Obligé

verbe trans

Définitions de « obligé »

Trésor de la Langue Française informatisé

OBLIGER, verbe trans.

A. −
1. [Correspond à obligation B, obligatoire C; le suj. est un inanimé] Contraindre (quelqu'un) à, (le) mettre dans la nécessité de.
a) Obliger (qqn) à
α) Obliger (qqn) à + verbe.C'est une nécessité toute semblable qui nous oblige à scinder la linguistique en deux parties ayant chacune son principe propre (Saussure, Ling. gén., 1916, p.115).La stabilité de la direction et la tenue de route de la voiture ont obligé les ingénieurs à définir la position des roues avant de (...) manière rigoureuse (Chapelain, Techn. automob., 1956, p.234).La configuration du pays, son étendue et sa massiveté obligèrent, avec le plus d'évidence, à donner à la route terrestre la supériorité sur la route fluviale (P. Rousseau, Hist. transp., 1961, p.152).
Au part. passé. V. obligation A 4, ex. du Code civil.
β) Obliger (qqn) à + subst.Les manipulations que le germe subit en pépinière, où il est d'abord enfoui et puis repiqué avant d'être transplanté en station, le fatiguent, en l'obligeant à une triple reprise, à un triple départ (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p.29).Les situations concurrentielles obligent la plupart du temps le chef d'entreprise à une certaine discrétion (Univ. écon. et soc., 1960, p.22-8).
Au part. passé. Elle profite de ce qu'il est temporairement obligé à de longues absences pour se mal conduire (Vercel, Cap. Conan, 1934, p.103).
b) Obliger (qqn) de + verbe
α) Vieilli ou littér. La dette américaine, dont le ministre du Congrès demandait chaque année l'acquittement, m'obligea d'étudier le travail de mes prédécesseurs (Chateaubr., Mém., t.3, 1848, p.205).Ce fut à Paris, après que des intrigues de théâtre l'eurent obligé de quitter Riga en 1839 que Wagner put achever Rienzi (Dumesnil, Hist. théâtre lyr., 1953, p.137):
1. Voilà l'idiot que j'étais et que je fusse demeuré peut-être sans l'hémoptysie qui terrifia ma mère et qui, deux mois avant le concours de normale, m'obligea de tout abandonner. Mauriac, Noeud vip., 1932, p.27.
β) Au part. passé. À Oran comme ailleurs, faute de temps et de réflexion, on est bien obligé de s'aimer sans le savoir (Camus, Peste, 1947, p.1218).
2. [Correspond à obligation A, obligatoire A] Assujettir, lier (quelqu'un) par une prescription juridique, administrative (loi, contrat, acte donnant recours en justice). Je ne veux défendre le concordat et rester fidèle à cette politique, que tout autant que le concordat sera interprété comme un contrat bilatéral qui vous oblige et vous tient, comme il m'oblige et comme il me tient! (Gambettads Doc. hist. contemp., 1877, p.43).Le concordat passé entre le souverain pontife et le gouvernement français, comme du reste tous les traités du même genre que les états concluent entre eux, était un contrat bilatéral qui obligeait les deux côtés (Pie Xds Recueils textes hist., 1906, p.99).
Au part. passé. Les Banques sont obligées: De signaler (...) les ouvertures et les fermetures de comptes (...). De déclarer, en cas de décès d'un client, (...) le solde du compte à la date du décès (Banque1963).
Emploi pronom. réfl. S'obliger par-devant notaire (Ac.).
Emploi abs. Les lois de majorité sont lois de l'état: sans cela, elles n'obligeraient pas (Proudhon, Créat. ordre, 1843, p.45).
