Nage

subst fém

Définitions de « nage »

Trésor de la Langue Française informatisé

NAGE, subst. fém.

A. − [Correspond à nager I A] MAR. et SPORTS (aviron)
1. Ensemble des mouvements imprimés aux rames pour faire avancer une embarcation. Nage longue, rapide, régulière. [La Tôque] arrêta la nage en criant «Stop!» Les huit avirons sortirent de l'eau (Maupass., Contes et nouv., t.1, Mouche, 1890, p.1343).La F.F. [Fédération Française] des Sociétés d'Aviron, (...) publie de nombreux petits ouvrages d'enseignement concernant les diverses méthodes de nage, la préparation et l'entraînement (J.-A. Foex, J. Merrien, Le Monde merveilleux des sports de l'eau, Paris, Hachette, 1968, p.111):
1. Cet instrument [un harmonica] ne me quittera plus dans mes voyages et scandera la nage de mes rameurs marquisiens en suivant la côte de Nuku-Hiva... T'Serstevens, Itinér. esp., 1963, p.243.
Banc* de nage.
Barre de nage. Traverse qu'on pose sur les crémaillères, à longueur convenable pour que s'y appuient les pieds du rameur (d'apr. J. Merrien, Dict. de la mer, Paris, R. Laffont, 1958).
Dame (de nage). Trou creusé dans les bordages d'une embarcation pour recevoir l'aviron (d'apr. J. Merrien, ibid., s.v. dame).
Locutions
Allonger la nage. Donner de plus grands coups de rame. Voir Farrère, Homme qui assass., 1907, p.84.
Donner la nage. Régler le mouvement des rameurs. Ce sont les mouvements de l'aviron de celui des canotiers assis sur le banc le plus de l'arrière qui règle ou donne la nage (Will.1831).
2. [Suivi d'un compl. prép.] Forme particulière de nage.
Nage à couple. Deux avirons mus d'un seul banc par un seul ou par deux rameurs (d'apr. J. Merrien, Dict. de la mer, Paris, R. Laffont, 1958, s.v. nager).
Nage à culer*.
Nage en pointe. La nage est «en pointe» car le dernier rameur vers l'avant se trouve en pointe des autres (d'apr. Le Clère, 1960).
3. Ensemble des rameurs d'une embarcation. (Dict. xxes.).
Chef de nage. Rameur d'arrière sur les mouvements duquel les autres rameurs règlent leur cadence (d'apr. J. Merrien, Dict. de la mer, Paris, R. Laffont, 1958, s.v. nager).
B. − [Correspond à nager I B]
1.
a) [À propos d'un être vivant, animal ou homme] Action de se soutenir ou de se déplacer dans ou sur l'eau. Rien, autant que la nage, je pense, n'impose aux muscles un rythme, une harmonie, ni ne les affermit, ne les allonge (Gide, Journal, 1902, p.118).Les oiseaux dans la vie desquels la nage est une activité importante sont très nombreux et appartiennent à des familles très diverses: Plongeons, Grèbes, Pétrels plongeurs, Pélicans, Cormorans... (Cuisin1969).V. canotage ex. 2 et fou I C 2 a, Goncourt, Journal, 1889, p.962.
Loc. À la nage. En nageant ou en train de nager. Quand nous rencontrions un fleuve, nous le passions sur un radeau ou à la nage (Chateaubr., Génie, t.2, 1803, p.207).Au milieu de l'étang on apercevait le cerf à la nage suivi de quarante chiens (La Hêtraie, Chasse, vén., fauconn., 1945, p.185).Se jeter à la nage. Se jeter à l'eau pour nager. Les rats se jetèrent à la nage, traversèrent le Rhin, grimpèrent sur la tour (Hugo, Rhin, 1842, p.177).
b) GASTR. Court-bouillon aromatisé dans lequel est cuit et est servi le poisson. La nage de turbot et écrevisses au vin jaune (Le Figaro Magazine, 3 sept. 1983, p.13, col. 3).
