Frotter

verbe

Définitions de « frotter »

Trésor de la Langue Française informatisé

FROTTER, verbe.

A.− Emploi trans.
1. Passer un corps sur un autre en appuyant. Frotter qqc. à, contre, sur qqc. Elle frotte ses mains contre ses jambes (Claudel, Violaine,1892, IV, p. 541):
1. − Eh bien! dit Rocambole, rallume ta bougie. Zampa tira des allumettes de sa poche, en frotta une sur le mur et l'approcha du flambeau éteint. Ponson du Terr., Rocambole,t. 5, 1859, p. 310.
En partic. Mettre deux corps en contact par un mouvement différent, souvent inverse. Il frotta deux cailloux, en arracha des étincelles, qu'il approcha du gril placé à gauche de la proue (Maurras, Chemin paradis,1894, p. 127).
2. Soumettre un corps au contact d'un autre qui est en mouvement. Aladin frotte sa lampe, et se procure ainsi toutes sortes de biens (Alain, Propos,1931, p. 999).Je polirai patiemment cette chair fine, je la frotterai, je la raclerai, je l'userai jusqu'à l'os (Sartre, Mouches,1943, III, 1, p. 86):
2. le président. − Florence est née le 8 janvier. À minuit. On a dû la frotter toute la nuit pour qu'elle vive. Elle était toute noire. jérôme. − On l'a bien frottée. Il n'en reste vraiment rien. Giraudoux, Cantique des Cantiques,1938, 2, p. 32.
Gén. en emploi abs., arg. Fréquenter l'autre sexe, avoir des rapports intimes avec quelqu'un. À quinze piges la môme Nénette frottait déjà depuis longtemps (Simonin, Simonin ill.,1957, p. 141).,,Transformer en jeu lascif les contacts que ménage la danse, de cavalier à cavalière`` (Simonin, Pt Simonin ill. par l'ex., Paris, Gallimard, 1968).
Loc. fig.
Se frotter les mains. Jubiler, se réjouir. Hé! Hé! dit le roi. Il se frottait les mains, il riait de ce rire intérieur qui fait rayonner le visage (Hugo, N.-D. Paris,1832, p. 500).
Se frotter le museau*.
Se frotter les yeux. Être ébahi, marquer un vif étonnement. Frotte-toi les yeux, comme je me les frotte, et demande-toi où nous serions si chaque royaliste intelligent, dans chaque localité, eût tenu ma conduite rationnelle, réservée, sans adulation comme sans faiblesse (Lamart., Corresp.,1832, p. 252).
Frotter les oreilles, les côtes à qqn. L'admonester sévèrement, le châtier. Je vais lui frotter les oreilles, à ton mari, dit M. Blampignon; c'est un galopin qui, si l'on n'y prend garde, te mettra sur la paille (France, Île ping.,1908, p. 375).
3. P. ext.
a) Nettoyer, rendre plus propre en frottant.
[Le compl. d'obj. dir. désigne une chose] Frotter du linge, frotter le parquet. Les servantes en sabots blancs, en bonnets volants, en caracos d'indienne, qui fourbissaient les escaliers et frottaient les carreaux (Du Camp, Hollande,1859, p. 15).Ils astiquent déjà leur mousqueton, et je te crache, et je te frotte (Audiberti, Quoat,1946, 1ertabl., p. 21):
3. Elle [Gervaise] venait d'étaler une chemise sur la planche étroite de la batterie, mangée et blanchie par l'usure de l'eau; elle la frottait de savon, la retournait, la frottait de l'autre côté. Zola, Assommoir,1877, p. 388.
P. ell. Frotter un appartement. ,,Frotter le parquet d'un appartement`` (DG).
[Le compl. d'obj. dir. désigne une (partie d'une) pers.] Puis elle frotta ses flancs et elle tendait la peau pour aller au fond des plis de graisse. Elle y passait le torchon, au bout de son doigt, comme dans des rainures. Elle frotta ses cuisses rousses (Giono, Gd troupeau,1931, p. 49).
b) Enduire par frottement.
[Le compl. d'obj. dir. désigne une chose] Kolb assis sur un ais frottait son pain avec une gousse d'ail (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 568).Ils [les Carthaginois] frottèrent le bord des boucliers avec de l'huile pour faciliter le glissement des flèches (Flaub., Salammbô,t. 2, 1863, p. 148).
Spéc., PEINT. Enduire la toile d'une légère couche de peinture presque transparente. Pour retoucher la Vénus qui était trop jaune, frotté les ombres surtout et presque toutes les parties avec laque jaune et laque rouge (Delacroix, Journal,1851, p. 431).
