TERREUX, -EUSE, adj. et subst. masc.
I. − Adjectif A. − Qui a rapport à la terre. 1. [En parlant d'une substance] Qui est de la nature de la terre, qui a l'aspect, la consistance de la terre. La variété [de cuprite] de Sibérie, en petits cristaux octaédriques groupés et en masses terreuses, avec mélange de limonite, est généralement d'un rouge de brique (Lapparent, Minér., 1899, p. 602).Les argiles sont des roches tendres, terreuses, douces au toucher (Boule, Conf. géol., 1907, p. 35).− P. méton. [En parlant de la texture d'une substance] Roches argileuses. Roches à texture terreuse, rayées par l'ongle, faisant pâte avec l'eau (A. Pérès, Pierres et roches, 1896, p. 12).
2. Qui est formé de terre. Chemin terreux. Au-dessus de la ville [Tanger] s'étend cette vaste esplanade, terreuse et pierreuse, sans cesse encombrée d'une couche compacte de chameaux agenouillés (Loti, Maroc, 1889, p. 13).L'ombre l'eut bientôt englouti, avec les haies, les bordures d'herbe, et même la chaussée terreuse de la route (R. Bazin, Blé, 1907, p. 247).
3. Qui contient de la terre; qui est couvert, souillé de terre. Synon. boueux.Mains, chaussures terreuses; ongles, vêtements terreux; carottes terreuses. J'ai connu le délice de se désaltérer à l'eau un peu terreuse qui coule dans la séguia, lorsque (...) le soleil brûlant dès l'aurore met un goût de fièvre à la bouche (Tharaud, Fête arabe, 1912, p. 154).Le fossoyeur achève sa besogne avec placidité. Quand il a fini, il s'assied sur une tombe voisine et roule une cigarette entre ses doigts terreux (T'Serstevens, Itinér. esp., 1933, p. 128).
4. Dans le domaine
des sensations.
Qui rappelle la terre. a) [En parlant d'une odeur, d'une saveur] Si tout est mort, s'il ne reste en définitive, que ce goût terreux et âcre dans la bouche! Pouah! Quelle infection par moments que tout cela, que tout cet ici-bas! (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1907, p. 248):Et je respire sans effroi Un languide et terreux arome! Odeur du sol, le dernier baume Autour des corps muets et froids! Noailles, Forces étern., 1920, p. 284.
b) [En parlant de certaines couleurs jaunâtres ou brunâtres, sombres et sans éclat] Brun, gris terreux. Le teint un peu basané, non de cette teinte sombre, terreuse, résultat certain d'une origine métisse; il était chaudement basané comme un fruit mûri au soleil (Gobineau, Nouv. asiat., 1876, p. 241).Des teintes tristes partout; les passants enveloppés de laine, les chameaux, les ânons, tout ce qui fait le va-et-vient entre les deux villes par ce même et unique sentier a des couleurs terreuses, brunâtres ou grises (Loti, Maroc, 1889, p. 291).− PEINT. [En parlant d'un tableau, de la manière d'un peintre] Terne, sans transparence. Si surtout on le place [un tableau de David] à côté d'un tableau coloré comme ceux des Titien et des Rubens, il paraît ce qu'il est effectivement: terreux, morne et sans vie (Delacroix, Journal, 1857, p. 148).Aucune de ces couleurs [des fresques de Saint-Savin] n'a de transparence. Toutes ont un aspect terreux et terne (Mérimée, Ét. arts Moy. Âge, 1870, p. 158).
−
[P. méton.; en parlant d'inanimés concr.] Il y a un trou carré qui laisse passer le jour, si l'on peut appeler jour la lueur blafarde et terreuse qui s'accroche çà et là aux angles de la voûte (Hugo, Rhin, 1842, p. 407).Un mégot couché sur le bord d'une assiette lançait sa fumée droite vers un plafond terreux (Queneau, Loin Rueil, 1944, p. 93).En partic. [En parlant (de la couleur) du teint, du visage, de la peau] Qui n'a aucun éclat, qui a perdu sa fraîcheur. Synon. blafard, livide, cireux.Couleur terreuse d'agonie; pâleur terreuse; mine, figure terreuse; visage terreux. Par moments, la tête de Coppée, dans un tiraillement nerveux, se cerne autour des yeux, du nez, de la bouche, de la teinte terreuse que la mort met dans le creux des traits des agonisants (Goncourt, Journal, 1875, p. 1052).Sa chevelure d'un rouge acajou (...) faisait paraître plus terreuse encore sa face jaune de syphilitique (Lorrain, Phocas, 1901, p. 148). c) [En parlant d'un son] Sourd, lourd, qui semble provenir de la terre. Chanté en faux-bourdon, ce psaume [le De profondis] est terreux et suffoquant. Il sort du fond même des sépulcres, tandis que le Dies iræ ne jaillit que du seuil des tombes (Huysmans, En route, t. 1, 1895, p. 19).Oui. Quelle importance ça a les diplômes, répéta Chambernac d'une voix terreuse (Queneau, Enf. du limon, 1938, p. 14).
