Humilier

verbe trans

Définitions de « humilier »

Trésor de la Langue Française informatisé

HUMILIER, verbe trans.

A. − [Le suj. désigne l'agent]
1. Faire apparaître quelqu'un (dans tel ou tel de ses aspects) comme inférieur, méprisable, par des paroles ou des actes qui sont interprétés comme abaissant sa dignité. Synon. rabaisser; anton. exalter, glorifier, louer.Humilier qqn dans sa fierté. On l'a humilié. Il a été bien humilié (Ac.). Sa fille et lui (...) ne savaient qu'inventer pour humilier et torturer cet impotent d'où venait leur malheur (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Hérit., 1884, p. 510).Nous sommes des fonctionnaires! mais on nous humilie. Dans les Q.G., on nous fait nettoyer et enlever les ordures (Barbusse, Feu,1916, p. 129) :
1. aïescha : Je te défends de m'appeler Aïescha! mon père m'appelait Lucena. C'est pour m'humilier que tu me donnes mon nom arabe, n'est-ce pas? pour me montrer que tu me méprises? Lenormand, Simoun,1921, 2etabl., p. 11.
[Avec un compl. indiquant le moyen] Le comte m'humilie par ses plaisanteries, il plaisante même au conseil (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 432).Claudine m'humilie d'un regard traînant par-dessus l'épaule : − Êtes-vous gourde, Annie! (Colette, Cl. s'en va,1903, p. 47) :
2. Ils étaient six jeunes gens (...) réunis pour fêter l'arrivée d'un « pays » qu'ils humiliaient en lui frappant dans le dos ou sur le ventre... Hamp, Marée,1908, p. 55.
[Le compl. désigne un trait de caractère] Humilier l'orgueil, la fierté, l'audace de quelqu'un (Ac.).
Emploi pronom. réfl. S'humilier devant un inférieur. Suite de tableaux dans lesquels Venise force Frédéric Barberousse à s'humilier devant Alexandre III (Michelet, Journal,1838, p. 271).Il a maintenant traversé ces malheurs auxquels sont condamnées les natures supérieures (...) contraintes de s'humilier sous les médiocrités (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 328) :
3. Quand je me suis réconcilié avec ma mère, j'ai frotté son parquet pour m'humilier avec les gestes d'une autre caste... Jacob, Cornet dés,1923, p. 98.
RELIG. Faire preuve d'humilité (v. ce mot A 1) dans son corps ou son esprit. Humilier son esprit devant Dieu (Ac.). [Le contraste] (...) de cette belle créature [la Madeleine] dans la fleur de la jeunesse et de la santé, de ces vieillards et de ces hommes faits, en présence desquels elle ne craint pas d'humilier sa beauté et de confesser ses erreurs (Delacroix, Journal,1856, p. 115).
Emploi pronom. réfl. Quiconque s'humilie sera exalté (Ac.).
2. Littér., rare. Faire apparaître quelque chose comme méprisable par des actes ou des paroles. Il défiait, il méprisait la guerre dont il secouait le carcan, la guerre que ces deux femmes venaient d'humilier par leur double cri (Arnoux, Nuit St-Avertin,1942, p. 125).
B. − [Le suj. désigne le moyen]
1. Faire apparaître quelqu'un (dans tel ou tel de ses aspects) comme inférieur, méprisable en abaissant sa dignité. Synon. rabaisser; anton. enorgueillir, glorifier.Cet affront l'a humilié; cela a humilié son orgueil. La différence qu'il établissait entre l'abbé Barthomeuf et moi m'humiliait (Bourget, Disciple,1889, p. 139).Tout cela, loin de l'humilier par sa mesquinerie, l'enorgueillissait (Montherl., Songe,1922, p. 69) :
4. Il était encore en retard. Cette attente l'humiliait : « Quelle honte d'errer ainsi, comme une coupable! Je ne reviendrai plus »... Chardonne, Épithal.,1921, p. 94.
Emploi pronom. réfl. La sagesse humaine s'humilie devant les hautes leçons de la destinée (Hugo, Han d'Isl.,1823, p. 314).L'instant où cette force et cette fierté s'humilieront, où l'amazone se sentira femme et pressée par un homme, sera un des plus beaux instants de l'histoire humaine (Larbaud, Barnabooth,1913, p. 279).
2. Littér., rare. Faire apparaître quelque chose comme méprisable. Musidara avait récemment emménagé (...) une de ces garçonnières à eau chaude (...) à pièce unique, propre à humilier nos chancelants immeubles du vieux Passy (Colette, Fanal,1949, p. 176).
Prononc. et Orth. : [ymilje], (il) humilie [ymili]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1remoitié xiies. « rendre humble, conscient de sa faiblesse, mortifier (ds un but d'édification relig.) » (Ps. Cambridge, éd. F. Michel, XXXIV, 14 : jeo humiliowe en jeünie le meie aneme); 2. id. « abaisser, confondre (ds un but hostile) » (ibid., LIV, 20 : e humilierat eals, qui jugierre est). Empr. au lat. chrét.humiliare « abaisser, rendre humble, conscient de sa faiblesse; confondre; avilir ». Fréq. abs. littér. : 961. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 370, b) 1 262; xxes. : a) 1 229, b) 1 501.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Verbe