[Le compl. d'obj. dir. désigne une pers. ou une partie d'une pers.] Le divin vieillard trempe un peu de coton dans une huile consacrée; il en frotte les tempes d'Atala (Chateaubr., Génie,t. 2, 1803, p. 256):
4. Fils de Werther et arrière-neveux de Faublas (...), nous nous rendons amoureux du premier joli petit nez qui passe, surtout s'il est frotté de poudre de riz. Arène, J. des Figues,1870, p. 104.
c) Vx, pop. Donner des coups à quelqu'un, lui administrer une sévère correction. Depuis le dernier match de « la crosse » où son équipe [de Sam], − la rouge − avait frotté les gars de Salmon Arm (Genevoix, Match à Vancouver,1942, p. 193):
5. Si vous aviez franchement secondé la France, très probablement l'Autriche n'eût pas tiré l'épée; si elle eût voulu la guerre, unis à vous, nous l'aurions frottée d'importance. Mérimée, Lettres E. Ellice,1870, p. 451.
B.− Emploi pronom.
1. [Le suj. désigne un animé hum.] Se frotter avec, de qqc.
a) Se laver, s'essuyer. Avant de changer le petit, Mouchette se frotte les joues avec le chiffon de grosse toile (Bernanos, Mouchette,1937, p. 1300).
b) Se frictionner, oindre son corps. Quelques milliers d'hommes braves et fiers, (...) qui causent d'affaires publiques, passent leur journée aux gymnases, (...) se lavent, se frottent d'huile (Taine, Voy. Ital.,t. 1, 1866, p. 60).Ayrton se déshabilla et se frotta de graisse, de manière à moins souffrir de la température de l'eau, qui était encore froide (Verne, Île myst.,1874, p. 429).
Au fig.
Se frotter à qqc.Avoir des relations, des contacts avec quelque chose. Il avait reçu quelque instruction, s'était frotté aux idées nouvelles (Sandeau, Mllede La Seiglière,1848, p. 9).
Se frotter de qqc.Se teinter superficiellement de quelque chose. Ceux qui sont devenus savants en se frottant de sociologie belge (Sorel, Réflex. violence,1908, p. 66).
Se frotter à, avec qqn.Fréquenter assidûment quelqu'un (pour s'imprégner de sa pensée, de sa culture, pour bénéficier de son expérience ou de ses faveurs) :
6. Il [M. Toutin-Laroche] s'était fait l'inséparable du baron Gouraud; il se frottait à lui, avec l'idée vague que cela lui porterait bonheur. Zola, Curée,1872, p. 395.
2. [Le suj. désigne un animé ou un inanimé] Se frotter à, contre qqn ou qqc.
a) [Le suj. désigne une chose] Passer contre quelque chose ou quelqu'un dans un contact plus ou moins appuyé. À l'endroit où le fleuve avait pu se frotter contre les arbres durs (Giono, Chant monde,1934, p. 235).
b) [Le suj. désigne un animé] Passer son corps ou une partie de son corps contre quelque chose ou quelqu'un. Elle caressa la chatte, qui vint aussitôt se frotter contre sa jupe, la queue en l'air (Zola, Joie de vivre,1884, p. 814).
P. ext.
Se frotter à qqn, à qqc.S'attaquer à quelqu'un de dangereux, se mêler d'une affaire qui comporte des risques. Il vaut mieux ne pas s'y frotter. Elle lui avait répondu d'un œil si colère et avec un sourire tellement froid, que la bonne femme ne s'y frotta plus (Flaub., MmeBovary,t. 1, 1857, p. 75).
Proverbe (et devise de la Lorraine dont le chardon est l'emblême). Devise de René II : Non inultus premor. « Qui s'y frotte s'y pique ou Je me revanche. » (Barrès, Cahiers,t. 8, 1910, p. 220).
Arg. Se caresser, avoir des rapports intimes. Et maintenant, si vous voulez vous frotter, vous deux, frottez, moi je m'en fous, je suis en bois d'arbre (Giono, Baumugnes,1929, p. 121).
C.− Emploi intrans. Produire un frottement. Une des cages d'extraction frottait au passage, sur une longueur de plus de cinq mètres (Zola, Germinal,1885, p. 1526).Ses épaules, en glissant, frottent contre le mur (Pourrat, Gaspard,1931, p. 297).