Loc. À la nage.Crustacés, écrevisses, homard, langouste à la nage. Crustacés cuits et servis dans leur court-bouillon. Je les aime «à la nage» [les écrevisses] quand le piquant du poivre de Cayenne se fond au fumet de l'échalote et à celui de la fine champagne (G. Dormann, Mickey l'Ange, Paris, éd. du Seuil, 1977, p.134).
2. [Le plus souvent suivi d'un adj. ou d'un compl. prép. de]
a) Façon de nager propre à une personne (ou à un animal), adaptée ou non à un milieu ou à une circonstance; style personnel d'un nageur. Elle [une carpe] remontait (...) d'une nage forcenée, fonçant du nez, ouvrant la vase ainsi qu'un soc (Genevoix, Raboliot, 1925, p.21).Sa nage [d'un enfant] extraordinairement rapide était comme une danse, participant du crawl et de la mazurka (Gide, Feuillets d'automne, 1949, p.1109).
P. métaph. Des cavaliers marchaient au pas dans les champs d'une nage souple et muette (Giono, Gd troupeau, 1931, p.90).
b) [Uniquement à propos de l'homme] Type particulier de nage sportive. Exercice pratique d'une nage; nage sur le dos. La brasse, la brasse papillon, le crawl, le dos crawlé sont des nages très différentes (Lar. Méd.t.21972, s.v. natation):
2. En 1830, une seule nage régnait: la brasse. Ce n'est qu'en 1844 que le crawl fait son apparition par l'intermédiaire d'un journaliste anglais, commentant la nage de quelques Indiens venus participer à une compétition internationale. Jeux et sports, 1967, p.1566.
Nage indienne V. indien B emploi adj. b.
Nage libre. [Dans une épreuve ainsi désignée] Style de nage librement choisi par le nageur (pratiquement, le crawl). Un 100 mètres nage libre nécessite un effort intense, comparable à celui qui est fourni dans un 400 mètres en course à pied (Lar. Méd.t.21972, s.v. natation).
Quatre nages individuel. Épreuve comprenant le papillon, la nage sur le dos, la brasse, la nage libre (d'apr. P. Failliot, Dicosport, Paris, Éd. Presses Audiovisuel, 1981, p.358).
Relais quatre nages (quatre fois cent mètres). Dans une épreuve de relais quatre nages, nage libre signifie n'importe quel style de nage autre que la nage papillon, la brasse ou le dos (Petiot1982).
Juge de nage. Juge qui contrôle l'orthodoxie des styles durant les compétitions de natation (d'apr. Petiot 1982).
3. P. anal., loc. En nage. Inondé de sueur. Synon. être (tout) en eau (v. ce mot II A 1 a).Nous avons couru longtemps. J'étais épuisé, en nage et soufflant (Arland, Ordre, 1929, p.534).
Prononc. et Orth.: [na:ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1155 «action de naviguer, de ramer» a sigle e a nage (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 4259); 1160 (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 904: En la mer se mistrent es nés; En une isle pres del rivage S'en alerent trestuit a nage); 2. ca 1480 «action de nager» [floter] a nage «en nageant» (Mistere du Viel Testament, éd. J. de Rothschild et M. Picot, 22498); 1552 id. (Est., s.v. adno); 3. 1556 a nage «inondé» campagne ... toute a nage (Saliat, Hérodote, III, 117 ds Hug.); 1603 (Desportes, Ps. de David, 6, ibid.: Ma couche est à nage en mes larmes); 1640 estre tout à nage «être inondé de sueur» (Oudin Curiositez Suppl.). Déverbal de nager*. Fréq. abs. littér.: 350. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 612, b) 730; xxes.: a) 332, b) 378.

