Divaguer

verbe intrans

Définitions de « divaguer »

Trésor de la Langue Française informatisé

DIVAGUER, verbe intrans.
A.− Emplois concr., rare
1. [Le suj. désigne un animé] Errer çà et là. (Quasi-) synon. vaguer :
1. « Il s'engagea dans un escalier de fer qui montait vers les étages, ouvrit une porte, trouva un corridor, se perdit dans un labyrinthe, échoua dans un autre escalier exactement pareil au premier (...) il divaguait dans les coulisses de l'hôtel. » Simenon, Pietr-Le-Letton,Paris, éd. Fayard, 1931, p. 104.
Spéc., DR. Errer sans surveillance. Laisser divaguer un furieux (Ac.1835, 1878).,,Ceux qui laissent divaguer des fous ou furieux étant sous leur garde, ou des animaux malfaisans ou féroces (...) encourent une amende depuis six francs jusqu'à dix francs inclusivement`` (St-Edme, t. 31825).
2. [Le suj. désigne un inanimé]
a) HYDROGRAPHIE. [Le suj. désigne un cours d'eau] Sortir de son lit pour couler ailleurs. Quand un cours d'eau a cessé de divaguer, on dit qu'il est à l'état de régime (Lapparent, Abr. géol.,1886, p. 27).
b) P. anal. Avoir un tracé sinueux. Sentier qui divague. La vallée s'ouvrait largement divaguait entre les contreforts des monts (Genevoix, Éva Charlebois,1944, p. 89).
B.− Au fig.
1. [Le suj. désigne une pers.]
a) Parler ou écrire (sur un ou plusieurs sujets successivement) en laissant libre cours à son imagination, au hasard du cheminement de l'esprit. Divaguer sur les arts; se donner le temps de divaguer. On apprend tant de choses sur un homme, dans un lit! Bien plus qu'en l'obligeant à divaguer pendant des semaines sur un divan (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 76):
2. Le père Alta devint le canevas de parlage qu'elles brodèrent d'incroyables insinuations et d'indescriptibles calomnies. (...). Chaque femme divaguait sur ce moine, selon sa fêlure romanesque ou perverse. Péladan, Le Vice suprême,1884, p. 228.
b) Tenir des propos privés de bon sens, dire des absurdités. Divaguer complètement; divaguer à haute voix. (Quasi-)synon. dérailler, déraisonner, extravaguer, radoter.Nos élites à la page, nos gens avertis, nos bourgeois aux idées très larges, n'ont pas conscience de divaguer (Aymé, Confort,1949, p. 89)
3. M. Lavoine (...) continuait de divaguer. Il arrêtait parfois Suzanne au milieu de l'escalier et lui murmurait à l'oreille : « Je peux vous affirmer, mademoiselle, que, malgré les récits des voyageurs, la température de l'enfer n'excède pas 60 degrés centigrades... ». Duhamel, Chronique des Pasquier,Suzanne et les jeunes hommes, 1941, p. 227.
SYNT. Divaguer continuellement, dangereusement, doucement, sérieusement; divaguer toute la journée; divaguer à propos, en parlant de qqc.; commencer à, de divaguer; recommencer à divaguer; partir, se prendre à divaguer.
c) Spéc. Émettre sous l'effet de la maladie, de l'ivresse et généralement dans un état inconscient des propos incohérents. Malade, fou qui divague. Synon. délirer.Pensant qu'il [Méhoul] divaguait dans l'ivresse du rhum, elle [La Méhoule] ouvrit la fenêtre et la porte d'entrée (Aymé, Rue sans nom,1930, p. 203).Sa fillette Jacqueline la soignait. Toutes les nuits, elle divaguait, frappait, voulait poursuivre la petite qui devait fuir (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 351).
2. [Le suj. désigne une faculté, ou une production intellectuelle] S'en aller dans n'importe quelle direction. Art, esprit qui divague :
4. Je veux profiter de la licence de cet écrit pour reparler (...) de l'admirable enfant qui fit partie de notre escorte (...) et ne me console pas de la négligence de Marc A. qui eût si bien pu prendre sa photographie. Elle eût retenu mon imagination de divaguer un peu, comme il advient faute de repère. Gide, Ainsi soit-il,1951, p. 1221.
Rem. On rencontre ds la docum. le subst. masc. divagateur. Personne qui divague. − Silence, ignorant présomptueux! − Taisez-vous, divagateur, escroc de l'opinion! (Arnoux, Roi d'un jour, 1956, p. 340).
Prononc. et Orth. : [divage], (je) divague [divag]. Ds Ac. 1762-1932. Étymol. et Hist. 1534 « errer en s'éloignant de » (Guill. Michel, trad. de Joseph, 192 ds Hug. : ... sans divaguer du vray); 1554 « s'écarter de son sujet » (Thevet, Cosmogr., XX, 13, ibid.). Empr. au b. lat.divagari « errer çà et là ». Fréq. abs. littér. : 175.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Verbe