Le parquet, le pas de porte et toute matière frottable (Arnoux, Écoute,1923, p. 55).Un coup de pointe donné maladroitement à la lettre sur le côté de la frotterie (Maire, Manuel biblioth.,1896, p. 277).Voici le sens de la frotterie, la force de corps, le cran de fonderie (Civilis. écr.,1939, p. 6-16).Connaissez-vous le jeu de frotte-nombril? (Goncourt, Journal,1884, p. 365).Les danseurs de bals blancs « godelureaux » et « frotte-parquets » s'essaient au large salut horizontal, dit « salut en bataille » imité de Boni (Morand, 1900,1931, p. 21).Assez farfouillé, frottaillé (Arnoux, Zulma,1960, p. 165).Du monde mal approprié et qui se liche et se pelote et se frottaille l'épiderme des uns contre les autres (Goncourt, Journal,1893, p. 399).À frotailler des caraques, des putes de bonne aventure (Arnoux, Rhône,1944, p. 360).Et vos roucoulements, vos frottaillements, vos blancs de l'œil renversés (Arnoux, Solde,1958, p. 55).
REM. 1.
Frottable, adj.Que l'on peut frotter. Le parquet, le pas de porte et toute matière frottable (Arnoux, Écoute,1923, p. 55).
2.
Frotterie, subst. fém.,impr. Opération consistant à ébarber les caractères typographiques après leur fonte. Un coup de pointe donné maladroitement à la lettre sur le côté de la frotterie (Maire, Manuel biblioth.,1896, p. 277).Voici le sens de la frotterie, la force de corps, le cran de fonderie (Civilis. écr.,1939, p. 6-16).
3.
Frotte-allumettes, subst. masc.Instrument sur lequel on frotte une allumette pour l'enflammer (v. allume-feu).
4.
Frotte-nombril, subst. masc.,fam. et trivial. Action de se frotter à une autre personne « nombril contre nombril ». Connaissez-vous le jeu de frotte-nombril? (Goncourt, Journal,1884, p. 365).
5.
Frotte-parquet, subst. masc.,p. plais. Danseur. Les danseurs de bals blancs « godelureaux » et « frotte-parquets » s'essaient au large salut horizontal, dit « salut en bataille » imité de Boni (Morand, 1900,1931, p. 21).
Prononc. et Orth. : [fʀ ɔte], (il) frotte [fʀ ɔt]. Enq. : /fʀot/ (il) frotte. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1121-34 « passer à plusieurs reprises et en appuyant un corps sur un autre » (Ph. de Thaon, Bestiaire, 778 ds T.-L. : E ses cornes froter); b) ca 1175 « exercer un frottement pour nettoyer quelqu'un, frictionner » ici pronom. (B. de Ste-Maure, Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 3556 : [s'i ert...] Lavez e frotez e baigniez); 1604 « id. (en parlant d'une chose) » (Montchretien, R. d'Ecosse, p. 102 ds IGLF); c) 1205-50 « enduire, imprégner par frottement » (Renart, éd. Martin, br. XIII, 1019); d) ca 1275 « heurter, rencontrer quelque chose » (Adenet Le Roi, Beuve de Commercy, éd. A. Henry, 3038); [1213 s'entrefroter en parlant d'écus (Faits des Romains, éd. Flûtre et de Vogel, p. 531, ligne 21)]; d'où 2. xiiies. « battre quelqu'un » (d'apr. FEW t. 3, p. 787 a); cf. 1456-67 (Cent Nouvelles Nouvelles, éd. F. P. Sweetser, XXXVIII, 68). Orig. incertaine; on admet gén. une orig. commune pour les types en -oi- (froitier), -e- (frétiller*) et -o- (qui existent aussi en Italie), qu'on ramène à un lat. frĭctare (fréq. de fricare « frotter, polir, étriller ») attesté tardivement (viies. Hisperica famina ds FEW t. 3, p. 787 a). Fréq. abs. littér. : 1 194. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 837, b) 2 214; xxes. : a) 2 346, b) 1 765.
DÉR.
Frot(t)ailler,(Frotailler, Frottailler) verbe trans.Synon. péj. de frotter.Assez farfouillé, frottaillé (Arnoux, Zulma,1960, p. 165).Arg. (Se) frot(t)ailler. Du monde mal approprié et qui se liche et se pelote et se frottaille l'épiderme des uns contre les autres (Goncourt, Journal,1893, p. 399).À frotailler des caraques, des putes de bonne aventure (Arnoux, Rhône,1944, p. 360).Rem. On relève ds la docum.
frot(t)aillement,(frotaillement, frottaillement) subst. masc.Action de (se) frottailler. Et vos roucoulements, vos frottaillements, vos blancs de l'œil renversés (Arnoux, Solde,1958, p. 55).
[fʀ ɔtaje]. Aucune transcr. ds les dict. Cf. -aille. 1reattest. 1893 fam. ici pronom. (Goncourt, loc. cit.); du rad. de frotter, suff. -ailler*. Fréq. abs. littér. : 1.
BBG. − Chautard (É). La Vie étrange de l'arg. Paris, 1931, p. 376.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Verbe

