S

lettre

Définitions de « s »

Trésor de la Langue Française informatisé

S, s, lettre

A. − [La lettre en tant que telle]
1. [Le caractère et la valeur phonique du caractère]
a) [Le caractère et la valeur du caractère sont considérés solidairement] Un s a dû tomber dans les formes grecques géne(s)os, etc., chaque fois qu'il se trouvait placé entre deux voyelles. (...) dans les mêmes conditions, s aboutit à r en latin (Sauss.1916, p. 15).
P. ext. [L'init. en tant que désignation d'une tranche alph. d'une nomencl.] Elle ne le cherchait pas plus à la lettre c qu'à la lettre s (Proust, Guermantes 1, 1920, p. 334).
[L'attention porte plus partic. sur la valeur du caractère] Dans les débuts de son mariage, il a fait un effort pour prononcer son nom Pâquier à la façon des Pasquiers historiques, à la façon des Normands aussi. Comme tout le monde, autour de nous, s'obstinait à marquer l's, mon père a dû renoncer à sa réforme (Duhamel, Notaire Havre, 1933, p. 17):
1. ... elle avait répété avec ravissement: « ma tante d'Uzai [pour Uzès] » avec cette suppression de l's finale (...) qui l'avait stupéfaite la veille, mais qu'il lui semblait maintenant si vulgaire de ne pas connaître... Proust, Sodome, 1922, p. 819.
En partic. [S'agissant d'un défaut de prononc.] Il prononçait les s comme des f, à la façon d'un écolier perdu dans un de ces livres anciens où les deux lettres se ressemblent. Il disait: « L'Inftitut nafional (...) » (Duhamel, Combats ombres, 1939, p. 16).− Mais, disait-il, étonné soudain, je prononce très bien les s. Suzanne éclata de rire. − Quelle assurance admirable! Si vous voulez jouer Euryale, vous devez cesser d'abord de parler comme un petit garçon (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 238).
Rem. Les formes de zézaiement évoquées résultent l'une et l'autre d'un relèvement relatif de la pointe de la langue. Le zézaiement, ou zozotement, fait partie, à un stade donné, du processus d'acquisition du lang. Il consiste dans un défaut intrinsèque du [s], comme ici, ou dans la substitution de [s] à [ʃ], ou de [z] à [ʒ]. Le défaut symétrique ou complémentaire est le chuintement, ou substitution de [ʃ] à [s]; ex. de chuintement, s.v. chuinter.
b) [Le caractère et la valeur du caractère sont considérés séparément] Dans l'alphabet grec primitif, on ne trouve pas de (...) représentations doubles d'un son unique comme « c » et « s » pour s (Sauss.1916, p. 64).
c) [L'attention porte sur le caractère] Il était tout naturel que l'employé du télégraphe eût lu les boucles d's ou d'y de la ligne supérieure comme un « ine » finissant le mot de Gilberte (Proust, Fugit., 1922, p. 656).J'ai tendance à écraser la voyelle e, et quand elle est finale, à lui mettre une sorte de petit crochet, signe d'une fausse fermeté, je pense; et cette manie de mettre des s du pluriel où il n'en faut pas (Larbaud, Journal, 1935, p. 352).
2. [Figures de la lettre, absol., ou en tant que constituant de mot. S, stéréotype de la sinuosité, au propre et au fig., et évoquant le serpent par la graphie et le son]
a) [D'après la forme du caractère] La rue étroite s'étranglait dans l'S qu'elle décrit de l'échoppe d'Andreas à l'hôtel du « Mont-Rose » (Peyré, Matterhorn, 1939, p. 59).Le signe supplée le verbe (...): un S dressé comme un serpent? Le tournant est proche! [dans le langage des panneaux de signalisation] (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 42).
Ligne en S. Ch.-A. Dufresnoy (...) avait demandé dans son Art de peindre: Que les contours tracés avec grâce et souplesse, Coulent comme la flamme en ondes s'élevant, Ou le serpent qui rampe et glisse en circulant. Hogarth crut avoir découvert, dans la ligne en S, le secret de l'harmonie et il lui consacra un traité: The Analysis of Beauty (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 168).
[Sous les formes S ou esse*, pour désigner des objets divers: crochet attachant la gourmette, contre-platine ou porte-vis d'un fusil ou d'un pistolet, dentelure dans le panneton d'une clef (ds Raymond 1832), abscisse curviligne, etc.] L'S iliaque. Portion du gros intestin précédant le rectum. (Dict. xixeet xxes.).
Au fig. Pour me fuir, il ne lui vient même pas à l'idée de marcher à travers la pelouse, il suit les méandres de l'allée. Trois S et un huit complet, voilà sa ligne droite, voilà sa ligne de déflagration dans le courroux ou le désespoir (Giraudoux, Sodome, 1943, ii, 6, p. 126).
En partic. [Évoquant l'image du serpent, du dragon] Par terre, un congre à la vie dure achevait de mourir, dessinant des spasmes en S. Un matelot racontait la fable du serpent de mer décrocheur d'étoiles (Hamp, Marée, 1908, p. 24).Le thème du double dragon, ondulant en forme d'S (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 187).Sous la table, sous la table, il y en a un! Il y a sous la table un serpent épais comme le pouce et qui dort plié en S. − C'est la longe du fouet. − C'est un serpent (Giono, Colline, 1929, p. 35).
