FABRIQUE, subst. fém.
A.− 1. a) Vx. Construction (d'un édifice, spéc. d'une église). Fonds destinés pour la fabrique d'une église paroissiale (Ac.1798-1878).
b) P. méton. Ensemble des biens matériels d'une église paroissiale, revenus affectés à son entretien, gestion matérielle de ces biens et revenus. Fabrique paroissiale. En voyant combien cette pauvre église était dénuée, elle se promit de consacrer chaque année une somme aux besoins de la fabrique et à l'ornement des autels (Balzac, Curé vill.,1839, p. 177).La clarté jaune d'un maigre cierge, dérobé par quelque dévote à la fabrique de la paroisse (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 370).♦ Conseil de fabrique, ou p. ell., fabrique. Assemblée de clercs et de laïcs chargés d'administrer les biens d'une église. Banc, places réservé(es) à la fabrique. Les fabriques trouvent toujours de l'argent pour décorer et souvent gâter leurs monuments, et (...) s'adressent à l'État lorsqu'il s'agit de les consolider (Mérimée, Lettres Antiq. Ouest,1870, p. 150).Il [Jeufroy] attendait les membres du conseil de fabrique (...) pour l'acquisition d'une chasuble (Flaub., Bouvard,t. 1, 1880, p. 93).
2. B.-A. a) Vieilli. Construction qui orne, décore un jardin, un parc. Fabrique élégante, pittoresque. On cingla vers une rive couronnée de menues fabriques imitant des temples grecs et d'antiques tombeaux (Sand, Consuelo,t. 3, 1842-43, p. 337).Le parc de Stowe est célèbre par ses fabriques; j'aime mieux ses ombrages (Chateaubr., Mém.,t. 1, 1848, p. 522).
b) PEINT. (notamment dans la peint. académique). Ensemble des édifices, des ruines qui entrent dans la composition d'un tableau, d'un paysage. On use de l'arbre, du bosquet, des eaux, des monts et des fabriques [à l'époque de Poussin] avec une liberté toute ornementale ou théâtrale (Valéry, Degas,1936, p. 130):1. ... le paysage (...) est-il susceptible d'être agrandi par le style? Deux grands peintres français l'ont affirmé (...) Nicolas Poussin et Claude Lorrain (...). Les fabriques, c'est-à-dire les constructions dont leur paysage est orné, rappellent les peuples et les temps antiques. Ch. Blanc, Gramm. arts dessin,1876, p. 603.
Rem. La docum. atteste un emploi méton. où fabrique désigne le tableau lui-même. Les meilleures toiles de Jacques-Émile (...) voisinaient avec (...) une inoubliable fabrique de Corot (Mauriac, Journal occup., 1942, p. 345).
B.− 1. a) Vieilli. Action de fabriquer (cf. ce mot A 1). Fabrique des draps, des étoffes, des monnaies. Synon. usuel fabrication.Leurs meubles sont artistement travaillés, et presque tous de fabrique japonaise (Voy. La Pérouse,t. 3, 1797, p. 87).Il tenait à la main un beau fusil à deux coups, de fabrique anglaise (Mérimée, Mosaïque,1833, p. 51):2. Le beau-père mourut et laissa peu de chose; il [Charles-Denis-Bartholomé Bovary] en fut indigné, se lança dans la fabrique, y perdit quelque argent, puis se retira dans la campagne. Flaub., MmeBovary,t. 1, 1857, p. 5.
− Loc. adj. De fabrique. Faux, entièrement construit, inventé. Passeport de fabrique. Les premières personnes que j'aperçus (...) furent les officiers de fabrique (...) ils me proposèrent un grade de sous-lieutenant de chasseurs à cheval (Vidocq, Mém.,t. 1, 1828-29, p. 73).
− P. méton. Objet fabriqué. Les fabriques les plus splendides ne se vendent qu'à grande perte; ces brillants ustensiles, en peu d'années, ne valent plus que le fer et le cuivre (Michelet, Peuple,1846, p. 115).
b) P. anal. et au fig. (Quasi-)synon. création, invention.Vers et musique, tout était de la fabrique du comte (Sand, Consuelo,t. 3, 1842-43p. 352).Ce livre, un factum (...) n'est pas même de la fabrique du soi-disant voyageur au Congo (Sainte-Beuve, Prem. lundis,t. 2, 1869, p. 166):3. ... il n'existe pas de représentation nationale, dès que le pouvoir exécutif a dans sa main, par les gazettes, la fabrique journalière des raisonnements et des faits : par ce moyen il est autant le maître de commander à l'opinion qu'aux troupes de ligne. Staël, Consid. Révol. fr.,t. 1, 1817, p. 229.