NAGER, verbe

I. − Emploi intrans.
A. − Vieilli ou MAR. et SPORTS (aviron). [Le suj. désigne une pers. ou un groupe de pers.] Faire avancer un bateau, une embarcation au moyen de rames, d'avirons. Synon. ramer.De temps en temps, il regardait derrière lui (...) puis il recommençait à tirer, d'une façon rythmée, méthodique et forte, pour montrer, une fois de plus, à ces mauvais matelots du Midi, comment nagent les hommes du Nord (Maupass.,Contes et nouv.,t.2, Champ d'oliv., 1890, p.76).Dans son rafiot de garde-pêche, (...) Chuchin remontait la Seine (...). Rien qu'à le voir nager, à sa molle façon de tenir les rames, (...) on sentait l'absence du maître (A. Daudet,Pte paroisse,1895, p.223):
1. En une minute, l'embarcation fut mise à la mer. Les deux enfants du capitaine, Glenarvan, John Mangles, Paganel, s'y précipitèrent, et elle déborda rapidement sous l'impulsion de six matelots qui nageaient avec rage. Verne,Enf. cap. Grant,t.3, 1868, p.233.
Nager à culer*, à couple, en pointe. V. nage A 2.
B. −
1. [Le suj. désigne un être vivant, animal ou homme] Se soutenir ou se déplacer dans ou sur l'eau grâce à des mouvements appropriés. Nager sur le côté, sur le dos; nager à l'indienne; nager sous l'eau. Il n'est pas aisé de ne pas quitter un cheval qui nage. L'eau vous soulève, et votre propre poids submerge l'animal à chaque instant (Sand,Hist. vie,t.3, 1855, p.356).Apprendre à nager, c'est acquérir l'habitude de réprimer des mouvements spontanés et d'en exécuter d'autres (Langlois, Seignobos,Introd. ét. hist.,1898, p.49).Une de ces mares croupies des oasis, verdâtres, où un serpent nage avec une vitesse affreuse (Montherl.,Lépreuses,1939, p.1443):
2. ... plus loin, les berges s'élargissant, on rencontrait un petit lac paisible où nageaient des truites parmi toute cette chevelure verte qui ondoie au fond des ruisseaux calmes. Maupass.,Contes et nouv.,Pte Roque, 1885, p.1018.
P. métaph. Nager dans. Ce faquin nage avec sérénité dans l'ordure liquide, en laquelle il a le pouvoir de transmuer tout ce qui l'approche. C'est le Midas de la fange (Bloy,Désesp.,1886, p.280).Il cède à cet instinct qui porte les très jeunes gens à rechercher l'amitié d'hommes en passe de réussir et à nager dans leur sillage (Mauriac,Vie Racine,1928, p.26):
3. La vie coulait à pleins bords; il y nageait avec volupté, et, entraîné par elle, il se croyait pleinement libre. Rolland,J.-Chr.,Adolesc., 1905, p.267.
Locutions
Nager comme un poisson (fam.). Nager très bien. Une foule de jeunes femmes qui plongeaient et nageaient comme des poissons, avec la plus insouciante gaieté du monde (Loti,Mariage,1882, p.262).Nager comme un fer à repasser; nager comme un chien de plomb, comme une pierre, comme une meule de moulin (vieilli). (Dict. xixeet xxes.). Aller au fond.
Nager entre deux eaux. Nager sous l'eau, près de la surface. Me glissant par un sabord, je me laissai couler dans le fleuve, puis je nageai entre deux eaux, ne respirant qu'à de longs intervalles (Dumas père, Monte-Cristo,t.1, 1846, p.649).Au fig. Se ménager deux partis opposés. Synon. louvoyer.Jean de La Faucille, le plus riche et le plus notable bourgeois, qui avait toujours servi les intérêts du comte, mais qui ne voulait pas perdre l'amour de ses concitoyens, s'était déjà retiré, et se tenait en arrière des uns et des autres, nageant, comme on disait, entre deux eaux (Barante,Hist. ducs Bourg.,t.1, 1821-24, p.175).
Au fig.
Nager avec le courant ou contre le courant (ou à contre-courant). Suivre l'opinion courante ou lutter contre celle-ci. On se rend mal compte aujourd'hui de la puissance de ce grand fleuve révolutionnaire et réformiste [de 1848]; aussi apprécie-t-on mal la force que Baudelaire dut déployer pour nager à contre-courant (Sartre,Baudelaire,1947, p.191).Pierre Mendès-France n'a jamais nagé avec le courant, c'est son honneur (Mauriac,Nouv. Bloc-Notes,1961, p.133).
Nager en grande, pleine eau*; nager dans les mêmes eaux* (que qqn) ou dans les eaux de qqn.
