Souffleter

verbe trans

Définitions de « souffleter »

Trésor de la Langue Française informatisé

SOUFFLETER, verbe trans.

A. − [Le suj. désigne une pers.]
1. [Le compl. désigne les joues et, p. méton., une pers.] Donner un soufflet; frapper (quelqu'un) sur la joue avec le plat ou le dos de la main. Synon. gifler.Souffleter un enfant, un insolent, un malappris; souffleter qqn sur une joue, sur les deux joues. Le père demanda: − Sur quelle joue as-tu reçu le soufflet? − Sur la joue gauche. Le père souffleta la joue droite et dit: − Te voilà contente. Va dire à ton mari qu'il a souffleté ma fille, mais que j'ai souffleté sa femme (Hugo,Misér., t. 2, 1862, p. 331).Le gardien entra, souffleta l'homme à toute volée et ressortit en emportant le bol (Malraux,Cond. hum., 1933, p. 389).
Empl. pronom. Réciproque. Se donner des soufflets, des gifles l'un à l'autre. Deux hommes qui ne s'étaient pas contentés de se souffleter mais dont l'un, pour plus humilier l'autre, lui avait envoyé comme témoins son concierge et son maître d'hôtel (Proust,Temps retr., 1922, p. 949).Réfl. [Le suj. désigne le Christ] Se donner une gifle à soi-même. Il ne pouvait, le tout-puissant, ni se souffleter, ni se cracher à la figure, ni se flageller, ni se crucifier lui-même (Bloy,Journal, 1903, p. 151).
Empl. abs. Je ne crois pas Qu'il soit digne du peuple en qui Dieu se reflète De joindre au bras qui tue une main qui soufflette (Hugo,Voix intér., 1837, p. 222).
2. [Le compl. désigne un animal ou un inanimé concr.] Frapper vivement de la main. L'infâme Marneffe souffleta le bonnet de sa femme, et la retira violemment de la fenêtre (Balzac,Cous. Bette, 1846, p. 258).Elle souffletait la chèvre, elle dispersait les poules à coups de pied (Zola,Faute Abbé Mouret, 1875, p. 1457).
B. − P. anal. [Le suj. désigne une chose concr.] Frapper vivement, comme d'un soufflet. Lorsque la jeune femme ouvrit la porte, le battant souffleta presque sa belle-sœur (Zola,Curée, 1872, p. 577).Il marchait dans le corridor (...) et ses pantoufles souffletaient furieusement le dallage (Arnoux,Chiffre, 1926, p. 234).
En partic. [Le suj. désigne un élément atmosphérique, en partic. le vent] Souffler avec force en frappant quelque chose. Synon. cingler, fouetter.Pluie, neige qui soufflette qqc. Ces jours aux ciels bouleversés où le vent de Sienne souffletait à tours de bras les pavés secs, chassant leur poussière dans tous les sens (Larbaud,Barnabooth, 1913, p. 196).
[Le compl. désigne une pers., en partic. son visage] Souffler avec force en frappant le visage. Synon. cingler, fouetter.Bise qui soufflette le visage. Il y a des soirs sinistres où la tramontane vous soufflette à tous les coins de rues (Larbaud,Barnabooth, 1913, p. 130).Et moi, tête nue, le vent me souffletait à droite, à gauche, coup sur coup, en boxeur qui donne des crochets, me faisait osciller comme un mât, m'emportait ma cigarette de la bouche (Montherl.,Pte Inf. Castille, 1929, p. 618).Au passif. Être frappé par quelque chose. Les visages étaient souffletés par le froid (Estaunié,Empreinte, 1896, p. 323).
C. − Au fig., mod. Traiter de façon humiliante. Synon. blesser, humilier, insulter, offenser.