B. − Au fig. Qui tient de la terre, des choses matérielles. Nous avons entendu des gens qui soutenaient que ce qui lui manquait [à M. Cousin] pour cela, ce n'était pas la particule ignée, car il l'avait, mais que c'était plutôt la base terreuse, le je ne sais quoi qui sert de lest et qui retient (Sainte-Beuve, Corresp., t. 5, 1843, p. 344).Achevé La Débâcle de Zola. En somme, livre puissant (...) mais (...) terreux et charnel, malgré le soin visible qu'il a pris, cette fois, d'écarter le boyau d'égout (Bloy, Journal, 1892, p. 39).− En partic. Qui a un aspect grossier, lourd. Craignant, avec raison, qu'ils n'eussent ensemble des enfants épais comme eux, terreux et lourds, il leur avait interdit (...) de s'approcher l'un de l'autre (A. France, Rôtisserie, 1893, p. 147).
II. − Subst. masc., fam., péj. Paysan. Synon. bouseux (fam.), cul-terreux.On vit s'en venir les gars des champs (...), tous les jeunes hommes des fermes à dix lieues à la ronde. Ils marchaient pesamment, et ils sentaient l'étable (...). C'étaient les « terreux », une toute autre race que les gens de petite ville (Benjamin, Gaspard, 1915, p. 8).Ah! on voit bien qu'il est nouveau! Qu'il est puceau dans la région! Un provincial! Je te le dis! Un terreux sans aucun doute! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 477).
Le radium est un métal alcalino-terreux dont les propriétés chimiques sont exactement celles qu'on peut attendre de l'homologue supérieur du baryum dans la famille des métaux alcalino-terreux (MmeP. Curie, Isotopie, 1924, p. 28).Béryllium et magnésium se distinguent des alcalino-terreux par une plus grande dureté (R. Quelet, Précis de chim., t. 2, 1964, p. 58).Les oxydes alcalino-terreux sont les meilleurs émetteurs thermo-toniques (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 267).REM. Alcalino-terreux, -euse, adj. et subst. masc.a) (Métal) alcalino-terreux. Métal appartenant à un sous-groupe de la classification périodique de Mendeleiev comprenant le calcium, le strontium, le baryum et le radium, dont les oxydes sont très stables et qui réduisent l'eau à froid comme les métaux alcalins. Le radium est un métal alcalino-terreux dont les propriétés chimiques sont exactement celles qu'on peut attendre de l'homologue supérieur du baryum dans la famille des métaux alcalino-terreux (MmeP. Curie, Isotopie, 1924, p. 28).Béryllium et magnésium se distinguent des alcalino-terreux par une plus grande dureté (R. Quelet, Précis de chim., t. 2, 1964, p. 58).b) Qui provient d'un métal alcalino-terreux. Carbonates alcalino-terreux. Les oxydes alcalino-terreux sont les meilleurs émetteurs thermo-toniques (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 267).
Prononc. et Orth.: [tε ʀø], [te-], fém. [-ø:z]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Ca 1160 faire terrous « désarçonner, jeter à terre » (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 8344); ca 1165 terras « couvert, souillé de terre » (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 6464); 1269-78 terreus « qui est de la nature de la terre » (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 10121); 1640 (Oudin Curiositez: avoir le cul Terreux .i. estre riche en fonds de terre .vulg.); 1808 (Hautel: C'est un cul terreux. On appelle ainsi par mépris, la fille d'un fermier, ou une fille de campagne, qui dans un état plus élevé, oublie sa première condition), v. aussi cul-terreux; 1690 fig. « qui a la couleur de la terre » (Fur.). Du lat. terrosus « riche en terre », dér. de terra « terre »; cf. en a. fr. terreus « terrestre » fin xiiies. ds Gdf. − xvies. ds Hug. Fréq. abs. littér.: 260. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 134, b) 428; xxes.: a) 678, b) 353.
-EUX, -EUSE, suff.