humilier \y.mi.lje\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’humilier)

  1. Abaisser en rendant plein d’humilité.
    • Dieu humilie les superbes.
    • Humilier son cœur, son esprit devant Dieu.
    • Humiliez-vous devant les décrets du ciel.
    • Un cœur qui s’humilie.
    • Quiconque s’humilie sera exalté.
    • « Humilie-moi ; je mérite tous les mépris. Je meurs d’amour et de honte. Je tombe à tes pieds, je te demande pardon, je n’ai plus d’ambition ni même d’orgueil. Dis-moi ce que tu veux que je fasse à l’avenir. Je suis à tes pieds, humilie-moi tant que tu voudras ; plus tu m’humilieras, plus tu seras humain envers moi. » — (Stendhal [Henri Beyle], Lucien Leuwen, 1834)
  2. (Par extension) Abaisser en mortifiant ou en donnant de la confusion.
    • Sa sœur jumelle, l’amateur de féeries, ne pouvait se révéler à vous que sous l’auréole du succès, sinon vous auriez été horriblement humiliée d'avoir pour nièce une littérateuse incapable de placer sa copie ! — (Claude Vela, La Jeune Fille au miroir, chapitre 4, Paris : Éditions Stella, 1949)
    • Le village lui-même fut pillé, les hommes qu’on y rencontra furent tués et les femmes humiliées. — (Amin Maalouf, Le Rocher de Tanios, Grasset, 1993, collection Le Livre de Poche, page 249)
    • La vraie raison, c’est que notre guide veut m’éviter à tout prix des sévices, des chalbaris ou quolibets qui m’humilieraient bien trop pour une faute involontaire. — (Pierre Anglade, L’Inconnu familier, 2006, page 73)
  3. Faire apparaître quelque chose comme inférieure.
    • Pourtant sa mise extrêmement soignée était beaucoup plus grave et beaucoup plus simple que celles de tous les baigneurs que je voyais à Balbec, et rassurante pour mon veston si souvent humilié par la blancheur éclatante et banale de leurs costumes de plage. — (Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Gallimard, 1919)
    • L’an dernier, « une goutte remontée au cœur », comme on disait autrefois, l’a mis en repos, avant qu’une impotence définitive ait humilié sa prestance d’homme resté mince à soixante-dix ans. — (Sidonie-Gabrielle Colette, Le Képi, Fayard, 1943 ; réédition Le Livre de Poche, 1968, page 66)
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

humilier

(u-mi-li-é), j'humiliais, nous humiliions, vous humiliiez ; que j'humilie, que nous humiliions, que vous humiliiez v. a.
  • 1Rendre humble. Humilier son cœur. Elle croyait voir partout dans ses actions un amour-propre déguisé en vertu… ainsi Dieu l'humiliait par ce qui a coutume de nourrir l'orgueil, et lui faisait un remède de la cause de son mal, Bossuet, Anne de Gonz.
  • 2Donner de la confusion, de la mortification. Moab fut humilié en ce jour-là sous la main d'Israël, Sacy, Bible, Juges, III, 30. Ne puis-je pas d'Achille humilier l'audace ? Racine, Iphig. IV, 8. Je n'ai point… Assez humilié votre orgueil téméraire, Voltaire, Orph. V, 4. Racine sentait bien son extrême supériorité sur Euripide, mais il louait ce poëte grec pour humilier Perrault, Voltaire, Dict. phil. Anciens et mod. …Mais les nièces prudentes Aiment bien mieux tromper qu'humilier leurs tantes, Lanoue, Coquette corr. II, 1. Tenez, monseigneur, n'humilions pas l'homme qui nous sert bien, crainte d'en faire un mauvais valet, Beaumarchais, Mar. de Fig. III, 5.
  • 3S'humilier, v. réfl. Avec la prép. à, condescendre humblement. J'ai obéi à mon père et à ma mère ; je leur ai cédé ; je me suis humilié à leurs volontés raisonnables ou déraisonnables, Malherbe, le Traité des bienf. de Sénèque, III, 38.