Nager en eau trouble. Savoir profiter d'une situation peu claire. L'article de Pichat sur lui [Hugo] est de fond honnête, quoiqu'il y eût mieux à dire; mais enfin l'intention est bonne. Cet article est probablement pour racheter ceux de Castille (dans le prochain numéro le philosophe y passera). Ces gaillards-là nagent en eau trouble (Flaub.,Corresp.,1853, p.227).
(Savoir) nager (fam.). (Savoir) se débrouiller; se tirer d'affaire en toutes circonstances, éventuellement en faisant taire ses scrupules. Les frères Standaert ont montré leur habituelle valeur. Eux aussi ont su «nager» pour se bien placer au moment psychologique (La Pédale,9 nov. 1927, p.13, col.1).Enfin, tout ça, ça étale. Je ne cherche pas à me mélanger avec l'indigène. Je fais ce qu'il faut, mais je n'en remets pas (...). Enfin je nage. Et pas mal. La question galette est tout à fait arrangée (Giono,Gds chemins,1951, p.127):
4. Si j'avais été aux sous comme toi, lui dit-il, et que j'aie eu ton instruction, j'te jure qu'ils ne m'auraient pas vu venir au rif comme ça. J'aurais demandé à suivre les cours d'officier, je serais allé passer quelques mois au camp et on m'aurait nommé sous-lieutenant au milieu de 1915. Et à ce moment-là, la guerre sera finie... À mon idée, t'as pas su nager. Dorgelès,Croix de bois,1919, p.30.
2. P. anal. (en imitant les mouvements d'un nageur), ÉQUIT. [Le suj. désigne un cheval] Jeter les pattes en dehors. (Dict. xixeet xxes.).
C. − P. anal.
1. [Le suj. désigne un inanimé] Flotter à la surface d'un liquide. Mon regard vous adore et votre belle image Erre sur mes pensers comme un liège qui nage (M. de Guérin,Poés.,1839, p.110).La cave immense et voûtée était noyée d'eau. Il y nageait des choses mousseuses, ouatées, d'un moisi blanc et vert (Van der Meersch,Invas. 14,1935, p.196).
P. métaph. ou au fig. [Le suj. désigne un corps léger, lumineux] Avoir une présence diffuse; envelopper, environner. Synon. flotter.À l'orient sombre, abandonné depuis longtemps par le soleil, nageaient des vapeurs, îles de nuages, entre lesquelles sortaient, comme du fond d'un lac, des baguettes rouges, expirante végétation de la forêt (Gozlan,Notaire,1836, p.184).La pièce, emplie des effluves d'un parfum pénétrant qui nageait autour des fourrures et des draperies claires (Gracq,Argol,1938, p.173):
5. Des plans de montagnes de toutes formes et de toutes hauteurs fuient les uns derrière les autres, laissant quelquefois entre leurs cimes inégales de hautes vallées où nage la lumière argentée de la lune... Lamart.,Voy. Orient,t.2, 1835, p.322.
2.
a) [Le suj. désigne un inanimé] Baigner, être immergé dans un liquide. Une espèce de lampion posé sur un escabeau, et dont la mèche nageait dans une graisse fétide (Dumas père, Monte-Cristo,t.1, 1846, p.95).Des moules cuites nageant dans une eau claire, au fond de grands saladiers de faïence (Zola,Ventre Paris,1873, p.784).
En partic.
Péj. [Dans un cont. culinaire] Baigner dans un liquide (une sauce, du beurre) surabondant. Un petit plat d'étain où un pilon de poulet nage dans une sauce brune (Sartre,Nausée,1938, p.146).Le ventre alourdi par des viandes trop rôties et les légumes nageant dans le beurre (Morand,P. de Saligny,1947, p.93).
P. exagér. [Le suj. désigne une pers. blessée ou morte] Nager dans son sang. Il l'avoit trouvé évanoui et nageant dans son sang (Genlis,Chev. Cygne,t.1, 1795, p.44).
P. métaph. ou au fig. Les montagnes nageaient dans une légère teinte violette qui les grandissait et les éloignait en les effaçant (Lamart.,Raphaël,1849, p.176).Sa figure est pâle comme autrefois, ses yeux nagent dans les larmes (Renan,Drames philos.,Eau jouvence, 1881, iv, 4, p.496).Il faisait chaud, et c'était bon dans ce grand air. La prairie nageait dans l'été (Pourrat,Gaspard,1930, p.304).
b) Au fig. [Le suj. désigne une pers.] Être plongé dans une situation, dans un état. Pendant que les pauvres curés de campagne avaient à peine de quoi vivre de leur petite dîme, les moines et les capucins nageaient dans l'abondance (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan,t.1, 1870, p.288).Les fonctionnaires, les colons français, les notables autochtones, avec qui je pris contact, nageaient en pleine euphorie patriotique (De Gaulle,Mém. guerre,1954, p.111):