3. [Correspond à obligation B, obligatoire B] Lier (quelqu'un) par une prescription morale ou sociale. Comme il [l'homme] est libre, la raison ne le contraint pas, mais elle l'oblige (Cousin, Kant, 1857, p.343).Il n'aimait pas qu'on lui rendît service, parce cela l'obligeait à retourner la politesse, ce qui posait des problèmes qui le mettaient à la torture (Montherl., Célibataires, 1934, p.803).La conscience nous oblige à... (Foulq.-St-Jean1962).
Emploi pronom. réfl. Elle s'obligeait à un effort quotidien pour détourner Jean de ses projets de voyage (Mauriac, Baiser Lépreux, 1922, p.180).Plus que tout autre orateur, il [l'avocat] s'oblige à la bienséance (Wicart, Orateur, t.2, 1936, p.307):
2. Alors, elle se taisait, elle s'obligeait à ne plus écrire, dans quelque temps. Christophe ne comprenait pas les raisons de ces silences. Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1551.
Au part. passé
Se croire obligé de. Il se croit toujours obligé de m'attaquer; je suis forcé de lui répondre, ça ennuie tout le monde et moi le premier (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.212).
Rare, vieilli. Se croire obligé à. Coffe, en sachant résister à Leuwen, s'était fait aimer et, par reconnaissance, se croyait obligé à lui répondre (Stendhal, L. Leuwen, t.3, 1836, p.195).Je l'environnerai, elle, de tant de soins et d'amour, qu'elle se croira obligée à faire mon bonheur et à assurer un protecteur à son fils (Ponson du Terr., Rocambole, t.3, 1859, p.498).
Loc. proverbiale. Noblesse* oblige.
P. anal. et p. plaisant. On n'a pas eu impunément quelques ancêtres [corbeaux] à Montfaucon, noblesse de gibet oblige (Lorrain, Contes chandelle, 1897, p.33):
3. Il incline à la philanthropie. Il fonde des dispensaires. Des crèches. Noblesse obligeait. Bourgeoisie oblige. Il doit faire ce qu'il peut pour les hommes placés au-dessous de lui... Nizan, Chiens garde, 1932, p.95.
[Constr. sur le même modèle] Discrétion, fonction oblige. Et pour vous y conduire, nous vous offrons le sérieux et la gentillesse qui ont fait notre réputation. Tradition hollandaise oblige (Le Monde, 9 déc. 1977, p.5).
Rem. 1. Obliger un apprenti (vx). Engager un apprenti chez un maître, pour lui faire apprendre pendant un certain temps le métier de ce maître (d'apr. Ac. 1798-1878). 2. À l'actif on emploie de préférence obliger à + inf., obliger de + inf. étant plus usuel au passif.
B. − Littér., vieilli. [Correspond à obligation C] Obliger qqn.Rendre service à quelqu'un, lui être utile ou agréable, avoir droit à sa reconnaissance. Je lui demandai (...) quel sentiment l'avait poussé à me faire payer de si énormes intérêts, et par quelle raison, voulant m'obliger, moi son ami, il ne s'était pas permis un bienfait complet (Balzac, Gobseck, 1830, p.420).J'ai cédé, avec le désir de vous obliger personnellement, et pressé également par le consentement de M. Ch. Blanc, votre ami (Delacroix, Journal, 1849, p.252).Si vous pouviez me montrer ça tout de suite [ce que vous emporterez], ça m'obligerait (Maupass., Une Vie, 1883, p.23).
+ compl. prép. de.Monsieur le Chevalier de Saint Louis, obligez-moi de déguster ce vin; ça ne coûte rien (Fongeray, Soir. Neuilly, t.1, 1827, p.165).Puis, pour tout dire, le comte est généreux. Si vous l'obligez de ça, dit le valet en montrant l'ongle d'un de ses doigts, il vous le rend grand comme ça, reprit-il en allongeant le bras (Balzac, Début vie, 1842, p.317).