A.− [L'adj. dér. a pour base un subst. désignant une chose concr.] 1. L'adj. signifie « qui est de la substance désignée par la base, qui produit la substance désignée par la base » : albumineux .« Qui contient de l'albumine »
argileux .« Qui est de la nature de l'argile ». Terrain argileux
bitumeux, bitumineux .« Qui contient du bitume, qui en a les qualités ». Schistes bitumeux
cartilagineux .« Composé de cartilage ». Tissu cartilagineux
crayeux .« Qui est de la nature de la craie ». Terrain crayeux
farineux .« Qui contient de la farine et p. ext. de la fécule »
fibreux .« Qui a des fibres »
filamenteux .« Qui contient des filaments »
filandreux .« Rempli de filandres »
gazeux .« De la nature des gaz ». État gazeux.
♦ cf. aussi :gélatineux, gommeux, glaireux, glaiseux, gommeux, graniteux, gréseux, graisseux, huileux, marneux, mucilagineux, ocreux, pâteux, plâtreux, quartzeux, résineux, rocheux, sableux, schisteux, siliceux, suiffeux, tourbeux, vitreux.
−
[En emploi subst. au masc. plur. :] farineux, résineux. Rem. 1. Empr. sav. gén. sans base corresp. : adipeux, aqueux, butyreux, ferrugineux, fuligineux, ligneux, légumineux, lumineux, oléagineux, pileux, rubigineux, séreux, spiritueux, sulfureux, squameux, tendineux, tubéreux, vénéneux, venimeux; substantivement : oléagineuses, spiritueux, tubéreuse. 2. Dans ligamenteux (tissu ligamenteux), membraneux (tissu membraneux), où la base ne désigne pas une substance, le sens est « (tissu) qui entre dans la compos. des ligaments, de la membrane ».
2. L'adj. indique la présence de la base notamment : −
[une substance incorporée à qqc. :] boueux .« Plein de boue »
graisseux .« Taché, enduit de graisse »
pisseux .« Qui est imprégné de pisse, qui sent la pisse »
♦ cf. aussi :bourbeux, écumeux, fangeux, fumeux, huileux, limoneux, savonneux, terreux.
−
[ce qui recouvre, apparaît à la surface de :] boutonneux .« Qui est couvert de boutons »
duveteux .« Qui est couvert de duvet »
écailleux .« Qui est couvert d'écailles »
épineux .« Qui est hérissé d'épines »
poussiéreux .« Couvert, rempli de poussière »
− un élément du paysage : broussailleux, brumeux, herbeux, houleux, marécageux, montagneux, montueux, neigeux, nuageux, ombreux, orageux, pierreux, rocailleux, rocheux, sablonneux, tempétueux, ténébreux, torrentueux, venteux.
− Div. : anguleux, osseux, véreux (< ver).
−
L'indication de la présence de qqc. peut impliquer l'idée d'abondance. D'où les définitions en « rempli de », « plein de », etc. : caillouteux .« Où il y a beaucoup de cailloux »
crémeux .« Qui contient beaucoup de crème »
filandreux .« Rempli de filandres »
giboyeux .« Riche en gibier »
juteux .« Qui a beaucoup de jus »
laineux .« Qui est garni de laine, qui a beaucoup de laine »
musculeux .« Qui a des muscles développés et fort »
noueux .« Qui a beaucoup de nœuds »
poissonneux .« Qui contient de nombreux poissons »
populeux .« Très peuplé »
poreux .« Qui présente une multitude de pores »
vineux .« Riche, fertile en vin (...); riche en alcool, qui a une saveur chaude, puissante ».
3. L'adj. signifie « qui est d'une consistance, d'une texture analogue à celle de la base », « qui en a l'apparence » : caoutchouteux .« Qui a la consistance du caoutchouc »
cendreux .« Qui a l'aspect, la consistance, la couleur de la cendre »
charbonneux .« Qui a l'aspect du charbon, ou qui est noir de charbon »
cireux .« Qui a la consistance de la cire; qui a l'aspect blanc, jaunâtre de la cire »
cotonneux .« Semblable à de la ouate ». Nuage cotonneux
crayeux .« Qui est de la couleur de la craie »
farineux .« Qui donne au goût, au toucher, l'impression de la farine »
floconneux .« Qui est en flocons, ressemble à des flocons »
granuleux .« Formé de petits grains (...) de granulations »
grumeleux .« Qui est en grumeaux (...) qui présente des granulations »
laiteux .« Qui a l'aspect et spécialement la couleur blanchâtre du lait »
liquoreux .« Qui rappelle la liqueur par la saveur douce, le degré élevé d'alcool »
moelleux .« Qui a de la douceur, de la mollesse au toucher »
neigeux .« Qui rappelle la neige par sa blancheur, sa douceur »
pelucheux .« Qui donne au toucher la sensation de la peluche »
pisseux .« D'une couleur jaune passée »
poisseux .« Gluant, collant comme de la poisse »
poudreux .« Qui a la consistance d'une poudre »
sirupeux .« De la nature, de la consistance du sirop »
terreux .« D'une couleur dépourvue d'éclat et de fraîcheur »
velouteux .« Qui, au toucher, rappelle le velours »
vineux .« Qui a la couleur du vin rouge »
vitreux .« Dont l'éclat est terni »
♦ cf. aussi :cadavéreux, crémeux, cuivreux, duveteux, huileux, ocreux, pâteux, poussiéreux, plumeux, pulpeux, soyeux, vaporeux, etc.