6. ... il est inouï de penser que sur trois expéditionnaires, l'un soit fou, le deuxième gâteux et le troisième à l'enterrement. Ça a l'air d'une plaisanterie; nous nageons en pleine opérette! Courteline,Ronds-de-cuir,1893, 1ertabl., II, p.36.
SYNT. Nager dans l'allégresse, le bonheur, les difficultés, l'extase, l'incertitude, la joie, le luxe, l'opulence; nager en plein(e) horreur, intrigue, poésie, rêve, sublime.
[Sans compl. prép.] Fam. Être embarrassé; se sentir dépassé, débordé; ne savoir que faire. Synon. patauger.Le nouveau comptable nage complètement (Davau-Cohen1972):
7. Une supposition qu'avant d'aller rendre compte à l'inspecteur-chef, je prépare ma conversation mot à mot, demandes et réponses, il y aura un moment où ça ne collera plus, je nagerai. Bernanos,Mauv. rêve,1948, p.983.
3. [Le suj. désigne une pers. ou une partie de son corps] Être (très) au large dans. Les savates dans lesquelles nageaient ses pieds (Triolet,Prem. accroc,1945, p.172).Un jour elle m'a donné une belle robe à traîne mais que je n'ai jamais pu mettre. Je nageais d'dans (Cendrars,Lotiss. ciel,1949, p.38).
II. − Emploi trans.
A. − MAR. Faire avancer un bateau, une embarcation à l'aide de rames. Nos deux canots furent nagés avec la plus grande force, le cap au nord, pour nous éloigner de la passe (Voy. La Pérouse,t.2, 1797, p.170).Une norvégienne se détacha de l'ombre, nagée par quatre hommes (La Varende,Saint-Simon,1955, p.415).
B. − NATATION
1. Pratiquer une forme particulière de nage. Ce jeune garçon, là-bas, près du môle, est en train de nager le crawl (H. Bazin,Vipère,1948, p.161).
2. Parcourir une distance déterminée à la nage. Le 27 octobre 1962, l'Australienne Dawn Fraser nageait le cent mètres en cinquante neuf secondes huit dixièmes (Jeux et sports,1967, p.1303).
Je faisais des nagées en bateau sur la Tamise (Chateaubr.,Mém.,t.1, 1848, p.519).Je n'étais pas à une nagée du sein de ma mère que déjà les tourmentes m'avaient assailli. J'ai erré de naufrage en naufrage; je sens une malédiction sur ma vie, poids trop pesant pour cette cahute de roseaux (Chateaubr.,Mém.,t.4, 1848, p.170).Il a traversé ce bras de rivière en vingt nagées (Ac.1835, 1878).Vous pouvez tout d'même vous mettre à l'eau (...) vous nageotez un tout p'tit brin (Gyp,Le 13e,1894, p.46).Je suis en train de me demander s'il y a assez d'eaux à La Roque pour nageotter (Valéry,Corresp.[avec Gide], 1895, p.242).Elle [la sirène] était restée là, longtemps, nageotant sur place, dans l'eau noire, à regarder le navire et le jeune prince rêvant, accoudé au bastingage (G. Dormann,Le Bateau du courrier,Paris, Éd. du Seuil, 1974, p.142).Sous le feu des mitrailleuses arrière des internationaux, les cinq junkers repartaient vers leurs lignes, le sixième nageotant au-dessus des champs (Malraux,Espoir,1937, p.521).
Prononc. et Orth.: [naʒe], (il) nage [na:ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. A. Intrans. 1. ca 1100 «faire avancer un bateau à l'aide de rames, ramer» (Roland, éd. J. Bédier, 2631); ca 1140 «naviguer» (Geoffroi Gaimar, Estoire des Engleis, éd. A. Bell, 493: Dous nefs i ot tuit veirement, Lur veilz drescent cuntre le vent. Tant unt nagied e governez Qu'en Danemarche sunt arivez); ca 1210 (Dolopathos, 372 ds T.-L.: Toz fut li voilles desploiez; Moult par orent bon vant a droit. Tant nagierent a grant esploit C'a Rome furent repairet); 2. fig. a) 1176-81 (Chrétien de Troyes, Chevalier à la charrette, éd. M. Roques, 1570: Molt ai hui bien et droit nagié, Qu'a molt boen port sui arrivez); b) av. 1370 nager entre deux yauues «refuser de s'engager dans une voie, de prendre parti» (Jean le Bel, Chron., éd. J. Viard et E. Déprez, t.1, 1904, p.136), voir G. Roques ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg t.20 no1 1982, pp.41-42; 1916 pop. nager «être embarrassé, ne savoir que faire» (d'apr. Esn.); c) ca 1380 nager en grant joie (Jean Lefèvre, La Vieille, 150 ds T.