[Pour assurer qqn à l'avance qu'on lui sera reconnaissant d'un bienfait] En me rendant ce service vous n'obligerez pas un ingrat (Ac.1838-1935).
[Dans des formules de politesse] Vous m'obligerez extrêmement, infiniment (Ac.). À Georges Sand. Paris, mi-février 1872. Chère bon maître, Pouvez-vous, pour le Temps, écrire un article sur Dernières chansons? Cela m'obligerait beaucoup. Voilà (Flaub., Corresp., 1872, p.350).
Prononc. et Orth.: [ɔbliʒe], (il) oblige [ɔbli:ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. 1243 pronom. et trans. dr. «(s')engager, (se) donner comme caution» (Chartes et doc. poit. du XIIIes. en lang. vulg., éd. M. S. La Du, t.2, p.309: en avom obligé nos e totes les noz chou[s]es moubles et non moubles); 1459 part. passé subst. le principal obligé (Coutumes de Bourgogne, chap.V ds Nouv. Coutumier gén., t.2, p.1174); 1468 part. passé subst. obligé «personne liée par une obligation juridique» (Ordonnances des Rois de France, t.17, p.143: tels debteurs et obligez); 1690 obligé «acte passé entre un apprenti et un patron» (Fur.); 2. ca 1245 part. passé adj. ablégie «fortement liée, constante» (Philippe Mousket, Chron., éd. de Reiffenberg, 4976); ca 1265 obligier «lier par une obligation morale» (Brunet Latin, Trésor, éd. F. J. Carmody, III, 78, p.398); 1260-1311 pronom. «s'engager» (Auberon, éd. J. Subrenat, 1543: A vous servir voel mon cors obligier); 3. a) ca 1485 «contraindre, forcer» (Mistere Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 3670: Tous obligez sont a cecy [à mourir]); 1530 (Palsgr., p.424a: je suis obligé de le faire); 1540 (N.de Herberay des Essars, Le Premier Livre de Amadis de Gaule, éd. H.Vaganay, t.1, p.87: la raison vous oblige à dire ce que vous dictes); b)1703 mus. (Brossard, Dict. de mus., s.v. obligato: a deux violons obligez [...] Basson obligé); 1705 (ibid., s.v. fugue: fugue [...] obligée); 1757 récitatif obligé (Diderot, Entretiens sur le Fils naturel, p.165); 1768 partie obligée (Rousseau); c) 1797 part. passé adj. «imposé par l'usage, les circonstances; nécessaire, inévitable» (Chateaubr., Essai Révol., t.2, p.402: décrire [...] leur courbe obligée); 1825 en parlant de qqn (Brillat-Sav., Physiol. goût, p.390: l'intermédiaire obligé). II.a)1370-72 passif «être lié (à quelqu'un) par un lien de reconnaissance» (Oresme, Éthiques, éd. A. D. Menut, p.460: il est plus tenu et plus obligié a son bienfaicteur); 1540 part. passé adj. et subst. «(personne) redevable à quelqu'un d'un service, d'un bienfait» (N.de Herberay des Essars, op. cit., t.1, p.7 et p.66); b)av. 1378 part. prés. adj. obligant «empreint de reconnaissance» (Jehan d'Arkel [et non Jehan Le Bel], Li ars d'amour, éd. J. Petit, t.1, p.389: paroles humles et obligans); 1601 obligeant «qui a le caractère de l'obligeance» (Charron, Sagesse, l. III, chap.XI, p.616 ds Gdf.: bienfaicts [...)] plus ou moins obligeans); 1636 en parlant de qqn «qui aime à rendre service, à faire plaisir» (Monet); 1828-29 part. prés. subst. «personne qui aime à rendre service» (Raban, Marco Saint-Hilaire, Mém. forçat, t.1, p.105: le métier d'obligeant). Empr. au lat. obligare «attacher à, contre; fig.: lier, engager, obliger (par un contrat; un voeu; un bienfait, un service)», dér. de ligare «attacher, lier» au moyen du préf. ob- «devant; à cause de, pour; en échange de». Fréq. abs. littér.: 2799. Fréq. rel. littér.: xixes.: a)4195, b)2516; xxes.: a) 3343, b) 4964.