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En mauvaise part. Maréchaux, ducs et comtes de la fabrique de Buonaparte (Delécluze, Journal,1827, p. 404).Je présente avec assurance mon passeport de sujet ottoman, fabrique du pacha d'Ismidt (Loti, Aziyadé,1879, p. 233):4. ... qu'on déclare hérétique le pape, les cardinaux, tous les catholiques (...) et qu'on adopte une nouvelle religion de la fabrique de M. Saint-Simon, à qui succèderont vingt autres fabricans de religions : beau germe de guerre civile... Fourier, Nouv. monde industr.,1830, p. 6.
− P. plaisant. Il aime la petite drôlesse, et elle l'aime en retour, ce qui est assez probable, vu qu'il est de ma fabrique, et qu'on n'en fait pas tous les jours comme ça (Soulié, Mém. diable,t. 1, 1837, p. 349).
2. P. méton. [Gén. accompagné d'un adj.] Manière dont un objet est fabriqué, dont est faite une chose (quant à sa structure, à sa construction). Objet de fabrique artistique. Nous admirons la hardiesse des voûtes, l'élancement des colonnes, en un mot la fabrique tout aérienne, pour me servir de l'expression si juste de M. Dusommerard (Mérimée, Ét. arts Moy.-Âge,1870, p. 48).−
P. anal. (Quasi-)synon. conformation, constitution.Notre condition humaine est telle, par la fabrique de notre corps, que seule l'action efface les passions, délivre le cœur, et enfin la pensée (Alain, Beaux-arts,1920, p. 339).♦ P. plaisant. et fam. Ces hommes sont (bien) de même fabrique. Sont de la même espèce, ne valent pas mieux l'un que l'autre. Eh! toi, l'affreux, ça t'plaît comme ça d'pourrir ici? Ah! ben, sans blague, t'es pas d'la même fabrique que moi (Benjamin, Gaspard,1915, p. 121).
− Au fig. C'était un de ces cœurs de fabrique trop fine qui ont besoin de l'amitié de ce qui les entoure (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 45).Le chic, mot affreux et bizarre et de moderne fabrique, dont j'ignore même l'orthographe (Baudel., Salon,1846, p. 163).
C) Vieilli (pour la grande industrie). 1. Établissement industriel qui transforme les produits semi-traités ou les matières premières en objets manufacturés destinés à être livrés au commerce. Fabrique de boutons; contremaître, ouvrier de fabrique. Les socialistes élargirent le champ de leurs observations et opposèrent la division du travail dans les fabriques actuelles à celles des ateliers du XVIIIesiècle (Durkheim, Division trav.,1893, p. 9).La plus populaire, la plus encombrée, avec ses boutiques débordantes, est la rue de Brias (...). Car toutes les fabriques sont là, voisines, dégageant à chaque sortie le flot sombre des travailleurs (Zola, Travail,t. 1, 1901, p. 14).Ziegler (...) eut l'idée en 1838 de fonder une fabrique de grès (G. Fontaine, Céram. fr.,1965, p. 141).Rem. La fabrique est née de la première révolution industrielle et repose sur le machinisme; elle succède à la manufacture* qui primitivement était un établissement utilisant surtout le travail à la main; l'usine* est un établissement spécifique de la grande industrie.
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P. métaph. ou au fig. Fabrique de cancans, de fausses nouvelles. Ce Méridional, privé de soleil, exécrait Paris qu'il nommait une fabrique de rhumatismes (Balzac, Comédiens,1846, p. 301):5. À voir ce va-et-vient d'ambulances, de taxis et de piétons enturbannés devant l'Hôpital ou empaquetés des mains, ou portant leurs bras raidis entre deux planches, ou traînant la jambe, il est facile d'imaginer qu'il y a quelque part dans la ville une fabrique de blessés et de malades. Giono, Chron.,Noé, 1947, p. 229.
− Loc. adj. De fabrique. Tout fait, stéréotypé. Elle [Marthe] aura ces mots, ces phrases de fabrique qui traînent dans le feuilleton, le livre, la pièce (Goncourt, Ch. Demailly,1860, p. 299).