-L.); 1620 (Malherbe, Poésies, XLIV, 27 ds Œuvres, éd. L. Lalanne, t.1, p.157: Les douceurs où je nage...); d) 1588 nager en plus grande eau «jouir d'une situation importante» (Argentré, H. de Bret., fol. 401 vods Gdf. Compl.); e) 1914 pop. savoir nager «savoir se débrouiller» (d'apr. Esn.). B. Trans. ca 1150 «conduire [quelqu'un] en bateau» (Wace, St Nicolas, éd. E.Ronsjö, 382). II. 1. Fin xiies. «se déplacer dans l'eau par des mouvements adéquats» fig. «se maintenir, ne pas sombrer» (Béroul, Tristan, éd. E. Muret4, 3428: Ge oi dire que souef nage Cil qui on sostient le menton; cf. ca 1180 Proverbe au vilain, 148 ds T.-L., s.v. nöer); 2. 1530 «[en parlant d'un inanimé] flotter sur un liquide» (Translat. prem. guerre pun., à la suite de Prem. vol. des grans decades de Tit. Liv., fol. 182b ds Gdf. Compl.); 1552 (Est., s.v. innato: Nager sur l'eaue; flotter); 3. 1552 «baigner dans un liquide» (Est., s.v. nonato: le pavé nageoit tout en vin); 1636 (Monet: les bles nagent an l'eau); 1671 (Pomey: cet homme ... nageoit dans son sang); 4. 1680 «être au large dans quelque chose» (Rich.: son pié nage en son vieux soulié). Du lat. navigare «naviguer, voyager sur mer» (d'où I). Nager a peu à peu supplanté l'a. fr. nöer «nager» (1160-74, Wace, Rou, éd. J. Holden, III, 5238; encore largement att. au xvies., Hug., au propre et au fig.), issu du b. lat. *nŏtare, forme dissimilée du class. natare «nager»; de natare, l'a. prov. nadar (xiiies., Marcoat ds Levy Prov.), l'esp. cat. port. nadar; de *notare, l'a. roum. nota (qui en atteste l'ancienneté), l'ital. nuotare. Cette nouvelle signification de nager (II) a rendu difficile l'emploi courant du verbe dans la signification primitive de «naviguer», d'où l'empr. au lat., de naviguer*. La cause de l'éviction de nöer serait sa collision homon. avec l'a. fr. nöer (< lat. nōdare), v. nouer, W. von Wartburg, Problèmes et méthodes de la linguistique, 2eéd., pp.163-166. La plupart des emplois figurant sous I A 2 sont dans la lang. mod. compris comme dér. du sens II. Fréq. abs. littér.: 1238. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 2117, b) 2349; xxes.: a) 1385, b) 1361.
DÉR. 1.
Nagée, subst. fém.a) [Correspond à nager I A] Petit déplacement en bateau à rames. Je faisais des nagées en bateau sur la Tamise (Chateaubr.,Mém.,t.1, 1848, p.519).P. métaph. Courte distance. Je n'étais pas à une nagée du sein de ma mère que déjà les tourmentes m'avaient assailli. J'ai erré de naufrage en naufrage; je sens une malédiction sur ma vie, poids trop pesant pour cette cahute de roseaux (Chateaubr.,Mém.,t.4, 1848, p.170).b) [Correspond à nager I B] Vx. Espace parcouru par le nageur à chaque mouvement simultané des bras et des jambes. Il a traversé ce bras de rivière en vingt nagées (Ac.1835, 1878). [naʒe]. Ac. 1835, 1878 nagée. 1reattest. 1668 «espace parcouru en nageant, à chaque brassée» (La Fontaine, Fables, II, 10); de nager, suff. -ée*.
2.
Nageot(t)er,(Nageoter, Nageotter) verbe intrans.,fam. Nager un peu ou savoir un peu nager. Vous pouvez tout d'même vous mettre à l'eau (...) vous nageotez un tout p'tit brin (Gyp,Le 13e,1894, p.46).Je suis en train de me demander s'il y a assez d'eaux à La Roque pour nageotter (Valéry,Corresp.[avec Gide], 1895, p.242).Elle [la sirène] était restée là, longtemps, nageotant sur place, dans l'eau noire, à regarder le navire et le jeune prince rêvant, accoudé au bastingage (G. Dormann,Le Bateau du courrier,Paris, Éd. du Seuil, 1974, p.142).P. métaph. ou au fig. Sous le feu des mitrailleuses arrière des internationaux, les cinq junkers repartaient vers leurs lignes, le sixième nageotant au-dessus des champs (Malraux,Espoir,1937, p.521). [naʒ ɔte]. 1reattest. 1868 (Littré); de nager, suff. -oter*.
BBG.Becker (K.). Sportanglizismen im modernen Französisch... Meisenheim, 1970, p.26, 322. _ Darm. Vie 1932, p.137, 168. _ Gohin 1903, p.332. _ Rothwell (W.). Sink or Swim?... Z. rom. Philol. 1976, t.92, pp.386-393.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Nom commun 1