OBLIGÉ, -ÉE, part. passé, adj. et subst.

I. − Part. passé de obliger* et adj.
A. − Qui est imposé par les circonstances, les faits, dont la fonction semble nécessaire, d'usage.
1. [En parlant d'une chose]
Qu'il paraît nécessaire de faire, à quoi l'on ne peut échapper, dont on ne peut se dispenser. Synon. obligatoire, inévitable, de rigueur.Point de passage obligé. J'ai fait, outre mes livres obligés et mes articles, deux pièces en cinq actes, dont une avec prologue, qui entre demain en répétition à l'Odéon (Balzac,Lettres Étr., 1842, p.572).Malheureusement, Parme n'est guère sur la ligne des touristes. Le troupeau admiratif suit l'itinéraire obligé, Florence, Rome et Naples (Gautier,Guide Louvre, 1872, p.250).En février 1941, deux des nôtres, Hulot et Magnin, se laissèrent enfermer à dessein dans la cave où nous défilions chaque soir un à un, selon le cérémonial obligé, pour y déposer nos chaussures, que nous accrochions à des clous (Ambrière,Gdes vac., 1946, p.233).
Qui est prévisible et semble inévitable. Le salariat, enfin, postérieur à la division du travail et à l'échange, est le corrélatif obligé de la théorie de réduction des frais, de quelque manière que s'obtienne cette réduction (Proudhon,Syst. contrad. écon., t.2, 1846, p.160).Tous se promettaient notre prochaine défaite, suivie d'une chute obligée, ou d'une inévitable révolution (Chateaubr.,Mém., t.3, 1848, p.180).C'était le frère de Sylvie qui nous rejoignait avec cette bonne gaieté rustique, suite obligée d'une nuit de fête, que des rafraîchissements nombreux avaient développée outre mesure (Nerval,Filles feu, Sylvie, 1854, p.611).
BIOL. Les virus sont des parasites intracellulaires obligés (Bariéty, Coury,Hist. méd., 1963, p.726).
Fam. C'est/c'était obligé. C'est/c'était une chose inévitable. Synon. c'est forcé*, fatal*.F...: Les bateaux anglais viendront prendre le blé dans le port moscovite le plus proche de nous. L'impératrice Catherine nous en louera un. Le Maréchal: Prodigieux! Totalement prodigieux! F...: Elle nous en louera un. C'est obligé (Audiberti,Mal court, 1947, iii, p.196).Voyez-vous, monsieur Mégrin, je vais vous dire une chose: en prison, c'est presque obligé, l'homme médite (Aymé,Uranus, 1948, p.231).
2. [En parlant d'une pers.] Qui ne peut se dispenser de remplir sa fonction. Celle-ci en effet possède ainsi dans sa filiale une cliente obligée, qui fait fructifier les capitaux qu'on lui confie, ou qui apporte ceux dont momentanément elle n'a pas l'emploi (Baudhuin,Crédit et banque, 1945, p.191).
[En parlant d'éléments d'une composition picturale] Qui est d'usage. Synon. attendu, inévitable.En haut, un centurion à cheval en manteau, l'air triste, semble montrer la scène: c'est le démonstrateur obligé dans les tableaux de Rubens (Michelet,Journal, 1832, p.106).C'est toujours le personnel obligé de ces peintures mystiques: la Vierge, l'Enfant Jésus, saint Sébastien (...) sainte Catherine, et (...) le donateur (Gautier,Guide Louvre, 1872, p.82).
3. MUS. Qui ne peut être supprimé sans que soit changée la structure du passage, de la composition du morceau. Accompagnement, instrument obligé. Partie obligée (Ac. 1835, 1878). Ce morceau étant avec piano obligé je priai Seymour-Schiff (...) de l'accompagner (Berlioz,Souv. voy., 1869, p.161).Plusieurs variations [des Partite] sont faites avec pédale obligée (Pirro,J.-S. Bach, 1919, p.206).Pratique scolaire de la fugue avec ses rentrées obligées (Koechlin,Écrit. fugue, 1933, p.30).