b) [En tant que constituant de mot] Solitaire... C'est un mot à belle figure, son S en tête dressé comme un serpent protecteur (Colette, Naiss. jour, 1928, p. 34).
B. − [La lettre désigne un référent autre qu'elle-même, directement ou par abréviation, par le biais d'un signe lex. corresp.]
1. [Avec une motivation lex.]
a) [Abrév. d'une lettre; oralement, le signe lexical est restitué en entier]
S. ou St, abrév. de saint. J'ai toujours été frappé par l'ardeur des S. à se recruter des adeptes (Duhamel, Journal Salav., 1927, p. 51).
s, symb. de la seconde. Dans le cas de la lune, l'appareil télécommandé ne recevra les ordres que 1,3 s environ après leur envoi (Decaux, Mesure temps, 1959, p. 38).
S, symb. du soufre, élément chimique, et du siemens, unité de mesure.
S, abrév. de sud. Route au S 76 W [ouest] (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 58).
b) [S en tête d'abrév. de plus d'une lettre, et de sigles]
α) [Abrév. de titres; oralement les titres sont restitués en entier]
S. A. R., abrév. de Son Altesse Royale. On y rencontrait (...) S. M. George V et S. A. R. le Prince de Galles (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 223):
2. C'est depuis qu'il a sa famille que S. A. R. se sent en exil. Par délicatesse elle ne veut pas le quitter et lui ne veut pas se déguiser pour les frontières et la fuite. Pantoufles. Deux beaux-frères aux windows toute la journée, regardant les crinolines du jardin et les cerceaux d'enfants. Prisonnier sur parole et sous la main émue des hêtres à quelle destinée songe-t-il? Jacob, Cornet dés, 1923, p. 236.
S. E., abrév. de Son Eminence. S. E. le cardinal Merry del Val (Billy, Introïbo, 1939, p. 219).
S. M., abrév. de Sa Majesté. Voir S.A.R. supra ex. de Fargue.
S. S., abrév. de Sa Sainteté*.
β) [Oralement les lettres sont le plus souvent épelées, en partic. dans les sigles]
S. A., abrév. de société* anonyme.
S. A. R. L., abrév. de société* à responsabilité limitée.
S. C. J., Sacré-Cœur de Jésus, une institution religieuse. C. de Chalais, Supérieure S. C. J. (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p. 150).
S. D. N., abrév. de Société des nations. Nous sommes revenus de la guerre et nous sommes revenus des choses. Nous attendons pourtant de nouvelles fortunes. Ou bien nous réfugierons-nous dans les systèmes d'une métaphysique modeste: le radicalisme, ou la S. D. N., ou le nationalisme? (Nizan, Conspir., 1938, p. 99).
S. F. I. O., abrév. de Section française de l'Internationale ouvrière. Depuis le mois de septembre 1921, je suis inscrit au parti socialiste S. F. I. O. (Sartre, Nausée, 1938, p. 149).Depuis que la S. F. I. O. est morte ils sont obligés de jouer tous les rôles à la fois (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 172).
S. G. D. G., abrév. de sans garantie* du gouvernement.
S. M. E., abrév. de système monétaire* européen.
S. M. I. C.*
S. N. C. F.*
S. O. S.*
S. P. Q. R., abrév. de Senatus Populus Que Romanus. L'inscription: S. P. Q. R., qui n'est pas seule ici à rappeler un « triomphe » romain (Montherl., Bestiaires, 1926, p. 473).
S. S.*, abrév. de steam-ship. M. Davis, capitaine au long cours Commandant le s-s « Étoile des Mers » (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p. 31).
S. T. C. A. La S. T. C. A. - section topographique du corps d'armée (Barbusse, Feu, 1916, p. 108).
2. [P. attrib. arbitraire de la lettre; oralement, épellation]
[P. réf. à un plan, à une figure] La porte de cette pièce qui servait de loge aux Bernier était située en S (G. Leroux, Parfum, 1908, p. 80).
Arg. des écoles milit. [S désigne, dans le calendrier scolaire, le mois de décembre] Le 2 S. Cérémonie de présentation des corniches le 2 décembre (d'apr. Esn.1966).
[Par désignation prob. parodique, et par motivation secondaire: S comme style] Les aventures de l'autobus « S » [dans les Exercices de style de R. Queneau] sont bel et bien de la prose, mais qui jette sur la poésie le filet d'une syntaxe (Schaeffer, Rech. mus. concr., 1952, p. 162).[Dans les Exercices eux-mêmes, forme orth. du nom de la lettre, esse, var. de la forme littérale] L'était un peu plus dmidi quand j'ai pu monter dans l'esse (Queneau, Exerc. style, 1947, p. 77).
MATH. S, S', S''. Je sais que cette série S' est inverse de la série S et correspond à des mouvements contraires (H. Poincaré, Valeur sc., 1905, p. 107).
Prononc. et Orth.: [εs]. Élision: l's, d's, ou liaison, trois s, un s, son s, plié en s. Dans les s, la non liaison est la plus probable. Dans les abrév. et sigles: la S.D.N., mais l'S.O.S ds Peyré, Matterhorn, 1939, p. 226. Fréq. abs. littér.: 3 509. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 6 044, b) 5 477; xxes.: a) 3 682, b) 4 615. Bbg. Les Graphèmes au collège. BREF. 1980, n o22, pp. 21-34.
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Lettre