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Expressions ♦
Marque de fabrique. Label apposé sur un objet par le fabricant pour en garantir la provenance et la qualité. La marque de fabrique, garantie de qualité conférée par la conscience des fabricants, n'est pas, non plus, très éloignée de l'idée du sceau (L'Hist. et ses méth.,1961, p. 394).Leurs 150 ouvriers fabriquaient des appareils à cylindre Le Coq qui devint la marque de fabrique de la maison (Disque Fr.,1963, p. 6).Au fig. Je rencontrais tous les jours une adorable petite femme, une de ces étonnantes et gracieuses créatures qui portent la marque de fabrique de Paris (Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Rouerie, 1882, p. 360).♦
Prix de fabrique. Prix de fabrication, auquel le fabricant vend un objet. Elle [Fanny] connaissait les maisons où l'on avait à prix de fabrique une batterie de cuisine complète (A. Daudet, Sapho,1884, p. 47).Rem. Dans ces 2 dernières expr., ,,il est difficile de décider si fabrique représente l'acte de fabrication ou l'établissement où l'on fabrique`` (Dupré, 1972).
2. P. méton. Le personnel, les employés d'une fabrique. Toute la fabrique s'était soulevée et le quartier aussi, et ils marchent au palais en criant : Vive Burkenstaff! (Scribe, Bertrand,1833, p. 159).À sa mort, toutes les fabriques, d'un commun accord, ont chômé (Michelet, Journal,1842, p. 473).
Prononc. et Orth. : [fabʀik]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1364 « le travail du forgeron » (G. de Machaut, Voir Dit, éd. P. Paris, 5381); 2. 1386-87 « conseil chargé d'administrer les fonds et les revenus affectés à la construction, à l'entretien d'une église » (Compte de J. Guérin, fo3 vo, A. Cher ds Gdf. Compl.); 3. début xvies. fabrice « manière dont une chose est fabriquée, fabrication » (J. D'Auton, Chroniques de Louis XII, éd. R. de Maulde la Clavière, t. 3, p. 75); 4. 1666 fabrique « établissement où l'on fabrique » (Cl. Bouterouë, Recherches curieuses des monnoyes de France, p. 376). Empr. au lat. class. fabrica « métier d'artisan; action de travailler; œuvre d'art; atelier ». Spéc. en lat. médiév. « la construction et l'entretien des bâtiments d'une église » (556-561 ds Nierm.). Fréq. abs. littér. : 644. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 892, b) 984; xxes. : a) 1 109, b) 787. Bbg. Archit. 1972, p. 21, 180. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 134, 265. − Ritter (E.). Les Quatre dict. fr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 420.
FABRIQUER, verbe trans.
A.− [Le compl. désigne un objet matériel] 1. Faire, réaliser (un objet), une chose applicable à un usage déterminé, à partir d'une ou plusieurs matières données, par un travail manuel ou artisanal. Il raccommodait ses joujoux, lui fabriquait des pantins avec du carton (Flaub., MmeBovary,t. 2, 1857, p. 201).Reverrai-je sa petite silhouette de gargouille, coiffée jusqu'aux sourcils d'un de ces calots « à la mode », qu'elle fabriquait elle-même? (Colette, Vagab.,1910, p. 21).Je veux fabriquer une fleur (...). Les autres se contentent de changer la couleur. Moi, je veux en créer une (Achard, J. de la Lune,1929, p. 8).♦
Emploi pronom. passif. Vous avez été élevé à mettre vos pieds dans la peau avec laquelle se fabriquent les portefeuilles où nous serrons les billets de commerce (Balzac, E. Grandet,1834, p. 106).réfl. indir. Lesueur, avec une vieille enveloppe, se fabriqua un cornet acoustique (Romains, Copains,1913, p. 202).−
Au fig. Tout cela c'étaient (...) des plaisanteries de beaux parleurs qui fabriquaient des mots et qui s'amusaient ensuite à croire que ces mots étaient des choses (Rolland, J.-Chr.,Adolesc., 1905, p. 247).Nous fabriquerons le nom « ambipropriété » pour désigner cet ensemble (Jolley, Trait. inform.,1968, p. 16):À notre âge, on ne fabrique plus ce vocabulaire, mots, signes, intonations, que crée, à son origine, la communion des corps et des âmes encore plastiques et adaptables, ce langage qui manquera toujours à notre routine conjugale, sclérosée. Arnoux, Algorithme,1948, p. 13.