Mouvement obligé. Mouvement ,,d'une partie harmonique qui se résout, en vertu de la présence de notes attractives, sur une note invariable de l'accord suivant`` (Brenet, Dict. prat. et hist. mus., 1926, p.276). [L'accord septième de dominante] contient deux notes à mouvement obligé, la septième, dissonance, qui doit forcément descendre, et la tierce, qui, en qualité de note sensible, doit monter (Lavignac,Mus. et musiciens, 1895, p.277).
Récitatif obligé. ,,Récitatif accompagné et coupé par les instruments`` (Ac. 1798-1878). Le récitatif obligé (...) est aujourd'hui la seule ressource qui reste aux belles voix pour toucher les coeurs (Stendhal,Rome, Naples et Flor., t.2, 1817, p.239).
B. − [En parlant d'une pers.] Qui est redevable (à quelqu'un) d'un bienfait, d'une amabilité, et qui (lui) en témoigne de la reconnaissance. Être infiniment obligé à qqn de qqc. Je vous suis fort obligé de votre attention (Ac.):
1. Il aime les ministres, et moi aussi je les aime; je leur suis trop obligé pour ne pas les aimer. Jamais je n'ai eu recours à eux, qu'ils ne m'aient rendu bonne et prompte justice. Ils m'ont tiré trois fois des mains de leurs agents. Courier,Pamphlets pol., Lettres partic., 1, 1820, p.66.
[En tant que formule de politesse, de remerciement] Rouquérolle: (...) M. le baron ne fume pas? Fourchevif: Non... Je vous serais même obligé... le tabac incommode la baronne et moi-même (Labiche,Fourchevif, 1859, xii, tabl. 3, p.416).
P. ell. Machavoine: (...) Et v'là ton billet de garde!... c'est pour demain!... Chiffonnet, prenant le billet: Merci!... bien obligé! (Labiche,Misanthr. et Auv., 1852, x, 1, p.162).
ADMIN. Je vous serais obligé de... Formule traditionnelle qui précède une demande, une instruction, un ordre et combine les deux acceptions de «inciter à» et «rendre service» (d'apr. Admin. 1972):
2. Jusque-là, je vous serais obligé de m'adresser tous renseignements et toutes suggestions qui vous paraîtraient utiles, en tenant compte naturellement du secret dont vous mesurez parfaitement bien toute l'importance. De Gaulle,Mém. guerre,1954, p.340.
II. − Substantif
A. − Personne à qui on a rendu service, qui est liée par la reconnaissance à quelqu'un. L'espion: (...) Vous m'aviez laissé la vie, je sauvai la vôtre; nous étions quittes. De ce jour où je cessai d'être votre obligé, je devins votre enthousiaste (Dumas père, Napoléon, 1831, vi, tabl. 22, 4, p.150).Il ne peut donc pas y avoir de liens de bienfaiteurs à obligés entre ceux qui portent le message évangélique et ceux qui le reçoivent (Philos., Relig., 1957, p.44-16):
3. L'idée ne me vint pas qu'on pût écrire pour être lu. On écrit pour ses voisins ou pour Dieu. Je pris le parti d'écrire pour Dieu en vue de sauver mes voisins. Je voulais des obligés et non pas des lecteurs. Sartre,Mots, 1964, p.150.
B. − DROIT
1. Vx. ,,Acte passé entre un apprenti et un maître, sous des conditions réciproques`` (Ac. 1798-1878).
2. Le principal obligé. ,,Le principal débiteur, pour le distinguer de la caution`` (Ac. 1835, 1878).
Prononc.: [ɔbliʒe]. Fréq. abs. littér.: 6368. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 13275, b) 8573; xxes.: a) 7202, b) 6828.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Adjectif