Singulier Pluriel
nage nages
\naʒ\
Une tortue en pleine nage.

nage \naʒ\ féminin

  1. Action de nager ; manière de nager.
    • J'eus le plaisir d'y admirer miss Gertrude Ederle, Ailen Riggin et Helen Wainwright, qui vinrent faire une démonstration de plongeons et de nages modernes. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Il y a plusieurs sortes de nages. — Nage à la chien, de côté, à l’indienne, etc.
  2. Manière de se déplacer dans l'eau.
    • Pour une bonne tenue à l’hameçon, la fleurette est piquée côté peau et, avant de repasser la pointe de l’hameçon, cette languette est tordue en spirale afin d'obtenir une nage encore plus active. — (André Péjouan, Toutes les Pêches Côtières en Petit Bateau, Editions Jean-Paul Gisserot, 1997, page 117)
  3. (Marine, Sport) Action de ramer.
    • Sur chaque navire, […], les hommes amènent la vergue, la posent sur deux chevalets, ferlent la voile ; arc-boutés, ils font basculer les quatre cents kilos du mât trapu sur son emplanture, le couchent, sortent les avirons, les empoignent de leurs mains crispées par le froid, prennent la cadence de nage. Les Vikings remontent vers Rouen. — (Patrick Louth, La civilisation des Germains et des Vikings, Genève : éd. Famot, 1976, page 141)
    • Chef de nage : Celui qui se trouve à l’arrière et dirige le mouvement.
    • Bancs de nage : Bancs des rameurs.
  4. (Désuet) Action de naviguer[1].

Nom commun 2

nage \Prononciation ?\ masculin singulier

  1. Langue malayo-polynésienne parlée en Indonésie, dans l’île de Florès.
    • Quant au guide-interprète Keuth Trwamo, c’était un Malais qui comprenait et parlait une dizaine de langues ou dialectes dont le ngadha, le nage, le keo, l’ende et le palu’e et bien sûr, le javanais et l’anglais. — (Max Maxence, La Jouvence de Komodo, page 68, 2012)

Forme de verbe

Voir la conjugaison du verbe nager
Indicatif Présent je nage
il/elle/on nage
Imparfait
Passé simple
Futur simple
Subjonctif Présent que je nage
qu’il/elle/on nage
Imparfait
Impératif Présent (2e personne du singulier)
nage

nage \naʒ\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe nager.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe nager.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent du verbe nager.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe nager.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif présent du verbe nager.

Anagrammes

→ Modifier la liste d’anagrammes

  • Agen
  • Ange, Angé, ange, angé
  • Egna
  • enga
  • gane, gané
  • gêna
  • nega

Voir aussi

  • nage sur l’encyclopédie Wikipédia
  • 0 entrée en nage dans le Wiktionnaire
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

nage

(na-j') s. f.
  • 1Action de nager. La nage est un exercice salutaire. La quantité de graisse dont l'ours est chargé le rend très léger à la nage ; aussi traverse-t-il sans fatigue des fleuves et des lacs, Buffon, Quadrup. t. III, p. 36.

    On dit plus habituellement natation ; et même l'Académie ne donne nage que dans les locutions à la nage, en nage.

    À la nage, loc. adv. En nageant. [Un potage] D'où les mouches à jeun se sauvaient à la nage, Régnier, Sat. X. Il a fait passer le Rhin à la nage par cent maîtres, leur donnant ordre de charger les ennemis en queue, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 149, dans POUGENS. Le petit la Troche a passé des premiers à la nage, on l'a distingué, Sévigné, 149. Vieux bâtiment usé par tous les flots, Il [le monde] s'engloutit ; sauvons-nous à la nage, Béranger, Suicide.

    Se jeter à la nage, se jeter à l'eau pour nager.

    On a dit aussi à nage. De vos ponts commencés abandonnez l'ouvrage ; Français, ce n'est qu'un fleuve, il faut passer à nage, Corneille, les Vict. du roi en 1672. Les autres se jetèrent à nage dans la rivière, Charpentier, Éloge d'Agésilas. Je ne comprends point le passage du Rhin à nage, Sévigné, 19 juin 1672. C'est là qu'on te voit à nage Fendre les flots écumeux, Chaulieu, Ode au duc de Vend. 1715. Je l'ai laissé sauvant à nage Sur le rocher du château d'If Sa muse et tout son équipage, Chaulieu, Sur Chapelle.

    Par extension. On voit de temps en temps de grandes campagnes où le riz tout vert est à nage, Choisy, Voy. de Siam, p. 384, dans GODEFROY, Lex. de Corn. t. II, p. 67.

  • 2 Terme de marine. Action de ramer, jeu des rames.

    Donner la nage, diriger le canot, ou régler la vitesse de sa marche.

    Bancs de nage, bancs qui servent aux canotiers.

    Tente de nage, toile tendue sur une chaloupe pour abriter les rameurs.

    Bonne de nage, se dit d'une chaloupe facile à manier.