Minuscule Majuscule
s S
\ɛs\
(esse)

s \ɛs\ masculin invariable

  1. Dix-neuvième lettre et quinzième consonne de l’alphabet (minuscule).
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

s

(ès' ou se, dans l'épellation moderne) s. f. ou s. m.
  • 1La dix-neuvième lettre de l'alphabet et la quinzième des consonnes. Une S majuscule ou un S majuscule.

    Fig. Allonger les S, se disait pour faire une tromperie dans un compte ; locution qui venait de ce que les comptes se terminant par des s qui signifiaient des sols, en les allongeant on en formait des f qui signifiaient des francs.

    Fig. Faire des S, se dit d'un homme ivre qui ne marche pas droit. Æneas avec sa sagesse Pinta si bien qu'il fit mainte S, Scarron, Virg. V.

  • 2 Terme de musique. S sur les partitions signifie quelquefois solo.

    Traversé obliquement par une barre, il sert de signe de renvoi.

    S désigne aussi le tuyau d'anche du basson.

  • 3Dans la marine, S signifie sud.
  • 4S, sur les anciennes monnaies de France, indique qu'elles ont été frappées à Reims.
  • 5S. S. Sa Sainteté [le pape], ou Sa Seigneurie.

    S. E. Son Éminence ou Son Excellence.

    S. M. Sa Majesté.

    S. A. Son Altesse.

    S. H. Sa Hautesse.

    S. v. p. S'il vous plaît.

    Dans le commerce, s signifie son. S/c, son compte ; s/b, son billet.

  • 6S est la marque des bobines d'or de Lyon.
  • 7 Terme de géométrie. On appelle équation en S une certaine équation du 3e degré qui se présente dans la recherche des plans diamétraux principaux des surfaces du 2e degré.
  • 8 Terme d'anatomie. L'S iliaque, ou l'S du côlon, portion contournée en forme d'S, qui est logée dans la fosse iliaque gauche, et qui va se terminer à la partie supérieure du rectum.

REMARQUE

1. S entre deux voyelles dans le même mot se prononce comme z.

S finale se lie et prend le son de z, devant une voyelle ou une h muette. Les grands hommes, dites les gran-z hommes.