Singulier Pluriel
Masculin obligé
\ɔb.li.ʒe\

obligés
\ɔb.li.ʒe\
Féminin obligée
\ɔb.li.ʒe\
obligées
\ɔb.li.ʒe\

obligé

  1. Qui est d’usage, dont on ne peut guère se dispenser ; obligatoire.
    • Le matin était consacré à des courses à travers la ville, à quelque promenade à l’Alhambra ou au Généralife, et ensuite à la visite obligée aux dames chez qui nous avions passé la soirée. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, 1840, édition Charpentier, 1859)
    • Ainsi la télévision publique est-elle un thème de débat, une posture obligée, une rhétorique de salon qui mériterait de figurer dans les mythologies des couches cultivées. — (Monique Dagnaud, L’État et les Médias: Fin de partie, Éditions Odile Jacob, 2000)
    • C’est le compliment obligé. — La formule obligée d’une lettre, d’une pétition.
  2. Redevable.
    • Je vous suis fort obligé de votre attention, de la peine que vous avez prise.
    • Je vous suis bien obligé.
    • (Par ellipse) Bien obligé.
    • Si j’avais de l’esprit, reprit la Bête, je vous ferais un grand compliment pour vous remercier ; mais je suis un stupide, et tout ce que je puis vous dire, c’est que je vous suis bien obligé. » — (Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, La Belle et la Bête, 1756)
    • Dans les lieux de plaisir d’Occident, Galay était leur égal ; ici, quoi qu’ils fassent, ils sont les obligés d’un prince, fût-ce d’un prince en ruine. — (Marguerite Yourcenar, Archives du Nord, Gallimard, 1977, page 340)
  3. Contraint.
    • Il est obligé par le contrat de faire telle chose.
  4. (Musique) Qualifie la partie qu'on ne pourrait retrancher sans gâter l'harmonie et surtout sans détruire le chant.
    • Ouverture pour piano et violon obligé.
  5. (En particulier) Qualifie un récitatif accompagné et coupé par les instruments ; par opposition à celui qui n'est accompagné que de simples accords de piano et de basse.

Nom commun

Singulier Pluriel
obligé obligés
\ɔb.li.ʒe\

obligé \ɔb.li.ʒe\ masculin (pour une femme, on dit : obligée)

  1. Se dit à quelqu’un dont on a reçu un service.
    • Je suis votre obligé, votre obligée.
    • « C’est un aimable homme, ajouta le docteur, seulement un peu sauvage, excellent, simple et discret, qui se répand beaucoup en services, peu en paroles. Tout ce que je puis vous dire de lui, c’est que je lui connais autant d’obligés qu’il y a d’habitants dans la commune. » — (Eugène Fromentin, Dominique, L. Hachette et Cie, 1863, réédition Gründ, page 16)
    • Il ne se considérait donc comme l’obligé de personne. Les services qu’on avait pu lui rendre, il les avaient achetés et bien payés. — (Eugène Fromentin, Dominique, L. Hachette et Cie, 1863, réédition Gründ, page 132)
    • Et vous croyez que je vous ai demandé un service ; c’est moi qui suis votre obligé peut-être ? — (Hector Malot, Un mariage sous le Second Empire, 1873)
  2. (Par extension) Celui à qui on a octroyé un avantage, une faveur, et qui en est donc redevable.
    • L'instruction, qui doit se clore dans les prochaines semaines, établit que 480 000 euros de subventions versés, entre 2008 et 2010, par le conseil général de Haute-Corse [...] ont bénéficié indûment à des proches du député. Et ont permis l'entretien d'un réseau d'obligés. — (L'île de beautés judiciaires, Le Canard enchaîné, 25 mai 2016)
  3. Débiteur, celui qui apporte sa caution.
    • Le principal obligé.
    • À lire l’avocat général, on a l’impression que la nature même du droit de propriété se transforme lorsque l’État en devient le titulaire, ce qu’il exprime avec cette idée que l’État ne peut être considéré comme le « bénéficiaire » des droits fondamentaux, car il doit rester seulement leur « obligé ». — (Lionel Maurel, La propriété de l’État et le crépuscule du Léviathan intellectuel, 29 octobre 2018 → lire en ligne)