  • 3Partie d'un train de bois de flottage.
  • 4Morceau de bois du bachot où pose la platine de l'aviron, quand l'aviron est au touret.
  • 5 Familièrement. Être en nage, tout en nage, être tout trempé, tout mouillé de sueur. Harpagême revint essoufflé, tout en nage, La Fontaine, Florentin, 9. Nous sommes venus comme un trait : Emile est tout en nage ; une main chérie daigne lui passer un mouchoir sur les joues, Rousseau, Ém. V.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

NAGE. Ajoutez :
6Anciennement, se mettre en nage, commencer une navigation. Elle [Calypso] lui dit [à Ulysse] de se mettre en nage jusqu'au port des Phéaques… il se mit à nage, Racine, Lexique, éd. P. Mesnard.

C'est une vieille locution (voy. NAGE à l'historique).

ÉTYMOLOGIE

Ajoutez : Que, dans la locution être en nage, nage soit le substantif du verbe nager, cela est mis hors de doute par ces vers : Mandez partout et par terre et par nage, Que ne remaignent pour vent ne pour orage, Ne pour essoigne, fors prison et malage, Adenes, les Enfances Ogier, V. 383. Cette locution était fort usitée ; elle se trouve bien avant Adenes dans le Roman d'Alixandre, p. 513 : Mon confanon portastes et par tiere et par nage. Par nage veut dire par navigation ; mais il est si exactement opposé à par terre, qu'il signifie aussi par eau. De cette signification détournée prise par nage vient l'expression être en nage.

HISTORIQUE

XIIe s. Venir à Luque par haute mer à naje, Raoul de C. 172.

XIIIe s. Que tout par tout peüst sans nage [sans passer l'eau] Errer deseur son palefroi, Lai du conseil. Et d'autre part, se vin par nage Ne venoit, ce seroit la rage, Nouv. rec. de fabl. t. I, p. 309.

XVIe s. Se sauver à nage hors d'un esquif qui faict eau, Montaigne, II, 222. Que l'homme se debvoit pourveoir de munitions qui flottassent sur l'eau et peussent à nage eschapper avecques luy du naufrage, Montaigne, I, 277. Le desespoir tiroit ces plaintes de ma bouche ; En mes larmes desjà à nage estoit ma couche, Desportes, Tombeau de Desportes.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « nage »

(Nom commun 1) Déverbal de nager.
(Nom commun 2) Étymologie manquante ou incomplète. Si vous la connaissez, vous pouvez l’ajouter en cliquant ici.
Source : Wikitionnaire

Voy. NAGER. Quant à la locution être en nage (wallon, ête en nange ; Hainaut, ête en nache, nanger, nager), qui est singulière, Rochefort, Delatre, Mahn l'ont expliquée par être en age, c'est-à-dire être en eau, age étant une des anciennes formes de eau. Que age ait été dit pour aigue ou aige, cela n'est pas douteux ; mais on ne voit dans aucun texte que age se soit assez conservé dans le parler vulgaire pour qu'il ait donné lieu à la locution et à la confusion. Il vaut mieux y voir le mot nage. Quelques-uns disent non pas être en nage mais être à nage (voy. à l'historique l'exemple de Desportes) ; locution qui ne comporte plus age, eau. De plus le wallon dit ête en nange, là il n'y a plus de confusion entre nange et age, eau ne s'étant jamais dit ange ; et nager se dit nanger dans les patois du nord. Être à nage ou en nage, c'est proprement nager dans l'eau, et fig. être tout mouillé de sueur.

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « nage »

Phonétique Prononciation
\naʒ\
Français méridional : \na.ˈʒə\
Canada[2] : \nɑʒ\, [nɑɔ̯ʒ] Canada (Montréal) : écouter « nage [nɑɔ̯ʒ] » Canada (Québec, Mauricie, Shawinigan) : écouter « nage » Gaspésie, Nouveau-Brunswick : \naʒ\
Canada (Montréal) : écouter « nage [nɑɔ̯ʒ] »
Canada (Québec, Mauricie, Shawinigan) : écouter « nage »
Gaspésie, Nouveau-Brunswick : \naʒ\
France (Brétigny-sur-Orge) : écouter « nage »
France (Lyon) : écouter « nage »
Mulhouse (France) : écouter « nage »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « nage »

Source : Google

Traductions du mot « nage »

Langue Traduction
English nage
German nage
Spanish nage
Portuguese nage
Italian nage
Dutch nage
Polish nage
Russian nage
Source : DeePL

Synonymes de « nage »

Antonymes de « nage »