L's finale des verbes dont l'infinitif est en er ne se fait pas entendre dans la conversation à la 2e personne du singulier du présent de l'indicatif et du subjonctif. Tu aimes à rire, tu joues avec prudence, il faut que tu ailles à Paris ; prononcez comme s'il y avait aime, joue, aille. Dans les vers cette s se lie.

2. S finale est muette dans les mots trépas, tamis, avis, os, etc. Mais elle donne à l'a et à l'o le son d'un a et d'un o circonflexe.

3. Dans les mots composés avec la particule de ou et avec la particule re, comme dessus, dessous, desservir, dessouder, resserrer, ressemblant, ressort, etc. on double l's pour empêcher que l's, se trouvant entre deux voyelles, ne se prononce comme un z. Mais on n'a évité cet inconvénient que pour tomber dans un autre quant à la prononciation ; car, au lieu de donner à l'e un son fermé comme cela a lieu pour les autres consonnes doublées et ici même pour desservir, dessouder, etc. elle lui laisse le son muet : de-sus, de-sous, re-serrer, re-semblant, re-sort, etc.

4. Au contraire, dans certains mots où l's se trouve entre deux voyelles, comme dans vraisemblable, vraisemblance, on ne la double pas quant à l'orthographe, et on ne l'articule pas comme un z quant à la prononciation : vrè-semblable, vrè-semblance.

5. Toute seconde personne de l'impératif au singulier, quand elle est terminée par un e muet, comme donne, cueille, etc. prend un s euphonique et un trait d'union : 1° avec y : donnes-y tes soins, portes-y mon habit ; 2° devant en, nom abstrait de chose : donnes-en peu, cueilles-en beaucoup.

Mais l's euphonique n'est pas employée non plus que le trait d'union, si le mot en est préposition : donne en petite quantité, cueille en ma présence.

Hors de là, cette seconde personne ne prend point d's ; et Voltaire a péché contre la grammaire dans ce vers : Retranches, ô mon Dieu, des jours de ce grand roi, Ces jours infortunés qui l'éloignent de toi, Henr. VII.

6. S dans l'ancienne langue était la marque du nominatif singulier de plusieurs substantifs, et représentait l's du nominatif de la 2e déclinaison latine : dominus, li dons ou li dans ; lupus, li lous ; oculus, li oils, etc.

7. Au pluriel, l's était la marque du régime, et représentait l's latine qui caractérise le datif ou l'accusatif. C'est cette s du régime qui, dans la langue moderne où il n'y a plus de cas, est demeurée la marque du pluriel.

8. L's est la marque de la 2e personne du présent de l'indicatif, et représente l's latine : amas, tu aimes, vides, tu vois, etc.

9. Dans la langue moderne, s est devenue la marque de la 1re personne du présent de l'indicatif, excepté dans les verbes de la 1re conjugaison : je vois, j'entends, je pars, etc. C'est une faute contre l'analogie que ne commettait pas l'ancienne langue qui disait : je voi, j'entent, je part, etc. ; correctement, car le latin n'y a point d's : video, intendo, partior, etc.

10. C'est encore une faute contre l'analogie que l's à la 2e personne du singulier à l'impératif : lis, vois, entends. L'ancienne langue ne la commettait pas, disant : li, voi, entent, conformément au latin.

HISTORIQUE

XIIIe s. Une lettre saintisme est s ; Au nommer est la langue espaisse ; Sens et silence senefie, Senefiance de l'A B C, dans JUBINAL, t. II, p. 284.

XVIe s. Marchand qui avoit haussé le gantelet, et alongé les SS de son livre de raison, Des Accords, Contes de Gaulard, p. 17, dans LACURNE.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « s »

Lat. s ; grec σίγμα. Le nom de cette lettre dans la langue latine, d'après Priscien, s'énonçait par le son de l'e suivi de la consonne s ; pour représenter le même son, nous écrivons esse.

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « s »

Phonétique Prononciation
France (Paris) : écouter « s [ɛs] »
\s\ s dur et sourd lorsqu’il est initial, ou double, ou précédé ou suivi d’une autre consonne.
muet dans le suffixe marquant le pluriel -s, sauf en contexte de liaison où il est noté \z\.
Québec (Canada) : écouter « s »
(Région à préciser) : écouter « s [ɛs] »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « s »

Source : Google

Traductions du mot « s »

Langue Traduction
English s
German s
Spanish s
Portuguese s
Italian s
Dutch s
Polish s
Russian s
Source : DeePL