frotter \fʁɔ.te\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se frotter)

  1. Passer une chose sur une autre à quelques ou plusieurs reprises, en appuyant, en pressant.
    • Je m’apprête à allumer la lampe. Je frotte une allumette. Elle ne prend pas, le phosphore s’écaille, elle se casse. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    • Pour enlever les taches qui peuvent être faites sur les doigts avec le désensibilisateur, il suffit de les frotter avec un tampon d’ouate imbibé d’acétone. — (Agenda Lumière 1930, Paris : Société Lumière & librairie Gauthier-Villars, page 385)
    • Frotter fort, doucement.
    • Se frotter les yeux.
    • Frotter deux pierres l’une contre l’autre.
    • Se frotter avec la main.
  2. (Sens figuré) Être en relation superficielle.
    • Se frotter à quelqu’un, avoir commerce, communication avec quelqu’un.
    • Se frotter à la bonne société.
    • Se frotter aux savants, aux artistes.
    • Ne vous frottez pas à ces gens-là : vous n’aurez qu’à y perdre.
    • Il s'est frotté de grec et de latin, il n’en a qu’une connaissance superficielle.
  3. Être en relation opposée, tendue.
    • Roland avait, depuis le berceau, ce que nos grands-mères appelaient le diable au corps, ce que nous appellerions nous la bougeotte névrotique, un besoin viscéral de se frotter à tous les interdits, […]. — ('Francis Renaud, Justice pour le juge Renaud : Victime du gang des lyonnais ?, Éditions du Rocher, 2011, chap. 8)
    • Qu'il sonne à la porte, il se frotterait à Papa, essuierait une bordée de hurlements, car mon père, en sioniste fanatique, abhorrait tout ce qui ressemblait de près ou de loin à la Diaspora comme les gardeuses d'oie, les pogroms et les marieurs. — (Amir Gutfreund, Pour elle, volent les héros, traduit de l'hébreu par Katherine Werchowski, NRF/Gallimard, 2015)
    • Se frotter à quelqu’un, s’attaquer à quelqu’un, le provoquer, le défier.
    • Ne vous y frottez pas, je ne vous conseille pas de vous y frotter, etc. se dit lorsqu’on veut dissuader quelqu’un de faire une chose que l’on croit dangereuse pour lui.
    • Il n’y a pas moyen de se fâcher. Ma mère ne s’y frotte pas et sent que le terrain lui manque. — (Jules Vallès, L’Enfant, G. Charpentier, 1889)
    • (Proverbial) (Sens figuré) Qui s’y frotte, s’y pique : Se dit en parlant de quelqu’un qui ne se laisse pas attaquer impunément.
  4. Oindre, enduire, en frottant.
    • On lui frotta le bras avec du baume, avec de l’huile.
    • Les athlètes se frottaient d’huile avant de lutter.
    • Se frotter à l’eau de Cologne.
    • Frotter le parquet d’un appartement
  5. (Peinture) Appliquer une légère couche de couleur sur celle qui fait le fond d’un tableau.
  6. (Sens figuré) (Familier) Battre, frapper, maltraiter.
    • On l’a frotté comme il faut, frotté d’importance.
    • Frotter les oreilles à quelqu’un.
    • Il me charge de lui frotter les oreilles.

frotter intransitif

  1. Se dit d’une chose qui passe, qui glisse sur une autre ou contre une autre, en exerçant quelque pression.
    • Une des roues frottait contre la caisse de la voiture.
    • La veille de Noël, pendant la nuit, je fus réveillé par un bruit de chaîne frottant contre des écubiers. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
  2. (Sens figuré), (Vieilli) Parler de, porter sur.
    • C’étaient les ouvrages qui frottaient de la cathédrale. — (Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857)
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

frotter

(fro-té) v. a.
  • 1Passer une chose sur une autre en appuyant. Frotter avec la main. Frotter un métal avec de l'émeri. La Montagne : Accordez-moi du moins, par grâce singulière, De frotter ce chapeau qu'on voit plein de poussière. - Éraste : Frotte donc, puisqu'il faut que j'en passe par là, Molière, Fâch. I, 1. J'ai beau frotter mon front, j'ai beau mordre mes doigts, Boileau, Sat. VII.