2. a) Domaine de l'
industr.Transformer des matières premières ou semi-traitées en produits finis ou en objets manufacturés destinés à être livrés en grande quantité au commerce. Fabriquer de la porcelaine; fabriquer industriellement. (Quasi-)synon. manufacturer, produire, usiner.Les obus explosifs sont fabriqués avec des disques en acier (Alvin, Artill.,Matér., 1908, p. 209).Le lait est (...) ramassé par des laiteries industrielles qui fabriquent du beurre, du fromage, du lait en poudre (Wolkowitsch, Élev.,1966, p. 180).Abraham Darby (...) aurait vers 1709 employé le premier du coke dans un haut fourneau, essentiellement pour fabriquer de la fonte. Le nouveau procédé ne serait devenu vraiment industriel qu'en 1735-1740 (Hist. des techn.,1978, p. 710 [Encyclop. de la Pléiade]).− Emploi pronom. passif. Les papeteries d'Angoulême, les dernières où se fabriqueront des papiers avec du chiffon de fil (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 116).
− Absol. Tout manquait, et on ne fabriquait plus (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 197).
− Avec une valeur factitive. Faire exécuter un travail par quelqu'un, par des ouvriers dans une fabrique. Le beau-père (...) avait gagné près de quatre millions en trente ans à fabriquer des uniformes pour les armées du grand Empereur (Goncourt, Journal,1886, p. 603).
b) P. anal. [Le compl. désigne une pers. considérée en tant que produit] − Créer. Au commencement des commencements (...) le N'Gakoura des blancs prit ce qu'il avait de mieux sous la main et en tira les blancs. Ensuite, il ramassa leurs déchets pour en fabriquer les sales nègres (Maran, Batouala,1921, p. 69).
− P. plaisant. Enfanter. Toutes ces filles, éreintées de fatigue, qui étaient encore assez bêtes, le soir, pour fabriquer des petits, de la chair à travail et à souffrance (Zola, Germinal,1885, p. 1242).Elle fabriqua ensuite, presque coup sur coup, deux enfants (Camus, Exil et Roy.,1958, p. 1630).
− Former. Des professeurs dont l'enseignement consiste dans un dressage mental. Ils fabriquent des gagneurs de prix, comme des saltimbanques fabriquent des acrobates (Bourget, Crit. et doctr.,1912, p. 13).L'expérience avait pour but de « fabriquer » des champions de tennis (Gilb.1971).
3. [Le suj. désigne un organisme] Produire naturellement. Synon. générer.La moelle des os se met à fabriquer les éléments cellulaires qui achèvent la régénération du sang (Carrel, L'Homme,1935, p. 237).− Emploi pronom. réfl. Le protoplasme (...) substance capable de se fabriquer elle-même aux dépens des aliments que lui fournit le milieu extérieur (J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 24).
4. Fam. [Implique un jugement défavorable sur l'activité de qqn] Synon. de faire (cf. ce mot II A 2b).On ignorait ce que le ménage pouvait fabriquer là-dedans (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 109).Dites-moi, vous, ce que vous fabriquiez sur cette route à cette heure-là? (Queneau, Pierrot,1942, p. 183).−
[Dans une prop. interr., notamment pour marquer l'impatience] Qu'est-ce qu'il fabrique? Qu'est-ce qu'il fabrique? Vlà près d'dix minutes que j'attends (Courteline, Gaîtés esc.,1886, III, 1, p. 37).Rem. La docum. atteste fabricoter, verbe trans. Faire quelque chose de difficilement identifiable. La salle de café était déserte. Presque : la patronne fabricotait quelque chose derrière la caisse (Queneau, op. cit., p. 175).
B.− P. anal. et au fig. 1. [P. oppos. à la création originale ou spontanée] a) [Le compl. désigne une œuvre d'art, des écrits, etc.] Péj. Composer au moyen de procédés, de techniques. Fabriquer un roman, un tableau, une tragédie. La recette plaisante que de Maistre indique pour fabriquer un livre de Port-Royal rappelle la méthode que donne Pascal (...) pour confectionner une nouvelle opinion probable (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 3, 1848, p. 178).− Emploi pronom. passif. Il serait facile de savoir comment la Comédie-Française se procure le petit acte ou la petite pièce de vers d'usage (...). Cela se fabrique sur mesure et doit être livré à jour fixe (Zola, Nos aut. dram.,1881, p. 34).
−
Absol. Il [Corneille] ne créait plus; il fabriquait (Taine, Philos, art,t. 1, 1865, p. 18).Rem. La docum. atteste un ex. où le compl. désigne le comportement d'une pers. Leur seul souci [des écrivains mondains], c'était le personnage qu'ils se fabriquaient et la réussite de leur carrière (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 267).
b) [Le compl. désigne un discours, un événement relaté, un affect] Créer, inventer (de toutes pièces) par un travail d'imagination. Fabriquer un sentiment, un souvenir. Les évêques fabriquaient des légendes (Dupuis, Orig. cultes,1796, p. 325).Je ne peux pas fabriquer du bonheur avec cette heure trop belle, parce que mon amour est mort et que je lui survivrai (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 536).Rem. La docum. atteste un ex. avec un compl. datif. C'est lui Victor qui a imaginé de vous fabriquer cette soi-disant cousine (Kock, Compagn. Truffe, 1861, p. 76).
