum, et legere, recueillir. Les formes en ir sont irrégulières, et proviennent d'une transformation de colligere en colligire ; du reste, la conjugaison suit colligere, et non colligire : je cueille, cólligo ; il cueille ou, anciennement, il queut, cólligit ; au futur, je cueillerai (cueiller-ai), et non cueillir-ai, qui s'est dit cependant au XVIe siècle et au XVIIe. « À la cour tout le monde dit cueillira et recueillira ; à la ville tout le monde dit cueillera et recueillera ; et, cela présupposé, que s'ensuit-il autre chose, sinon que cueillira et recueillira est comme il faut parler ? », Vaugelas, Rem. t. II, p. 885. L'usage a prononcé pour cueillerai, qui suit la conjugaison de colligĕre, contre cueillirai qui suit la conjugaison de colligīre. Dans certaines provinces on dit cueiller, de la 1re conjugaison.

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « cueillir »

Phonétique Prononciation
\kœ.jiʁ\
Québec (populaire) : \kœ.jɪ(ː)ɾ\
Québec (Montréal) : écouter « cueillir [kœ.jiːʁ] »
France (Vosges) : écouter « cueillir »
France (Lyon) : écouter « cueillir »
France (Toulouse) : écouter « cueillir »
Canada (Shawinigan) : écouter « cueillir »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « cueillir »

Source : Google

Traductions du mot « cueillir »

Langue Traduction
English pick
German pflücken
Spanish elija
Portuguese escolher
Italian scegliere
Dutch kies
Polish wybór
Russian выбрать
Source : DeePL

Synonymes de « cueillir »

Antonymes de « cueillir »