Souffleter qqc.Toujours prêt pour de l'or à souffleter la loi (Hugo,Voix intér., 1837, p. 370).Cet amour mal satisfait qu'on venait de souffleter si cruellement (Alain-Fournier,Meaulnes, 1913, p. 355).
Souffleter qqn
Qqc. soufflette qqn.Parole qui soufflette qqn. Ils ont souffleté Jésus en croix (...). Ce n'est pas le premier soufflet qu'il a reçu. Et nos péchés le soufflettent outrageusement tous les jours. Nos péchés l'outragent et le soufflettent tous les jours (Péguy,Myst. charité, 1910, p. 53).Un tollé furieux éclate dans la salle; des ricanements soufflettent l'avocat (Martin du G.,J. Barois, 1913, p. 385).
Qqn soufflette qqn de qqc.J'ai aimé deux êtres, Jacques et Madeleine, et ces deux êtres me soufflettent à cette heure (Zola,M. Férat, 1868, p. 238).Quand la parole lui revint, ce fut pour insulter Dieu (...) Elle avait les yeux torves; et de basses injures elle le souffletait (Rolland,Âme ench., t. 2, 1925, p. 210).
Empl. pronom. réfl. Qqn se soufflette (de qqc.).S'humilier, s'insulter soi-même (en...). Elle le prit [son livret d'enfant assistée] au fond du bahut, le feuilleta, se souffleta à chaque page de la bassesse de sa naissance, affamée d'un ardent besoin d'humilité (Zola,Rêve, 1888, p. 163).
Lu (...) la Promenade dans la Lande, de Guérin. Poésie souffletante pour MM. les poëtes de ce temps, qui ne sentiront pas le soufflet! (Barb. d'Aurev.,Memor. 3, 1856, p. 45).Le souffleteur et le souffleté se sont réconciliés (Raymond1840).Une main, passant par la croisée, lui donna sur la joue un soufflet (...) Puis la belle souffletée disparut et le souffleteur (...) se pencha sur la grille (France,Rôtisserie, 1893, p. 191).
REM. 1.
Souffletant, -ante, part. prés. en empl. adj.,vieilli, rare, au fig. Humiliant, insultant. Lu (...) la Promenade dans la Lande, de Guérin. Poésie souffletante pour MM. les poëtes de ce temps, qui ne sentiront pas le soufflet! (Barb. d'Aurev.,Memor. 3, 1856, p. 45).
2.
Souffleté, -ée, subst.Personne qui a reçu un soufflet. Le souffleteur et le souffleté se sont réconciliés (Raymond1840).V. souffleteur infra dér. ex. de France.
Prononc. et Orth.: [sufləte], (il) soufflette [suflεt]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Av. 1525 « frapper (en parlant du faucon) » (G. Crétin, Débat entre deux dames, 405 ds Œuvres poét., éd. K. Chesney, p. 109); b) 1542 [éd.] « donner un soufflet à quelqu'un » (N. de Bris, Instit. à porter les adversités du monde patiemment, Paris, f o128 v o); c) 1552 « frapper d'une manière vive, comme d'un soufflet » (Ronsard, Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 3, p. 111, 246); 2. 1832 « humilier, insulter, outrager » (Borel, Heur et malheur, p. 110). Dér. de soufflet*; dés. -er. Fréq. abs. littér.: 247. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 193, b) 547; xxes.: a) 698, b) 169.
DÉR.
Souffleteur, -euse, subst.,vieilli. Personne qui a donné, qui donne un soufflet. Synon. gifleur, souffleur.Une main, passant par la croisée, lui donna sur la joue un soufflet (...) Puis la belle souffletée disparut et le souffleteur (...) se pencha sur la grille (France,Rôtisserie, 1893, p. 191). [suflətœ:ʀ], fém. [-ø:z]. 1reattest. 1611 (Cotgr.); de souffleter, suff. -eur2*.
BBG.Gohin 1903, p. 242 (s.v. souffleteur).
Source : CNRTL