−
L'adj. exprime une anal. de forme : bulbeux .« Renflé en forme de bulbe »
globuleux .« Qui a la forme d'un petit globe »
tubuleux .
« En forme de tube » Rem. Empr. sav. sans base fr. corresp. : onctueux, rugueux, spongieux, visqueux.
4. L'adj. exprime la même valeur figurée dépréciative que la base; subst., il désigne une pers. : bilieux, bouseux (masc.), crasseux, fielleux, foireux, juteux (masc.), loqueteux, merdeux, mielleux. −
[La base est un nom de maladie qui n'est plus senti comme tel :] miteux, morveux, teigneux. Rem. À côté de bilieux on a une formation fr. récente, à partir de l'expr. fam. se faire de la bile : bileux.
B.− [L'adj. dér. a pour base un terme du vocab. méd.] 1. Le dér. signifie « qui a la maladie ou l'infirmité désignées par la base »; il est gén. substantivable : cagneux, cancéreux, catarrheux, contagieux, dartreux, fiévreux, galeux, gangréneux, goitreux, goutteux, graveleux, lépreux, nerveux, pesteux, tuberculeux, scrofuleux, variqueux, verruqueux; il est seulement adj. : aphteux, chassieux, infectieux, sanieux. Rem. 1. Ont pour base un verbe : boiteux, gâteux. 2. Comateux, emphysémateux, eczémateux, œdémateux sont dér. d'un rad. gr. 3. Empr. au lat. méd. : scabieux « relatif à la gale » et, subst. scabieuse « plante passant pour guérir la gale »; vultueux « congestionné ».
2. Le dér. signifie « relatif à l'élément, à la notion exprimée par la base » : fistuleux, nerveux, veineux. Rem. Empr. lat. : cérébelleux « relatif au cervelet »; pédieux « relatif au pied »; séreux « qui appartient à la sécrétion ».
C.− [La base est un subst. abstr.] 1. Le dér. est employé comme adj. et signifie « qui a la qualité, la propriété exprimée par la base ». a) -eux, -euse :affreux, amoureux, avantageux, aventureux, cafardeux, calamiteux, chaleureux, chanceux, chatouilleux, clarteux, cauteleux, crapuleux, dangereux, dédaigneux, désastreux, doucereux, douloureux, douteux, fougueux, haineux, hargneux, hasardeux, honteux, langoureux, majestueux, malchanceux, malencontreux, miséreux, nombreux, ombrageux, paresseux, peureux, pompeux, précautionneux, rigoureux, ruineux, savoureux, scandaleux, scrupuleux, soupçonneux, soigneux, valeureux, vaniteux, verbeux, vertigineux, vertueux, vigoureux, volumineux.
b) -ieux/-ieuse−
[La base est un subst. à finale [i] : il y a combinaison de la finale et du suff. -eux :] ♦ [graphie -ie : ] acrimonieux, calomnieux, cérémonieux, envieux, facétieux, furieux, harmonieux, ignominieux, industrieux, mélodieux, minutieux, parcimonieux; noter aussi -ie dans la diphtongue [wa] de joie : joyeux.
♦ [graphie -i :] oublieux, soucieux et ennuyeux (le y ayant pour fonction de noter à la fois le i de ennui et le yod).
♦ [La base se termine par [j], noté -eil, -eille, ou par [il] :] merveilleux, orgueilleux, périlleux, sommeilleux (vieilli).
−
[La finale du rad. est [s] ou [ʒ].] ♦ [Il y a un subst. fr. à finale [sjɔ ̃] ou en [ʒjɔ ̃] : ] ambitieux, factieux, prétentieux, séditieux, superstitieux, suspicieux; religieux.
♦ [Il y a un subst. fr. à finale [s], [ʒ] : ] artificieux, astucieux, audacieux, avaricieux, capricieux, consciencieux, délicieux, élogieux, gracieux, licencieux, litigieux, malicieux, prestigieux, prodigieux, révérencieux, sentencieux, silencieux, vicieux.