    Absolument. Figaro : Je ne sais ce qui m'est entré dans l'œil. - Bartholo : Ne frottez donc pas, Beaumarchais, Barb. de Sév. III, 12.

    Se frotter les yeux, passer sa main sur ses yeux quand on se réveille pour écarter les paupières et rendre la vue plus nette ; et fig. Être surpris, étonné. Villeroy arriva à Marly, où tout le monde se frotta les yeux en le voyant et ne se pouvait persuader que ce fût lui, Saint-Simon, 96, 21.

    Se frotter les mains, frotter ses mains l'une contre l'autre, pour les nettoyer, les réchauffer, etc. et fig. se réjouir. Et vous, monsieur Rigaudin, vous frottez-vous toujours les mains quand on se querelle ? Picard, Maison en loterie, sc. 11. Mais le plus heureux des maris, En quittant sa couchette, Demain se pavanera, Et les mains se frottera, Béranger, Célib. 2.

    Familièrement. Frotter son nez, intervenir là où l'on n'a que faire. Viens, viens frotter ton nez auprès de ma colère, Molière, le Dép. IV, 4.

  • 2Enduire avec de la cire ou quelque autre chose semblable. Frotter des chaises, un parquet avec de la cire.

    Particulièrement. Nettoyer le parquet, étendre de la cire avec une brosse. Frotter un appartement.

    Absolument. Ce domestique sait frotter.

  • 3Faire des onctions. On lui frotte les bras avec du baume, avec de l'huile.

    Particulièrement. Faire des frictions. Une femme qui me dorlotera et me viendra frotter quand je serai les, Molière, Mar. forcé, 2.

  • 4 Terme de peinture. Appliquer une légère couche de peinture sur celle qui fait le fond du tableau, de manière qu'on puisse la voir à travers.
  • 5 Terme de marine. Frotter la toile à voile, y former des plis distincts.
  • 6Battre, maltraiter, rosser. Si quelque voisin vous afflige Et pense vous inquiéter, Vous aurez de quoi le frotter, Scarron, Virg. IV. Je veux faire le brave, et, s'il est assez sot pour me craindre, le frotter quelque peu, Molière, l'Avare, III, 6. Les deux plus grands fripons… si vous m'en voulez croire, Frottons-les comme il faut, pour venger notre gloire, Regnard, les Ménechm. II, 5. Que dites-vous de Luc [Frédéric II], qui, après avoir été frotté par mes Scythes [les Russes], veut entreprendre le siége de Dresde ? Voltaire, Lett. d'Argental, 24 oct. 1759.

    On dit de même : frotter les oreilles à quelqu'un. Jour de Dieu ! je saurai vous frotter les oreilles, Molière, Tart. I, 1.

  • 7 V. n. Se dit d'une chose qui glisse sur une autre sans exercer une pression. Ces deux surfaces frottent l'une contre l'autre.
  • 8Se frotter, v. réfl. Exercer sur soi-même un frottement. Se frotter avec la main. Se frotter contre quelque chose.

    Exercer réciproquement un frottement. Se frotter l'un l'autre.

    Fig. Fréquenter, avoir commerce avec. Il est bon de se frotter aux savants. Quand on se frotte avec les courtisans, Régnier, Sat. X. La noblesse, de soi, est bonne ; c'est une chose très considérable, assurément ; mais elle est accompagnée de tant de mauvaises circonstances, qu'il est très bon de ne s'y point frotter, Molière, G. Dand. I, 1.

    Se frotter au pilier, se disait pour signifier : prendre les mauvaises habitudes des gens que l'on hante (comme on salit ses habits en se frottant contre les piliers des appartements que l'on fréquente).

    Fig. S'attaquer à quelqu'un, entreprendre certaines choses. Quelle foule ! je n'ai garde de m'y aller frotter, et j'aime mieux entrer des derniers, Molière, Impr. I, 3. Ce bon prince, après avoir vu ma réponse, dit : j'ai mon compte, je ne m'y frotte plus, Rousseau, Conf. VIII.