Wiktionnaire

Français

Verbe

souffleter \su.flə.te\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Donner un soufflet à quelqu’un, gifler.
    • L’index est sa femme, virago sèche comme une merluche, qui dès le matin soufflette sa servante dont elle est jalouse. — (Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842)
    • Elle conclut abruptement son discours en se levant et en souffletant Fermina. La jeune fille retint la main de sa tante, cette main qui venait de la frapper, et la baisa respectueusement. — (Valery Larbaud, Fermina Márquez, 1911, réédition Le Livre de Poche, page 122)
    • Comme je ne leur adressais jamais la parole, parce que leur vue seule suffisait à m’écœurer, ils me prenaient pour un enfant arriéré, et me demandaient : « Comment je m’appelle, moi ? » Un jour, j’ai répondu à l’un d’eux, avec une lenteur et une douceur extrêmes : « Im-bé-ci-le ». Mon père m’a souffleté ; mais j’avais produit mon petit effet, je vous assure. — (Valery Larbaud, Fermina Márquez, 1911, réédition Le Livre de Poche, page 188)
    • Michel se souvenait de l’avoir vue souffleter un domestique servant à table avec des mains sales ; l’instant d’après, il est vrai, on le rappelait pour lui faire cadeau d’un reste de fine à partager avec ses camarades de la salle des gens. — (Marguerite Yourcenar, Archives du Nord, Gallimard, 1977, page 317)
  2. (Sens figuré)
    • Il frappe du pied, marche vers moi…
      Oh ! non, halte-là ! Gare dessous, Legnagna !
      Il devine et s’échappe en déchargeant sa colère contre la porte avec laquelle il soufflette le mur.
      — (Jules Vallès, L’Enfant, G. Charpentier, 1889)
    • Quant à la seconde aventure inouïe, la Passion du Christ, qui soufflette toutes les institutions humaines, si peu de chrétiens de notre temps s'en imprègnent qu'on a peine à croire qu'elle ait pénétré bien profondément ces convertis gallo-romains. — (Marguerite Yourcenar, Archives du Nord, Gallimard, 1977, page 32)
  3. Humilier, insulter, outrager.
    • Admirateur de Clemenceau, il n’est pourtant pas allé aux cérémonies organisées en hommage à son héros, le 11 novembre : « J’ai reçu un coup de fil de l’Élysée à 21 heures pour me convier au discours d’hommages du lendemain. Il ne faut pas se foutre de la gueule du monde ! ». Gageons que Macron se remettra de s’être ainsi fait souffleter. — (Anne-Sophie Mercier, Épris de vestiges, Le Canard enchaîné, 29 novembre 2017, page 7)
Source : Wikitionnaire

Littré (1872-1877)

souffleter

(sou-fle-té. Le t se double quand la syllabe qui suit est muette : il soufflette, il soufflettera) v. a.
  • 1Donner un soufflet à quelqu'un. Ainsi je crois, monsieur, qu'un soufflet qui se donne D'une main attachée à choisir la personne, Offense beaucoup plus que quand le souffletant S'emporte à souffleter sans connaître…, Hauteroche, Nobles de province, IV, 5. Elle avait au bout de ses manches Une paire de mains si blanches, Que je voudrais en vérité En avoir été souffleté, Scarron, Poés. div. Œuvr. t. VII, p. 139, dans POUGENS. On le veut lier [Jésus], il présente les mains ; on le veut souffleter, il tend les joues, Bossuet, 1er sermon sur la passion, II. Depuis la veille du dimanche des Rameaux jusqu'à la seconde fête de Pâques, il était permis dans la ville de Béziers de souffleter tous les juifs qu'on rencontrait, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuvr. t. v, p. 370, dans POUGENS.

    Absolument. Et moi, je ne crois pas Qu'il soit digne du peuple en qui Dieu se reflète De joindre au bras qui tue une main qui soufflette, Hugo, Voix, II.

  • 2 Fig. Faire insulte à. Souffleter le bon sens, la raison.

HISTORIQUE

XVIe s. Callicles, en Platon, dit l'extremité de la philosophie estre dommageable… qu'elle rend un homme sauvage et vicieux… propre à estre impunéement souffletté, Montaigne, I, 225. Or comme un feu qui aux buissons se prend, Puis soufleté par les vents se respand De tous costez trouvant pasture preste, Ronsard, 740.

Source : Dictionnaire Littré

Étymologie de « souffleter »

De soufflet.
Source : Wikitionnaire

Soufflet. Ronsard l'a pris au sens propre de souffler.

Source : Dictionnaire Littré

Phonétique du mot « souffleter »

Phonétique Prononciation
France (Lyon) : écouter « souffleter »
Source : Wikitionnaire

Fréquence d'apparition du mot « souffleter »

Source : Google

Traductions du mot « souffleter »

Langue Traduction
English blow
German blasen
Spanish soplar
Portuguese sopro
Italian soffio
Dutch klap
Polish cios
Russian продувка
Source : DeePL

Synonymes de « souffleter »