Emploi pronom. réfl. indir. Je me forge des peines. Il en est tant de réel [sic]! Faut-il encore s'en fabriquer!!! (Napoléon Ier, Lettres Joséph.,1796, p. 26).♦ [Le suj. désigne un sentiment] Et l'amour, comment fabrique-t-il cette jalousie qui, en retour, lui ajoutera le désir d'enlever Odette à tout autre? Et comment, délivré de ce désir, va-t-il de nouveau fabriquer de la tendresse? (Sartre, Être et Néant,1943, p. 217).
2. [Le compl. désigne des choses destinées à tromper, à faire illusion] Créer, inventer; produire. Fabriquer un faux. Après avoir tué sa fille la prostituée, il descend jusqu'à fabriquer de fausses lettres pour la faire supposer vivante (Musset, Revue des Deux-Mondes,1833, p. 495).
3. Pop. Voler, tromper. Synon. faire, refaire.Mais il [M. de Mariolles] n'a pas beaucoup perdu, et j'ai veillé aussi à ce qu'on ne le fabriquât pas jusqu'à l'os (Toulet, Tendres mén.,1904, p. 186).J'ai vu des copains. Ils sont tous d'avis qu'on est fabriqué (...). Il y a cent rois. Dès qu'on parle de république, il en sort de tous les côtés (Giono, Bonh. fou,1957, p. 457).Rem. La docum. atteste a) Fabriqué, ée, part. passé en emploi adj. Qui est faux, qui manque de naturel. Écriture fabriquée; papiers fabriqués; sourire fabriqué. Elle [Élisabeth] est tellement fabriquée; sa cravate, sa voix, la manière dont elle tape sa cigarette contre la table, tout est fait exprès (Beauvoir, Invitée, 1943, p. 57). Son allure [de Proust] n'était pas fabriquée, comme celle de Montesquiou, véritable automate de Vaucanson (Morand, Eau sous ponts, 1954, p. 44). Emploi subst. à valeur de neutre. Je me fous de la Bible, dit-il encore (...). Ce ton direct, agressif mais mesuré, indifférent au scandale des mots, portait sa marque. Impossible d'y séparer la part du spontané et du fabriqué (Abellio, Pacifiques, 1946, p. 323). b) Fabricable, adj. La machine Callioppe (...) réglée sur des normes de construction mécanique et non plus sur des règles de grammaire, fournirait des modèles dialectiques de machines fabricables (Couffignal, Mach. penser, 1964, p. 120). c) Fabricative, adj. Méthode qui a (...) l'avantage de rejoindre les techniques fabricatives (Gds cour. pensée math., 1948, p. 395).
Prononc. et Orth. : [fabʀike], (je) fabrique [fabʀik]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 1remoitié du xiies. favricherent li peccheur « élaborer de manière à tromper, ourdir » (Psautier d'Oxford, éd. Fr. Michel, Psaume 128, 3 [« fabricaverunt peccatores »]); 2. fin xiies. fabricher « faire, confectionner quelque chose à partir d'une matière première, par un travail manuel ou artisanal » (Cantique des Cantiques, éd. C. E. Pickford, 480); 3. a) 1604 fabricant subst. « personne qui fabrique des produits commerciaux » (Documents hist. inédits, III, 165 ds R. Hist. litt. Fr. t. 12, p. 693); b) 1690 fabriquer « transformer les matières premières en objets manufacturés destinés au commerce » (Fur.); 4. 1828 « faire par des procédés, par l'imitation, une œuvre qui devrait être créée, sentie » (Sainte-Beuve, Tabl. poés. fr., p. 157). Empr. au lat. class. fabricare « façonner, confectionner, fabriquer » (cf. forger). Fréq. abs. littér. Fabriquer 1 410. Fabriqué : 653. Fréq. rel. littér. Fabriquer : xixes. a) 1 384, b) 1 777; xxes. : a) 2 607, b) 2 288. Fabriqué : xixes. : a) 563, b) 809; xxes. : a) 1 731, b) 821. Bbg. Chautard (É). La Vie étrange de l'arg. Paris, 1931, p. 515, − Pauli 1921, p. 97 (s.v. fabriqué). − Sain. Lang. par. 1920, p. 215, 415.