divaguer \di.va.ɡe\ intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Errer.
    • Un veau échappé divague sur la route, l’œil rond, effaré, sa vignette jaune agrafée à l’oreille. — (Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2011-2015, Verdier, 2016, page 64)
    • Je n’étais qu’une âme errante qui divaguait ça et là dans la campagne pour user les jours. — (Alphonse de Lamartine, Graziella, 1852, chapitre 4)
  2. Avoir un tracé sinueux.
    • La route grimpe et divague à travers des terrains hérissés de quartiers de roches anguleuses. — (Félix Morgon, En nos pays : variations & fugues sur la nature, 1887, page 79)
    • De multiples bras couraient autour du chenal principal, apparaissant et disparaissant au gré des crues, divaguant sur des centaines de mètres de largeur. A la fin du XIXe siècle, l’Etat entreprend de rendre le cours d’eau plus navigable. — (Angela Bolis, La restauration du Rhône, un chantier sans fin pour retrouver un fleuve vivant, Le Monde. Mis en ligne le 30 août 2022)
  3. (Sens figuré) (Par analogie) S’écarter de la question, du sujet sur lequel on parle ou on écrit, laisser libre cours à son imagination.
    • M. le Chevalier, restez, s’il vous plaît, dans la question, et ne divaguez pas. — (Natalis Rosset, Le Banquet de Versailles, 1827, page 19)
  4. (Sens figuré) (Par analogie) Dire des absurdités, dérailler, déraisonner.
    • J’aime ton amour, Célio ! il divague dans ta cervelle comme un flacon syracusain. — (Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne, 1833, acte I, scène 4)
    • Comment se manifestait cette folie ? Est-ce qu’il divaguait ? est-ce qu’il parlait tout seul ? — (Henri Rochefort, Le Palefrenier, 1883, page 115)
    • Protiste en m'entendant divaguer de la sorte, il s’est fait la réflexion que je venais sûrement de retomber malade. — (Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Denoël et Steele, Paris, 1932)
    • Il craignait que je ne busse un coup de trop, que je me misse à divaguer, que je disse alors des sottises, et que nous le menaçassions de ne plus parler qu'à l’imparfait du subjonctif. — (Georges Van Houdt, Franc-math : essai pédagogique sur les structures grammaticales du français moderne, volume 3 : La proposition, Éditions Didier, 1973, page 96)
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

divaguer

(di-va-ghé) v. n.
  • 1Errer çà et là. Qu'il est dur au contraire et scandaleux d'en voir [des religieux] S'égarer chaque jour du cloître et du devoir, Divaguer en désordre et s'empresser d'affaires…, Corneille, Imit. I, 25. Le monde et ses plaisirs s'écoulent et nous gênent ; Et quand à divaguer nos désirs nous entraînent, Ce temps qu'on aime à perdre est aussitôt passé, Corneille, ib. I, 20.

    Cet emploi a vieilli ; mais on pourrait, imitant Corneille, le rajeunir comme a fait M. de Lamartine : Je n'étais plus qu'une âme errante qui divaguait çà et là dans la campagne pour user les jours, Graziella, IV, 2.

  • 2Sortir de son lit, en parlant d'une rivière.

    Terme de jurisprudence. Errer à l'abandon, en parlant des animaux malfaisants ou des fous. Laisser divaguer un fou. Ces bestiaux divaguent.

  • 3 Fig. S'écarter sans raison de son sujet. Cet homme ne suit aucun raisonnement, il ne fait que divaguer.

    On dit dans ce sens qu'un aliéné divague.

    Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DIVAGUER.
2Ajoutez : Afin de donner aux eaux un cours régulier au lieu de les laisser divaguer au hasard parmi les champs cultivés…, H. Blerzy, Rev. des Deux-Mondes, 1er juin 1872, p. 558. Au moment des crues il [un torrent] sort de ce lit instable et se promène sur l'un ou l'autre bord de ses déjections ; on dit alors qu'il divague…, ID. ib. p. 552.
4 V. réfl. Se divaguer, laisser aller sa pensée au hasard (inusité aujourd'hui). Voyez comment On se divague doucement, Et comme notre esprit agrée De s'entretenir près et loin Avec l'objet qui le recrée, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

HISTORIQUE

XVIe s. Se dissipent et divaguent par ci par là, Montaigne, t. II, p. 339, dans LACURNE.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « divaguer »

(Siècle à préciser) Du latin divagari (« errer çà et là ») → voir di- et vaguer.
Source : Wikitionnaire

Lat. divagari, de di…, préfixe, et vagari (voy. VAGUER).

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « divaguer »

Phonétique Prononciation
France (Lyon) : écouter « divaguer »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « divaguer »

Source : Google

Traductions du mot « divaguer »

Langue Traduction
English ramble
German schweifen
Spanish paseo
Portuguese divagar
Italian divagare
Dutch zwerftocht
Polish wędrówka
Russian ramble
Source : DeePL

Synonymes de « divaguer »

Antonymes de « divaguer »