− [La base est un subst. fr. à finale [ʀ] : ] injurieux, luxurieux; glorieux, victorieux [avec passage de [wa:ʀ] à [ɔ ʀ];] laborieux (avec passage de [œ:ʀ] à [ɔ ʀ]).
− [La base est un subst. à finale [d] :] miséricordieux.
c) -ueux/-ueuse− [Il existe un subst. en [sjɔ ̃] :] affectueux, défectueux, présomptueux.
−
[La base est un subst. fr. :] fastueux, incestueux, luxueux, monstrueux, talentueux, respectueux, tumultueux; [avec modification sav. de la base :] délictueux (< délit), fructueux (<fruit). Rem 1. Empr. lat., sans subst. fr. savant de base : belliqueux, fameux, frileux, généreux, heureux, libidineux, méticuleux, onéreux, oiseux, piteux, plantureux; en -ieux : anxieux, captieux, compendieux, contentieux, copieux, curieux, dispendieux, fallacieux, fastidieux, ingénieux, impécunieux, impérieux, insidieux, judicieux, obséquieux, odieux, officieux, pernicieux, précieux, radieux, sérieux, spacieux, spécieux, studieux; en -ueux : impétueux, somptueux, sinueux, vultueux. 2. Mots dont la base a disparu en fr. contemp. ou dont le sens s'est modifié : faramineux (< faramine); hideux (< hisde); dont le sens s'est modifié profondément : besogneux (< a. fr. besogne « besoin »); souffreteux (< a. fr. soufraite « disette »). 3. Div. : capiteux (< ital. capitoso); creux (< gaul.); gueux, subst. (< moy. néerlandais, guit « fripon »).
2. [Lorsque l'adj. qualifie une pers., il est substantivable :] affreux, amoureux, frileux, heureux, miséreux, paresseux, peureux, vaniteux; ambitieux, anxieux, audacieux, curieux, facétieux, furieux, malicieux, orgueilleux, prétentieux, séditieux, vicieux; présomptueux.
3. Il est plus rarement employé comme subst. masc. de l'inanimé; désignant la qualité : merveilleux, sérieux; désignant un dispositif : silencieux; désignant une notion juridique : contentieux.
D.− CHIM. Marque, pour un acide, un degré d'oxydation moindre que celui indiqué par -ique. Acide sulfureux/acide sulfurique. Rem. Cette oppos. est l'œuvre des aut. de la nouvelle nomenclature de 1787, Guyton de Morveau, Lavoisier et autres. Selon Encyclop. Sc. Techn., 1970, t. 3, p. 198, s.v. chimie, l'oppos. -eux/-ique est valable pour les acides arséni-eux/-ique, chlor-eux/ -ique, dithion-eux/-ique, nitr-eux/-ique, phosphor-eux/-ique, sulfur-eux/-ique. Naturellement, on trouve antérieurement des dér., avec le sens gén. : nitreux (xiiie), sulfureux (1265).
Rem. gén. -eux, -euse variante de -eur, -ard. Il désigne des agents humains : galvaud-eux/eur, partag-eux/-eur, pét-eux/-eur, violon-eux/-iste; commun-ard/-eux. Il est encore vivant dans certains parlers région. où l'on dit menteux pour menteur, voleux pour voleur, etc.
Prononc. : [-ø], fém. [-ø:z].
Étymol. et Hist. A.− Étymol. -eux, anciennement -os, -ous, puis -eus remonte au lat -ōsus; -ueux remonte à -uōsus, ōsus se combinant avec des subst. de la 4edéclinaison; -ieux remonte au lat. iōsus, -ōsus se combinant avec de nombreux mots en -ium, -ia, -io, -ies; -ineux remonte au lat. inōsus, combinaison de -osus avec les rad. obliques de la 3edéclinaison. B.− Hist. Le développement de -eux en fr. présente, dès le début deux courants, un courant sav. qui continue la tradition scolaire du lat. et un courant pop. moins important (cf. Lew. 1960, pp. 223-232). La plus grande vogue du suff. s'étend de 1575 à 1625, selon H. Vaganay, Les Vocables en -eus, -eux dans la seconde moitié du XVIes., 1908 ds Z. fr. Spr. Lit. t. 32, pp. 273-294.
BBG. − Dub. Dér. 1962, p. 17, 20, 82, 88, 105. − Lew. 1960, pp. 223-232, 247-248, 251-253.
Rem. Empr. sav. sans base fr. corresp. : onctueux, rugueux, spongieux, visqueux.