    Absolument. Se rendre humble, s'abaisser. Que celui qui s'humilie en votre présence ne soit pas renvoyé couvert de confusion, Sacy, Bible, Psaum. LXXIII, 21. Notre grand maître a eu cette vertu [l'humilité] pendant sa vie ; mais, parce qu'il s'est humilié, il faut qu'il soit glorifié après sa mort, Bossuet, Cornet. Humilions-nous devant notre Dieu d'être coupables de ce crime énorme [l'idolâtrie], Bossuet, Panég. St Victor, I. …Il croit dans sa folie, Qu'il faut que devant lui tout d'abord s'humilie, Boileau, Sat. V. Aux pieds de l'Éternel je viens m'humilier, Racine, Esth. I, 1. Vous voulez que le roi s'abaisse et s'humilie, Racine, Mithr. III, 1. Ses paupières s'en humiliaient par pudeur, Hamilton, Gramm. 7. Il s'est humilié sous la main de Dieu, Massillon, Or. fun. Louis XI.

    S'infliger des humiliations réciproques. Ils se sont tour à tour humiliés.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

HUMILIER.
3Ajoutez :

S'humilier d'une chose, en ressentir de l'humilité. Croyez-moi, le trop ou le trop peu que vous dites ne vous nuira pas devant Dieu, si vous vous en humiliez, St-Cyran, à Singlin, dans STE-BEUVE, Port-Royal, t. I, p. 458, 3e éd.

HISTORIQUE

XIIe s. De son fieu [fief] ne se daingne vers vous humelier, Rou, V. 4427. Charles le reconforte et vers lui s'umelie, Ronc. p. 197. De grant outrage faire nus hom ne monteplie [prospère], Ainz se monte et essauce qui son cuer humelie, Sax. XXXII. Li reis Henris idunc de tant s'umiliad, Que par s'umilité en plur [pleurs] tuz les turnad, Th. le mart. 161. Nostre sires est dreituriers, et humilierent sei devant nostre seignur, Rois, p. 296.

XIIIe s. Sagement s'est vers lui [le roi] Symons humiliés [a fait les salutations convenables], Berte, CXX. Quant sa mere le vit si humilié, si fu meüte [mue] en pitiet, Chr. de Rains, 222. Renart voit bien ne puet guenchir, Ne nule part ne puet foïr ; Vers son oncle moult s'umelie, Et doucement merci li prie, Ren. 7731.

XIVe s. Se comme par aventure, se ung grant segneur estoit prins et se il se humiliet devant son adversaire par paour de mort, Oresme, Eth. 49.

XVe s. Adonc le roy [Alexandre le Grand] lui mesme alla prendre le chevalier entre ses bras, et l'ayda à mener en son pavillon, et l'assit en son propre siege, et le frota devant beau feu, et l'eschauffa pour le faire revenir ; et ainsi ce noble empereur humilia la grandeur de sa majesté par pitié et misericorde, Bouciq. IV, ch. 9.

XVIe s. Nous tenons nos entendemens captifs et les humilions, à ce qu'ils n'entreprennent point de s'eslever ou gronder contre l'authorité de Dieu, Calvin, Instit. 1118.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « humilier »

(Date à préciser) Du latin humilio « se rendre humble ». Il a désormais des connotations négatives.
Source : Wikitionnaire

Provenç. humiliar, umiliar, omeliar ; espagn. humillar ; ital. umiliare ; du lat. humiliare, de humilis (voy. HUMBLE).

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « humilier »

Phonétique Prononciation
\y.mi.lje\
France : écouter « s'humilier [s‿y.mi.lje] »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « humilier »

Source : Google

Traductions du mot « humilier »

Langue Traduction
English humiliate
German erniedrigen
Spanish humillar
Portuguese humilhar
Italian umiliare
Dutch vernederen
Polish upokarzać
Russian унизить
Source : DeePL

Synonymes de « humilier »

Antonymes de « humilier »