Forme de verbe

Voir la conjugaison du verbe obliger
Participe Présent
Passé (masculin singulier)
obligé

obligé \ɔ.bli.ʒe\

  1. Participe passé masculin singulier du verbe obliger.
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

obligé, ée

(o-bli-jé, jée) part. passé d'obliger
  • 1Lié par quelque chose dont on ne peut se dégager. Elle sera obligée à son vœu ; et elle accomplira effectivement tout ce qu'elle aura promis et juré, Sacy, Bible, Nombr. XXX, 45. Je me retire pour ne me voir point obligé à recevoir ses compliments, Molière, G. Dand. II, 11. Je me tiens obligé de vous désabuser, Pascal, Prov. IV. Quoique personne n'ignore les grandes qualités d'une reine dont l'histoire a rempli l'univers, je me sens obligé d'abord à les rappeler à votre mémoire, Bossuet, Reine d'Angl. Il avait créé des officiers obligés à porter du secours [en cas d'incendie], Fontenelle, Czar Pierre.
  • 2Qui est d'usage, qui est commandé par l'usage, dont on ne peut se dispenser. C'est le complément obligé.

    En musique, partie obligée, partie qu'on ne pourrait retrancher sans gâter l'harmonie et surtout sans détruire le chant. Ouverture pour piano et violon obligé. L'opposé d'obligé est ad libitum, par exemple : première symphonie de Beethoven arrangée pour le piano avec violon obligé et violoncelle ad libitum. Récitatif obligé, récitatif accompagné et coupé par les instruments, par opposition à celui qui n'est accompagné que de simples accords de piano et de basse.

  • 3Attaché par un lien de reconnaissance ; qui a une obligation. L'abbesse lui fait réponse qu'elle et ses filles se sentent infiniment obligées de ses bontés, Patru, Plaidoyer 5, dans RICHELET. Il y a des âmes basses qui se tiennent obligées de tout, et il y a des âmes vaines qui ne se tiennent obligées de rien, Saint-Évremond, dans GÉNIN, Dict. de Molière. Je vois bien que vous vous intéressez pour l'Église ; vous lui êtes bien obligée ; il y a seize cents ans qu'elle gémit pour vous, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 1. Elle [Mlle de Méri] me témoigna l'autre jour qu'elle savait en gros les malheurs de mon fils… je me tins obligée de cette curiosité, et je lui contai tout le détail de nos misères, Sévigné, 6 nov. 1680.

    Je vous suis fort obligé de votre attention, de la peine que vous avez prise, c'est-à-dire je vous suis fort redevable. Hé ! mon Dieu ! nous vous serons obligées de la dernière obligation, si vous nous faites cette amitié, Molière, Préc. 10.

    On dit souvent par forme de remercîment : je vous suis bien obligé, et, par ellipse, bien obligé.

    Bien obligé, se dit quelquefois ironiquement. Bien obligé ; Mais moi, je veux sortir, voilà la différence, Collin D'Harleville, Opimiste, V, 2.

    Substantivement. M'avoir rendue son obligée, Rotrou, Bélis. IV, 1. Lorsqu'on lui demande une grâce, c'est lui qui paraît l'obligé, Bossuet, Louis de Bourbon. De tous ses obligés l'ingratitude extrême, Collé, Dupuis et Desronais, I, 3.

    Je suis votre obligé, votre obligée, se dit à quelqu'un dont on a reçu un service.

  • 4Qui est tenu par quelque engagement de payer ou de faire. On reçoit une certaine somme en demeurant obligé pour davantage, Pascal, Prov. VIII.

    Substantivement. Le principal obligé, le principal débiteur, pour le distinguer de la caution.

  • 5 S. m. Un obligé, un acte passé entre un maître et un apprenti, sous des conditions réciproques.
  • 6 S. m. Obligé, s'est dit de ceux qui, afin de payer leur passage aux îles, engageaient leurs services pour un certain temps.
Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « obligé »

Participe passé du verbe « obliger », obligatus en latin.
Source : Wikitionnaire

Phonétique du mot « obligé »

Phonétique Prononciation
France (Nancy) : écouter « obligé »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « obligé »

Source : Google

Traductions du mot « obligé »

Langue Traduction
English required
German verpflichtet
Spanish obligatorio
Portuguese necessário
Italian richiesto
Dutch vereist
Polish wymagany
Russian требуется
Source : DeePL

Synonymes de « obligé »

Antonymes de « obligé »