    Ne vous y frottez pas, je ne vous conseille pas de vous y frotter, se dit quand on veut dissuader quelqu'un de faire une chose dangereuse pour lui.

  • 9S'enduire, se frictionner. Les athlètes se frottaient d'huile avant que de lutter. Frottez-vous de pommade, mangez et dormez, Voltaire, Cand. 7.

    Fig. Prendre une légère connaissance de. Se frotter de latin.

  • 10Se frotter, se battre l'un contre l'autre. Cependant avec moi viens prendre à la maison Pour nous frotter…, Molière, Dép. am. v, 4.

HISTORIQUE

XIIe s. Ganor rien nule n'asseüre, Frote ses dois, frote ses mains, Gautier D'Arras, Ille et Galeron. Si tost cum il s'i ert plungez, Lavez et frotez et baigniez…, Benoit de Sainte-Maure, II, 1391.

XIIIe s. Quant s'esveilla, si out la vue, Ki cler veet avant, perdue ; Il frote frunt e oilz e buche, Édouard le confesseur, v. 2916. [Elles] La frotent et eschaufent, de cuer, soigneusement, Berte, XLVII. Une herbe avoit en s'aumosniere, …Renart en a moult tost frotée Toute sa chiere et nerciée [noircie], Et tout son cors delivrement, Ren. 22997. Toute voiz trouva l'en par les quatre plungeurs que au froter que nostre nef avoit fait ou sablon, en avoit bien osté quatre taises du tyson sur quoy la nef estoit fondée, Joinville, 283. Qui fort se cuide et sage gart soi en tous costés ; Car si tost com tiex [tel] cuers s'est à pechié frotés, S'en est aucunes fois tous li plus assotés, Et qui le plus envis en puet puis estre ostés, J. de Meung, Test. 1834.

XVe s. Chier frere, ne vous en doubtez, Que François nous ne devons craindre ; S'i venent, i seront frotez, Myst. du siége d'Orléans, p. 607.

XVIe s. Et de ce bouquet s'estant frotté les yeulx, elle recouvra la veue, Montaigne, I, 203. La journée de Sainct Barthelemy, où les compagnons furent pris endormis et frottez à dire dont venez vous, Sat. Mén. Harangue d'Aubray. Le seigneur d'Andelot blessa le general en la main, et enfonça sa bourguignotte à tels coups d'espée, que le general ha confessé plusieurs fois depuis en bonne compagnie qu'il ne fut en sa vie si bien frotté, Beaugué, Guerre d'Escosse, II, 5. Il trouvera des gens à qui parler là-bas, et faut qu'il ne s'y frotte sa mitaine, Brantôme, Cap. fr. t. III, p. 373, dans LACURNE. Et voulurent les dits Anglois surprendre Onfleur, auquel lieu ils furent bien frottés, Condé, Mém. p. 693.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « frotter »

Origine incertaine [1] ; on admet une origine commune avec frétiller, frictionner qu’on ramène à un latin *frictare, de fricare (« frotter, polir, étriller »).
Source : Wikitionnaire

Berry, fretter, ferter ; provenç. fretar ; espagn. frotar, flotar ; ital. frettare. Le berrichon paraît faire la transition entre frotter du français et les formes qui ont l'e, et il appuie Diez, qui donne à tous ces mots le même radical, latin frictum, frotter ; admettant en même temps que l'espagnol frotar est emprunté au français. Ce qui a peut-être facilité le changement de l'i ou e en o, c'est l'ancienne forme froier, frotter, de fricare.

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « frotter »

Phonétique Prononciation
France (Paris) : écouter « frotter [fʁ̥o.te] »
France : écouter « frotter »
France (Massy) : écouter « frotter »
Suisse (Genève) : écouter « frotter »
France (Toulouse) : écouter « frotter »
France (Vosges) : écouter « frotter »
France (Lyon) : écouter « frotter »
France (Paris) : écouter « frotter »
(Région à préciser) : écouter « frotter »
France (Hérault) : écouter « frotter »
Suisse (Lausanne) : écouter « frotter »
France (Metz) : écouter « frotter »
France (Cesseras) : écouter « frotter »
canton du Valais (Suisse) : écouter « frotter »
Mulhouse (France) : écouter « frotter »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « frotter »

Source : Google

Traductions du mot « frotter »

Langue Traduction
English rub
German reiben
Spanish frotar
Portuguese esfregar
Italian strofinare
Dutch wrijven
Polish pocierać
Russian руб
Source : DeePL

Synonymes de « frotter »

Antonymes de « frotter »